MALADIES DU CERVELET
La quantité d’expériences et de théories auxquelles le cervelet a servi de thème est si considérable, qu’il nous a semblé nécessaire, avant d’exposer les lésions de cet organe et leurs symptômes, de faire une courte étude physiologique de ses fonctions. Renvoyant aux traités classiques pour les opinions connues de certains physiologistes, tels que Flourens, Vulpian, nous insisterons surtout sur les recherches récentes que nous exposerons et que nous tâcherons de coordonner.
PHYSIOLOGIE DU CERVELET
Willis, croyant que le pneumogastrique naissait du cervelet, pensa que cet organe présidait aux fonctions de la vie organique et aux mouvements involontaires. Mais depuis cette opinion, depuis la théorie de Gall, qui plaçait dans le cervelet le siège des passions, de l’amour physique, que de rôles physiologiques lui ont été attribués! Organe intellectuel, siège du sensorium commune , organe en rapport avec la vue ou la locomotion, masse enfin sans grande importance pour certains auteurs, physiologistes et pathologistes ont essayé à l’envi de lui attribuer une fonction définie. Moins heureux que la plus grosse portion de l’encéphale qui le recouvre, le petit cerveau, comme l’appellent les Allemands, n’a pas retiré le même bienfait de cette association des expérimentateurs et des cliniciens. Cependant, dans ces derniers temps les recherches physiologiques et pathologiques ont pu être à peu près mises d’accord, et nous verrons, en les contrôlant les unes par les autres, que le rôle du cervelet peut être au moins soupçonné.
Les expériences de Flourens, Longet et Vulpian ont prouvé que les animaux privés d’hémisphères cérébraux n’ont plus de volonté, plus de conscience. Ce sont pour ainsi dire des centres d’actes réflexes, ils ne font plus que répondre à une excitation. Mais il leur reste les fonctions d’équilibre, la coordination des mouvements, l’expression des émotions. Toutes ces facultés disparaissent si l’on enlève le mésocéphale et le cervelet : de là à conclure qu’elles y résident il n’y a qu’un pas. Or, si l’on veut arriver à déterminer exactement la part qui revient au cervelet, la chose se complique. Est-ce la fonction d’équilibre? — Mais elle n’est sans doute pas l’apanage d’un seul organe : en effet on y voit contribuer bien des sensations périphériques transmises par des nerfs centripètes, tactiles, musculaires, visuelles, labyrinthiques. La section des racines
(') Ce chapitre a été entièrement rédigé par M. le DrTollemer.
MALADIES DE L’ENCÉPHALE
postérieures, la lésion des cordons sensitifs dans l’ataxie locomotrice, font voir l’importance de ces excitations. Enfin l’oreille interne, par ses canaux semicirculaires, contribue à celte fonction ; on sait en effet que si tous ces canaux sont détruits il n’y a plus d’équilibre, et leur lésion doit être rapprochée du syndrome « vertige de Menière ». Est-ce alors la coordination des mouvements qui dépend du cervelet? — Celle-ci résulte aussi sans doute, non de l’action d’un organe unique, mais du concours non seulement du petit cerveau, mais encore du mésocéphale, de la protubérance, voire même des tubercules quadrijumeaux, des couches optiques et du bulbe.
L’expérimentation tranche-t-elle la question? D’abord elle prouve les qualités pour ainsi dire négatives du cervelet, qui semble n’être en rapport ni avec la sensibilité ni avec la pensée, — puis ses qualités positives : les classiques, Flourens, Longet, Vulpian, admettent qu’il contribue à coordonner et équilibrer les manifestations. Bien des expérimentateurs, après Flourens, ont cherché à vérifier ses expériences, et si on les a reproduites, si l’on a reconnu leur exactitude dans les conditions où il les a faites, les résultats ont un peu varié du haut en bas de l’échelle animale, c’est-à-dire quand on a pris des animaux où le vermis seul ne constituait plus le cervelet, ainsi qu’il arrive chez les oiseaux et les vertébrés inférieurs.
D’après Ferrier, les lésions de la ligne médiane amènent peu de troubles, alors que celles des lobes latéraux causent des modifications de l’équilibre et de la coordination des mouvements. Les lésions du pédoncule cérébelleux inférieur (corps restiforme) ou d’une olive produisent les mêmes lésions que la destruction d’un lobe latéral du cervelet. Or ces corps restiformes sont la continuation des cordons postérieurs et conduisent des innervations centripètes. Ces dernières semblent donc en grande partie passer par le cervelet, d’où la perte de l’équilibre et de la coordination dans les lésions de cet organe, qui contribuerait par conséquent pour une part importante à ces deux fonctions.
Luciani (*), dans ses expériences sur les chiens, divise en trois périodes les phénomènes observés après l’ablation totale du cervelet. Dans la première période, dite opératoire, il y a incoordination, c’est-à-dire défaut de l’association normale et de la succession des mouvements musculaires nécessaires à l’accomplissement des divers actes volontaires. Cette incoordination cesse dans la deuxième période, pendant laquelle les mouvements musculaires sont sans vigueur et l’on constate des mouvements cloniques continuels de la tête, des membres et de la colonne vertébrale pendant la marche. Les mouvements manquent de mesure et de force, les chutes sont fréquentes, l’animal pose mal le pied. En un mot il y a ataxie cérébelleuse, dépendant d’une asthénie musculaire, d’où tonus imparfait et énergie insuffisante du système nerveux moteur des muscles de la vie animale. Tous ces phénomènes s’aggravent dans la troisième période, dite de dénutrition, qui amène la mort de l’animal. Continuant ses recherches, Luciani (2), en 1891, considère le cervelet comme un organe indivisible, physiologiquement unique, dont chaque moitié est en rapport pour la fonction et
(') Luciani, Linee generali délia fîsiologia del cerveletto. Rivista sper. di med. leg., nos L2,
(2) Le Cervelet. Nouvelles études de physiologie normale et pathologique, Florence, 1891.