‹ Traité de médecine (volume 3)Chapitre 35 sur 143 · AFFECTIONS MÉDULLAIRES PAR INTOXICATIONS · texte numérisé non relu

AFFECTIONS MÉDULLAIRES PAR INTOXICATIONS

L’étude des lésions de la moelle consécutives aux Intoxications est, dans les Traités où elle est faite, ordinairement rejetée à la fin du volume, parmi les impedimenta. Logiquement, c’est par ce chapitre qu’il faudrait commencer la description de la pathologie médullaire ; du train dont vont les choses, le temps n’est sans doute pas éloigné où l’on agira de la sorte. Les affections médullaires d’origine toxique semblent, en effet, nous montrer la brèche par laquelle il nous sera donné de pénétrer plus avant dans la connaissance des maladies de la moelle.

L’intérêt que présentent ces affections est d’autant plus grand que par leurs lésions comme par leurs symptômes elles peuvent rappeler parfois quelquesunes des plus communes parmi les affections cérébro-spinales dues à une infection. C’est ainsi que certaines manifestations métasyphilitiques (tabes, paralysie spinale syphilitique, paralysie générale) ont jusqu’à un certain point des analogies avec les phénomènes morbides dus à l’ergotisme ou au lathyrisme. Preuve nouvelle que les infections et les intoxications n’ont probablement, dans la majorité des cas, qu’un seul et même mode de procéder : l’action d’une toxine.

Telle est la raison du développement, exagéré au premier abord, qui a été donné à certaines parties du présent chapitre.

La place réservée aux Intoxications d’origine Métallique (plomb, arsenic ) paraîtra relativement mince. C’est que d’une part nos connaissances à ce sujet (*)

(*) Lichtheim, Ueber Verânderungen des Rmarks bei Allgemeinerkrankungen. Verein /'. wissenschaft. Heilk., Kônigsberg, octobre 1889.

(2) Nonne, Beitrâge zur Kenntniss der Spinalerkrankungen, etc. ( Arch . für Psyeh., XXV, 2, p. 421), se basant sur deux autopsies personnelles et sur de nouveaux cas de Minnich, donne une description minutieuse des lésions médullaires observées à la suite de l’anémie pernicieuse tant dans les cordons postérieurs que dans les cordons antéro-latéraux ; dans ces derniers elles seraient plus irrégulières de forme, d’intensité et de siège et comme disséminées.

MYÉLITES.

sont loin d’avoir le degré de certitude qui serait désirable (*) ; d’autre part, les affections médullaires produites par ces agents ne se présentent guère avec des caractères qui les rattachent directement aux grands groupes entre lesquels se partagent les différentes espèces de la neuropathologie médullaire. Peutêtre cependant une exception pourrait-elle être faite pour certaines formes d’Atrophie musculaire au cours du Saturnisme; ces formes s’accompagnant de lésions bien nettes des cornes antérieures de la substance grise (von Monakow, OEller, Oppenheim) et pouvant être rangées dans la Poliomyélite antérieure chronique.

L’action des Intoxications d’origine Animale (notamment le Botulisme) est encore trop peu connue pour qu’il ait été possible de leur faire une place ici.

Au contraire, parmi les Intoxications d’origine Végétale, il en est quelquesunes dont nous sommes d’ores et déjà à même de signaler toute l’importance.

La première qui ait été bien étudiée, Y Ergotisme, peut être considérée comme le prototype de ces affections. On verra plus loin quels sont ses caractères. Ce sur quoi il faut appeler l’attention ici, c’est sur ce fait que les lésions de la moelle dans l’Ergotisme offrent certaines analogies avec celles du Tabes.

Dans le Lathyrisme nous voyons se produire tout un ensemble symptomatique et vraisemblablement anatomo-pathologique fort voisin de celui présenté dans la clinique vulgaire par différentes myélites transverses et notamment par cette variété de myélite syphilitique chronique que Erb a récemment décrite sous le nom de « paralysie spinale syphilitique ». La rareté des autopsies, de l’un et de l'autre côté, empêche qu’on puisse comparer ici les lésions, mais tout porte à présumer qu’il s’agit là d’altérations fort analogues, tant dans le domaine des cordons blancs du faisceau latéral que dans celui de la substance grise.

Enfin, la Pellagre cause des lésions plus complexes, mais qui, pour cela, n’en sont pas moins intéressantes à comparer avec celles que nous rencontrons dans la clinique vulgaire.

On voit donc que dans tous ces cas, comme je le disais au commencement de ce chapitre, les lésions provoquées d’une façon manifeste par une intoxication, revêtent plus ou moins l’aspect clinique et anatomo-pathologique d’un certain nombre d’affections vulgaires de la moelle. Par une singulière coïncidence, il se trouve que les différentes affections que nous avons citées : Tabes, Paralysie spinale syphilitique, Paralysie Générale, relèvent toutes trois d’une même cause: la Syphilis; mais rien n’empêche de supposer que d’autres affections de la moelle, dues à des infections différentes, puissent également être comparées à celles que déterminent les diverses intoxications. Il est fort vraisemblable que pour un bon nombre de Scléroses Combinées, c’est dans cet ordre de faits qu’il faudra chercher l’explication du processus morbide.

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