‹ Traité de médecine (volume 3)Chapitre 66 sur 143 · I. — FORME ARTÉRIELLE DE LA SYPHILIS CÉRÉBRALE · texte numérisé non relu

I. — FORME ARTÉRIELLE DE LA SYPHILIS CÉRÉBRALE

L’artérite syphilitique du cerveau accompagne très communément les néoplasies spécifiques qui se développent dans les méninges de la base. Mais elle peut se présenter aussi cliniquement à l’état de pureté ; et nous savons qu’il en est de même au point de vue anatomique.

La forme artérielle de la Syphilis cérébrale, lorsqu’elle se montre isolée, est certainement la moins spéciale, au point de vue des symptômes objectifs,

SYPHILIS CÉRÉBRALE

celle qui se rapproche le plus des affections cérébrales communes liées à l’artério-sclérose, par exemple. Elle tient sous sa dépendance les variétés les plus importantes d 'hémiplégie et à.' aphasie syphilitiques ; elle donne lieu à des phénomènes transitoires liés à la thrombose et à l’insuffisance d’irrigation cérébrale qui en résulte. Enfin elle peut aboutir à bref délai à des accidents mortels de forme comateuse ou apoplectique.

A. L’ hémiplégie est certainement la plus commune des manifestations paralytiques de la syphilis cérébrale : toutes les variétés de lésions anatomiques étudiées précédemment peuvent la produire. Il existe donc, en réalité, non pas une, mais des hémiplégies syphilitiques. Dans les néoplasies corticales, celles-ci, le plus souvent incomplètes, partielles, sont au second plan ; il en est tout autrement des hémiplégies d’origine artérielle.

L’hémiplégie est précédée de céphalée dans les trois quarts des cas (Fournier) ; il arrive souvent que celle-ci s’est amendée ou a disparu quand la paralysie se produit. La maladie fait invasion alors dans un état de santé complet en apparence. Au reste, il est habituel que les prodromes immédiats de l’hémiplégie soient très analogues à ceux que l’on observe dans les thromboses cérébrales, tels que vertiges, étourdissements, parésies transitoires accompagnées de fourmillements, etc. Un grand nombre des accidents dits congestifs de la Syphilis cérébrale doivent être mis sur le compte de la sténose syphilitique des grosses artères de l’encéphale : il en est ainsi des accès transitoires d’aphasie, des obnubilations passagères avec embarras de la parole, de certains ictus même, non suivis de paralysies, qui se reproduisent avec persistance dans certaines formes, en dehors de tout caractère comitial. Finalement l’hémiplégie se constitue à la suite d’un ictus léger, avec ou sans perte de connaissance. Celui-ci peut même manquer entièrement, et le malade assiste à l’instal lation graduelle de la paralysie. Bien plus rarement elle succède à un ictus apoplectique complet.

Cette forme d’hémiplégie est généralement totale , bien qu’elle prédomine parfois à la face ou dans un membre. L’intensité de la paralysie est liée sans doute à l’étendue du ramollissement; mais, toutes choses égales d’ailleurs, c’est à l’artérite syphilitique que se rattachent les grandes hémiplégies de la Syphilis cérébrale. Celles-ci dès lors se comportent comme toute hémiplégie par ramollissement cérébral. Dans les cas favorables et chez les sujets jeunes, l’atténuation des symptômes paralytiques devient telle à la longue, que la force musculaire est à peine différente des deux côtés; mais la raideur, due à la contracture secondaire, persiste dans les mouvements, la jambe est traînante dans la marche. Cette amélioration est lentement progressive; le traitement n’en active la marche en aucune manière. Comme phénomène consécutif à longue échéance on a signalé l’hémichorée, l’hémiathétose (Fournier, Gros et Lancereaux).

Il est vrai que l’artérite syphilitique cérébrale paraît donner lieu, dans le même ordre, à des accidents beaucoup moins durables et moins inaccessibles à la thérapeutique. Sans doute faut-il admettre alors que l 'ischémie cérébrale est alors seule en cause. L’artérite syphilitique en effet est curable, au moins dans sa phase initiale (Leudet, Dieulafoy). Fournier a observé six de ces hémiplégies curables chez de jeunes sujets à la période secondaire de la

SYPHILIS DES CENTRES NERVEUX

vérole. Les prodromes, très accentués, ont été ceux des paralysies cérébrales par thrombose artérielle; l’hémiplégie s’est produite lentement et n’a été que le terme d’une faiblesse musculaire croissante de jour en jour. Sous l’influence du traitement spécifique, la paralysie s’est dans tous les cas « dissipée complètement en quelques semaines ».

L’hémiplégie consécutive à l’artérite peut être l’unique manifestation de la Syphilis cérébrale ; et assez communément, surtout quand la maladie est traitée, aucune autre incident ne vient s’y joindre. Le malade reste définitivement un hémiplégique vulgaire.

h’ hémiplégie double mérite une mention spéciale (4/60 d’après Fournier). Elle est généralement le fait de lésions bilatérales, ramollissements jaunes, kystes, occupant symétriquement les noyaux gris du corps strié (Jackson, Heubner). Les deux attaques ont lieu successivement et parfois à un intervalle très court, de quelques jours seulement, d’autres fois à des années de distance. Dans la règle, la paralysie se montre inégale comme intensité et comme durée d’un côté à l’autre, si bien qu’une hémiplégie a disparu entièrement alors que l’autre persiste définitivement. Il arrive, dans les cas de ce genre, que les paralysies bilatérales de la face se dissipent incomplètement : il en résulte une paralysie glosso-labiée cérébrale, plus ou moins accentuée, c’est-à-dire une forme de paralysie pseudo-bulbaire d’origine syphilitique, qui peut-être n’a pas suffisamment attiré jusqu’ici l’attention.

B. h' aphasie est un symptôme extrêmement commun qui, loin de caractériser tel ou tel type de syphilis cérébrale, peut être en relation avec les formes anatomiques les plus diverses. C’est cependant à l’artérite syphilitique du cerveau que ce symptôme ressortit la plupart du temps.

a. Le type clinique le plus habituel consiste dans Y association de l'aphasie à l’ hémiplégie droite. Que l’apparition soit brusque ou graduelle, les deux ordres de symptômes vont de pair. Ainsi l’aphasie peut se montrer complète, absolue, à la suite de l’ictus préparalytique. Dans la suite elle rétrocède progressivement en même temps que les troubles moteurs, ainsi que cela a lieu dans le ramollissement cérébral ordinaire. La guérison toutefois ici peut rester incomplète : Charcot a vu la cécité verbale persister définitivement à la suite d’une hémiplégie droite, tandis que l’aphasie motrice concomitante disparut. Les observations de ce genre sont rares; les aphasies partielles définitives n’appartiennent pas aux faits communs de la syphilis du cerveau. Fournier cite un cas d ’agraphie, qui s’améliora d’ailleurs rapidement. Les faits de cet ordre se rattachent à l’existence de ramollissements limités (Charcot) de l’écorce ou des fibres blanches sous-jacentes. Or, l’artérite syphilitique produit bien plus souvent le ramollissement des noyaux gris centraux. Ici la forme la plus commune est Y aphasie motrice , avec ou sans agraphie.

b. En opposition avec la variété précédente, se placent les aphasies transitoires et curables de la syphilis cérébrale. Ces accidents singuliers, conséquence de l’ischémie cérébrale, ont pour caractère particulier de se produire indépendamment de toute paralysie durable du côté des membres ou de la face. Parfois on note seulement un peu d’engourdissement du bras droit, d’embarras dans les mouvements de la langue, ou bien une faiblesse passagère dans tout le côté.

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Le trouble aphasique est souvent très fugace; il dure un quart d’heure, quelques heures ou bien deux ou trois jours. Un malade de Fournier perdit la parole tout à coup au moment de donner une adresse à son cocher ; il en recouvrait l’usage quelques minutes plus tard. Un employé de commerce observé par nous débuta de cette manière dans la syphilis cérébrale : en faisant une livraison chez un client, il se mit tout à coup à bredouiller, ne put s’expliquer, devint en même temps incapable d’écrire et de lire les chiffres. Trois jours plus tard, il était revenu à son état normal. Dans une observation de Tarnowsky, on voit une femme perdre progressivement l’usage de la parole en l’espace de trois jours. Survint alors une attaque apoplectiforme à la suite de laquelle l’aphasie motrice s’accompagna d’agraphie et de cécité verbale. Le traitement spécifique amena une guérison complète. Heilbronner a tout récemment rapporté un cas d’aphasie compliquée de cécité et de surdité verbale, sans association de troubles moteurs, qui guérit de même entièrement.

Ajoutons que ces aphasies curables ne laissent pas d’être d’un pronostic très sévère, car elles sont le prélude dans bien des cas de lésions cérébrales irrémédiables, surtout si on les abandonne non traitées.

C. L’artérite syphilitique du cerveau peut être la source d’accidents apoplectiques mortels à bref délai, dans certains cas même foudroyants. Les plus nombreux se rattachent à la formation d 'anévrysmes dans les artères de la base. La rupture de tels anévrysmes a pour conséquence l’inondation de l’espace sous-arachnoïdien à la face inférieure du cerveau : la mort a lieu au bout de quelques heures dans l’apoplexie, accompagnée parfois de mouvements convulsifs. Pour n’être pas très fréquent, ce mode de terminaison de la Syphilis cérébrale ne constitue pas une rareté. Les faits de Lancereaux, Brault, Spillmann, Dieulafoy, etc., se rapportent pour la plupart à des individus jeunes infectés depuis peu de temps. L’hémorrhagie intracérébrale est beaucoup plus rare (Schwosteck).

Les accidents du même genre qui ont leur source dans Y oblitération des artères cérébrales s’établissent d’une façon un peu différente. Ils sont précédés de prodromes à très longue échéance parfois, tels que vertiges, hémiparésies, aphasies passagères ; puis, après un ou plusieurs avertissements de ce genre, graduellement les malades tombent dans le coma et succombent. Il en fut ainsi dans l’observation de Joffroy et Létienne : l’autopsie montra une oblitération du tronc basilaire et un ramollissement rouge d’une moitié de la protubérance.

II. — MANIFESTATIONS CLINIQUES DES NÉOPLASIES SYPHILITIQUES ENCÉPIIALO MÉNINGÉES

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