‹ Traité de médecine (volume 3)Chapitre 91 sur 143 · CONTRACTURES. — CRAMPES · texte numérisé non relu

CONTRACTURES. — CRAMPES

Dans un assez grand nombre de cas de névrites, on a signalé l’existence de la contracture, ou du moins d’un état de raideur d’un ou de plusieurs membres qui a été qualifié de contracture. Mais s’agit-il là d’une véritable contracture? Avant de chercher à résoudre cette question, il faut au préalable s’entendre sur la signification de ce terme. Si par contracture on comprend un état de raideur musculaire analogue à celui qu’on observe dans la sclérose du système pyramidal, soit dans les hémiplégies d’origine cérébrale avec dégénérescence secondaire, soit dans les paraplégies spasmodiques dues à une affection spinale organique, la réalité de la contracture dans les névrites ne me paraît pas du tout établie. C’est ainsi, par exemple, que, dans le travail de Pal sur la névrite multiple, la contracture est plusieurs fois signalée (Obs. V et VIII). Or, dans l’observation V, où l’articulation du genou est fortement fléchie et ne peut être étendue, il est spécifié que la contractilité faradique et la contractilité voltaïque des muscles des membres inférieurs sont abolies. N’est-il pas légitime d’en inférer qu’il ne s’agit pas là d’une véritable contracture, mais d’une rétraction fibro-tendineuse? Dans l’observation VIII se trouve mentionnée une flexion du genou semblable à celle de l’observation V, et là encore les muscles du membre inférieur sont inexcitables par les courants faradiques et par les courants voltaïques; de plus, les réflexes tendineux sont abolis. Incontestablement, comme dans le cas précédent, on a affaire à une rétraction fibro-tendineuse et non à une vraie contracture.

Dans d’autres observations on a désigné sous le nom de contracture un état pathologique qui diffère essentiellement d’une contracture et qui me semble, d’après la description du phénomène, devoir être rapporté à la crampe.

Dans une auto-observation relatée dans l'Union médicale (1878, p. 920) par un étudiant atteint de paralysie diphtérique, il est fait mention d’un phénomène singulier auquel la dénomination de contracture a été donnée, mais sur la nature duquel il me paraît difficile de se prononcer. Il s’agit d’une rigidité musculaire apparaissant par accès et durant plusieurs heures. Voici la description d’une de ces crises. Le malade éprouve une sensation de faiblesse

DES NÉVRITES.

musculaire générale qui va en augmentant; puis, à un moment donné, le pouce ne peut plus s’opposer aux doigts, qui sont raides et éloignés les uns des autres. Dans une autre de ces crises les choses se passent de la façon suivante : un jour, quatre mois après le début de la paralysie diphtérique, le malade dont l’état était déjà satisfaisant est pris brusquement en descendant l’escalier d’une douleur fulgurante qui lui traverse le corps et aussitôt après d’une raideur de tous les membres.

De quel trouble s’agit-il dans ce cas? Sont-ce là des crampes musculaires? C’est possible, sinon certain. Mais en tout cas ce phénomène ne paraît avoir rien de commun avec la contracture véritable.

En résumé, sans nier qu’une contracture analogue par son aspect clinique à celle qui est liée à une sclérose des cordons latéraux puisse dépendre d’une lésion des nerfs, il m’est permis de dire que la réalité de cette relation n’est pas encore démontrée.

Je dois toutefois faire remarquer qu’une contracture de ce genre peut être observée dans certains cas chez des malades atteints de névrite, lorsque les altérations des nerfs ne sont pas très accusées et qu’elles coïncident avec une affection qui provoque cette contracture. On conçoit aussi fort bien l’association d’une contracture hystérique à une névrite périphérique légère.

Les crampes sont, au contraire, fort communes dans la plupart des névrites. Elles peuvent se manifester à l’état de veille et à l’état de sommeil, pendant la marche ou lorsque le malade se trouve au repos, dans la position horizontale, mais c’est dans cette dernière attitude et dans le demi-sommeil qu’elles semblent le plus fréquentes.

Les crampes se développent souvent sans aucune cause occasionnelle apparente; parfois c’est à l’occasion d’un mouvement, d’un léger effort qu’elles apparaissent.

J’ai pu, chez plusieurs malades atteints de névrite, mettre en évidence cette prédisposition à la crampe qui n’existait chez eux qu’à l’état latent, en pratiquant la faradisation des muscles. En faisant passer à travers certains muscles, particulièrement les jumeaux, un courant volta-faradique d’un appareil à chariot, à interruptions fréquentes, d’une intensité plus ou moins grande, parfois très faible, on fait apparaître, dans certains cas, une crampe qui persiste, après que l’électrisation a été suspendue, pendant 10, 20, 30 secondes, ou plus longtemps encore.

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