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TROUBLES DE LA SENSIBILITÉ

Les troubles de la sensibilité sont très communs dans les névrites. Ils consistent d’une part en des sensations anormales, généralement pénibles, souvent très douloureuses, qui apparaissent spontanément ou bien qui sont provoquées par certaines manœuvres, et d’autre part en une perturbation, un affaiblissement, une abolition des divers modes de la sensibilité.

Ces troubles, quelle qu’en soit la nature, sont très variés au point de vue de leur étendue et de leur siège, et à cet égard on peut concevoir, a priori, toutes les variétés imaginables, suivant que l’affection se cantonne dans quelques petites ramifications nerveuses et modifie l’état normal de la sensibilité dans des territoires très limités, qu’elle se localise systématiquement dans une ou

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dans quelques grosses branches nerveuses et donne ainsi naissance à des troubles sensitifs caractéristiques, parce qu’ils sont confinés dans la sphère de distribution de ces nerfs, ou bien qu’elle atteint d’une façon diffuse la plupart des nerfs, ou même tous les nerfs d’une région plus ou moins étendue.

Les malades ressentent parfois des fourmillements dans les membres ; il leur semble que leurs téguments sont recouverts d’un corps étranger, d’un enduit; ils éprouvent des sensations de chaleur ou de froid, que l’on pourrait qualifier de subjectives, et qui les poussent, soit à se découvrir alors même que la température du milieu ambiant est basse, soit à envelopper leurs membres d’ouate ou de flanelle, même quand ils se trouvent dans une atmosphère très chaude. Ces troubles peuvent, du reste, ne constituer qu’une simple gêne. Mais bien souvent ces phénomènes subjectifs deviennent fort pénibles pour les malades et sont accompagnés ou suivis de douleurs qui, tantôt modérées et intermittentes, peuvent atteindre la plus grande intensité et devenir continues. Ces douleurs affectent des formes variées : elles sont lancinantes, contusives, fulgurantes, font éprouver aux malades des sensations de torsion, de brûlure.

Les crises de douleurs surviennent souvent sans cause appréciable, mais elles sont aussi provoquées dans certains cas, soit par des mouvements spontanés exécutés par le malade, soit par une pression plus ou moins énergique exercée sur les parties atteintes, ou bien encore par des mouvements passifs qu’on imprime à tout le corps ou à un membre. La compression des troncs nerveux ou des masses musculaires peut causer de très grandes souffrances d’une durée plus ou moins longue; le poids des couvertures peut être insupportable, le simple attouchement de la peau, le frôlement des téguments avec les barbes d’une plume, principalement au moment des crises, peuvent provoquer de vives douleurs.

Ces souffrances peuvent priver le malade de repos et de sommeil, lui enlever l’appétit, le mettre dans l’impossibilité de s’alimenter, et elles sont sans doute l’une des causes de l’affaiblissement et de la dépression qu’on observe chez quelques sujets atteints de névrite.

Les douleurs sont généralement bien plus prononcées dans les membres inférieurs que dans les membres supérieurs; c’est là un fait dont la réalité est incontestable, et qu’on peut interpréter de plusieurs façons. Nous verrons dans la suite que, parmi les névrites qui provoquent des douleurs intenses, celles qui sont causées par l’alcool occupent la première place et que les membres inférieurs constituent leur siège de prédilection, que la névrite saturnine, au contraire, qui ordinairement est indolore, se localise le plus souvent dans les membres supérieurs. Dès lors, en se fondant exclusivement sur l’observation de ces faits, on pourrait soutenir, soit que l'a douleur est en relation avec la nature de la névrite à laquelle on a affaire, soit qu’elle dépend simplement du siège qu’elle occupe. La première interprétation est celle qui est le plus généralement admise. Si la névrite des membres inférieurs, contrairement à celle des membres supérieurs, est ordinairement douloureuse, c’est que la névrite alcoolique qui atteint les filets sensitifs a une prédilection pour les membres inférieurs. Il faut remarquer cependant que toute névrite, quelle qu’en soitla nature, est généralement plus douloureuse aux membres inférieurs qu’aux membres supérieurs.

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La sensibilité au tact, à la pression, à la douleur, à la température, subit diverses sortes de modifications que le malade livré à lui-même peut méconnaître, dont il n’a, en général, qu’une notion imparfaite et qu’il appartient au médecin de rechercher avec soin.

Il ne faut pas oublier, du reste, que cet examen nécessite le concours du malade, puisqu’il s’agit là de phénomènes subjectifs et que celui-ci est avec la meilleure foi du monde exposé à se tromper dans ses appréciations; aussi est-il bon de chercher par tous les moyens à éviter, dans la mesure du possible, les causes d’erreur; il est en particulier indispensable de faire clore les yeux du malade, car si on néglige cette précaution, il est difficile de faire la part, dans les renseignements qu’il donne sur les sensations qu’il éprouve ou qu’il croit éprouver, de ce qui est fourni par chacun de ces deux sens, la vue et le toucher.

Il faut aussi se bien rappeler que la sensibilité varie d’un individu à l’autre, que chez le même individu elle n’est pas égale dans toutes les parties du corps et qu’enfin elle peut subir, du commencement à la fin d’un examen quelque peu prolongé, sous l’influence de la tension d’esprit dans laquelle se trouve le sujet en observation, des modifications assez notables; de telle sorte qu’il est bon de répéter l’examen à plusieurs reprises, de ne tenir compte que des troubles permanents et suffisamment accusés; il est surtout facile d’apprécier la valeur des désordres quand ils sont unilatéraux et que l’on possède ainsi du côté normal un terme de comparaison.

Le malade peut avoir perdu complètement la faculté de percevoir, dans une région plus ou moins étendue, le contact d’un corps étranger, quelles qu’en soient la nature, la consistance, la température, la forme, qu’il s’agisse d’un attouchement superficiel ou d’une pression profonde. Nulle excitation n’est sentie quel qu’en soit l’agent, que ce soit un corps piquant, tranchant, contondant, ou bien le froid, le chaud, ou bien encore un courant électrique passant à travers les téguments, les nerfs ou les muscles. Mais parfois aussi, plus souvent même, la sensibilité n’est que partiellement altérée. Les excitations sont perçues, mais d’une façon moins parfaite qu’à l’état normal ; il y a, en ce qui concerne la manière dont la sensibilité peut être émoussée, des variétés très nombreuses. Certains malades qui ne perçoivent pas un attouchement léger sentent le contact d’un corps qu’on applique sur leurs téguments avec une certaine pression. Il arrive aussi que, tout en percevant un attouchement, ils sont dans l’impossibilité d’en déterminer exactement le siège et commettent à cet égard des erreurs d’appréciation, ou bien encore qu’ils sont simplement moins habiles qu’à l’état normal à distinguer, à l’aide du toucher, la forme et la consistance des objets.

Ils sont parfois capables de percevoir un attouchement et de déterminer le siège du contact, mais ne peuvent pas apprécier l’intensité d’une pression ou d’une traction exercée sur certaines parties de la peau. L’emploi du compas de Weber pour la sensibilité tactile, des appareils de Kammler et de Bloch pour la sensibilité à la traction et à la pression cutanée, peut révéler l’existence de troubles très légers qui, autrement, auraient passé inaperçus.

On peut aussi observer chez certains malades un retard plus ou moins accusé dans la perception d’une excitation cutanée, c’est-à-dire que le temps qui s’écoule

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entre cette excitation et la sensation qui en est la conséquence est beaucoup plus long qu’à l’état normal.

La piqûre, le pincement de la peau, la compression des parties 'profondes, l’application d’un corps chaud ou froid, peuvent, sans provoquer une douleur aussi vive qu’à l’état normal, faire naître des sensations plus ou moins pénibles. Il y a aussi toute une série d’états intermédiaires entre la sensibilité normale à la température et la thermo-anesthésie complète.

L’anesthésie peut donc être plus ou moins accusée et se présenter sous divers aspects; il faut savoir de plus que les divers modes de la sensibilité peuvent ne pas être tous atteints au même degré et que parfois même les différences à cet égard sont très considérables.

Les altérations des nerfs sont en effet capables de déterminer une dissociation des divers modes de la sensibilité. La sensibilité au tact et à la douleur étant abolie ou très affaiblie, la sensibilité à la température peut être relativement conservée; dans d’autres cas, c’est la sensibilité à la température qui est surtout atteinte, lés autres modes de la sensibilité n’ayant pas subi de modifications notables; on observe parfois une dissociation singulière de la sensibilité à la température, caractérisée par la conservation de la sensibilité au froid et l’abolition de la sensibilité au chaud.

La dissociation des divers modes de la sensibilité peut présenter, dans les névrites périphériques, une disposition analogue à celle qui appartient à la syringomyélie, c’est-à-dire que, la sensibilité à la température et à la douleur étant abolie, la sensibilité au tact est normale ou plutôt légèrement affaiblie. Il ne me paraît pas en effet démontré, jusqu’à présent, que la dissociation syringomyélique parfaite, c’est-à-dire cette variété de dissociation dans laquelle, la sensibilité à la douleur et à la température étant totalement abolie, la sensibilité au tact est absolument normale, puisse dépendre d’une lésion des nerfs; au contraire, il est incontestable qu’on peut observer dans les névrites périphériques une dissociation syringomyélique imparfaite caractérisée par une abolition de la sensibilité à la douleur et à la température coïncidant avec une conservation incomplète de la sensibilité au tact.

Le sens musculaire peut être altéré dans une certaine mesure. Certains malades, lorsque leurs yeux sont fermés, n’ont pas la notion de l’attitude dans laquelle se trouvent les parties du corps qui sont le siège de l’affection ou n’en ont qu’une notion imparfaite.

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