‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 107 sur 168 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

MÉDICAMENTS RÉPUTÉS BACILLICIDES

On ne connaît pas, à l’heure actuelle, une substance qui, absorbée par un phtisique, détruise à coup sûr le bacille qui végète clans les foyers tuberculeuse de son organisme. Mais il existe cjuelques corps c{ui paraissent entraver, dans une certaine mesure, la végétation du bacille de Koch et qui semblent surtout avoir une action très efficace sur les microbes des infections secondaires ; tels sont, par exemple, la ci'éosote et ses dérivés.

§ 12. Étude expérimentale des antituberculeux. — C’est l’observation clinique qui nous a appris l’action de ces corps ; les expériences de laboratoire n’ont encore rien fourni au praticien.

Dans les laboratoires, on a étudié l’action de certaines substances sur le bacille de la tubercvdose, en les faisant agir soit sur des cultures, soit suides animaux tuberculisés. Or, les résultats obtenus se contredisent les uns les autres, et contredisent aussi quelquefois ceux de l’observation clinique ; ces contradictions tiennent probablement aux conditions différentes où se sont placés les expérimentateurs, en particulier à ce que les uns se sont servis de bacille aviaire, les autres de bacille humain.

On ne doit donc pas attacher à ces résultats une grande importance. Nous en citons ici quelques-uns, à titre de documents impossibles à utiliser à l’heure actuelle.

D’après les recherches d’Hippolyte Martin, Vacide salicijliqye à ^ ne détruit pas la virulence du suc tuberculeux. Le brome à est inefficace; il agit à mais alors la solution est caustique. Uacide pliéniquena qu’un eflet douteux à ou à -540, solutions caustiques. La créosote, la quinine, le sidAimé à ,^’üô sont sans action. lAackle fluorhydrique tue le bacille à solution très

caustique.

Vallin a vu que la matière tuberculeuse humaine perdait sa virulence sous l’influence du sublimé corrosif au sous l’influence de Vacide sulfureux produit par la combustion de 50 grammes de soufre par mètre cube.

Niepee (d’Allevard), Mairet et Cavalier attribuent à Vacide sulfhydricjue le premier rang parmi les antituberculeux, tandis que Coze et Simon l’attribuent à la créosote.

Sormanni et Brugnatelli rangent les substances suivantes par degré d’antisepsie croissante : acide lactique, camphorique et camphre, bromure dVéthyle, naphtol [i, térébenthine, chlorure de palladimn, acide j)hénique, bichlorure de mercure.

D’après Yersin, les bacilles tuberculeux sont tués par un séjour de 50 se condes dans Vacide phénique à d’une minute dans une solution à fie .5 minutes fians V alcool absolu, de 5 minutes dans Viodoforme à de 10 minutes dans le sublimé à xô’iri) ! fie 3 heures fians le thymol k 1-^; fie 6 heures fians Vacide salicylique à ; ils résistent à un séjour prolongé (plus de-

PHTISIE PULMONAIRE

12 heures) dans V acide borique à dans l’eau saturée de créoso/t: ou de naphtol fi. Les recherches de Yersin paraissent avoir été faitesavec le bacille aviaire.

Villeniin fils, quia étudié faction de 150 substances sur le développement des cultures de tuberculose, probablement d’origine aviaire, groupe ainsi les diverses substances dont il a étudié faction :

L II est un certain nombre d’agents chimiques qui n’entravent en rien la culture du bacille de la tuberculose et où les colonies se développent d’une façon remarquable ; en voici la liste :

Acide benzoïque; — Acide phénique; — Acide salicylique; — Acide nrique; — Aldéhyde salinjhque; — Benzoale de soude; — Sulfocyanure de potassium ; — Tartrate acide de potassium; — Biborate de soude; — Bromure de camphre; — Chloral; — Chlorhydrate de cocaïne; — Comférine; — Ferrocyanure de potassium; — Tartrate neutre de potassium ; — Urée; — Huile d'aniline: — Leucine : — lAiosphate de soude; — Phosphomolybdale de soude; — Phosphore blanc; — Salicylate de soude; — Urélhaiie.

2" Une seconde catégorie comprend ceux où les cultures sont évidentes, mais moins prospères et plus lentes à se mettre en train :

Acélanilide; — .Acétone: — Aldéhyde; — Alun ammoniacal: — Alufi de chrome; — Antipyrine: — .\rséniate de soude; — Azotate d'ammoniaqice : — Azotate de cobalt: ■ — Azotate de potasse; — Azotate d'urane: — BenzojAiénone ; — Bichromate d'ammoniaque; — Biiodure de mercure : — Bromure d'ammonium ; — Bromure de potassium ; — Bromure de sodium; — Caféine; — Camphre: — Chlorate de potasse: — Chlorhydrate d’ammoniaque; — Chlorure d'aluminium; — Chlorure de cobalt; — Chlorure de lithium: — Chlorure de platine; — Chlorure de strontium; — Essence de térébenthine; — Essence d’eucalyptus ; — Eucalyptol ; — Ferricyanure de potassium; — Fluoborate de soude; — lodure de potassium : — Lactate de zinc ; — Naphtaline;— NaphlylsulfUe de soude; — Séléniate de soude; — Stannate de soude; — Sulfate d’ ammoniaque : — Sulfate de quinine; — Sulfate de magnésie: — Sulfate de soude; — Sulfate de zinc; — Sulfite de soude; — Résorcine; — Terpine; — Terpinol; — Thymol; — Tungstate de soude.

5° D'autres semblent amener un retard notai )le dans le développement du bacille; même quand les tubes d’agar en contiennent une faible dose, l’éclosion est peu apprécial)le :

Acétate de soude; — Acétophénone ; — Acide arsénieux; — Acide borique; — Acide picrique ;

— Acide pyrogallique ; — Acide sulfureux; — Alcool éthylique; — Alcool méthylique ; — Alun de potasse; — .Azotile de potasse; — Benzine; — Chloroforme; — Chlorure de manganèse; — Coumarine; — Créosote; — Cyanure de potassium; — Ether: — Fluorure de sodium; — Huile de naphte; — Hyposulfte de soude; — lodoforme; — Menthol; — Nitrobenzine; — • Phénate de soude; — Oxalate neutre de potasse; — Salol; — Sulfate d’alumine; — Sulfate de nickel;

— Sulfite de salicylsodiurn; — Sulfovinate de soude; — Toluène.

¥ Enfin il en est un petit nombre qui stérilisent complètement le milieu, du moins aux doses employées ; ce sont :

Acide hydrofiiosUicique; — Ammoniaque ; — Fluosilicate de fer ; — Fluosilicate de potasse;

— Fluosilicate de soude; — Naphtol a; — Naphtol P; — Polysulfure de potassium; — Tartrate double d'anlimonyle et de potassium ; — Sulfate de cuivre.

D’après Koch, les substances qui réussissent le mieux, in vitro, à arrêter le développement du bacille de la tuberculose humaine, sont les huiles essentielles, quelques composés aromatiques tels que le naphtol {i amine, la paratoluidine, certaines couleurs d’aniline telles que la fuchsine, le bleu de méthylène, le violet

MÉDICAMENTS RÉPUTÉS BACILLIGIDES.

de (jeniiane^ V auramine , puis les vapeurs mercurielles el les combinaisons de ïar(/ent et surtout de l’or avec l’acide cyanhydrique; ainsi, le cyanure d'or entrave déjà en solution au deux-millionième la multiplication du bacille. Mais Koch ajoute qu’aucune de ces substances ne réussit à guérir un animal tuberculeux.

D’ailleurs, à notre connaissance, aucun auteur n’est parvenu, à l’aide de la méthode antiseptique, à guérir sûrement la tuberculose inoculée aux animaux. Ceci nous fait voir que rexpérimentation n’a pas encore fait les premiers pas dans la voie qui conduira peut-être un jour au succès. Tournons-nous donc vers les résultats de l’observation clinique.

§ la. Mode d’introduction des antiseptiques dans l’organisme de phtisiques. — On a utilisé divers procédés pour faire pénétrer les antiseptiques dans l’organisme des phtisiques : les pulvérisations, les inhalations, les injections interstitielles intra-pulmonaires, l’introduction dans les voies digestives, l’injection rectale et l’injection sous-cutanée.

Les injections interstitielles n’ont point donné de résultats favorables.

Avec les pulvérisations et les inhalations, on a pensé qu’on pouvait réaliser une thérapeutique locale très efficace. Mais Bouchard répond qu’avec ces méthodes on ne peut réaliser qu’une antisepsie superficielle; « c’est une thérapeutique locale qui peut agir à la rigueur sur les ulcérations bronchiques tuberculeuses, mais elle ne peut rien sur les tubercules, beaucoup plus nombreux, qui sont en évolution dans le tissu pulmonaire; or c’est précisément ceux-là qu'il nous importerait d’atteindre ». Mais probablement les pulvérisations, et très certainement les inhalations, agissent comme voie d’introduction du médicament dans la circulation générale.

11 paraît établi que les antiseptiques ne peuvent agir sur les lésions tuberculeuses que s’ils sont amenés au poumon par la circulation générale. La voie d’introduction la plus commode est la voie gastrique ; la plus sûre est le tissu cellulaire sous-cutané, àlais on ne doit pas ériger en système l'emploi de telle ou telle méthode d’administration; le choix doit varier avec le malade, avec la forme clinique du mal, et aussi avec le remède; ainsi, en ce qui concerne la créosote, c’est la voie rectale qui paraît aujourd'hui la meilleure pour la faire pénétrer dans l’organisme.

§ 14. La créosote et ses dérivés. — « Parmi tous les remèdes proposés contre la phtisie pulmonaire, ce que nous avons de moins mauvais, c’est la créosote » (Bouchard).

Pour administrer avec fruit la créosote, il importe d’abord d’employer un produit aussi pur que possible. Or, si l’on en croit M. Choay, la plupart des créosotes dites officinales sont impures. Nous allons donner, d’après cet auteur, les caractères de la créosote pure.

On désigne sous le nom de créosotes (xoéaç, chair ; ccoÇco, je conserve) les huiles lourdes qui proviennent de la distillation des goudrons de différentes essences végétales (du hêtre en particulier). Ce sont des mélanges d’apparence oléagineuse, d’une forte odeur de résine, d'une saveur caustique, peu solubles dans l’eau, très solubles dans l’alcool et dans les huiles, et dont la composition varie

PHTISIE PULMONAIRE

îTavec les goudrons générateurs et avec la manière dont la distillation a été con- .•■îLuii.e. Les corps énumérés ci-après ont été signalés dans la créosote de hêtre :

On voit par ce tableau que si l’on recueille les produits qui distillent avant 200% «n recuedlera des créosotes, qui renferment surtout de l’acide phénique (produits de tête) ; si l’on distille au delà de 210“, on recueillera les produits autres que le gaïacol (produits de queue). Le Codex, dans le but d’obtenir un produit .uniforme, a fixé entre 200 et 210“ les températures auxquelles doit s’effectuer •la distillation. Dans ces conditions, la créosote officinale est en majeure partie ‘iormée de gaïacol bouillant à 200“, uni à des crésylols et à une petite quantité ■de créosol. C’est un liquide de densité 1067, neutre au tournesol, donnant, .avec le perchlorure de fer neutre, une coloration verte.

Mais les créosotes commerciales sont loin de répondre à de telles exigences. Sur 55 échantillons de créosote du commerce examinés par Choay au point de "vue de la densité, deux seulement répondaient à la densité normale.

Les créosotes commerciales ont pour caractère commun leur faible teneur en 'Créosote officinale et la variabilité des produits accessoires; tantôt elles sont relativement chargées d’acide phénique, tantôt elles renferment seulement un grand excès de phénols supérieurs et de leurs dérivés, d’autres fois l’acide phénique et ces phénols s’ajoutent à la créosote officinale.

Vaut-il donc mieux recourir exclusivement à l’emploi d’un corps chimiquement défini, comme le gaïacol — méthylpyrocatéchine — puisqu’il constitue la (majeure partie de la créosote officinale'^ C’est un point que nous examinerons plus loin. Mais si l’on veut s’en tenir à la créosote, il faut, pour compter sur un effet thérapeutique constant, ne faire usage que d’un mélange de composition toujours identique.

Pour réaliser cette condition, on prépare aujourd'hui une créosote officinale d’après les exigences du Codex, et on l’appelle créosote alpha pour la distinguer des prétendues créosotes officinales du commerce.

Bouchard, le promoteur du traitement de la phtisie par la créosote, trace ^insi son histoire thérapeutique.

Beichenbach, en 1850, avait signalé les propriétés coagulante et astringente de la créosote et avait proposé de l’appliquer à la thérapeutique des hémorrJiagies, de la diarrhée, accidents qui sont fréquents chez les phtisiques. Après avoir été employée contre les accidents de la phtisie, la créosote le fut contre ila phtisie elle-même. Elle compta d’abord des succès; elle eut de la vogue en Allemagne, en Angleterre, en France. Mais Martin-Solon présenta à l’Académie de médecine un rapport défavorable sur ce médicament; Orfila prétendit que 2 grammes de créosote suffisent à tuer un chien, ce qui est vrai si l’on donne la créosote en nature par le tube digestif, car alors elle détermine une gastroentérite par son action caustique; ce qui est faux, si l’on donne la même dose

Acide phénique iiassarit à la distillation à 182 degrés.

Gaïacol

Crésylol

Créosol

Phlorol

MÉDICAMENTS RÉPUTÉS BACILLICIDES. 775

en soluUon élendue, surtout en solution dans l'huile. La créosote fut alors abandonnée.

Lorsqu’on 187d Bouchard et Gimbert voulurent à nouveau expérimenter la créosote, il ne s’en trouvait pas 1 gramme dans les pharmacies; ce qu’on vendait sous ce nom n’était que de l’acide pliénique impur. Bouchard en fit fabriquer suivant la formule de Beichenhach ; il étudia sa toxicité sur l'animal, ses effets physiologiques sur l’homme, et il commença avec Gimbert ses essais thérapeutiques.

La créosote est un antiseptique général puissant. Elle est en outre une des rares substances qui entravent la végétation du bacille de la tuberculose dans les cultures (Guttmann, Pilatte, Bouchard, Coze et Simon, etc.). D’après Bouchard, elle pourrait même guérir la tuberculose inoculée à l’animal.

Bouchard a déterminé son pouvoir toxique ; par l’injection intra-veineuse d’une solution dans l’eau alcoolisée à il faut 17 millimètres cubes de créosote par kilogramme pour tuer un lapin ; par l’injection sous-cutanée d'une solution huileuse de créosote, il faut pour tuer un kilogramme d’animal une dose 19 fois plus forte. On peut sans danger injecter tous les jours à un lapin ‘■2b millimètres cubes par kilogramme en solution huileuse au quart. Cette dose quotidienne, qui est sans danger pour l’animal, équivaut à 15 grammes pour un homme de CO kilogrammes. Or, chez l'homme. Bouchard ne prescrit jamais plus de 5 grammes de créosote par jour.

Quand on donne aux animaux des doses non mortelles, le seul phénomène qu’on observe est un ralentissement de la respiration ; le chiffre des respirations tombe de 80 à 10 par minute; on note parfois des pauses respiratoires longues et inquiétantes. Bouchard avait déjà noté ce ralentissement de la respiration chez l’homme.

Ghez l’homme sain, avec les doses thérapeutiques ^on n’observe aucune action sur la circulation, la nutrition, et la calorification. La proportion d'urée, d’acide phosphorique dans l’urine, reste la même; l’acide urique diminue seul. Une fois absorbée et répandue dans l’organisme, la créosote en sort principalement par les poumons et les reins, comme l’indiquent, en cas d'absorption à doses toxiques, la polyurie, la dysurie, la coloration brune de l’urine d’une part, et l’excitation bronchique avec hypérémie et odeur créosotée de l’haleimd’autre part. Gertains malades, après ingestion de la créosote, éprouvent dans la bouche la saveur du médicament, ce qui semble prouver que la créosote s'élimine aussi par les glandes salivaires. ]\Iais, en somme, la question de l’élimination de la créosote et celle de ses transformations dans l'organisme sont encore peu connues.

Bouchard et Gimbert ayant administré la créosote à des phtisiques constatèrent chez la j)lupart une diminution de l’expectoration et de la toux, le retour de l’appétit, la disparilion de la fièvre et des sueurs et le relèvement des forces; en même temps les signes physiques s’amélioraient. Sur 95 phtisiques, ils obtinrent 25 guérisons apparentes, 29 améliorations, 18 insuccès, 21 morts. Les faits signalés par Bouchard et Gimbert ont été vérifiés par presque tous les auteurs qui ont employé la créosote. En Allemagne, en particulier, Sommerbrodt et Eràntzel ont reconnu les bons effets de ce remède. On peut

PHTISIE PULMONAIRE

administrer la créosote par la voie stomacale, par la voie rectale, par la voie bi’onchique, par la voie dermique et par la voie hypodermique.

g 15. Créosote par la voie stomacale. — Posons d’abord en principe qu’il ne paraît pas nécessaire de faire pénétrer dans l’organisme du phtisique plus de 2 gi'ammes de créosote par jour; mais ajoutons que, pour obtenir des effets appréciables, il faut donner une dose quotidienne d’au moins 1 gramme du médicament. La dose de créosote doit donc être, à notre sens, de 1 à 2 grammes par jour.

Pour administrer la créosote par la voie stomacale. Bouchard conseille les formules suivantes :

Pilules ; 1“ Créosote de hêtre 10 grammes.

Poudre de savon amygdalin séchée à Tétin e. 25 —

Divisez en 100 pilules; prendre, 8 à 10 pilules par jour, ce qui fait de 0f,80 à 1 gramme de créosote.

2° Créosote de hêtre 4 grammes.

Baume de Tolu 7 —

Térébcntliine de mélèze 1 —

Acide benzoïque O. S.

Divisez en 80 pilules; prendre 10 pilules par jour, ce qui fait O^qoO de créosote i)ar jour.

La forme pilulaire ne nous a pas paru très favorable ; il arrive souvent que les pilules traversent le tube digestif comme un corps étranger. Il vaut mieux se servir des solutions (huileuses ou alcooliques).

Solutions: 1“ Créosote de hêtre 50 grammes.

Huile de foie de morue O. S. jiour 1 litre.

1 ou 2 cuillerées matin et soir; chaque cuillerée contient 0;%75 de créosote.

On a remplacé l’huile de foie de morue qui peut inspirer du dégoût par Thuile de faines ou par la glycérine. On peut aussi inclure Thuile de foie de morue créosotéc dans des capsules.

2» Créosote ISsqôO

Teinture de gentiane 50 grammes.

Alcool à 80“ 250 —

Vin de Malaga O. S. pour 1 litre.

1 cuillerée à soupe renferme 0«'',20 de créosote. On en doit administrer 5 ou 6 par jour; chaque fois la solution doit être délayée dans une certaine quantité d’eau ; sans cela elle est irritante pour Testomac.

Rosenthal a proposé d’administrer la créosote sous forme (.Veau minérale : voici sa formule :

Eau gazeuse 970 grammes.

Cognac 50 —

Créosote 0«',00 à 1«',20.

On prescrit d’abord un sixième, puis un tiers, puis la moitié d’un litre après chaque repds.

Tout récemment, Chaumier (de Tours) a préconisé le carbonate de créosote, préparation qui serait parfaitement tolérée par l’estomac, et dont on peut administrer, tous les jours, sans aucun inconvénient, 5 grammes et plus. Chaumier préfère le cai’bonate de créosote au carbonate de gaïacol, qu’on a proposé aussi de substituer au gaïacol, ainsi que nous le dirons plus loin.

g 16. Créosote par la voie rectale. — L’introduction de la créosote par la voie rectale a été érigée en méthode systématique par Revillet (').

(') Se®!-, médicale, 1891, p. 263, n” 55.

MÉDICAMENTS RÉPUTÉS BACILLICIDES.

Revillet conseille de formuler ainsi le lavement créosote :

Eau . 200 grammes.

Créosote pure de goudron de hêtre . 2 à 4 —

Huile d’amandes douces 25 —

Jaune d’œuf n“ 1.

On commence par faire dissoudre la créosote dans l’huile; on émulsionne ensuite avec le jaune d’œuf. On obtient ainsi un liquide bien lié, homogène, d’apparence laiteuse et de coloration jaunâtre. Si l’on veut que l’émulsion soit plus fine, on peut ajouter, avant de verser de l’eau, quelques centigrammes de gomme adragante. Revillet emploie de préférence l’huile d’amandes douces parce qu’elle dissout parfaitement la créosote, parce qu’elle ne cause pas de coliques, et qu’elle contient des matières grasses, qui constituent un adjuvant non à dédaigner dans la suralimentation du tuberculeux. Le lavement est pris ordinairement le soir, avant de se coucher; il est mieux conservé la nuit que dans le jour, oii le malade est exposé à faire des efforts. Les premières fois, il faut au préalable débarrasser l’intestin par un lavement d’eau tiède ; au bout de quelques jours, il n'est plus nécessaire de recourir à cette précaidion. Après le lavement, les signes de l’absorption se manifestent rapidement; le malade a presque instantanément le goût de la créosote dans la bouche et les urines deviennent d’un noir verdâtre. La créosote, administrée en lavement, est donc parfaitement absorbée.

Le D*’ Chabaud administre aussi la créosote en lavement, mais sous forme d’eau créosotée préparée de la façon suivante. La créosote pare se dissout dans l’eau à 13°, dans la proportion de 1 gramme (ou 40 gouttes environ) pour 100 grammes d’eau. C’est cette solubilité plus grande de la créosote rectiliée qui permet d’employer l’eau simple comme véhicule. On peut donc formuler :

CréosoLe reclifiée de goudron de hêtre. . . 1 à 5 grammes.

Eau distillée 100 à 300 —

Mêlez. — Agiter avant <lc s’eri servi)-.

On emploie l’eau à la température ambiante en été et légèrement chauffée en hiver. Si l’on désire avoir moins de véhicule et plus de remède actif, afin de diminuer la réplétion intestinale, il suffit d’ajouter un peu d’alcool, qui augmetde de beaucoup la solubilité de la créosote, et l’on formule ainsi :

Créosote rectifiée 5 grammes.

Cognac 10 —

E;ui ilistilléc 200 —

Mêlez. — Agiter avant île s’cii servit-.

On peut donner, suivant les indications, deux ou trois lavements dans la journée, et l’on voit quelles doses énormes de créosote peuvent être ainsi absorbées. Jamais M. Chabaud n’a observé ni douleur ni colique ; le lavement est aussi bien toléré qu’un lavement ordinaire.

Le D'’ Guiter recommande aussi vivement ce mode d’administration de la créosote. L’eau créosotée saturée, dit-il, est parfaitement tolérée par le rectum et intégralement absorbée; le malade peut préparer lui-même la solution ; 18 gouttes, c’est-à-dire 1 gramme de créosote (o3 à 34 gouttes avec le compte-

PHTISIE PULMONAIRE

gouttes de pharmacie), se dissolvent entièrement dans 120 grammes d’eau tiède. Ces lavements peuvent être répétés 2 à a fois par jour, après évacuation naturelle ou provoquée de l’intestin.

M. Kugler a préparé des suppositoires creux renfermant 50 centigrammes à i gramme de créosote, et que le malade peut s’introduire lui-même dans le rectum. Ce perfectionnement simplifierait beaucoup l’emploi thérapeutique de la créosote introduite par la voie rectale. D’après l’auteur, on pourrait administrer ainsi 2 grammes de créosote par jour sans déterminer d’irritation rectale, et sans |)rovoquer de la diarrhée ou de l’entérite.

Nous avons employé plusieurs fois les lavements créosotés suivant la formule de Revillet, et nous avons été surpris de la parfaite tolérance du rectum pour celte médication, et aussi de l'absorption rapide et sûre de la créosote. La voie rectale nous paraît la meilleure pour administrer la créosote.

§ 17. Créosote en inhalations, en pulvérisation, en injections trachéales ou intrapulmonaires. — Les iahcd citions de vapeur de goudron ou de créosote ont été employées par Crichlon (1825) et Hufeland (1825) contre la phtisie. Au début, on faisait évaporer la créosote au-dessus d’une lampe, et le malade en respirait les vapeurs. Aujourd’hui, on se sert d’appareils inhalateurs. Le plus simple est le classique flacon à deux tubulures, dont l’un des tubes plonge dans la créosote en solution hydro-alcoolique à 10 pour 100, et dont l’autre, (pii ne plonge pas, sert à l’aspiration. Ces inhalations sont vivement recommandées par C. Paul. Elles ne nous ont donné que des résultats fort incertains.

Tapret a conseillé les pulvérisations de créosote; un pulvérisateur à vapeur répand dans la chambre du malade, pendant plusieurs heures, la solution suivante ;

Ci’cosoLc K) grammes.

Alcool 200 -

Glycénliic 20 —

Eau 770 —

Mais Tapret paraît avoir abandonné ce mode de traitement pour le remplacer par les inhalations de vapeur créosoiées sous pression. Par les inhalations simples et par les pulvérisations, il est rare en effet que le remède pénètre dans les profondeurs du poumon et soit absorbé en quantité suffisante. Les inhalations sous pression ont été employées par Tapret pour répondre à ces (fesîV/eruia. Dans une cloche de 12 mètres cubes où le malade est placé, on comprime l’air à un tiers ou une moitié d’atmosphère; l’air, avant d’être poussé dans la cloche à l’aide d’une pompe foulante, traverse un barboteur contenant 5 litres de créosote, puis un autoclave rempli de copeaux de hêtre imbibés de créosote. Les malades restent chaque jour dans la cloche pendant 4 heures. Tapret se loue beaucoup des résultats de cette méthode, et G. Sée, qui s’en est servi en 1891, en a retiré de très bons effets. La nouvelle méthode de Tapret et G. Sée présente l’avantage de faire absorber la créosote plus sûrement que par les inhalations ou les pulvérisations simples; et elle joint les elfets bienfaisants de la pneumothérapie à ceux de l’antisepsie respiratoire. Nous avons vu à riiôpital Necker des phtisiques qui avaient été soignés par Tapret, à l’hôpital Saint-Antoine des malades qui déclaraient avoir été très améliorés par cette

MÉDICAMENTS RÉPUTÉS BACILLIGIDES.

médication et qui attribuaient leur rechute à ce qu’ils avaient cessé trop tôt de s’y soumettre.

On a essayé aussi les injections inira trachéales d’huile créosotée. Dor a pratiqué deux l'ois par jour une injection de 2 grammes d’une solution créosotée à 20 pour 100. Les résultats obtenus n’ont pas été très favorables.

On a employé enfin les injections intrapuimonaires de créosote ; Lépine et Truc se sont servis à cet usage de solutions de créosote dans l'alcool à 00" (à 2 ou 4 pour 100) ; ils injectaient chaque fois 1 à 2 centimètres cubes. Les résultats ont été à peu près nuis.

§ 18. Créosote par la voie cutanée. — V. Gilbert a recommandé les frictions créosotées sur toute la partie supérieure du tronc avec la pommade suivante :

Daremberg s’est bien trouvé de ce mode d’administration.

§ 19. Créosote par la voie hypodermique. — La voie sous-cutanée est regardée aujourd’hui par quelques auteurs comme la plus sûre pour faire absorber toutes les substances réputées bacillicides. Déclat préconise depuis longtemps les injections sous-cutanées d’acide phénique; Roussel injecte des solutions huileuses d’eucalyptol iodoformé, d’cucalyptol pur, d’eucalyptol gaïacolé. Gimbert conseille les injections d’huile créosotée, et sa pratique a été le point de départ de la méthode que nous allons étudier.

Dans la méthode de Gimbert, ce n'est pas seulement la voie d’administration qui est spéciale, c’est aussi la dose considéredde de créosote qu’il injecte. Gimbert se sert de la solution dans l'huile d'olive au quinzième et introduit, de préférence sous la peau du thorax, par une seide piqûre, de 10 à fiO centimètres cubes de cette solution. Cette injection, (jui se fait sans secousse et avec une extrême lenteur, à l’aide d’itn appareil, à pression d'air, serait fort peu douloureuse et ne provoquerait pas d’accidents. Rurlureaux a surenchéri encore, et, à l’aide d’un appareil spécial imaginé par lui, il a injecté jusqu’à 0 grammes et plus de créosote par une seule piqûre. Guiter a fait aussi de très nombreuses et très copieuses injections d’huile créosotée avec la petite seringue de Roux, de 2 à 4 centimètres cubes, doni le piston en moelle de sureau et le corps de pompe en verre se stérilisent aisément par une courte ébullition dans l’eau. D’ailleurs, quel que soit l’appareil (pi’on emploie, toutes les précautions antiseptiques doivent être prises; à cette condition seulement on évitera de ])rovoquer un phlegmon au niveau de la picjûre. L’huile d’olive employée doit être lavée à l’alcool, puis stérilisée par la chaleur; la créosote doit être pure et remplir les conditions que nous avons indiquées; l'appareil à injection doit être soigneusement stérilisé; les mains de l'opérateur doivent être très propres; la peau du patient doit être désinfectée à l’aide de l'alcool naphtolé ou d’une autre solution antisepticpie ('). On doit d'abord enfoncer l’aiguille seule, et s’assurer,

(') Les injections sous-cutonées d'huile créosolée sont douloureuses si la solution est

Créosote Lanoline Axonge .

5 grannnes.

Huile d’olive

PHTISIE PULMONAIRE

par le défaut d’écoulement sanguin, qu’elle n’a pas pénétré dans une veine; c’est le seul moyen d’éviter les embolies huileuses qui ont été observées deux fois et qui ont été suivies de mort dans un cas.

L’opinion de la très grande majorité des médecins reste hésitante sur la valeur de ce nouveau mode de traitement. L’injection sous-cutanée d’une forte dose d’huile créosotée abaisse momentanément la température, puis souvent celle-ci remonte violemment quelques heures après. « Lorsque, sous l’influence de l'injection, dit Gimbert, naît un accès, c’est qu’il est le résultat d’une action thérapeuti(jue. » A quoi Daremberg répond ; « Pour qu’une médication de la tubercijlose soit acceptable, il faut tout d’abord qu’elle ne détermine pas d’accès de fièvre même thérapeutique. On a abandonné la tuberculine de Koch parce qu'elle provoquait la fièvre, on devra abandonner les injections de créosote à hautes doses toutes les fois qu’elles provoqueront de la fièvre. »

Burlureaux a été frappé de ce fait que certains phtisiques supportent bien la créosote, même à très haute dose, et que d’autres présentent de l’intolérance, même pour de petites doses, soit dès le début, soit pendant la durée du traitement. Burlureaux condamne tout phtisique qui supporte mal la créosote; il reconnaît l’intolérance des malades aux signes suivants :

1“ En général, le fait de percevoir la saveur de créosote pendant longtemps, surtout après avoir reçu des doses relativement minimes, est un indice d’intolérance; ce signe n’a d’ailleurs qu’une valeur secondaire, surtout quand il est isolé.

2“ L’apparition des urines noires, si elle ne survient qu’accidentellement, ou à la suite de très fortes doses, n’a aucune valeur pronostique, et n’indique en rien l'intolérance. Mais si les malades ont des urines noires et surtout très noires avec des doses minimes de médicament, et d'une façon fréquente, le médecin doit faire des réserves et être prudent dans sa thérapeutique.

o° L’apparition de vertiges, d’ivresse, voire même de torpeur, avec anéantissement général, impossibilité d’associer deux idées, n’indique pas l’intolérance; ces phénomènes sont d’ailleurs rares : ils ne durent que quelques jours chez le même malade.

¥ La sueur survient fréquemment au début du traitement, immédiatement à la suite des injections; elle est quelquefois profuse, durant sept ou huit heures. Si ce phénomène survient isolément sans être accompagné de ceux dont il va être question, il n’a pas grande valeur pronostique, et n’indique pas l’intolérance, mais il est rare qu’il survienne isolément. Le plus souvent il s’accompagne d’une poussée fébrile, et alors deux cas peuvent se présenter. Ou bien la fièvre n’est guère perceptible qu’au thermomètre, l’état général n’est pas altéré, et il faut alors continuer le traitement, abaisser au besoin les doses

trop concentrée. On peut cependant éviter la douleur provoquée par des solutions fortes en les additionnant de cocaïne, suivant la formule de A. Josias:

Huile d’olive pure stérilisée. . . 8 centimètres cubes.

Cocaïne 0-%01.

Créosote pure de hêtre 1 gramme.

On injecte ce mélange en une seule séance; on praticpic ces injections tous les dcu.x jours pendant deux mois et on les reprend ensuite après un repos plus ou moins prolongé.

MÉDICAMENTS RÉPUTÉS BACILLICIDES.

et la tolérance finit par s’établir. On bien les sueurs s’accompagnent d'un malaise avec frisson violent, céphalée et sentiment de refroidissement; les extrémités sont glacées, la respiration ralentie, le pouls petit ; le tableau est celui de la forme algide de la fièvre pernicieuse. La crise ne dure guère, que trois quarts d’heure et est suivie souvent d’un grand état de bien-être. Malgré cela il faut renoncer en pareil cas au médicament, ou tout au moins tâtonner à des doses beaucoup plus faibles.

Guiter, qui a fait une remarquable étude sur la médication par la créosote à haute dose, conclut que les tuberculeux torpides et apyrétiques la tolèrent bien et en retirent un très réel bénéfice; et il ajoute « que la marche fébrile de la tuberculose constitue dans la grande majorité des cas une contre-indication des pins sérieuses au traitement créosote; que, si raccoutumance peut être recherchée dans ces cas avec la plus grande prudence, elle est rarement obtenue, que les accidents sont fréquents et doivent être connus et qn'on ne peut alors passer outre sans mettre rapidement la vie des malades en péril ». Ainsi, pour Guiter, les malades qui présentent les signes d’intolérance sont ceux qui ont de la fièvre; nous revenons par un détour à cette loi que nous nous sommes déjà efforcé de mettre en lumière, à savoir que les plüisies apyrétiques sont relativement bénignes et se trouvent bien de la plupart des médications, et que les phtisies toujours fébriles sont habituellement rebelles à tout traitement et entraînent fatalement la mort.

A l’heure actuelle, cette discussion sur la valeur des injections sous-cutanées de créosote a un peu perdu de son intérêt. La voie rectale est un moyen aussi sûr que la voie sous-cutanée pour faire absorber de hautes doses de créosote; le lavement ne nécessite pas l'appareil instrumental de l’injection sous-cntanée ; le malade peut le préparer et le prendre sans l’intervention d’un tiers; ce sont là de réels avantages. D’ailleurs, tout ce que nous avons dit de la tolérance ou de l’intolérance des malades à l’égard des fortes doses du remède, peut s’appliquer aussi bien à la créosote absorbée par le rectum qu'à la créosote absorbée par l’hypoderme.

§ 20. Mode d’action de la créosote. — Le mode d’action de la créosote sur les lésions tubercnleuses du poumon est assez complexe. Ce serait une erreur de croire que ce remède n'agit que par son pouvoir antibacillaire. Ce pouvoir antibacillaire est faible. La créosote nous paraît avoir une action bien plus énergique sur les microbes des infections secondaires qui sont ordinairement associés an bacille de la tuberculose. A ce i^oint de vue, elle agit comme le plus puissant des balsamiques; sous son influence, on voit diminuer la toux et l’expectoration et les râles bullaires deviennent moins abondants. En outre, la créosote, mal tolérée par quelques phtisiques, exerce sur d’autres une action stomachique qui a été constatée par Walshe, Hopmann, Klemperer, Peter et nons-même; elle réveille l’appétit et diminue les douleurs qui suivent l’ingestion des aliments. Cette action stomachique ajoute ses bons effets à ceux de l’amélioration de la lésion pulmonaire. Peter et Ferrand expliquent le mode d’action de la créosote d’une manière un peu spéciale ; pour eux, l’élimination dn remède par les poumons amène an niveau des tissus qu’elle traverse un état inflammatoire simple qui se substitue au catarrhe spécifique et finit par le faire disparaître. Et Peter ajoute que l’emploi de la créosote est peut-être

PHTISIE PULMONAIRE

plus utile pour protéger les tissus sains que pour guérir ceux qui sont déjà envahis par la tuberculose. Guiter admet de son côté que la créosote agit bien plus comme un irritant favorisant la sclérose curatrice que comme un antimicrobien.

§ 21. Indications et contre-indications de la créosote. — Quoi qu’il en soit de ce mode d’action, la créosote est, comme le dit Bouchard, le moins mauvais des remèdes proposés contre la tuberculose. Doit-on l’administrer à tous les phtisiques? — On peut toujours, quand on soigne un phtisique pour la première fois, lui administrer la créosote à doses faibles et croissantes pour tâter sa susceptibilité. Les phtisiques fébriles la supportent en général très mal, et sont obligés d’en cesser l’usage au bout de très peu de jours. Mais cette règle n’est pas absolue : nous connaissons des cas où la créosote a pu être tolérée par des tuberculeux fébricitants qu’elle a beaucoup améliorés; dans ces cas, on doit ordinairement administrer des doses faibles, inférieures à 1 gramme.

Les phtisiques toujours apyrétiques, ou même les phtisiques chez lesquels la tièvre est inconstante et revient sous forme de crises séparées par un intervalle apyrétique plus ou moins long, supportent en général très bien la créosote. Cependant il y a d’assez nombreuses exceptions à cette règle. Quand les phénomènes d’intolérance se manifestent, il ne faut pas hésiter à abandonner l’usage de ce médicament. La tolérance des malades étant reconnue, il faut élever les doses à D‘,50 ou 2 grammes par jour; le remède sera administré d’abord par la voie stomacale, et de préférence sous forme de solution alcoolique; mais si l’estomac le supporte mal, ce qui arrive assez fréquemment, on le fera prendre }>ar la voie rectale, qui est excellente, ainsi que nous l’avons dit.

Dans la phtisie fd^reuse, il faut choisir les inhalations de vapeurs créosotées sous pression, parce que les bons effets de l’air comprimé se joindront à -ceux des vapeurs créosotées.

D’après quelques auteurs, les hémoptysies, la diarrhée et l’albuminurie sont des contre-indications à l’iisagé de la créosote. Mais, d’après Bouchard, aucun de ces trois symptômes n’est influencé, ni en bien ni en mal, par ce remède; et aucun d’eux ne constitue une contre-indication. En ce qui concerne la diarrhée, nous avons observé des phtisiques chez lesquels elle disparaissait sous l’inlluence des lavements créosotés.

Les effets de la médication créosotée sur les phtisiques qui la tolèrent bien sont très variables. Chez les uns, son effet est absolument nul. Chez d’autres, elle donne une amélioration manifeste des troubles fonctionnels et de l’état général, mais elle ne modifie en rien ni les signes physiques, ni le nombre des bacilles des crachats; chez ceux-ci l’amélioration obtenue ne persiste pas. Chez d’autres, enfin, la créosote a un effet curateur indéniahle : elle diminue la toux, l’expectoration, le nombre des bacilles des crachats, modifie les signes physiques, supprime la fièvre et les sueurs et améliore considérablement l’état général.

g 22. Ga’iacol. — L’instabilité de composition de la créosote a conduit à la remplacer par le gaïacol(‘). Le gaïacol fut isolé pour la première fois par (*)

(*) De.m.\his, InjccUons hypodermiques de gaïacol iodoformé dans le traitement de la tuberculose jiulmonaire ; Thèse de Paris, 1891 (sous rins])iration de ]\I. Ferrand). — M. An- GiiELOvici, Des divers traitements de la tuberculose et du gaïacol en particulier; Thèse ae Paris, 1891 (sous l’inspiration de M. Peter).

MÉDICAMENTS RÉPUTÉS BACILLICIDES.

Sainte-Claire Deville dans la distillation de la résine de gaïac. Il est un des principaux constituants de la créosote rectifiée et il en est considéré comme le principe actif par Sahli. Or cette dernière assertion est contestable et a été contestée par Main('). Le gaïacol a été employé à la place de la créosote par Bourget (de Genève), Friintzel, Labadie-Lagrave, Jumon, Picot (de Bordeaux), Pignol et Diamantberger, etc. Toutes les formules pharmaceutiques applicables à la créosote peuvent servir pour le gaïacol, qui se donne aux mômes doses. Mais les auteurs précédents conseillent presque tous d’administrer le gaïacol en injections hypodermiques; presque tous aussi l’associent, nous ne savons trop pourquoi, à l’iodoforme.

Formule de Picot.

Gaïacol pur 2s%à0.

lodoformc ()ï%.àO.

Huile d’olive stérilisée. ,

Vaseline liquide 1 cubes.

On débute pai- une injection de I centimètre cube jiendant quatre jours, puis 2 centimètres cubes. Au bout de quelques jours on injecte 5 centimètres culjes.

Formule de Diamantberger .

Gaïacol i)ur 23 grammes.

Huile d’amandes douces stérilisée à l’étuve. . 25 —

Ghlorbydrate de cocaïne 0*q50.

Pour éviter les réactions trop fortes, (jue l’on l'emarque au début du traitement, on débute par une denii-seringue tous les deux jours pendant une ou deux semaines, [mis une demi-seringue tous les jours; ensuite une seringue tous les deux jours, puis tous les jours. La tolérance est rapidement obtenue.

Nous avons observé, dans le service de Peler, des malades traités avec une formule analogue à celle de Picot. Les résultats nous ont paru fort médiocres. De plus, les malades, après chaque injection, éprouvaient un malaise général et présentaient des sueurs extrêmement abondantes.

En somme, il ne nous paraît pas prouvé que le gaïacol soit supérieur à la créosote.

g 2Ô. Autres dérivés de la créosote. — B. Seifert et F. Ilolscher prétendent que le gaïacol lui-même est souvent impur et proposent de le remplacer par le carbonate de gaïacol, dont ils ont administré par la voie gastrique, sous forme de poudre, jusqu’à 6 grammes par jour.

Walzer propose le benzoyl-gaïacol, produit cristallin de la combinaison de l’acide benzoïque et du gaïacol ; il administre cette substance par la voie [gastrique sous forme de poudre, et pousse les doses jusqu’à 5 grammes par jour.

Haas conseille enfin le styracol, éther cinnamique du gaïacol.

Ces trois produits auraient l’avantage d’être insipides et d’être très bien tolérés par l’estomac.

g ‘ii. Essences volatiles et substances balsamiques. — Les propriétés antiseptiques des essences volatiles sont connues depuis l’antiquité; de nos jours elles ont été démontrées expérimentalement par Jalan de la Croix (1881), par Chamberland (1888), par Bouchard (1889), par Cadéac et A. Meunier (1889). Comme la plupart de ces essences, introduites dans l’or-

p) Bull. rjén. de thérapeutique, 15 mars 1892.

ganisme, ont. la propriété de s’éliminer en partie par les voies respiratoires, il est tout naturel de supposer qu’elles peuvent avoir une action favorable sur la tuberculose du poumon. Cette supposition est confirmée par les recherches de Freudenreich ; cet auteur a constaté que, pour empêcher la germination du bacille de la tuberculose, il suffit de placer les tubes à culture dans des bocaux renfermant "20 gouttes d’une des essences suivantes : essence de cannelle, essence de Wintergreen, essence de romarin, essence de menthe, essence d’origan, essence de thym, essence de géranium, essence de lavande, essence d’angélique, essence d’eucalyptus.

Les essences ne peuvent guère être administrées par la voie gastrique ; elles sont en général mal tolérées par l’estomac. Néanmoins, quelques médecins prescrivent encore dans la phtisie des capsules d'essence de térébenthine-, G. Sée recommande la terpine-, Eichhorst a employé l'essence de myrte ou. myrtol, qu’il administre à la dose de 2 ou .3 capsules renfermant chacune 15 centigrammes.

C’est surtout par la voie sous-cutanée, ou à l’aide des inhalations, qu’on doit administrer les essences.

Roussel (de Genève) s’est fait le promoteur des injections sous-cutanées d'eiccalyptol, produit extrait de l’essence d’eucalyptus, qu’on fait dissoudre dans les huiles végétales ou la vaseline liquide; la dose journalière doit être de 0»'q25 à de substance active. Le même auteur ordonne l'essence

d’eucalyptus en inhalations de vapeur sèche. Son appareil évaporateur se compose d’un Ijain-marie dans lequel plonge un tube de verre; ce tube est rempli de sable grossier; on y verse de l’essence brute d’eucalyptus, qui, divisée par le sable et chauffée par l’eau, fournit une grande quantité de vapeurs. La confiance de Roussel dans les vertus antituberculeuses de l’eucalyptus est d’ailleurs telle qu’il associe ordiuairement les injections d’eucalyptol aux inhalations d’essence, et qu’il conseille en outre au malade de boire des infusions de feuilles sèches d’eucalyptus, mélangées avec du lait.

G. Daremberg conseille de faire évaporer dans la chambre du phtisique, au moment de la fonte tuberculeuse, de l’eau contenant quelques gouttes d’essence de cannelle.

Dellhil introduit dans un flacon inhalateur de la capacité d’un litre le liquide

suivant :

Essence de térél^enlhine 550 grammes.

Essence d’aspic 100

lodolorme on iodol 8 à 10 -

Elliei' sulfurique 20 —

R conseille au malade de faire plusieurs inhalations i>ar jour, chaque séance devant durer 15 à 20 minutes.

Onimus a proposé de faire respirer aux phtisiques des essences évaporées sur de la mousse de platine incandescente ; on remplit une lampe à alcool, dont la mèche est entourée à son extrémité libre d’un mince manchon de platine perforé, avec de l’alcool absolu additionné d’essence de thym ou d'essence de girofle ; on allume un instant la lampe, puis on éteint la flamme; la mousse de platine reste incandescente et l’essence s’évapore constamment avec une extrême intensité; il se dégage aussi une certaine quantité d’ozone. L’appareil d’Oni-

MÉDICAMENTS RÉPUTÉS BACILLICIDES. 785

mus, placé dans une chambre de malade, supprime avec rapidité toute mauvaise odeur.

L. Braddon a employé les inhalations d’essence de menthe, et Rosenberg a préconisé le menthol, produit retiré de l’essence de menthe poivrée du Japon. Le menthol a été administré à l’intérieur à la dose quotidienne de 10 à 15 centigrammes, en injections intra-trachéales d'une solution huileuse à J/5, en inhalations, et en injections intra-pulmonaires.

Berlioz et Spillmann n’ont obtenu aucun résultat avec un produit retiré de l’essence de thym, le thymol, administré par la voie gastrique, par injections sous-cutanées ou intra-pulmonaires.

Alexander, Huchard et Faure-Miller ont retiré d’assez bons effets des injections sous-cutanées d’huile camphrée au 1/10 ou au 1/4. On injecte "2 grammes de la solution tous les jours pendant quatre ou cinq jours, puis on interrompt le traitement pendant quelques jours pour éviter les phénomènes d’intolérance.

Il faut rapprocher des essences les corps désignés sous le nom de baumes et dont la caractéristique est de contenir de l’acide benzoïque ou de l’acide cinnamique.

Landerer a préconisé des injections sous-cutanées de baume du l^érou en émulsion, puis des injections intra-veineuses à'acide cinnamique. Quelques médecins étrangers affirment avoir retiré de bons résultats de l’emploi de ces remèdes.

h'acide benzoïque, le benzoate de soude, ont été vantés comme des spécifiques par Rokitauski (d’Innsbruck) ; ou a employé surtout les inhalai ious de l>euzoate de soude dissous dans l’eau ; sous cette forme le médicament n’a pas réussi; et on l’a complètement abandonné. Peut-être est-ce un tort; le benzoate de soude n’est pas un spécifique de la tuberculose, mais, administré à l'intérieur aux doses de 5 ou 4 grammes par jour chez l’eufaut, de (5 à 10 grammes chez l’adulte, il nous a rendu des services comme balsami(jue. Il faut, comme l’a ditRuaull, employer le benzoate de soude dont l’acide benzoïque est extrait du benjoin; il faut repousser l’acide benzoïque qui provient de la transformation de l’acide hippurique et delà naphtaline. De Souza a préconisé récemment les inhalations de benzoate d'éthyle.

Nous avons employé la plupart des médicaments que nous venons d'énumérer. Ils ne modifient pas le processus bacillaire, mais ils diminuent l’expecloration et ils améliorent la bronchite infectieuse non spécifique concomitante, ce qui permel de penser que, s’ils u’agissent pas sur le bacille de la tuberculose, ils ont une réelle action sur les microljes des infections secondaires. En ce (pii concerne le meilleur mode d’administration des essences, nous pensons que l’appareil d’Onimus, d’un maniement simple et commode, est appelé à rendre de réels services.

25. Soufre. — Niepee et Pilatte ont attribué une action liacillicide à Vacide sulfhydrique, et Bergeon, s’inspirant d’une découverte de Cl. Bernard, a eu l’idée de faire absorber ce gaz [lar le rectum. Cl. Bernard a démontré que l’acide sulfhydrique injecté [lar le rectum est éliminé par le poumon. Bergeon,

TnAITÉ DE MÉDECINE. — IV. 50

PHTISIE PULMONAIRE

pour ne pas irriter le rectum, mélangea l’hydrogène sulfuré au gaz acide carbonique, (lui, lui aussi, est absorbé par l’intestin et éliminé par les voies respiratoires. Il fit absorber deux fois par jour des lavements de quatre à cinq litres d’acide carbonique ayant barboté dans 500 grammes d’Eaux-Bonnes ou d’eau de Cauterets (source César). Le traitement de Bergeon n’offre aucun danger; il facilite l’expectoration, diminue la toux et augmente le sommeil ; mais les bacilles persistent dans les crachats; la fièvre, les sueurs nocturnes et les ulcères laryngés ne sont aucunement modifiés (G. Daremberg). Dujardin-Beaumetz et E. Weil pensent que c’est à l’acide carbonique que doivent être rapportés les résultats favoral)les des lavements gazeux; l’acide carbonique a une action sédative que les travaux de Brown-Séquard ont mise en lumière.

Kircher ayant avancé que les ouvriers des usines où se dégage de Yacide sulfureux ne deviennent jamais poitrinaires, eertains médeeins ont eonseillé de soumettre les phtisiques aux inhalations de ce gaz. On fait brûler dans une pièce close <le 5 à 20 grammes de soufre par mètre eube, et au bout de deux heures on y fait pénétrer le patient, qui y reste quatre heures. Dujardin-Beaumetz, qui a essayé eette méthode, n’en a retiré que des résultats médiocres.

Les eaux sulfureuses qui ont une faible minéralisation, les Eaux-Bonnes en particulier (*), ont été reeommandées chaudement par Pidoux contre la phtisie ; elles ont été accusées par Peter de provoquer des accidents graves, des hémoptysies redoutables, ou de transformer une phtisie apyrétique en une phtisie fébrile. Les eaux sulfureuses doivent, à notre sens, être très diserètement conseillées et administrées, et seulement pour les cas de phtisies bénignes, légères, torpides etsans fièvre. Les eaux sulfureuses n’ont aucune action sur le microbe de la tuberculose, mais elles diminuent le catarrhe bronchique concomitant et améliorent parfois la nutrition du phtisique. La médication comprend l’usage des bains sulfureux, l’ingestion à petites doses d’eau sulfureuse, et enfin les inhalations sulfureuses et le humage.

^ 26. Acide phénique. — Déelat a i)réconisé, il y a longtemps, les injections sous-cutanées d’une solution glycérinée d’acide phénique. Plus tard, elles furent employées par Filleau et Léon Petit, qui affirmèrent en avoir retiré de bons effets, en se servant de la solution suivante :

Eau distillée Ü5 grammes.

Glycérine neutre S —

Acide lihénique neigeux. . . 1 à 2 —

On injecte 100 gouttes de cette solution, tous les jours, tous les deux jours, toutes les semaines, suivant les indications.

Comme Schnitzler et Dujardin-Beaumetz, nous n’avons retiré nous-même aucun effet satisfaisant de la pratique de ces injections.

Dieulafoy a tenté sans sueeès des injections intra-pulmonaires d’acide phénique.

(>) Citons aussi les sources suivantes :

Eaux sulfurées sadiques chaudes-. Cauterets, Bagnères-de-Luclion, Saint-Honoré, Amélielas-Rains, Vernet.

Eaux sidfurées sadiques froides : Marlioz, Challes.

Eaux sulfurées calciques froides: Allevard, Enghien, Rierrefonds.

MÉDICAMENTS RÉPUTÉS BACILLICIDES.

Les inhalations d’acide phénique, préconisées par Burney-Yeo, Th. Williams et Rothe, nous ont paru diminuer la bronchite non spécifique qui accompagne ordinairement la phtisie.

g 27. Acide borique et borax. — E. Gaucher a montré que lorsqu’on fait absorber de l’acide borique à un phtisicjue, on retrouve des traces très appréciables de ce corps dans les produits de l’expectoration. D’autre part, il pense avoir rendu des lapins réfractaires à la tuberculose en leur faisant ingérer de l’acide borique. Aussi conseille-t-il d’administrer aux phtisiques de 1 à 4 grammes d’acide borique par jour par la voie gastrique (en cachets ou en solution à 5 pour 100, avec de la glycérine, à prendre au moment du repas). G. Daremberg a observé que l’acide borique est mal supporté par les phtisiques fébriles ou dyspeptiques. On pourrait essayer d’administrer le borate de soude ou le borate d’ammoniaque (Lashkevich).

On a essayé des inhalations de poudre de borate de soude (Canio et Fénoglio) ou des injections intra-pulmonaircs d’acide borique à 4 pour 100 (Frankel).

g 28. Tanin. — Le tanin, préconisé autrefois contre la phtisie par Woillez et Duboué (de Pau), a été retiré de l’oubli par Raymond et Arthaud. Les anciens croyaient que les effets favorables du tanin étaient dus à ce que cette substance rendait les tissus imputrescibles comme les cuirs; les modernes pensent que le tanin agit, soit parce qu’il précipite les alcaloïdes toxiques et les albumoses produites par la végétation du bacille, soit parce que, au moyen de l’acide gallique, il soustrait l’oxygène aux bacilles aérobies et le restitue aux hématies et aux tissus (Cuffer).

Viti de Marco, Hérard, G. Daremberg, Cuffer, Bondet (de Lyon), ont retiré de bons effets du tanin ou de l’acide gallique.

Arthaud l'ecommande d’administrer à des doses supérieures à 2 grammes par jour le tanin à l’alcool; ainsi, après chaque repas, il ordonne un verre à bordeaux du mélange suivant :

Tanin à l’alcool 20 grammes.

Glycérine l.àO —

Alcool 50 -

Vin de Ranynls 800 —

Aux enfants il prescrit, après chaque repas, un verre à bordeaux de la solution suivante :

Tanin à l’alcool 5 grammes.

Glycérine 50 —

Vin 1 litre.

Il conseille aussi le tanin sous forme de solution iodo-tannique :

1 lodnre de |iotassium 10 grammes.

( OM Teinture d’iode 5 —

Tanin 50 —

Glycérine 200 —

Alcool 50 —

Une cuillerée à soupe dans du vin deux ou trois fois par jour.

Arthaud pense que la médication par le tanin est surtout bienfaisante contre la tuberculose au début. Nous n’en avons retiré aucun résultat; il est vrai que nous l’avons essayé chez des phtisiques avérés.

phtisip: pulmonaire.

Luton a préconisé V extrait de noyer, qui agit probablement par le tanin qu’il renferme.

§ 29. Acide fluorhydrique. — L’acide fluorhydrique passait autrefois pour exercer sur les voies respiratoires une action corrosive sans pareille. C’était une erreur : dans les ateliers de gravure sur verre, aux cristalleries de Baccarat et de Saint-Louis, les ouvriers travaillent journellement au milieu d’abondantes vapeurs d’acide fluorhydrique sans en être incommodés. Il y a même plus : d'après Michaut, Didierjean, Bastien, Seiler et Garcin, les ouvriers phtisiques demandent cà passer dans les ateliers de gravure, car ils y respirent mieux et y sont notablement soulagés. Tel est le point de départ de la médication par l’acide fluorhydrique ou par d’autres composés du fluor.

Cette médication fut employée pour la première fois, en 186(‘), par Charcot et Bouchard; ils prescrivirent à un certain nombre de phtisiques des inhalations d’acide fluorhydrique et n’obfinrent aucun résultat. Seiler en 1885, Garcin en 1887, prétendirent, au contraire, avoir obtenu des améliorations et même des guérisons assez nombreuses. La médication fut alors essayée par un grand nombre de médecins, particulièrement par Hérard. Elle est presque abandonnée aujourd’hui. On en trouvera l’histoire complète dans le Traité d'Hérard, Cornil et Hanot (page 768). Nous nous bornerons à donner ici le modus faciendi pour ceux qui voudraient encore l’étudier. Dans une cabine disposée ad hoc, on amène de l’air qui a barboté dans un vase de gutta-percha, rempli à moitié de la solution suivante :

Eau 500 grammes.

Acide lluorhydri(iuc 150 —

L’air est chassé dans le flacon de gutta-percha à l’aide d’un soufflet mis en mouvement par le pied et analogue à celui dont se servent les bijoutiers , ou même à l’aide d’une pompe à air aspirante et foulante que la main fait fonctionner. L’air qui a barboté dans la solution, avant d’arriver dans la cabine, se purifie dans un flacon laveur des restes d’acide sulfurique ou d’hydrogène sulfuré que pourrait encore contenir l’acide fluorhydrique. Les malades restent une heure dans la cabine, et tous les quarts d’heure on renouvelle la provision d’air chargé d’acide.

La plupart des auteurs s’accordent à reconnaître que le seul effet favorable bien établi des inhalations fluorhydriques , c’est l’amélioration de l’appétit. G. Daremberg ajoute qu’elles guérissent très bien le coryza.

Bemarquons ici les divergences des expérimentateurs en ce qui concerne la valeur antibacillaire des composés fluorés; Grancher et Chautard, Jaccoud, leur dénient toute influence microbicide sur le bacille de Koch; Ilipp. Martin. Gérard, Cornil et Hanot affirment qu’ils peuvent détruire le bacille et entraver le développement de la tuberculose inoculée à l’animal, et P. Yillemin classe les composés fluorés dans le groupe des substances qui empêchent absolument la culture du bacille de la tuberculose.

Bappelons enfin, qu’on a proposé de donner aux phtisiques le fluorure d’ammonium et le ftuorure de sodium, à la dose de 0,10 à 0,20 centigrammes par jour par la voie stomacale. De Backer emploie une solution de fluorure double de sodium et de potassium à laquelle il ajoute une faible quantité d’acide lactique.

MÉDICAMENTS RÉPUTÉS BACILLICIDES.

§ 50. Iode. — 'L'iode et ses composés, les iodures de potassium, de sodium et d’ammoniaque ont été considérés comme de véritables spécifiques de la tuberculose par Empis, Lépine, Cavagnis, Sticker, de Renzi. En réalité, comme l’a montré G. Sée, les iodures sont un remède utile dans la phtisie apyrétique pour favoriser l’expectoration, et dans la phtisie fibreuse pour diminuer la dyspnée. Encore doit-on les employer avec une grande prudence, car G. Sée et Sticker ont montré qu’ils sont capables de provoquer une fièvre intense et une congestion très vive autour des foyers tuberculeux. A ce point de vue, leurs effets ont été comparés à ceux de la tuberculine de Koch, et Sticker a même proposé d’utiliser l’iodure de potassium pour faire le diagnostic de la phtisie douteuse. G. Sée prescrit 1 gr. 50 à 2 grammes d’iodure de potassium par jour avec 5 centigrammes d'extrait thébaïque. N. Guéneau de Mussy et Grancher ont administré chaque jour à des tuberculeux 20 gouttes de teinture d’iode dans du vin sucré. De Renzi se sert d’une préparation (ju’il appelle le sérum ioduré :

lodurc de potassium ô grammes.

Iode pur 1 —

Chlorure de sodium 6 —

Eau distillée 1000 —

trois ou quatre cuillerées à soupe dans une tasse de lait. Répéter cette dose 5 à 6 fois par jour.

On a abandonné les inhalations de vapeur d’iode vantées par Piorry et les injections intra-caverneuses de teinture d’iode diluée essayées par Peper et R. Robinson.

§ 51. lodoforme. — Nous n’insisterons pas longuement sur l’iodoforme. Il est surprenant qu’on le prescrive encore contre la phtisie. S’il est efficace contre les tuberculoses chirurgicales, il n’a aucune action sur la phtisie pulmonaire ; pendant deux ans, nous l’avons employé sans en retirer aucun résultal . L’erreur de ceux qui l’ont vanté provient probablement de ce qu’il agit en tant qu’anesthésique, qu’il calme la toux et les douleurs, comme le ferait l’opium. On peut supposer que sa réelle efficacité contre les hémoptysies tient à cette propriété. Pour diminuer l’odeur si désagréable de l’iodoforme, on le mélange à la coumarine ;

lodoforme . . .

Coumarine. . .

Extrait de laitue

A diviser en 20 lùliiles; 4 à 8 par joui

§ 52. Composés mercuriels. — Nous n’insisterons pas non plus sur les composés mercuriels. L’histoire de leur application au traitement de la tuberculose est « une longue suite de déceptions » (G. Daremberg). Signalons, pour mémoire, les injections intra-pulmonaires d’nne solution faible de sublimé (Ililler, Gougenheim), les pulvérisations d’une solution debiiodure de mercure et d’iodure de potassium (Miquel et Rueff), le calomel en inhalations ou en pilules (Dochmann), les injections de thymol acétate de mercure (Tranjen), les frictions mercurielles (Kubassow et Strisower).

i gramme.

§ 7)7). Les sels d’or. — Les préparations d’or ont été, il y a longtemps, préconisées contre la phtisie. On employait de préférence les cyanures, particulièrement le cyanure d’or, qui se présente sous la forme d’une poudre jaune, insoluble dans l'eau, l’alcool et l’éther, et formée de cristaux reconnaissables au microscope. Cette préparation fut proposée, il y a quarante ans, par Chrétien (de Montpellier) dans le traitement de la scrofule, de la phtisie et de l’aménorrhée; elle tomba en désuétude. Elle a été récemment relevée de l’oubli. On l’emploie à la dose de 4 à 16 milligrammes plusieurs fois par jour. Oesterlein a recommandé la formule suivante :

Cyanure d’or 0»”'',18.

Chocolat 45 grammes.

F. S. A. 24 pastilles et prendre tous les jours 2 à 4 pastilles.

Le tricyanure a également été employé par le même auteur contre la phtisie pulmonaire. Ce produit se présente sous la forme de gros cristaux incolores, en forme de tablettes, solubles dans l’eau et dans l’alcool.

Quelques médecins américains ont l’ecommandé de faire aux phtisiques des injections sous-cutanées de 0,002 milligrammes à 0,02 centigrammes de chlorure d’or et de sodium.

Il est curieux de rapprocher l’antique réputation des sels d’or des résultats annoncés par Koch en 1890; Koch affirme qu’il suffit d’une solution de cyanure d’or au deux-millionième pour entraver la culture du bacille de la tuberculose.

§ 7)4. Injections intra-pulmonaires de diverses substances antiseptiques. [NaplUol camphré, chlorure de zinc). — Nous avons déjà indiqué les tentatives qui ont été faites pour traiter la phtisie par des injections intra-pulmonaires de sublimé corrosif, d’acide phénique, de thymol, etc. Toutes ces médications ont donné de mauvais résultats.

Fernet a essayé d’injecter dans le poumon tuberculeux un médicament nouveau, le naphtol camphré; il pratiquait l’injection à travers le premier ou le deuxième espace intercostal; l’opération était faite une ou deux fois par semaine et chaque fois il injectait 15 centigrammes de la substance pure. Les résultats de cette pratique ne sont pas connus.

On sait que Lannelongue, pour traiter les tuberculoses chirurgicales, injecte autour des lésions bacillaires une solution de chlorure de zinc qui a une action sclérosante puissante; il produit ainsi une barrière fibreuse qui isole complètement le tissu malade. Il a traité deux enfants phtisiques par cette méthode : il a injecté dans le poumon, à travers le deuxième espace intercostal, deux gouttes d’une solution de chlorure de zinc à 1/40; l’injection ne provoque qu’un peu de toux. Ces deux faits semblent prouver qu’on pourrait essayer cette médication chez les adultes.

g 7)5. Traitement chirurgical de la tuberculose pulmonaire. —

Quelques chirurgiens ont tenté la résection d'une portion de poumon tuberculeux (Block, Krânlen, lUiggi, Tuffier); ces tentatives ont été souvent malheureuses; mais, eussent-elles toutes réussi au p)oinl de vue chiruryieed, nos connaissances sur la phtisie pulmonaire n’en montreraient pas moins que cette opération ne pourra jamais entrer dans la pratique, meme dans le cas d’un foyer tuberculeux très limité au sommet du poumon.

MÉDICAMENTS RÉPUTÉS BACILLICIDES.

h' ouverture et le drainage consécutif d’une caverne ont été pratiqués par Ilartings et Stockes (1845), Wilhelm Koch (1873), Mosler (1873), Sonnenburg (1890), Kiirz (1891), Casselli, Poirier et Jonesco (1891). L’opération est encore assez dangereuse, puisque, dans la statistique faite par Roswell Park en 1887, on voit que presque la moitié des malades ont succombé. Mais, admettons qu’elle puisse être réglée de façon à devenir réalisable facilement et sans danger, et que la guérison chirurgicale puisse être obtenue dans le plus grand nombre des cas; le fait de Kurz viendrait encore nous conseiller l’abstention ; Kurz a opéré, par l’incision et le drainage, un malade qui portait une caveime tuberculeuse limitée; au bout de 3 mois, la fistule caverneuse s’oblitère, et pendant 3 ans le sujet est considéré comme guéri ; mais, 3 ans après l'opération, survient une tuberculose à marche rapide qui emporte le malade en quelques semaines (').

§ 36. Diverses médications abandonnées ou peu usitées. — La

respiration d’air chauffé à 100“ et plus (méthode de Weigert), la respiration de l’air des étables à vaches^ sont des méthodes abandonnées. Les inhalations à'air ozonisé ont été prônées dans ces derniers temps ; nous avons observé des malades traités par cette méthode et qui n’en avaient retiré aucun bénifice. Les injections intra-pulmonaires à'eau oxygénée employées par Stern n’ont pas donné de résultats favorables.

Nous ne pouvons, à l’heure actuelle, porter aucun jugement sur les résultats obtenus par les inhalations d'acide cyanhydrh/ue (Koritschow), les inhalations d’azote, Veau azotée en boisson et en jmlvérisation (Bétancès), les inhalations d'acide osmique (Valenzuela), les inhalations d’acide picrique (Fr. Hue), Vhélémne h l’intérieur (Korab), les mhalaiions de chlore gazeux (Gibhes et Shurly), le chkn-oforme en vapeurs ou en boisson sous forme d’eau chloroformée (Desprès), l’acide phéngl-propionique et l’acide phényl-acétique (Th. Williams), la résorcine à l’intérieur et en inhalations (Leblond et Baudier), le pétrole brut à l’intérieur et en inhalations (Walshe), le phosphate de cuivre (1 à 5 centigrammes en pilules ou en injections sous-cutanées) (Luton), l’alwniniurn en pilules (0='' ,80 par jour) (Pick), les injections intra-pulmonaires d’acétate d’alumine à '2 ou 5 pour 100 (Frankel), les injections sous-cutanées d’aris- (*)

(*) La j)onséc qu’on pourrait guérir la phtisie pulmonaire à l'aide d’une opération ne date pas d’hier. Voici en elTet ce qu’on lit dans l’article Phtisie du Dictionnaire en 00 volumes, écrit en 18‘20 par .l.-P. .M.wgrier :

<■ Un ulcère ne pouvant guérir en général que [lar le rejios absolu de la partie, Gilchrist a] pensé que l’on pourrait, dans la phtisie avec ulcèi'c récent du poumon, et lorsque cet organe est ulcéré seulement dans un de ses lobes, faire une ouverture àla])oitrine du côté où est la maladie: que l’air une fois introduit dans cette moitié de la cavité iiectorale, ce lobe s’affaisserait sur-le-champ et n’exercerait plus d’action respiratoire, et <pi’cn entretenant cette communication de l’air extérieur avec l’air intérieur du thorax, et par conséquent l’inaction du lobe malade, on verrait l’idcérc se cicatriser au bout d’un temjis assez court. {De Vulililé des voijages en -mer.) Il est entendu (pi’on administrerait les remèdes internes nécessaires. De Bligny a fait connaître un cas désespéré de phtisie du poumon, dont la guérison a été obtenue jiar suite d’un coup d'épée reçu dans la iioitrine; le malade (jui avait été ainsi Idcssé fut jiansé méthodiipiemcnt, et des évacuations i>urulcntes eurent lieu par la plaie. L’opération jirojiosée ]>ar Gilchrist, et <pii n’aurait proliablcmcnt pas été blâmée par Baglivi (livre 11, [i. ‘229) et jiar Voullone (Mémoire sur la médecine agissante et expectante, n'>23), est hardie, et ne pourrait être tentée que s’il était possible de déterminer d’une

manière indiibitalde qu’il n’y a qu’un lobe du poumon altéré L’inutilité et le danger

d’une telle opération doivent la faire rejeter pour jamais du domaine de l’art. »

PHTISIE PULMONAIRE

toi (Nadaud), Vhuile d'aniline en inhalations (Kreniiansky) ou à rintérieur (Bertalero), les injections intra-pulmonaires de pijoctanine (Petteruti et Mirto), le bleu de méthylène à l’intérieur (Althen), les injections sous-cutanées de hrystal-violet (Boinet), les inhalations de chlorophénol (Passerini), la transfusion du sang (Carmalt Jones), Y électrisation du grand symphatique cervical (Liebermann), la faradisation de la cage thoracique (Soupinski).

§ 57. Conclusions. — De cette longue liste de remèdes, dont il n’en est pas un qui n’ait été, à son heure et au moins par son inventeur, regardé comme un remède infaillible de la phtisie, on ne doit guère retenir que la ci’éosote au premier rang et les essences volatiles en seconde ligne. Les meilleurs modes d’administration de la créosote sont ; l’ingestion dans l’estomac si celui-ci tolère bien le remède sous forme de solution alcoolique ; les lavements créosotés; les inhalations de vapeur créosotées sous pression. C’est le procédé d’Onimus qui nous paraît le meilleur pour administrer les essences volatiles; les essences de thym, de girofle, de cannelle pourront être essayées tour à tour.

La créosote et les essences, lorsqu’elles ont pénétré dans l’organisme par une voie quelconque, s’éliminent par les voies respiratoires; elles y réalisent un certain degré d’antisepsie; l’action antiseptique de la créosote est réelle, mais faible, quant au bacille de la tuberculose; elle est puissante quant aux microbes associés secondairement au bacille; les essences ne paraissent agir que sur les infections secondaires, elles ne paraissent avoir aucune influence sur le bacille de la tubei'culose. Enfin, quelques médecins pensent que la créosote et les essences agissent aussi, au même titre que l’alcool par exemple, comme des stimulants des fonctions nerveuses et des fonctions nutritives.

Page 1