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MÉDICATIONS QUI ONT POUR BUT DE TRANSFORMER L’ORGANISME

repos presque absolu; le repos est le seul moyen d’entraver l’usure organique, et souvent aussi le seul moyen de faire disparaître la fièvre. Le repos ne doit pas porter seulement sur l’élément physique, il faut aussi qu’il porte sur l’élément intellectuel, et, autant que possible, sur l’élément moral.

Mais le repos n’est efficace que si le malade vit à Fair libre. Il ne produit aucun effet bienfaisant quand le phtisique vit dans une atmosphère confinée, quand il passe sa journée cloîtré dans une chambre comme celle que Peter décrit avec tant de verve ; « Je ne sais rien de plus hideusement fétide que la chambre à coucher d’un phtisique riche. C’est un endroit soigneusement clos, où il est interdit à l’air d’entrer comme à l’espérance; bourrelets aux portes, bourrelets aux fenêtres, épais rideaux enveloppant le lit, où le malheureux phtisique mijote à l’étuvée dans sa moiteur et dans son air vingt fois respiré, vingt fois souillé déjà par le contact de ses poumons altérés. »

Le phtisique doit se reposer au grand air, le jour dans une véranda ouverte, la nuit dans une chambre aux fenêtres ouvertes-, il ne souffrira jamais du froid s’il est bien couvert.

L’aération permanente a été ardemment préconisée par Raulin, par Brehmer, par IL Bennett (qui a eu pour inspirateur une infirmière, miss Nightingale), puis par Peter, Dettweiler et ensuite par beaucoup d’autres.

Comme la vie à l’air libre et au repos est fort difficile à faire accepter par les phtisiques et surtout par leur entourage, l’idée devait naître d’en réaliser l’application dans des établissements fermés, dans des sanatoria, où, en entrant, les malades s’engagent à accepter une discipline et à observer une règle inflexible. Le premier sanatorium pour phtisiques a été fondé par Brehmer, à Cobersdorf (Silésie); citons ensuite celui de Falkenstein (Taunus) fondé par Dettweiler, et celui de Davos (Engadine) fondé par Turban. Il y a trois ans, Sabourin a fondé au ’Vernet (Pyrénées-Orientales), sur le mont Canigou, un sanatorium qui ne le cède en rien aux établissements similaires de l’étranger. Récemment, on a inauguré le sanatorium de Leysin (Suisse), dans un pays de langue française; ce dernier est dirigé par Lauth.

Pour bien montrer comment doit se faire la cure au repos et à l’air libre, nous reproduirons ici les notes (jiie nous avons prises au cours d’une visite au sanatorium du Vernet.

La cure se fait dans des kiosques et des galeries vitrées, superposés en étages à des altitudes variant de ()40 à 700 mètres, et reliés par des chemins en pente douce qui permettent de circuler facilement de l’un à l’autre. Ces kiosques et ces galeries sont exposés au sud-ouest. Le soleil les éclaire depuis avant midi jusipi’au coucher du soleil. Ils sont, pendant le séjour du malade, constamment ouverts-, on ne les ferme (pie dans le cas exceptionnel d’un coup de vent. Les pensionnaires passent la plus grande partie de la journée (de neuf heures du matin à dix heures du soir) étendus sur des chaises longues qui occupent les kiosques et les galeries. Ces chaises longues sont largement espacées. Chaque palient a, à côté de lui, une table où il place les objets dont il peut avoir besoin, le crachoir, les livres, l’encrier, le buvard, les instruments des jeux permis (échecs, dames, dominos, tric-trac, etc.). Les malades se groupent suivant leurs affinités, dans les kios([ues ou vérandas situés aux

PHTISIE PULMONAIRE

altitudes indiquées par le médecin pour chaque cas individuel. Les tuberculeux qui font la cure sont plus gais qu’on ne le croirait; et cette gaieté n’est pas un des moindres étonnements de ceux ({ui visitent le sanatorium.

Voici du reste comment se passe la journée d’im phtisique à la station du Canigou. Au réveil, vers huit heures du matin, un domestique entre dans les chambres et ferme les fenêtres, qui sont restées ouvertes toute la nuit] il allume du feu, fait une friction sèche ou alcoolique et sert un premier déjeuner. Alors le malade descend et va à la cure] il s’y installe sur sa chaise longue, jusqu’au repas de onze heures, les jambes enveloppées dans une couverture et les pieds appuyés sur une boule d’eau chaude. « On prend froid par le corps et non par la respiration, dit le professeur Peter; couvrez-vous bien dans votre lit, respirez de l’air froid et pur, et vous aurez chaud. » A onze heures, grand déjeuner de table d’hôte, après lequel les malades font une promenade dont la durée varie suivant les prescriptions du médecin. La promenade se fait en général sur la terrasse du sanatorium ou dans le jardin d’hiver qui lui fait suite.

Après cette promenade, les pensionnaires retournent à la « cure » ; c’est-àdire qu’ils regagnent leur chaise longue et passent tout leur après-midi dans un repos presque absolu. Cependant, les jeux silencieux (cartes, dominos), les conversations, la lecture môme, ne sont point Interdits. Quelques malades s’endorment d’un profond sommeil, sans que cela, chose curieuse, nuise le moins du monde à leur sommeil de la nuit. Ceux qui font leur cure en dormant, véritables hibernants qui économisent leur nutrition, semblent éprouver un bénéfice plus rapide que les autres. Avant le dîner, les plus vaillants sont autorisés à faire une petite promenade. A six heures, dîner de table d’hôte. yVu sortir de table, nouvelle promenade plus courte (jue celle de l’après-midi, et retour à la cure jusqu’à dix heures du soir; les kiosques et les galeries sont à ce moment éclairés au gaz. A dix heures a lieu le coucher; les malades se couchent en chemise de ilanelle. Toute la nuit, quelque temps qu'il fasse, la fenêtre reste plus ou moins entr ouverte] le pied du lit est garanti par un paravent, de telle façon que l'air se renouvelle constamment dans la chambre, sans que les patients se trouvent dans le courant de l’air frais.

Tel est le régime de vie auquel ils sont soumis, quelque temps qii'il fasse.

Il est nécessaire de compléter ce que nous venons de dire par (juelques remarques importantes, relevées dans les explications que M. Sabourin nous a fournies avec une extrême obligeance.

Pour parer à tous les inconvénients des intempéries toujours possibles, les malades, à leur entrée, adoptent pour unique chaussure les chaussons fourrés de Strasbourg et les galoches. C’est certainement grâce à cette précaution, nous a dit M. Sabourin, que l’hiver dernier aucun des pensionnaires du sanatorium n’a eu le moindre rhume.

1\L Sabourin insiste beaucoup sur la nécessité de la cure ci l’ ombre {^) . Les malades, dans leurs galeries, passent la journée dans une région ensoleillée, mais jamais ils ne sont exposés directement aux rayons du soleil ; la profondeur des galeries et l’installation de rideaux les mettent toujours à l’abri. Pour àl. Sabourin, c’est une des conditions essentielles de la cure; il considère que

(*) Une communication de M. Sabourin au dernier Congrès de la tuberculose vise ce ]ioint spécial.

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