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MÉDICATIONS QUI ONT POUR BUT DE TRANSFORMER U’ORGANISME

l’exposilion au soleil pour le patient au repos est à elle seule capable d’entretenir la fièvre, et même de la provoquer chez ceux qui ne l’ont pas, sans compter les autres accidents imputables aux rayons solaires et relevant d’une sorte d’état congestif général (céphalalgie, ina|)pétence, et surtout congestions pulmonaires et hémoptysies). Meme à la promenade, les malades se garantissent la tête et les épaules avec une ombrelle. A l’inverse de ce qui se passe en Allemagne, où les repas sont très multipliés, au Canigou on ne fait que trois repas par jour à la mode française : le petit déjeuner du matin (thé, café, chocolat, toujours avec du beurre) et deux grands repas de table d’hôte. En dehors des repas, les malades ne sont nullement astreints à prendre des aliments d’une façon régulière, comme cela se passe à l’étranger; le lait et le cognac, en particulier, ne sont donnés que dans des cas tout à fait spéciaux. Le lait est toujours frais ; une vacherie est annexée à l’étahlissement.

En entrant au sanatorium, tout malade prend l’engagement, sous peine fl exclusion, de ne jamais cracher à terre ni dans un mouchoir. Chacun a, à sa disposition, deux crachoirs ; 1“ un crachoir de poche pour la promenade; 2'' un crachoir de « cure », à main, pour le jour et la nuit. Enfin, des crachoirs plus vastes, à large orifice, sont disséminés partout où les malades peuvent aller dans l’établissement. Tous ces crachoirs renferment constamment une certaine quantité de liquide. Tous les matins, leur contenu est mélangé à de la sciure de bois, de façon à former une masse demi-solide, qui est incinérée dans les cornues de l’usine à gaz. A la sortie des malades de l’établissement, les chambres qu'ils ont occupées sont soumises cà une désinfection complète; dans ce but, une étuve est installée au sanatorium. D’ailleurs, en temps ordinaire, tout leur linge passe à l’étuve avant d’être porté à la lessive.

D’après les renseignements que nous a fournis M. Sabourin, l'expérience de l’hiver 1890-91, malgré la rigueur de la température (on n’avait point vu dans la région un hiver semblable depuis 1829), a donné les résultats les plus satisfaisants. Le fait le plus remarquable, c'est la facilité avec laquelle les phtisiques s’acclimatent au froid; il suffit de (juelques jours pour qu'un malade, fébricitant ou non, supporte la cure à l'air libre de neuf heures du matin à dix heures du soir. Dès que raccoutumance est établie, on constate une sédation remarquable de l’organisme; et, par-dessus tout, une diminution très notable de la toux. Du reste, un des rôles que s’impose le directeur du sanatorium, c’est d'apprendre aux })atients <à discipliner la toux, à ne tousser que lors({u'elle doit être efficace et suivie d’expectoralion. Il est surprenant de voir combien on tousse peu au sanatorium.

Les malades fébricitants qui, chez eux, sont accablés par leurs accès, ne se doutent plus au sanatorium (ju'ils ont de la fièvre ; le thermomètre seul indique l'élévation de la température.

Au point de vue de la fièvre des phtisiques, M. Sabourin distingue deux formes : I" la fièvre tuberculeuse proprement dite; 2“ la fièvre d’usure musculaire, sorte de fièvre de surmenage qui ne survient (|ue lorsque les malades ont fait trop d’exercice. Cette seconde variété cède immédiatement à la cure au rej)os. Quant à la première, beaucoup plus difficile à vaincre, elle est d’abord bien mieux supportée par les patients; et, lorsque la maladie est susceptible d’une amélioration rapide, elle tombe assez vite d’elle-même.

PHTISIE PULMONAIRE

Un résultat presque constant de la diminution de la fièvre, c’est la suppression complète et rapide des sueurs nocturnes. D’ailleurs, il arrive souvent que le seul l'ait de coucher la fenêtre ouverte supprime les sueurs.

Au bout de peu de temps, les fonctions digestives se raniment, l’embonpoint revient; le moral se relève. Dès lors, on voit les bacilles des crachats diminuer peu à peu et quelquefois disparaître totalement.

En principe, on administre peu de médicaments au sanatorium; la créosote à hautes doses, et de préférence en lavement, pour les malades qui la supportent, l’antipyrine, si la fièvre est trop rebelle, sont les seuls médicaments employés.

En résumé, la cure au repos et à l’air libre permet de combattre toutes les insuffisances et toutes les irrégularités fonctionnelles qui sont l’effet de la consomption tuberculeuse; et, surtout, elle est le meilleur agent de transformation radicale de l’organisme du phtisique.

Ce n’est certes pas une médication infaillible, mais c’est celle qui donne le plus grand nombre de succès (‘).

Le régime de vie adopté dans les sanatoria peut être appliqué dans les installations particulières; il suffit de disposer d’un jardin et d'une guérite de bain de mer capitonnée et ouverte sur une de ses faces. Mais il faut alors que le malade se mette sous la direction d’un médecin éclairé auquel il doit obéir aveuglément; il faut qu’il ne prête aucune attention aux conseils de son entourage, et qu’il refuse d’accepter les remèdes qui ne manquent jamais de lui être apportés par d’obligeants amis. Les malades en liberté ont beaucoup de peine à exécuter minutieusement les pratiques sur lesquelles est basé le régime de l’aération permanente et du repos; là est l’écueil de la cure libre; et c’est ce qui fait la supériorité des sanatoria, où le malade est isolé de son entourage, « livré à la seule influence médicale, et mis à l’abri des discussions, des hésitations, des conseils fantaisistes, et de la griffe des charlatans (jui lui font absorber des panacées et le laissent vivre à son gré ». (G. Daremberg.)

La cure à l’air libre et au repos peut se faire partout, sauf au voisinage des grandes agglomérations humaines ou des routes très fréquentées ; mais elle est beaucoup plus facile à réaliser dans les régions où la température ne présente que de faibles oscillations, où le soleil pénètre largement, où l’air est pur et sans brouillards, et où le sol est sec. C’est dans les localités remplissant ces conditions que l’on doit construire les sanatoria ou que l’on doit diriger les phtisiques qui veulent faire librement leur cure(^).

Quand un phtisique riche ne veut pas s’enfermer dans un sanatorium et peut sans inconvénient aller vivre où le médecin l’envoie, on doit choisir le climat qui convient le mieux à son état.

§ 59. Jaccoud a étudié avec soin les climals qui conviennent aux phtisiques (*)

(*) Ouaiul un plitisifuic osl imMuédinhlcmonl perdu, ou quand il présente des accidents aigus, il faut éviter de le faire voyager et il ne faut pas l’envoyer dans un sanatorium; mais, même ([uand il est dans un des deux cas précédents, le phtisi({uc peut essayer, chez lui, sous la direction du médecin, la cure à l’air libre et au repos.

(-) M. Debove, à l’hôpital Amiral, et M. Oulmoni, à l’hôpital Tenon, ont réalisé la cure au rcj)OS et à l’air lil)rc dans leurs services respectifs et s’en sont bien trouvés. (N’oyez : Cour- Tois-SuFFiï ET Boul.w, Traitement de la tuberculose par l’aération continue, Gaz. des Iwp., 1890, n» 00.)

MÉDICATIONS QUI ONT POUR BUT DE TRANSFORMER L’ORGANISME. 797 et, bien que cette question n’ait plus l’importance qu’on y attachait il y a quelques années, les conclusions très étudiées de ce maître restent parfaitement exactes et doivent guider le choix du médecin.

Jaccoud divise les climats en deux catégories ;

l*" Les climats (Taltitmle ou à basse pression barométrique^ (jui sont fortifiants et stimulants et dont les types les plus parfaits sont les stations comprises entre 1500 et 1900 mètres; mais au-dessous de cette limite inférieure et en descendant 1000 ?)2è/>‘c.s dans nos latitudes, dijuscquci 500 mètres dans le

nord, les résidences doivent être rattachées à la même classe; car si elles n’ont pas au même degré que les types parfaits l’intluence particulière résultant de la diminution de la pression atmosphérique, si elles n'ont pas non plus la sécheresse et la pureté exceptionnelle de l’air, elles possèdent en commun, de par l’ensemble de leurs autres conditions météorologiques, une action fortiliante et reconstituante analogue à celle du climat de montagne. Voici, pour l'Europe, l’énumération des principales stations de ce groupe ; Falkenstein, dans le Taunus (500 mètres) ; Gîdjendorf, en Silésie (557 mètres) ; Aussee, en Styrie (700 mètres) ; Caudal, en Norvège (805 mètres) ; Davos-Platz('), en Suisse (1550 mètres) ; Samaden et Saint-Moritz, en Suisse (1745 et 1855 mètres).

Ces stations présentent des différences qui font varier l’intensité de leurs effets, ce qui permet de répondre, dans la pratique, aux indications variables liréesde l’individualité des malades. Les climats d’altitude conviennent surtout pour les prédisposés ou pour les phtisiques commençants, surtout lorsqu'ils sont apyrétiques; ils conviennent aussi aux phtisicjues qui portent une caverne limitée et qui n’ont pas de fièvre. Ils ne conviennent pas aux phtisiques qui ont habituellement de la fièvre, à ceux qui ont des lésions étendues, à ceux qui sont atteints de phtisie laryngée et de tuberculose intestinale, à ceux qui sont dans la phase consomptive confirmée, aux sujets atteints de phtisie fibreuse et d'emphysème.

2“ Les climats de plaine, h pression barométrique moyenne, ou peu inférieure à la moyenne, ont une influence sédative, calmante-, ils comprennent tonies les stations, montueuses ou non, dont l’altitude est inférieure à 400 mètres. Jaccoud place au premier rang de ces stations : iMadère et Alger (iMustapha supérieur) ; puis viennent Palerme et Catane (Sicile); l'Egypte; INIéran (Tyrol) ; Montreux et Lugano (Suisse) ; Pau, Pise (Italie); Arcachon et Biarritz, Amélieles-Bains; les stations de la Riviera méditerranéenne; Ilyères, Cannes et Menton dans la Riviera française, San Remo et la S[iezia dans la Riviera italienne (Cannes est plus excitant ipie Menton, Menton l’est plus que San Remo, qui l'est à son tour plus que la Spezia); les rives méditerranéennes de la Grèce, de l’Espagne, du Portugal, du Maroc, et les îles Canaries. Ces stations sont d’autant plus favorables que la tempéralure y est sujette à de moins fortes oscillations. Elles conviennent surtout aux phtisiques féhrilgs; à ceux (jui sont à la période du ramollissement; à ceux qui sont sujets à des poussées aigues de bronchite, de congestion, de pneumonie; aux sujets atteints de phtisie fibreuse et d’emphysème, de phtisie laryngée, de tuberculose intestinale ; à ceux qui ont des lésions pulmonaires très étendues ; à ceux enfin qui sont dans la période consomptive confirmée.

(') Richardièke. Une visite à Davos. Semaine médicale, 1880, p. .372.

PHTISIE PULMONAIRE

Il inipoiTe peu que la station choisie soit au bord de la mer. Laënnec était convaincu de l’action bienfaisante de l’atmosphère maritime sur les phtisiques; en réalité, une station maritime ne vaut que par la pureté de l’atmosphère, et celle-ci peut se trouver dans l’intérieur des terres. Les voyages en mer, déjà préconisés par Arétée, Pline, et remis en honneur par quelques médecins modernes, doivent être appréciés de la même manière.

Les indications précédentes suffiront à guider le médecin dans le choix d’une station; elles n’ont d’ailleurs rien d’absolu; et elles doivent être modifiées suivant chaque cas individuel (').

Mais ce qu’il ne faut pas oublier, c’est que le phtisique qui va s’installer dans une de ces résidences doit s'y soumettre à la cure au repos et à l'air libre-, sans cela, il est parfaitement inutile qu’il se déplace. Le choix d’une station a beaucoup moins d’importance que le régime de vie que l’on y adoptera.

Une règle sur laquelle Jaccoud a beaucoup insisté consiste à ne pas interrompre la cure sous des prétextes divers ; certains malades, installés dans une station dite hivernale, reviennent à leur foyer lorsque arrive le mois de mars ; d’autres voyagent constamment; ils vont de station en station, errant pendant l’hiver à travers les pays chauds, et pendant l’été à travers les pays frais. Il faut adopter une résidence fixe, y suivre la cure à l’air libre et au repos, et ne pas l’interrompre sans l’avis motivé du médecin traitant. La cure à l’air libre et au repos doit être suivie, non pas des mois, mais des années.

§ 40. Quand un phtisique riche ne peut quitter ses occupations pendant l’hiver, surtout quand il est atteint d’une phtisie commençante, on peut lui conseiller, pendant l'été, un séjour dans une station thermale; on lui recommandera de s’y reposer, d’y vivre à l’air libre, et de ne faire qu’un minimum de traitement thermal. On pourra l’envoyer à la Bourboule, au Mont-Dore, aux eaux sulfureuses faibles des Pyrénées, particulièrement aux Eaux-Bonnes. Nous avons précisé plus haut les indications de ces diverses stations. Dans la plupart d’entre elles, il existe des médecins éclairés qui savent que les eaux thermales ne guérissent pas la phtisie et qui n’ignorent pas que leur usage est parfois très dangereux.

§ 41 . La cure à l’air libre et au repos ne peut être prescrite qu’aux phtisiques qui ont des loisirs et de la fortune. Pour les phtisiques indigents, elle est impossible à réaliser; cela est vraiment lamentable et cruel. Ceux qui font profession de s’occuper des besoins de la société devraient bien voir qu’il y a là une plaie vive. Il faut, de toute nécessité, créer des hôpitaux spéciaux pour le traitement des phtisiques pauvres. Quelques voix se sont élevées en faveur de cette création ; J. Bergeron, Ferrand, Grancher, Letulle, d’autres encore, en ont montré l’urgence; ils ont calculé aussi l’économie qui en résulterait pour l’Assistance publique, àlais jusqu’ici l’administration ne paraît pas s’être émue de l'état cfiî choses actuel. On nous dit que l’objection principale adressée à l’institution des sanatoria pour phtisiques indigents est de l’ordre sentimental; on prétend qu’il serait inhumain de faire entrer un malade dans un établissement sur la porte duquel on lirait : Hôpital pour phtisiques. Bien n’oblige d’abord à décorer un j)ortique de cette inscription. Ensuite, on peut répondre

(‘) Voyez aussi à ce sujet, en outre des auteurs déjà cités : Linds.\y, Trailemenl climatérique de la phtisie. Traduit par F. Lalesque (d’Arcachoii), Paris, 1892.

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