TRAITEMENT APPLIQUÉ AUX DIVERSES FORMES DE LA PHTISIE
§ 64. Une des principales difficultés qu’on rencontre dans le traitement de la phtisie consiste dans l’application des connaissances précédentes à chaque cas particulier. A ce sujet, on ne peut formuler de règles précises; car le jugement du médecin qui soigne régulièrement le malade peut être modifié par des circonstances très variées, et souvent impossibles à prévoir. Aussi, dans les lignes qui suivent, n’avons-nous d’autre prétention que de donner quelques schèmes théoriques qui s’appliquent aux cas les plus tranchés de la pratique.
La première question que le médecin doit résoudre est celle-ci : Le phtisique est-il irrémédiablement perdu? S’il reste une lueur d’espoir, il faut, quelle que soit la forme clinique de la maladie, soumettre le malade au régime du repos absolu et de la vie à l’air libre; s’il existe une complication aigue, on attendra qu’elle soit éteinte pour commencer la cure. Il faut s’abstenir de soumettre le malade à la cure de l’air libre et du repos si on juge sa maladie absolument
TRAITEMENT APPLIQUÉ AUX DIVERSES FORMES DE LA PHTISIE. 815 incurable. Il faut éviter de le faire voyager pour le diriger soit vers un sanatorium, soit vers une station de phtisiques, si les chances d’amélioration paraissent trop incertaines. On a reproché aux médecins, non sans quehjuc apparence de raison, d’obéir parfois à cette tendance qui pousse l’Iiomme à éloigner les mourants. Mais le malade peut toujours essayer de se soumettre, chez lui, à la cure à l’air libre et au repos.
§ 6.5. Phtisie avec apyrexie habituelle. — Vie à l’air libre et au repos. Vin créosoté (§ 15) ou lavement créosoté (§ 16).
S’il n’existe pas de troubles gastro-intestinaux, régime alimentaire indiqué ^ 42 ; phosphates (§ 48), arsenic 47), huile de foie de morue (§ 45) ; administrer successivement de ces trois médicaments (chacun une semaine).
S’il existe des troubles gastro-intestinaux, traitement et diététique indiqués § 60.
S’il existe de la chloro-anémie, traitement indiqué g 59.
S’il se produit des hémoptysies, traitement indiqué § 54.
S’il se produit une poussée hypérémique ou phlegmasique avec fièvre, traitement indiqué § 58.
§ 66. Phtisie fébrile avec lésions pulmonaires p>eu marquées ou sans phénomènes consomptifs. — Vie au repos et à l’air libre. S’il existe en môme temps des troubles gastriques, lait, kéfir, bouillons, gelée de viande au jus de citron ou au jus d’orange, purées de viande ou de féculents. Si les fonctions digestives sont normales, régime plus substantiel, glycérine (§ 46). Traitement de la fièvre (§ 52). Essayer d’administrer la créosote à faibles doses pour tâter la susceptibilité du malade; passer aux fortes doses, si le malade la tolère bien; administrer la créosote de préférence en lavements (§ 16).
§ 67. Phtisie fébrile avec septicémie consomptive. — Le plus habituellement, le malade est alors perdu; il peut essayer <le réaliser chez lui la cure à bail' libre et au repos, mais il faut éviter de le faire voyager, de l’envoyer dans une station de phtisiques ou dans un sanatorium. Prescrire un mélange de siroj) de morphine et de sirop d’éther (§ 57) et, si les souffrances du malade sont trop vives, ne pas hésiter à recourir aux |)iqùres de moiq)hine. Diététicjue comme dans le cas précédent. S’il existe de la diarrhée, traitement indiqué § 61.
Phtisie catarrhale ou bronchitique. — Lors({ue la bronchite concomitante est très marquée, user de la créosote {'0^ 15 et 16), particulièrement en inhalations de vapeur sous pression (g 17), des essences volatiles (§ 24), des préparations sulfureuses (§ 25).
§ 68. Phtisie fibreuse. — Inhalations de vapeur créosotée sous pression 17), ou aérothérapie (^-4.5). lodure de potassium dont on doit surveiller l’action (g .50). Cure au Mont-Dore (§ 47).
§ 69. Phtisie f/alopante et phtisie aiyuë pneumonique. — Abattre la fièvre, diminuer la dyspnée et combattre les lésions locales, soutenir les forces, voilà les trois indications fondamentales. Pour abattre la fièvre, on use aujourd'hui de l’antipyrine (§ 52); Jaccoud emploie le bromhydrate de quinine et l'acide salicylique 52); de plus il fait pratiquer journellement de quatre à huit lotions froides avec le vinaigre aromatique pur ou coupé d'eau. On combat les lésions locales au moyen de l’application répétée de grands vésicatoires sur les diverses régions de la poitrine, et plus généralement sur tous les foyers
PHTISIE PULMONAIRE
saisissables de localisation. On diminue la dyspnée au moyen de ventouses sèches placées, matin et soir, au nombre de quarante à soixante sur les membres inférieurs et sur le tronc. On soutient les forces avec le vin, l’alcool, le quinquina, et par une alimentation comme celle qui est indiquée § 60. Au premier signe de défaillance cardiaque, on doit cesser l’acide salicylique ou la quinine et administrer la digitale. Dans ces deux formes, il est bon de créer une atmosphère antiseptique airmoyen de la lampe d’Onimus.
§ 70. Tuberculose miliaire aiguë. ■ — Granulie. — Pour les formes thoraciques, le traitement est le même que celui des deux formes précédentes (§ 69). Pour les formes qui simulent une pyrexie, on a conseillé l’antipyrine (§ 52), le tanin (§ 28) et l’iodure de sodium à dose faible (Empis) ou à la dose de 15 grammes par jour (Lépine).
§ 71. Tuberculose des enfants. — Pour les formes aiguës généralisées, traitement comme plus haut (§ 70), mutatis mulandis. Pour les formes aiguës pneumoniques et broncho-pneumoniques, s’inspirer de ce qui a été dit § 09 et combiner ces prescriptions avec le traitement habituel de la broncho-pneumonie tuberculeuse de l’enfance.
Pour les formes chroniques de la tuberculose infantile, vie au repose! à l’air libre; réaliser ce régime de préférence dans les stations hivernales du littoral méditerranéen, ou dans les stations du littoral océanique exposées au midi (Pornic, Sables-d’Olonne, Arcachon, Saint-Jean de Luz). Chez un enfant atteint de tuberculose pulmonaire, l’atmosphère maritime a d’excellents effets, mais le bain de mer et les eaux chlorurées sodiques fortes ont une influence désastreuse; aussi, quand un enfant présente une tuberculose osseuse, ganglionnaire, testiculaire, la coexistence de lésions pulmonaires est une contreindication absolue à la balnéation chlorurée sodique. Suralimenter le petit poitrinaire, ce qui est d’autant plus facile que les fonctions digestives conservent souvent leur intégrité chez l’enfant phtisique (viandes noires, œufs crus, lait de chèvre phosphaté, § 48). Frictions générales et lotions froides (§ 44). En fait de médicaments, à la première période on administrera l’huile de foie de morue et l'arsenic en même temps ou successivement. Si la phtisie est apyrétique, surtout s’il existe de la bronchorrhée et du ramollissement, la créosote est indiquée (4 ou 5 cuillerées à café par jour du vin créosote formidé § 15). Arthawd recommande le tanin en solution vineuse (§ 28).