CHAPITRE IV
TRAITEMENT SYMPTOMATIQUE
§ 52. Traitement de la fièvre. — Nous nous sommes efforcé de montrer l’importance de l’élément fébrile au point de vue du pronostic de la tuberculose; nous avons insisté sur la gravité des phtisies accompagnées de fièvre, et sur la bénignité relative des phtisies apyrétiques. Il y aurait donc un intérêt majeur à connaître une médication qui permît de comljattre avec efficacité la fièvre tuberculeuse.
« Abaisser la température des tuberculeux, disait Lasègue, c’est commencer à les guérir. » Malheureusement, les moyens dont nous disposons pour combattre la fièvre des phtisiques sont très insuffisants. Les préparations de quinine ne réussissent que médiocrement et sont à peu près abandonnées.
Jaccoud a vanté l’usage de Yudde salicylique comme antithermique dans la tuberculose; quand l’estomac est en bon état, il donne le premier jour 2 grammes d’acide salicylique; le second et le troisième jour, L'QaO ou 1 gramme, selon les cas ; si, après ces trois jours, la fièvre n’a pas cédé, il revient à 2 grammes, recommençant ainsi la série, soit sans interruption, soit après un intervalle de repos : il maintient le médicament à la dose tolérée jusqu'à la chute de la fièvre, ou du moins jusqu’au moment où il est établi qu’il est sans action. L’acide salicylique est prescrit en nature, par cachets de 50 centigrammes, espacés de manière que la dose totale soit prise dans un intervalle d’une heure, s’il s’agit de 2 ou 5 grammes; d’une demiheure, si la dose est moindre; l’administration doit être achevée quatre heures avant le moment de l’accès fébrile. Avec chaque cachet on fait prendre un grand verre d’eau aiguisée de 2 ou 5 cuillerées à café de cognac. Cette médication réussit quelquefois; mais elle est très infidèle. Tout récemment, S. Bernheim a proposé d’administrer l’acide salicylique en injections souscutanées; il aurait réussi ainsi, non seulement à couper la fièvre, mais encore à supprimer les sueurs nocturnes ; il emploie la formule suivante :
Faire dissoudre l’acide salicylique dans l’éther, filtrer la solution sur du coton hydro- ])hile, remplacer la quantité d’éther qui a ]ui s’évaporer pendant la filtration, puis ajouter l’huile d’amandes douces par ])cfites fractions en agitant chaque fois, et renfermer enlln le produit dans un llacon houché à l’émeri. On injecte 2 à 4 centimètres euhes chaque soir.
A l’heure actuelle, Vantipyrine passe pour être l’antithermique par excellence des phtisiques (Filehnc, Kiener, Jeannel, Grasset, G. Daremberg, Landouzv, Billet), fîrasset conseille de l’administrer à doses fractionnées et décroissantes (1 gramme, Ok',75, Üs^bO), soit en cachets, soit en potion, et d’échelonner les prises de telle sorte qu’il n’y ait pas, dans les 24 heures, un seul instant où
Acide salicylique juir.
Éther sulfuri(]uc. . .
Huile d’amandes douces.
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Faction du remède ne se fasse sentir. G. Daremberg a établi, en 1885, les règles suivantes pour l’administration de l’antipyrine :
1“ Si la fièvre débute à 2 heures de l’après-midi, et cesse vers 7 heures du soir, et si elle ne dépasse pas 58 degrés de 5 heures à 7 heures, elle est coupée par 0®'',75 d’antipyrine pris à 3 heures 1/2;
2“ Si la fièvre atteint 38 degrés à 5 heures, et 38“,5 à 0 heures, il faut donner 0s'’,75 d’antipyrine à 11 heures du matin, et 0e'',75 à 5 heures. Si la température atteint 38“,5 à 4 heures et 59 degrés à 6 heures, on porte la dose à 1 gramme;
3“ Si la fièvre se prolonge jusqu’à 9 heures du soir, il faut donner 1 gramme d’antipyrine à 11 heures du matin et répéter la dose à 2 heures 1/2 et à 6 heures ;
4“ Quand la fièvre débute dans la matinée et ne présente qu’une courte rémission nocturne, il est à peu près inutile d’administrer l’antipyrine.
Nous avons administré l’antipyrine à un assez grand nombre de tuberculeux; nous avons observé que ce médicament abaisse certainement la température; mais jamais l’effet antithermique ne pei’siste après la cessation du remède; la fièvre réapparaît dès qu’on ne l’administre plus. De plus, Fusage de l’antipyrine déprime les forces nerveuses et provoque des sueurs abondantes; parfois, même avec des doses de 2 et 3 grammes, nous avons observé des accidents d’intoxication caractérisés par des éruptions scarlatiniformes, du gonflement des jointures, un malaise allant jusqu’à la lipothymie et une hyperthermie considérable; nous avons observé ces accidents chez des phtisiques dont le cœur et les reins étaient sains.
Ceux qui considèrent l’antipyrine comme le spécifique de la fièvre tuberculeuse se contentent de peu. L’antipyrine est un remède utile pour diminuer le malaise qui accompagne l’accès fébiâle ; mais il ne faut pas lui demander plus.
Avec Y acétanilide à dose trois ou quatre fois moindres, avec la phénacétine à doses deux fois moindres, on obtient les mêmes effets qu’avec l’antipyrine. Ces remèdes sont même mieux toléi’és que l’antipyrine. Mais ils ont l’inconvénient de provoquer de la cyanose, accident qui se produit à coup sûr lorsqu’on dépasse la dose de 1 gramme par jour pendant deux jours consécutifs, et qui effraie beaucoup le malade et son entourage, quoiqu’il soit sans danger.
D'après Ladendorf, l’emploi des injections sous-cutanées de liqueur de Fonder réussirait dans les deux tiers des cas à abaisser d’une manière persistante la fièvre des phtisiques. L’auteur emploie la formule suivante :
Solution arsenicale de Fowler 2 grainnies.
Eau distillée 10 —
Chlorhydrate de cocaïne Ü^^OS.
On injecte, une fois par jour, d’abord une demi-seringue, puis désole troisième jour une seringue entière de la solution. Il suffirait souvent de 8 à 10 injections pour faire disparaître la fièvre. C’est une médication qu’on peut essayer.
On a aussi préconisé Yalcool comme un antithermique. Au sanatorium de Gobersdorf, dit Pouzet, on fait prendre aux fébricitants, une heure avant le moment présumé de l’accès, ;1 ou 2 verres de vin de Flongrie, et on leur applique sur la région précordiale nne large vessie remplie de glace. Jaccoud fait prendre la potion suivante en plusieurs fois :
TRAITEMENT SYMPTOMATIQUE
Vin rouge 100 grammes.
Cognac 40 —
Siro]) d’écorces d’oranges amères 50 —
Teinlurc de cannelle H —
Extrait de quinnuina 5 —
Le meilleur antithermique de la fièvre tuberculeuse, c’est le régime du repos et de l’aération permanente. Il est fréquent de voir la fièvre tomber d’elle-même au bout de quelques semaines de la cure. ]\Iais il est des cas où elle résiste même à ce traitement; alors le phtisique doit être considéré comme très gravement atteint; sa maladie est presque toujours au-dessus des ressources de l’art.
Le malaise qui accompagne ordinairement l’accès fébrile est souvent diminué par l’usage des lotions fraîches.
§ 55. Toux. — Il y a, dans la phtisie pulmonaire, comme dans toutes les afl’ections des voies respiratoires, lieux variétés de toux ; l’une est causée par l’irritation simple qu’exerce l’alfection sur les nerfs sensitifs de l’appareil respiratoire; l’autre est engendrée par la présence des sécrétions dans l’arbre bronchique. La première est inutile, la seconde est fructueuse; la première doit être combattue si elle est trop intense; la seconde doit être respectée.
Il faut expliquer au malade les différences qui séparent ces deux variétés de toux, et les engager à résister au besoin de tousser lorsiju’ils ont conscience que la toux ne sera pas suivie d’expectoration; on doit apprendre aux malades à ne pas tousser inutilement; on doit leur dire qu’on peut résister au besoin de tousser, comme on peut résister au besoin de se gratter (Deltweiler).
Si la volonté est insuffisante à empêcher la toux irritative, si celle-ci est intense et trouble le sommeil, on la calmera à l’aide des préparations que nous avons indiquées en étudiant la thérapeutique des bronchites : l’opium et la morphine, l’eau de laurier-cerise, l’alcoolature de racines d’aconit. On a recommandé encore, pour combattre la toux, l’usage interne du sirop d’éther, du bromure de potassium, du sulfonal, du chloral et de l’eau chloroformée saturée. Toutes ces préparations peuvent servir aussi à combattre l’insomnie.
Elles ont presque toutes rinconvénient d’affaiblir les forces nerveuses. Aussi pourra-t-on recourir à Xinjection sous-cutanée d'eau pure stérilisée, préconisée en 1880 par Landouzy. L’injection est pratiquée dans la région sous-claviculaire ou cervicale, le plus près possible des points où les malades localisent les picotements qui précèdent la toux. Cette pratique a souvent pour elfet de calmer la toux très rapidement et très sûrement, et elle est absolument inoffensive.
Quand les crachats se détachent difficilement, on facilite l’expectoration en prescrivant la terpine ou les inhalations d’eau chaude aromatisée avec un peu de teinture de benjoin.
Le traitement de la toux gastrique qui provoque des vomisssements sera indiqué plus loin.
§ 5i. Hémoptysies. — Tout phtisique qui a une hémoptysie doit d’abord rester couché dans la position demi-assise, garder une immobilité et un
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silence absolus, et ingérer de petits fragments de glace ou des boissons glacées acides (limonades acides, eau de Rabeb. Aces recommandations générales on joindra les prescriptions qui conviennent à chaque cas.
Premier cas : Hémoptysie apyrétique légère. — On prescrit une potion renfermant 1 ou 2 grammes d’acide gallique, ou bien 2 à 4 grammes d’extrait de ratanhia. On a aussi recommandé le perchlorure de fer; nous ne l’administrons jamais, car, lorsqu’il est absorbé, il agit en tant que fer, augmente la tension artérielle et aggrave l’hémoptysie.
Second cas : Hémoptysie apyrétique intense. — • Si la toux est intense, il faut commencer par l’arrêter avec de fortes doses d’opium. Behier prescrivait :
Extrait thébaïque OeqlO.
Eau de Rabel i grammes.
Eau 100 —
A prendre par cuillerées à soupe dans la journée.
Puis on applique des sinapismes ou des ventouses sèches sur le thorax et les membres inférieurs, ou encore de la glace sur les testicules ou sur les grandes lèvres (Gros, d’Alger), ou sur la poitrine (Pribram, de Prague), ou sur le rachis (Chapmann). Presque tous les médecins pratiquent, dès le débul d’une hémoptysie sérieuse, une injection sous-cutanée d'ergotine ou à'ergotinine de Tauret. Les préparations d’ergot de seigle ne nous paraissent pas avoir sur les vaisseaux du poumon une influence aussi énergique que sur les vaisseaux utérins ; elles ne nous ont presque jamais donné de bons résultats.
On a proposé encore, pour arrêter les hémoptysies, d’appliquer un vésicatoire sur la région du foie (Guinard), ou de faire boire au malade 150 grammes d' eau-de-vie par jour, ou d’administrer oO gouttes d’extrait fluide d'hydrastis canadensis (Cruse), ou des pilules d'iodoforme (Chauvin et Jorissenne), ou des capsules d’essence de térébenthine. G. Sée conseille vivement d’associer la terpine à la morphine {') .
Quand tous ces moyens échouent, il reste encore à employer les moyens que nous réservons pour l’hémoptysie fébrile, l’ipéca, le sulfate de quinine et la digitale.
Troisième cas : Hémoptysie fébrile. — Contre riiémoptysie fébrile on peut diriger tous les moyens que nous venons de passer en revue, mais nous avons été amenés par l’expérience à employer d’emblée l’ipéca pour peu que l’hémoptysie soit abondante.
L’usage de l’ipéca contre l’hémoptysie a été préconisé par Baglivi, Stoll, Trousseau et Peter. Trousseau prescrit 5 à 4 grammes d’ipéca en 4 paquets administrés de 10 minules en 10 minutes; il recommence la médication si l’hémoptysie récidive et n’hésite pas à y revenir deux ou trois fois. Jaccoud administre l’ipéca d’une autre manière; il cherche à éviter les vomissements; il fait prendre tous les quarts d’heure 0«'',10 de poudre d’ipéca jusqu’à dose nauséeuse; l’état nauséeux obtenu, on écarte les prises, on ne les donne que toutes les demi-heures, toutes les heures, toutes les deux heures, en se réglant sur l’état du pouls, la température, l’imminence du vomissement.
(') Rappelons que Bouchard et Cbarrin ont jm arrêter des liémoptysies en injectant sous la peau un produit microbien qui resserre les vaisseaux et qu'ils nonnnent Vanectasine.
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Peter et Bucquoy ont prescrit avec succès du tartre stibié à la dose de !20 à 50 centigrammes dans une potion de P20 grammes administrée par cuillerées à soupe toutes les deux heures. La médication nauséeuse et vomitive a pour ell'et de produire une constriction énergi(|ue des vaisseaux du poumon. Elle arrête très souvent les hémoptysies.
Si elle ne réussit pas, on peut s’adresser au sulfate de quinine, à la dose de 1 gramme à l8‘',50 par jour, ou à la digitaline cristallisée, à la dose de 1 milligramme, prise en une seule fois. Il est difficile d’expliquer l’efficacité de ces deux substances contre les hémoptysies; mais cette efficacité est réelle; nous l’avons constatée à maintes reprises.
Quatrième cas : Hémoptysies des femmes tuberculeuses à l'époque de leurs règles ou « l'occasion du coït. — Daremberg les traite par le repos, la révulsion thoracique par une mouche de Milan an niveau du point qui saigne, et une potion ainsi composée :
Bromure de potassium 10 grammes.
Tciiilurc alcooli<iuc de digitale 50 gouttes.
Eau 200 grammes.
2 grandes cuillerées à sou[)e par jour.
Cinquième cas : Hémoptysies de la, période caverneuse {rupture d'un anévrysme de Rasmussen). — Ces hémoptysies sont généralement mortelles, quel que soit le traitement employé. Si le médecin est appelé à temps, il mettra en œuvre la révulsion cutanée générale, appliquera de la glace sur la poitrine, et pratiquera des injections d’ergotine ; mais, dans cette lutte in extremis, il l’emportera très rarement,
§ 00. Sueurs nocturnes. — Les sueurs nocturnes sont parfois si pénibles pour les malades qu’on s’est toujours évertué à chercher des médicaments pour combattre ce symptôme.
On y peut arriver par divers moyens, qui ont tous l’inconvénient d’épuiser assez vite leur action, en sorte (ju’on est obligé de changer souvent l’antisudoral.
On peut prescrire :
1" Le sidfate d' atropine en granules de 1/2 milligramme; on administre o granules dans la soirée de deux heures en deux heures (Sydney-Ringer, Wilson, Vulpian).
2“ La poudre d'agaric blanc à la dose de 20 à 50 centigrammes en pilules ou en cachets au moment du coucher (Haën, Andral, Trousseau, Peter). Scifert a préconisé Vagaricine, qui aurait une action plus certaine (5 milligrammes à cinq heures du soir, et o milligrammes à minuit). Comhemale pense (jue l'acide agaricique est un produit plus pur que le précédent et d’une plus grande efficacité (2 à 4 centigrammes en une on deux fois).
5“ Le phosphate de chaux tribasique à la dose de 4 grammes en deux fois à un quart d’heure d’intervalle vers les trois heures de l’après-midi (Potain).
L'ergotine (1 gramme en injection sous-cutanée une demi-heure avant l'apparition de la sueur) (Teuneson).
5“ L'acide camphorique (à la dose de 2 à 5 grammes, par cachets de 1 gramme, deux ou trois heures avant l'apparition des sueurs) (Niesel et Leu, Rohland, Comhemale).
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0'' Le tellurate de soude, qui nous a donné d’excellents résultats (5 à 5 centigrammes dans une potion ou en pilules) (Neusser, Combemale).
7“ Le sulfonal (OsgaO à I gramme une' heure avant le sommeil) (Vittorio Canin).
8" L’extrait alcoolique du scopolia carniolica, solanée des Alpes Autrichiennes (à la dose de 10 gouttes une heure avant le sommeil) (Duckwort et Dunslant).
0” L’extrait fluide d'Jujdrastis canadensis (à la dose de aO gouttes le soir au coucher) (Bruce).
10'" La picrotoxine (à la dose de 1/5 ou 2/5 de milligramme le soir au coucher) (Henry, de Pensylvanie).
11“ Les injections sous-cutanées à' acide salicylique (S. Bernheim) ; nous en avons déjà indiqué le mode d’emploi (^ 52).
Quand V antipyrine parvient à couper l’accès fébrile, elle peut aussi supprimer les sueurs; mais il est des cas où elle provoque au contraire une abondante diaphoi’èse. Rappelons que les frictions générales faites le soir font parfois disparaître les sueurs, et que souvent le seul fait de coucher la fenêtre ouverte les supprime complètement.
§ 50. Douleurs thoraciques. — Contre les douleurs thoraciques on prescrira la révulsion loco dolenti (sinapismes, ventouses, vésicatoires), et l’antipyrine, si le mal ne cède pas à la révulsion.
La compresse échauffante réussit quelquefois à combattre ces douleurs; ce moyen consiste à appliquer loco dolenti une serviette mouillée, sur laquelle on place une flanelle pliée en trois et par-dessus le tout une vaste feuille de lafl'etas gommé ou de toile cirée. Ce pansement est fixé à l’aide d’un grand bandage de corps.
§ 57. Dyspnée. — La dyspnée qui résulte de la grande étendue des lésions tul)ercideuses du poumon s’accompagne ordinairement de cyanose; elle constitue un signe très défavorable; elle n’est guère calmée que par le sirop de morphine et le sirop d’éther associés à parties égales, et administrés à doses assez élevées (6(1 à 100 grammes du mélange). Parfois aussi les inhalations d’oxygène réussissent à soulager le malade en diminuant l’empoisonnement asphyxique. La dyspnée spéciale de l’emphysème qui accompagne la phtisie fibreuse sera traitée par l’iodure de potassium ou l’aérothérapie ; mais l’usage de ces deux médications demande une surveillance attentive.
L’oppression qui résulte d’une phlegmasie intercurrente sera traitée par les moyens que nous allons indiquer.
§ 58. Congestion et inflammations broncho-pulmonaires intercurrentes. — Dans les phtisies où la fièvre n’est pas un symptôme habituel, l’élévation de la température indique le plus souvent une poussée congestive ou phlegmasique (bronchitique, broncho-pneumonique ou pneumonique). L’auscultation permet d’établir si la fièvre a bien sa source dans une complication de cet ordre et de préciser la variété de l’accident. Il faut dès lors user des antltheriniciues , des expectorants, et de la révulsion. Nous avons déjà indiqué les règles de l’administration des antithermiques.
Pour les expectorants, on administre l’ipéca à dose vomitive, quand il existe un encombrement bronchique qui fait redouter le développement de la hron-
TR Al TE ME NT S YMPTOM ATIO U E .
chitc capillaire. Les préparations ammoniacales, le chlorhydrate d’ammoniaque, l'acétate d’ammoniaque, surtout le benzoate d’ammoniaque, exercent une action à la fois stimulante et expectorante dont on retire de bons elfets. On peut se servir aussi des préparations d’antimoine, du kermès à la dose de 15 à 50 centigrammes par jour dans une potion additionnée de sirop de codéine ; de l’oxyde blanc d’antimoine à la dose de 1 gramme à 1 gr. 50 toujours associé avec un peu d’opium. Mais il faut faire une mention spéciale pour le lartre stibié préconisé par Fonssagrives, et dont nous avons observé les bons effets dans le service de notre maître Bucquoy. Lorsqu’il se produit des congestions ou des inflammations pulmonaires avec fièvre plus ou moins vive, particulièrement dans la période intermédiaire du premier et du deuxième degré de la phtisie, Bucquoy prescrit la potion suivante ;
Julep gommeux. . . . • 100 grammes.
Sirop diacodc ou sirop de moi i)liiiie 30 —
Tartre stibié 0^,10 à 0e%l5.
1 cuillerée à soupe toutes les deux heures, saut au momcid. des repas.
On évitera pendant cette médication de faire prendre au malade des tisanes ou des boissons abondantes. Après la 2*^ ou la 5' cuillerée de potion, il survient parfois des vomissements et de la diarrhée; mais la tolérance ne tarde pas à s’établir; la fièvre s’abaisse, la congestion diminue, l’appétit renaît. La médication peut être continuée sans inconvénient pendant tm mois, si l’on a soin d’abaisser la dose à 5 centigrammes. Elle doit être cessée si la diarrhée et l'état nauséeux persistent. Quand elle est bien supportée, elle donne parfois des améliorations surprenantes.
Contre les poussées aiguës bypérémiques ou phlegmasiques, la révulsion temporaire est extrêmement utile ; un vésicatoire volant de petites dimensions ou une mouche de Milan, appliqués au niveau du point atteint, aident beaucoup à la résolution. La congélation au chlorure de méthyle, telle que Debove la pratique, ou mieux encore le stypage par le procédé de Chambly, sont des agents révulsifs à action rapide, et peuvent soulager beaucoup les malades. Les pointes de feu ne sont -utiles que si elles sont faites très profondément. Les pointes de feu appliquées superficiellement, comme on les fait babituellement, nous paraissent devoir être abandonnées, car elles nous ont paru plusieurs fois provoquer des bémoptysies.
Quant à la révulsion permanente pratiquée à l’aide d’un cautère appliqué sous la clavicule et dont on entretient la suppuration à l’aide d’un pois, c’est un moyen peut-être trop délaissé aujourd’hui ; nous avons observé plusieurs faits où le cautère à demeure, placé au niveau d’une caverne limitée, a donné d ’excellents résul tats .
§ 511. Chloro-anémie tuberculeuse initiale. — Trousseau et G. Séc ont absolument proscrit l’usage du fer dans la phtisie; cependant, on peut et l’on doit même administrer le fer aux femmes qui entrent dans la tuberculose par la cbloro-anémie ; dans ces cas, l’oxalate de fer (à la dose de OsgSS dans uii cachet pris au repas) et l’iodure de fer (1 à 2 cuillerées à soupe de sirop) nous ont donné de bons résultats.
g (»0. Troubles gastriques. — L L’hyperchlorhydrie qu'on observe quelquefois dès le début de la tuberculose sera traitée par le bicarbonate de soude
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à la dose de 2 à 5 grammes au moment des paroxysmes douloureux, par une alimentation très azotée (viandes et œufs) et pauvre en végétaux, particulièrement en féculents.
2" Dans la dyspepsie commune des phtisiques, liée à l’hypochlorhydrie et à l’inertie de l’estomac, nous avons employé avec succès la médication préconisée par G. Sée :
a. Un demi-verre ou un verre d’eau de Vichy, une demi-heure avant les l’epas, pour favoriser la sécrétion du suc gastrique.
b. Au commencement du repas, une poudre absorbant les gaz (craie lavée et magnésie calcinée).
c. Un régime alimentaire qui n’est ni uniforme, ni systématique : aliments excitants, épicés et de haut goût, viandes froides, charcuterie, poissons, légumes secs décortiqués; ne pas proscrire la salade ni les aliments acides ou assaisonnés avec du vinaigre. Le kéfir est un bon aliment pour les phtisiques dyspeptiques.
d. Pour favoriser le passage de la masse alimentaire de l’estomac malade dans l’intestin qui ne l’est pas, et remplacer la digestion stomacale par la digestion intestinale, on prescrira l’usage des boissons chaudes, très abondantes et très stimulantes, comme le thé, ou bien alcoolisées par l’addition des liqueurs. Elles sont bien supérieures au vin, qui s’acidifie si facilement; à la bière, qui fermente dans l’estomac; aux eaux gazeuses, qui ajoutent le gaz acide carbonique aux gaz qui remplissent les premières voies ; elles sont également préférables à la glace et aux boissons glacées, qui ne produisent qu’une sensation agréable et entravent parfois la digestion.
e. Enfin, quand la dyspepsie s'accompagne de fermentations anormales et qu’elle résiste au traitement diététique et pharmaceutique, le meilleur procédé curatif consiste dans le lavage stomacal. Le lavage débarrasse l’estomac des produits de la fermentation et des crachats que les phtisiques déglutissent (juelquefois en très grande quantité.
Si la dilatation de l’estomac est très prononcée, on conseillera le régime de Bouchard.
Souvent un des symptômes de cette dyspepsie devient prédominant et nécessite un traitement spécial :
Contre Vanorexie on pourra prescrire les amers, par exemple les gouttes suivantes ;
10 à 15 gouttes avant chacun des deux principaux repas.
L’usage de l’acide chlorhydrique ne nous a donné que des résultats médiocres.
Contre la toux gastrique et les vomissements qui la suivent, Peter conseille de donner au moment du repas 2 à 5 gouttes de laudanum ou bien un peu de morphine (une cuillerée à café d’une solution de 0»',01 dans oO grammes d’eau); Tison prescrit une pilule renfermant (PuOl de chlorhydrate de cocame
Teinture de (juinquina Teinture (te Colombo.
Teinture de gentiane.
âà 5 grammes.
Teinture de noix vomicpie. . .
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et autant de chlorhydrate de morphine. Du reste, il n’est pas de médicament narcotique ou antispasmodique qui n’ait été employé pour combattre l’irritabilité du pneumogastri([ue. Nous nous contenterons d’indiquer ici les formules (|ui nous ont paru anesthésier le plus sûrement la muqueuse gastrique et (jui par conséquent calment le mieux la toux gastrique, l’état nauséeux, et aussi la douleur qui suit parfois l’ingestion alimentaire :
Alcool ledific )
Teinture d’iode t àà 5 grammes.
Acide pliénique pur i
5 ou ü gouttes dans un peu d’eau au commencement de chaque repas.
Alcool rectifié 10 grammes.
Menthol 5 —
A prendre comme les gouttes précédentes.
Alcool rectifié 10 grammes.
Créosote de hêtre 4 —
A prendre comme les gouttes jirécédentcs, mais dans une quantité plus grande d’eau.
Si ces moyens échouent, un bon moyen de faire disparaître les vomissements, c’est le lavage de l’estomac. Debove et Dujardin-Beaumetz ont remarqué que la suralimentation par le gavage fait disparaître le vomissement; le fait est exact; mais ce n’est pas le gavage qui produit ce résultat : il faut rapporter cette heureuse modification au passage répété de la sonde, qui émousse Insensibilité des filets œsophagiens du nerf vague, et au nettoyage de l'estomac dont le gavage est toujours précédé.
.> A la période de la gastrite terminale, la diététique constitue tout le traitement des troubles gastriques; on prescrira le lait (lait de vache, lait d’ànesse), le kéfir 11“ O, quelques potages avec un peu de purée de viande ou de farineux. Jaccoud recommande la gelée de viande bien préparée, sans colle de poisson ni gélatine; elle nourrit sans fatigue, et si l’on a soin de la faire aromatiser avec du jus d’orange ou de citron, elle est agréable à prendre, et laisse dans la bouche une impression de fraîcheur qui atténue un peu l’ardeur produite par la fièvre. On doit proscrire le lavage ou la suralimentation.
En règle générale, chez les phtisiques dyspeptiques, il faut s’abstenir de faire prendre par l’estomac tout médicament qui n’a pas pour but d’améliorer l’état gastrique.
§ 01. Diarrhée. — La diarrhée simple, qui survient au début de la phtisie et ne s’accompagne pas de mélæna, sera traitée par la supju’ession de tous les remèdes irritants, un régime composé d’œufs, de viandes râpées, de purées de féculents, et de kéfir n“ 3, et l'antisepsie intestinale (benzo-naphtol, 0s‘’,5ü en un cachet, aux deux principaux repas). S’il existe des coliques, on joindra au benzo-naphtol un peu d’opium (.3 ou 4 gouttes de laudanum à chacun des repas).
La diarrhée due aux ulcérations intestinales sera reconnue par l’examen des matières fécales ; en prati(juant cet examen tous les jours, on ne tardera pas cà y découvrir une petite (juantité de sang; rentérorrhagie étant ordinairement légère, elle passera aisément inaperçue du malade et du médecin, si l’attention n’est pas appelée sur ce point. Contre la diarrhée ulcéro-tuberculeuse, il faut
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prescrire le régime alimentaire que nous avons indiqué plus haut pour la gastrite, et y joindre du benzo-naphtol à la dose de 2 ou o grammes par jour par cachets de 0sl50 pris aux repas, et un peu de laudanum. On a préconisé aussi l’acide lactique administré à la dose de 2,0 et 8 grammes par vingtquatre heures (Sezary et Aune). Nous n’avons pas retiré de bons effets de l’usage du tanin et des préparations qui renferment de l’acide gallique, non plus que du talc à hautes doses préconisé par Debove.
Les lavements créosotés par la méthode de Rivilliet ont arrêté complètement la diarrhée chez plusieurs de nos malades.
§ 62. Fistule à l’anus. — Doit-on opérer la fistule à l’anus des tubei’culeux? Les avis sont partagés à ce sujet; la plupart des chirurgiens pensent qu’il faut traiter la fistule des tuberculeux comme on traite une tuberculose locale. Mais beaucoup de médecins ne partagent pas cet avis; de nos jours, Peter et André (de Toulouse) considèrent la fistule à l’anus comme une sorte de révulsif permanent et ils pensent qu’il faut se garder de l’opérer ; d’autres s’abstiennent, parce qu’ils proscrivent toute opération sanglante chez les phtisiques, dans la crainte de provoquer une auto-infection et une granulie consécutive. Nous avons observé un phtisique apyrétique qui avait depuis longtemps des lésions pulmonaires peu accusées et qui portait une fistule à l’anus ; celle-ci fut opérée au thermo-cautère par un chirurgien éminent ; deux mois après le malade mourait, non pas de granulie, mais d’une extension rapide des lésions du poumon. En raison de ce fait, nous croyons qu’il ne faut opérer la fistule à l’anus que quand elle est très incommode pour le malade; sinon on doit se borner à la soigner par des lavements d’eau boriquée très chaude (45 à 50 degrés) ou des suppositoires à l’aristol.
§ 65. Pleurésie et pneumothorax. — Le traitement de la pleurésie et du pneumothorax des phtisiques a été déjà exposé dans ce volume.