‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 42 sur 168 · D. — BRONCHITE PSEUDO-MEMBRANEUSE CHRONIQUE · texte numérisé non relu

D. — BRONCHITE PSEUDO-MEMBRANEUSE CHRONIQUE

A côté de la bronchite diphthéritique, de la bronchite fibrineuse pneumonique, de la bronchite fibrineuse simple aiguë, existe une autre variété de bronchite pseudo-membraneuse, dont l’exsudât est variable au point de vue histo-

(') Duflocq et Ménétrier, Bronchite capillaire à pneumocoque chez les phtisiques; Arc/i, gén. demécL, 1890, juin et juillet.

Ch Orthmann, Arch. f. path. Anat. uncl PhysioL, avril 1890.

(®) Bouley, Des affections à pneumocoque indépendantes de la pneumonie franche; Thèse de Paris, 1891.

C‘) Jaccoud, Broncho-alvéolite fdu'ineuse hémorrhagique; Clinique de la Pitié, t. II, 1880. — Model, De la bronchite fdirineuse; Dissertation inaugurale de Fribourg, 1890. — Regard, Thèse de Berne, 1887. — Letellier, Broncho-alvéolite lîbrineuse hémorrhagique; Thèse de Bordeaux, 1887. — Caussade, Soc. anat., 1889. — Roques, Un cas de bronch. pseudo-memb.; Province 'médicale, 1890, septembre. — L. Picchini, Irch. ital. diclin. 'inedic., avril 1889.

TYPES CLINIQUES DE LA BRONCHITE

chimique, mais qui se présenLe toujours avec les mêmes caractères cliniques, et qui paraît être une complication au cours des bronchites chroniques d’origines diverses.

Historique. — Indiquée par Clarke en 1(197, et décrite par Valleix, Jaccoud, Thierfelder, Peacock, Lebert, Biermer, la bronchite pseudo-membi’aneuse chronique a été nettement isolée par Paul Lucas-Championnière dans une thèse remarquable (*).

Anatomie pathologique. — Un peu de rougeur et d'épaississement delà muqueuse bronchique, telles sont les seules lésions que l’on constate à l’œil nu. Les fausses membranes paraissent se développer de préférence à partir des troisième et quatrième subdivisions bronchiques ; mais on peut les rencontrer dans les bronches principales et même jusque dans la trachée. Elles forment une production arborescente dont les plus fines divisions semblent parfois se prolonger jusque dans les alvéoles pulmonaires.

Les moules bronchiques rejetés peuvent tantôt être réduits à de très petits fragments, tantôt avoir de 10 à P2 centimètres de longueur. Ils sont formés d’une substance blanchâtre ou rosée, assez souvent disposée })ar feuillets concentriques. Dans la phq)art des cas, ces cylindres sont pleins et ne présentent pas de lumière centrale, sauf quand les fausses membranes se développent dans les grosses bronches. J\L le professeur Grancher, qui a fait un examen histochimique de ces pseudo-membranes, arrive à cette conclusion qu’elles diffèrent habituellement des fausses membranes de la diphtbéric et qu’elles sont surtout composées de mucus concret et d’albumine coagulée (pseudo-membranes muco-albumineuses). Mais il n’en est pas toujours ainsi : M. Caussade a cité un fait où les moules étaient filjrineux, et M. Model un cas où ces moules étaient presque complètement graisseux; mais dans l’observation de M. Model, la graisse était peut-être le résultat d’une dégénérescence; en tout cas, il nous semlde inutile de la faire provenir, comme cet auteur, d’une sorte de chylorrhée bronchique.

On a trouvé quelquefois dans les produits expectorés des cristaux de Charcot-Leyden et des cellules éosinophiles.

Étiologie. — Exceptionnelle dans l’enfance, la bronchite pseudo-membraneuse chronique s’observe surtout chez l’adulte et le vieillard. Elle est plus commune chez l’homme que chez la femme.

Dans les antécédents héréditaires, on retrouve la fréquence des alTections pulmonaires et l’arthritisme.

La bronchite ])seudo-membraneuse chronique est en général une atfection secondaire qui se produit, soit au cours d’une bronchite chronique commune, soit dans le cours d'une phtisie pulmonaire.

Symptomatologie. — Le mode de début est variable. Dans certains cas, les malades sont atteints d’une In'onchite aigue plus ou moins grave pendant laquelle ils commencent déjà à cracher des fausses membranes ; cette expectoration persiste ensuite et la bronchile passe à l’état chronique. D’autres fois, on observe encore audélmt une bronchite aiguë; mais l’expectoration caractéristique fait défaut; ce n’est que longtemps après cette poussée aiguë qu'elle se

{') Paul Lucas-Ciiampionnilre, De la bronchile pseudo-mombraneuse chronique; Thèse de Paris, 1X70, n“ 55.

produit pour persister ensuite. Il peut arriver aussi que l’airecf ion soit chronique d’emblée. Mais on peut dire que dans la majorité des cas, c’est pendant le cours d’une bronchite plus ou moins ancienne que surviennent les premiers symptômes.

Une fois établie, l’affection procède par accès. Les malades sont pris, à des intervalles variables, d’une dyspnée excessive, avec douleur rétro-sternale, puis d’une toux violente, quelquefois convulsive; ils expulsent d’abord des matières visqueuses lilantes, très abondantes, et finalement, après de longs efl'orts, rejettent des fausses membranes. Celles-ci sont rendues, soit sous forme de fragments isolés, soit sous forme de pelotons enroulés, légèrement teintés de sang, qui ne se développent que lorsqu’on les plonge dans l’eau ; d’autres fois ce sont des arbres bronchiques tout entiers. Exceptionnellement, la crise s’accompagne d’une hémoptysie abondante ; lorsque l’expulsion des fausses membranes est complète, la dyspnée cesse presque aussitôt, et le calme renaît jusqu’à un nouvel accès. Pendant ces accès, le murmure vésiculaire est affaibli dans certains points. Parfois on perçoit un foyer de râles crépitants limité et pouvant persister pendant des années (Ilyde Salter). Dans d’autres cas, on entend un bruit de drapeau qui résulte du décollement partiel d’une fausse membrane. L’accès ne s’accompagne pas de fièvre.

Le fi’oid et l’humidité paraissent avoir une'grande inlluence sur la production des accès.

Mais la maladie ne procède pas nécessairement par accès ; certains sujets sont dans la situation de malades atteints de bronchite chronique simple, sans oppression vive, toussant un peu, et expectorant de temps à autre des débris membraneux.

Tantôt l’état général est très bon, tantôt les accès, en se répétant fréquemment, épuisent le sujet, le rendent cachectique et peuvent entraîner une consomption mortelle. Enfin le tableau des signes locaux et généraux peut être modifié par l’existence de la phtisie pulmonaire.

La durée de la maladie est pour ainsi dire illimitée. Kisch a cité récemment un cas datant de 25 ans (*).

Le pronostic ne diffère pas de celui de la bronchite chronique simple ; cependant la bronchite pseudo-membraneuse chronique semble détériorer plus rapidement l’organisme. Chez les phtisiques, elle hâte la terminaison fatale, surtout lorsque l’expulsion des membranes s’accompagne d’hémoptysies.

Diagnostic. — Le signe caractéristique de l’affection, c’est l’expulsion d’une fausse membrane. Si l’on a le soin d’examiner avec attention les crachats de tous les bronchitiques, les membranes, même pelotonnées ou enveloppées de sang, ne passeront pas inaperçues.

Cependant, en l’absence de ce signe, Aiîdral croit qu’on peut diagnostiquer un polype des bronches si une dyspnée vive survient au cours d’une bronchite simple et si en même temps la respiration cesse d’être entendue dans une certaine étendue du poumon, la percussion continuant de donner un son normal dans le même point. En réalité, si les fausses membranes font défaut

(') Wiener med. Press., 1880, n" 55.

TYPES CLINIQUES DE LA BRONCHITE, clans l’expectoration, il nous semble bien difficile de diagnosticjuer la maladie.

L’existence de fausses membranes dans les crachats une fois reconnue, il sera facile de décider s’il s'agit d’une diphthérie, d’une pneumonie ou d’une bronchite chronicjue.

Traitement. — Le traitement est souvent inefficace: les seuls remèdes dont on puisse attendre (juelcjne chose sont l’iodure de potasisum, le mercure (calomel ou sublimé corrosif) et le goudron.

Nature. — L’affection cjue nous venons de décrire offre des caractères clinic[ues cpii l’individualisent nettement. Mais est-elle absolument différente des bronchites fibrineuses aiguës à paroxysmes dont nous avons déjà parlé? La bactériologie pourra peut-èlre un jour trancher la (juestion ; rhisto-chimie en est incapable; car elle monlre cpie la composition des exsudats est, pour un meme type clinicjue, tantôt fibrineuse, tantôt muco-albumineuse, tantôt graisseuse.

En résumé, juscpi’à nouvel ordre, il faut admettre comme types distincts :

L Les bronchites pseudo-membraneuses aigues, à exsudât fibrineux, relevant soit de la diphthérie, soit delà pneumonie, soit de causes inconnues (forme primitive, essentielle) ;

2“ Des bronchites pseudo-membraneuses chroniques, à exsudât variable (fibrineux, muco-albumineux, graisseux), épisode contingent au cours d’une bronchite chronique, simple ou tuberculeuse.

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