‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 65 sur 168 · PARASITES DU POUMON · texte numérisé non relu

PARASITES DU POUMON

Parasites végétaux. — Les ùaciérie.s envahissent fréquemment le poumon; toute l’histoire des atï’ections pulmonaires nous montre leur incessante intervention ; elles sont la cause principale d’un certain nomljre de maladies; et dans presque tous les états morbides du poumon, leur présence vient compliquer secondairement l’affection préexistante. Nous l’avons assez montré jusqu’ici j)Our n'avoir plus besoin d’y revenir.

Nous voulons simplement attirer l’attention sur quelques parasites végétaux plus élevés dans l’échelle biologi(juc, ayant une organisation moins rudimentaire que celle des l^actéries.

1“ L’aspergillus niger ou glaucus est un champignon (pii est très répandu dans la nature et qui vit en particulier sur les vieux bois. Virchow le découvrit dans quatre poumons où il formait des plaques verdâtres ou noirâtres disséminées sur les bronches. 11 pensa avoir découvert une maladie nouvelle : la imeumomgcosc ou hronchomycose. Mais on admet aujourd’liui, avec Fürbringer et d’autres, (jue cette moisissure ne se rencontre que dans des poumons malades depuis longtemps ; elle se développe dans les poumons tuberculeux, dans les cavernes pulmonaires, (pielle que soit leur origine, dans les bronches entlammées chroniquement, et s[)écialement chez les cachectiques : les phtisiques, les cancéreux, les diabétirpics.

:\ucun signe ne révèle l’aspergillose : on ne la découvre que si l’on examine les crachats au microscope; on constate alors un mycélium épais, irrégulièrement ramifié, incolore; quehpies tubes renferment de nombreuses petites spores de • ■ouleur verdâtre. L’aspergillose ne donne pas naissance à la fétidité de l’baleine.

Certaines variétés (Vaspergilliis, particulièrement VaspergiUus furnigatiis, peuvent, produire dans le poumon une pscudo-tubercidose, ainsi qu’il résulte des travaux de Kaufmann, Lichtheim, Dieulafoy, Chantemesse, Widal cl Potain (voyez t. I, p. 658).

(') Letulle, Parasites du poumon, Dicl. de .Jaccoud, l. XXIX, p. 408. — Ce cliapitrc doit (‘Irc complété jtar la lecture des articles ]iarus dans le premier volume de ce traité et dns à M. Roger (Pseudo-luherculosc, p. OOi, et AcUnomycosc. p. 008).

TliAITÉ DE JIÉÜECIXE. — IV.

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2° Sarcines. — Virchow ayant découvert dans les poumons des taches saillantes, d’un brun sombre et clair, composées de sarcines, créa une nouvelle catégorie de pneumomycose. Les sarcines du poumon se présentent sous la forme de cubes divisés sui\leurs quatre faces par quatre sillons profonds : chacun de ces cubes ressemble à un paquet ficelé ; les sai’cines du poumon sont plus petites que celles de l’estomac.

Au niveau du foyer sarcineux, le tissu du poumon est ramolli, putréfié, fétide ; la nécrose tiendrait à des thromboses vasculaires formées par des amas de sarcines incluses dans des leucocytes.

La fétidité de l’haleine et la présence des sarcines dans les crachats permettront de reconnaître cet état morbide qui ne se développe guère que chez les luberculeux et au voisinage des cavernes.

Quelques auteurs admettent que la sarcine du poumon vient de l’estomac, soit par la voie lymphatique, soit par l’aspiration de matières rejetées par le vomissement. La sarcinose secondaire paraît être une cause réelle d’aggravation de la maladie première.

Oïdium albicans. — Quelques observations témoignent de la réalité du muguet broncho-pulmonaire. C’est une localisation néanmoins assez rare; Parrot l'a observé chez deux enfants athrepsiques ; Rosenstein et Freyhan chez des sujets atteints de bronchite putride ; Schmidt en a observé cinq cas chez de jeunes enfants (voyez Étiologie des bronchites et Bronchite des enfants). Le muguet broncho-pulmonaire s’accompagne ordinairement de muguet buccal . Dans les bronches, roïdium donne naissance à des plaques blanches comme celles de la bouche; dans le poumon, il forme des noyaux jaunâtres assez durs.

4“ Leptothrix pulmoncdis. — Les longs filaments du leptothrix ont été trouvés en 1804, par Fischer, dans un foyer de gangrène pulmonaire, et plus tard par Leyden et Jaffé dans la Ijronchite putride. Le leptothrix pidmonalis dérive probablement du leptothrix biicccdis.

En résumé, la présence des champignons dans les voies respiratoires paraît être toujours un phénomène secondaire, une complication d'un état morbide préexistant.

Parasites animaux (‘). — On a trouvé dans le poumon de V/iomme divers parasites animaux, parmi lesquels nous signalerons :

Le cercornonas, trouvé par Kannenbei'g dans un foyer de gangrène pulmonaire (il était, dans ce cas, associé au rnonas lens) et par Litten dans le liquide d’un pneumothorax tuberculeux (^) ;

Le Distomum ptdmonis qui donne naissance à la maladie distornaire du poumon, sorte de pseudo-phtisie qui se reconnaît à la présence dans les crachats des œufs de distome et ({uelquefois aussi du distome femelle. La maladie distornaire du poumon est endémique en certaines contrées de l’Orient, particulièrement à Okayama (Japon) (^).

Le strongyle à long fourreau {strongglus longevaginatus], trouvé par Diesing dans le poumon d’un enfant de six ans et dont on ne connaît qu’un cas;

(') Voyez les Traités d'histoire naturelle médicale et le. Traité des entozoaires de Davaine.

d) Litten, Derliner klin. IVoch., 188(5, p. 291».

d) K. Yamagiwa, Ueber die Lungendistomen-Krankheit in Japan. Virchow’s Archiv. Bd. CXXVII, p. 440-45(5

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Le cijslicercus cellulosæ, qui a été observé très rarement dans le poumon de"' l’homme ladre ;

Enfin les éclnnocoques, qui donnent naissance au kyste hydatique du poumon, afi'ection que nous étudions dans le chapitre suivant.

GIIAPITIIE Xll

KYSTES HYDATIQUES DU POUMON

Les kystes hydatiques du poumon sont rares en France. Ils sont assez communs en Australie où, en 10 ans, Duncan Bird en aurait observé 250 cas (-). Depuis quelques années, ils semblent augmenter de fréquence en Angleterre (II. Mackenzie) et en Algérie (Laveran).

Parmi les travaux d’ensemljle sur ce sujet, un des plus anciens est celui de Laënnec qui lui a consacré un chapitre du Traité (T auscultation. Puis viennent les études de Vigla (1855), de Cadet de Gassicourt (1850). En 1875, Ilearn a résumé, dans une bonne thèse, 144 observations de kyste bydati(]ue du poumon et de la plèvre. En 1877, Davaine en a publié 40 observations.

En France, les hystes hydatiques du poumon semblent avoir une certaine ])rédilcction pour les étudiants en médecine. Nous en connaissons au moins (rois exemples, et deux des étudiants atteints, Cbachereau et Marconnet, ont publié leurs observations, qui ne manquent pas d’intérêt.

Étiologie. — Comme pour tous les kystes hydatiques, c’est la pénétration dans l'organisme des œufs du tænia échinocoque qui est la cause de la maladie. Le tænia échinocoque {Uenia. nana de ipielques auteurs) vit, à l’étal adulte, dans l’intestin du cliien : c’est un cestoidc fort petit, de 5 à 0 millimètres de long. La tète est munie de quatre ventouses et d'une douljle couronne de crochets; il possède trois ou quatre anneaux dont le dernier seul, arrivé à maturité, renferme des œufs. Lorsque cet auueau, ou l’uu des œufs <pi’il contient, est introduit dans le tube digestif de riiomme, par l’intermédiaire de l'eau potable ou des légumes crus, la coque de l’œuf est détruite et uu embryon est mis en liberté. Cet embryon est une sphère douée de mouvements propres et armée de six crochets, d’où le nom ^\'elnbnjon liexacantlie. A l’aide de ses crochets, l’embryon pénètre dans les tissus; et c'est dans le foie qu'il s’arrête le })lus souvent pour y germer, (H engendrer un kyste hydatique où le parasite

(') Cadet de Gassicocdt, Thèse de Paris, 18o0. — CuACUEiiEAU, Un kyste liyd. du poumon Thèse de Paris, 188i. — Davaine, Traité des enloz-oaires, 2” édit., 1877. — IIeaiîn, Thèse de Paris, 1875. — IIeydenfseicii, Traitement des kystes liyd. de la plèvre et des organes qui l’avoisinent; Sem. mcd., 1801, [i. Ui). — Laënnec, Traité d'auscuttation, édit, de la Faculté, ]). 472. — Laveran, Médecine moderne, 1802, n" h. — Leiimann, Des kystes du poumon ouverts dans la plèvre; Thèse de J'aris, 1882. — L. Lereboullet, Kyste hyd. du poumon, article Poumon du Dict. curi/el. de iJeehamhre. — Letulle, article Pou.mon du Die.i. de Jaccoud, t. XXIX, p. 47". — il. Mackenzie, Sem. méd., 1802, n° 18, ji. 158. — Marconnet, Oliservation d’un kyste, liydratique du poumon; Progr. méd., 1891, 27 juin et 4 juillet. — Neisseu, Die Echinokokkenkranklieit, Berlin, 1877. — G. Sée et Talamon, Médecine cliniguc, t. II, Maladies spécitiques non lulierculeuses du iioumon, 1885.

(-) Ilydatids of tlie lungs, Melbourne, 1877.

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vit à la phase de scolex, pliase qui précède le développement complet, lequel ne s’opère que dans l’intestin du chien (').

Mais s’il est facile d’expliquer l’arrêt de l’embryon hexacanthe dans le foie, il est moins aisé d’expliquer sa fixation et sa germination dans le poumon.

On a fait, à ce sujet, deux hypothèses :

1° Le parasite pénétrerait dans l’intestin avec les aliments et serait transporté au poumon par les vaisseaux sanguins ou par les vaisseaux lymphatiques.

Lorsqu’un kyste hydatique du poumon coexiste avec un kyste du foie, on peut admettre cpie les embryons hexacanthes, transportés d’abord au foie par la veine porte, passent ensuite du foie dans le poumon par les veines sus-hépati([ues, la veine cave inférieure, le cœur droit et l’artère pulmonaire.

Lorsque le kyste hydatique du poumon est isolé, on peut encore admettre la possiliilité de la pénétration par l’intestin et du transport par la voie sanguine, mais })ar une autre route; l’embryon passerait dans les veines hémorrhoïdaires, les veines hypogaslri(jues, la veine cave inférieure et l’artère pulmonaire (Chachereau).

Le transport par les chylifères n’est pas impossible; mais cependant il est probable que, s’il pénètre par cette voie, l’embryon doit être arrêté au niveau d’un ganglion lymphatique.

2" Mais on peut se demander si, comme l’admettent les médecins australiens, le germe ne pénètre pas dans le poumon par l’air respiré. En Australie, on pense que les excréments de chien de berger, déposés dans les rues, desséchés et réduits en poudre, pénètrent dans le poumon avec l’air inspiré. Finsen a rappelé à ce propos que les kystes hydatiques du poumon sont d’une extrême fréquence chez les brebis et les bêtes à cornes; or, pas un senl cas n’est venu à sa connaissance d'un de ces animaux affectés d’échinocoques sans qn’il s’en soit trouvé dans les poumons en même temps que dans le foie.

Mais la clarté n’est pas encore faite sur ces divers points. Tout ce que nous savons, c’est que le kyste hydatique a une origine canine. La cohabitation avec le chien et la malpropreté expliquent pounjuoi les Islandais et les pasteurs australiens en sont si souvent atteints. Notons toutefois qu’il est des cas où des sujets atteints de kyste hydaticpie du poumon n’ont jamais possédé de chiens.

Les kystes hydatiques du [)Oumon ne sont pas toujours primitifs; ils sont quelquefois consécutifs à des kystes du foie. On a cité des cas où un kyste hydatique du cœur, après rupture, avait engendré nn kyste hydatique du poumon par le mécanisme <le l'emlmlie.

Anatomie pathologique. — L’embryon hexacanthe, arrivé dans le tissu du i>oumon, perd ses crochets. Il s’y développe ensuite sous forme d’une vésicule appelée vésicule embryonnaire ou vésicule mère. Celle-ci possède deux enveloppes : une membrane externe, anhiste, à feuillets stratifiés, appelée membrane feuilletée-, une membrane interne, couverte de granulations et appelée membrane fertile ou proligère. Les granulations de la membrane interne sont de petits échinocoques qui peuvent se détacher et nager dans le liquide de la vésicule mère, liquide qui est clair et limpide comme de l’eau de roche; dans

{') Pour tout ce qui a trait à l’histoire naturelle des échinocoques, nous renvoyons, pour i)lus amjdes renseignements, à la description des kijsles hydatiques du foie, écrite <lans le Tome 111 de ce Traité, par M. A. Chautïard.

KYSTES PIYDATIQUES DU POUMON, ce liquide, le petit échinocoque peut se développer librement, et donner ainsi naissance à une vésicule de seconde génération, appelée vésicule fille.

Le kyste, une fois formé, augmente de volume et atteint les dimensions d’une noisette, d’une noix, d’une orange, d’nne tête d’adulte.

Autour de lui, le parenchyme pulmonaire subit une métamorphose fibreus(^ qui aboutit à la formation d’une coque enveloppante qui est la membrane adventice. Mais, dans le poumon, cette membrane est rarement aussi nette, aussi épaisse que dans le foie.

Le kyste complètement développé possède donc trois enveloppes : L la membrane adventice, enveloppe fdjreuse formée aux dépens de l’organe envahi ; S'' la membrane feuilletée anhiste; 0“ la membrane proligère. La cavité du kyste renferme le liquide clair, limpide comme l’eau de roche, qui caractérise ces productions; et dans ce licjuide nagent dejjetits échiconoquesetdes vésicules fdles.

Ainsi constitué, le kyste ne diffère en rien du kyste hydatique du foie ou d’un autre organe. Nous n’insistons donc pas plus longuement sur sa structure.

Les kystes hydatiques peuvent siéger dans toutes les régions du poumon ; mais ils sont plus fréquents à droite et à la base. Ils sont solitaires ou multiples

L’évolution du kyste peut amener des complications plus ou moins graves ; I)crforation bronchique et formation d’une caverne hydatique, ruptures tle la plèvre, ulcération d’un rameau de l’artère pulmonaire et hémorrhagie foudroyante. Le tissu pulmonaire circumvoisin peut être atteint de congestion , de broncho-pneumonie, voire même de tuberculose.

Souvent le poumon n’est pas le seul organe porteur d’hydatides ; on en peut trouver en même temps dans le foie, la rate, les reins, l’épiploon et le cerveau.

Il est établi que les kystes hydatiques peuvent se développer dans la plèvre. Sur 98,1 cas de kystes hydatiques, Neisser a compté 17 cas de kyste hydatique primitif de la plèvre. Davaine a fait cette remarque que les kystes hydati([ues primitifs de la plèvre n’ont point de membrane a<lventice ; ce caractère permettrait d’établir nettement leur origine. D’après G. Sée et Talamon, si l’on accepte ce critérium, on arrive à ce résultat que les kystes hydatiques primitifs de la plèvre sont très rares, et (juc la plu[)art des kystes pleuraux viennent du foie ou du poumon.

Symptômes. — L’évolution du kyste hydatique du poumon peut êtn^ divisée en trois }>ériodes : la période latente, la période d’état, la période des c<)mplications aboutissant à la guérison ou à la mort (G. Sée et Talamon).

1" La période latente, pendant la({uelle le kyste se développe lentement, sans provo({uer de réaction, échappe à toute description ; il peut exister de l’oppression et de la toux, mais il est impossible de rapporter ces symptômes à leur vraie cause. La durée de cette période est indéterminée, et il est des cas où le kyste n’a été reconnu qu’à l’autopsie. Les petits kystes peuvent d’ailleurs se calcifier et rester dans le poumon à l’état de corps étrangers, sans jamais donner naissance à aucun symptôme.

2" La période d'état est marquée par deux ordres de symptômes : des symptômes de voisinage et des symptômes propres au kyste lui-même.

{a) Les symptômes de voisinage ou d’irritation broncho-pulmonaire sont ceux de beaucoup d’affections pulmonaires : la toux, l’oppression, la douleur, et l’hémoptysie.

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La loiix est quinteuse, convulsive, presque coqueluchoïde. Elle est d’abord sèche; mais elle finit par s’accompagner d'une expectoration sanglante ou muco-purulente.

La dyspnée, sans caractères spéciaux, est considérée comme constante par Davaine et Hearn. Mais elle manque dans beaucoup de cas. Ces dilTérences sont le fait du volume de la tumeur, et aussi de son siège ; les kystes voisins du diaphragme causent chez l’homme une dyspnée plus vive, tandis que, chez la femme, en raison du type respiratoire de celle-ci, l'oppression est plus marquée lorsque la tumeur siège dans les parties snpérieures.

La doideur peut manquer si le kyste est central. S’il est superficiel, il existe, d’après Finsen, une douleur fixe, pongitive, à l'endroit où il s’est développé. Cette douleur peut avoir des irradiations multiples et elle s’exagère sous l'intluence des accès de dyspnée.

Les hémoptysies sont la règle dans les kystes hydati(iues du poumon. Au début, l'expectoration est muqueuse, peu abondante, et renferme un peu de sang rouge ou noir. Rarement il existe dans cette phase des hémoptysies considérables ; cependant le fait s’est produit chez Marconnet. En général, des hémo- [)tysies abondantes et répétées indiquent l'imminence de la rupture du kyste.

{b) Les symptômes propres au kyste sont les signes })hysiques fournis par l’inspection, la palpation, la percussion et l’auscultation.

11 existe fréquemment une voussure au niveau du kyste. Quand celui-ci siège au lobe inférieur, on constate l'élargissement de la base; s’il siège au sommet, on voit de la voussure sous la clavicule. Au niveau de la voussure, les vibrations thoraciques sont diminuées ou abolies; le son est absolument mat, et à l' auscultation on constate un silence complet. Jamais on n’a obsei'vé de frémissement hydatique dans les kystes de la poitrine. Autour de la zone kysti(|ue, le son est quelquefois tympani(|ue et la respiration normale ou puérile. Ce qui est caractéristique, presque pathognomonique, dans cet ensemble de signes, c’est, d'après Duncan Bird, \?i limiicition très nette cle la zone de matité et de silence respiratoire. Cette zone aurait des limites d’une telle précision qu’au delà de ces limites, la matité et le silence respiratoire cessent absolument. Le changement de position du malade ne modifie en rien les résultats de l’exploration physique. Malheureusement, les signes physiques man(]uent lorsque la tumeur est petite et située au centre du poumon.

5“ Les complications ne tardent guère à modifier le tableau clinique de la période d’état.

Tantôt ce sont des phénomènes inflammatoires p)érikystiques : une bronchite transitoire et à répétition, une pleurésie sèche ou avec épanchement qui peut guérir sans que sa véritable cause ait été découverte, et surtout des poussées congestives ou broncho-pneumoniques pouvant se répéter plusieurs fois et qui favorisent souvent la rupture du kyste.

D’autres fois, môme avant sa rupture à l’extérieur, le kyste pjeut suppurer. Il faut admettre alors qu'une fissure des enveloppes a permis à des germes pyogènes de pénétrer dans la poche. En cas de suppuration du kyste, « on voit se produire un accroissement de la dyspnée habituelle, s’accompagnant de douleurs sourdes, profondes d’abord, puis de plus en plus aiguës et lancinantes dans le côté malade. La fièvre s’établit; elle ne paraît pas présenter le carac-

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1ère d'iiilermittence si remarquable dans la suppuralion des kystes du foie; du moins les auteurs ne signalent rien d’analogue. Rapidement d’ailleurs, le travail de suppuration se termine par la rupture de la poche, qui s’ouvre le plus souvent dans les bronches, s’accompagnant de tous les symptômes habituels aux vomiques purulentes, avec ce caractère particulier et pathognomonique que le pus contient des débris de vésicules ou de membranes hydati(iues » (G . Sée et Talamon).

La tendance naturelle du kyste hydatique du poumon est de se frayer une voie vers les bronches ou la plèvre. Nous venons de voir comment la rupture s’opère en cas de suppuration intra-kystique. Mais l’inflammation suppurative n’est pas nécessaire; par le seul fait de son accroissement, le kyste arrive à perforer les bronches ou la plèvre.

La rupture du kyste dans les bronches s’accompagne d’une vomique hydatique ; au moment de la rupture, le malade a la sensation de quelque chose qui se rompt dans la poitrine; subitement, il tousse, il suffoque, et il rejette par la bouche un flot de liquide clair, limpide, nullement visqueux ou spumeux, d'une saveur salée; ce liquide ne renferme en effet ni albumine, ni phosphates, mais seulement du chlorure de sodium. Dans le liquide rejeté, on voit parfois des éléments caractéristi(jues ; 1° des vésicules hydatiques [vésicules /illes) dont la grosseur varie du volume d’un pois à celui d'un grain de raisin, ou de petits échinocoques visibles à l’œil nu, sous forme de petits grains blanchâtres ou grisâtres, comme des grains de semoule ; 2“ des lambeaux blanchâtres, enroulés, de la membrane anhiste feuilletée ; ou quelquefois même la poche entière. Quand aucun de ces éléments ne frappe l’œil de l’observateur, le microscope permet souvent de reconnaître dans l’humeur hydaticjue des crochets, ou des scolex entiers du parasite. Souvent des hémoptysies abondantes précèdent et accompagnent la rupture du kyste. La vomique peut être complète en une seule fois, ou elle peut se répéter pendant plusieurs jours.

Les effets de la rupture dans les bronches sont variables; le malade peut mourir subitement, au moment même de la vomique; la mort résulte alors soit de l’obstruction des bronches par le liqidde trop abondant, par un débris volumineux de membrane hydatique, soit de l’ouverture d’un rameau important de l’artère pulmonaire qui se traduit par une hémoptysie foudroyante. Mais, d’autre part, la rupture dans les bronches est un mode de guérison spontanée; après la vomique, les phénomènes peuvent s’amender peu à peu et la cicatrisation s’opérer. Enfin, après la perforation bronchique — et c’est ce qui arrive le plus souvent, — la poche peut suppurer, le malade se consumer lentement et succomber à une septicémie. Le kyste une fois ouvert, on constate les signes d’une caverne (respiration caverneuse, gargouillement, pectorilo({uie) ; et ces signes prennent le caractère métallique ou amphorique si la poche est très volumineuse.

Lp perforation pleurale^ étudiée ]>ar Lehmann, est beaucoup plus rare que la perforation bronchique, car la plèvre est ordinairement protégée par des adhérences. La rupture dans la plèvre donne naissance à un épanchement pleural, habituellement accompagné d’urticaire hydatique (Finsen), mais dont la véritable nature n’est reconnue en général qu’au moment de la ponction. Très souvent, la rupture pleurale accompagne une perforation bronchique, et on constate alors les signes d’un hydro-pneumothorax.

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Plus rarement encore, l’hydalide du poumon perfore le diaphragme pour s’ouvrir dans les voies digestives ou au niveau de l’ombilic. Exceptionnellement, un kyste volumineux a pu comprimer le péricarde ou les vaisseaux du médiastin et provoquer des thromboses ou des érosions vasculaires suivies d ’ h ém O r r h agi es f O U d r oy a n te s .

Symptômes généraux. — Pendant que cette évolution se poursuit, l’état général ne reste pas indemne. Les malades éprouvent parfois un affaiblissement e.xtrême; ils ont une sensation d’anéantissement avec somnolence (Hearn, Chachereau) ; ils maigrissent et présentent bientôt les signes de la consomption (ju’on peut rencontrer dans toutes les alfections chroniques du poumon : fièvre vespérale, sueurs nocturnes, déformation hippocratique des doigts. Cette phtisie hydatique se distingue néanmoins par l’absence ou la rareté des troubles gastriques et de la diarrhée. Mais lorsque le kyste s’est ouvert et suppure, la ressemblance entre la phtisie bacillaire et la phtisie hydatique peut être complète. Notons enfin que cette consomption peut quelquefois disparaître et guérir, soit spontanément, soit à la suite d’une intervention chirurgicale.

Diagnostic. — Les médecins australiens, dont l’attention est éveillée par la fréquence de la maladie, considèrent son diagnostic comme relativement facile; et, en vérité, chez un individu qui tousse et crache du sang, si l’on trouve les signes physiques'si nets que nous avons étudiés, on peut aisément reconnaître le kyste hydatique du poumon. Mais, suivant la remarque de G. Sée et Talamon, en France, on n’y songe qu’à la période des complications et en présence des caractères insolites du mal; et le diagnostic n’est porté d’une façon sûre qu’au moment de la vomique et de l’expulsion d’une membrane feuilletée ou de vésicules hydatiques.

La tuberculose pulmonaire est la maladie le plus facile à confondre avec le kyste hydatique. L’état général est souvent le môme dans les deux cas, et les hémoptysies répétées constituent une analogie de plus. C’est par l’analyse des signes physiques qu’on peut quelquefois établir la distinction. S’il existe des signes cavitaires, on se rappellera que. dans le cas de phtisie, le thorax est rétracté, et que, dans le cas de kyste hydatique, il existe au niveau du foyer morbide une voussure plus ou moins marquée; de plus, la caverne kystique donne toujours un son mat et jamais tympanique. D’ailleurs, dès que des doutes s’élèveront dans l’esprit du médecin, l’examen microscopique des crachats aidera à les dissiper, par la constatation possible des crochets, par l’absence ou la présence du bacille de Koch.

La pjleurésie enkystée est très difficile à distinguer du kyste kydatique ; ce n’est guère qu’au moment de la vomique ou de la ponction, en examinant le liquide expectoré ou le liquide obtenu par l’aspiration, que le diagnostic pourra être établi d’une façon certaine.

Les tumeurs du médiastin, qui se manifestent par une matité limitée au niveau du sternum ou sous les clavicules, peuvent être confondues avec les kystes hydatiques du sommet du poumon. Mais ceux-ci ne donnent qu’exceptionnellement les signes de compression qui sont la règle dans les tumeurs du médiastin.

Le cancer du poumon doit être aussi distingué du kyste hydatique (voyez Cancer du poumon).

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Enfin, il est quelquelois impossible de se prononcer entre un kyste de la face convexe du foie et un kyste de la base du poumon droit. Cependant si le liquide s’évacue par les bronches, on peut reconnaître le siège hépatique de la tumeur à la présence dans ce liquide des éléments de la bile (teinte jaune, réaction de Gmelin).

Pronostic. — Le pronostic est renfermé dans cette statistique de Ilearn : sur 144 cas, la guérison a eu lieu 60 fois et la mort 84 fois. Des statistiques de Neisser et de Madelung, il résulte qu’en l’absence d’intervention, la moitié environ des sujets atteints d'échinocoques du poumon succombent, et que, (juand la tumeur atteint la plèvre primitivement ou secondairement, la mort est toujours la conséquence de la maladie abandonnée à elle-même (Ileydenreich).

Cependant, les médecins australiens sont moins pessimistes que ne le comporte cette statistique. Il est vrai qu'ils interviennent de bonne heure et (]ue l’intervention précoce paraît particulièrement favorable.

Traitement. — Les traitements internes, prescrits dans le but de tuer les hydatides, n’ont (|u'une efficacité douteuse : ni le mercure, ni la térébenthine, ni le chlorure de sodium, ni l’iodure de potassium ne peuvent revendiquer un succès bien avéré. C’est au traitement chirurgical qu’il faut demander la guérison dès que la maladie est reconnue. Mais, à ce propos, on se trouve en présence d’opinions diverses.

(a) D’après les médecins australiens, la ponction de la poclie kystique serait le traitement de choix dans les kystes non suppurés ou non ouverts.

On pratique la ponction avec l’aspirateur en se servant d’une aiguille très line et en procédant à l’évacuation très lentement. Il faut craindre en effet, surtout dans le cas de grand kyste, que la paroi de la tumeur ne soit très voisine d’une bronche, et que l’aspiration trop rapide et trop brusque ne provoque la perforation bronchique, comme cela est arrivé plusieurs fois. II faul craindre aussi la congestion j)ulmonaire suraiguë mortelle (pie peut iirovoquer une évacuation trop brusque (Galliard).

La ponction seule, faite lentemenl, avec toutes les précautions de l’antisepsie, a donné un assez grand nombre de succès. Une seule opération suffit (pielquefois à obtenir la guérison; ailleurs on arrive au môme résultat par des [(onctions successives.

(b) A l’heure actuelle, la pratique des ponctions répétées est repoussée par les médecins. Si le kyste n’est pas guéri après une ponction simple, on fait une ponction suivie d’une injection intra-kystique parasiticide, comme cela se pratique pour les kystes du foie. Cette opération, dont la technique et les indications ont été exposées dans ce Traité par M. Chauffard (t. III, [>■ 6a'J), donne de très beaux succès.

Avec cette méthode, on évite les ponctions répétées, et partant on évite de mettre le malade sous le coup des accidents qui peuvent suivre la ponction de tout kyste hydatiijue (accidents nerveux, et urticaire).

C’est la ponction suivie d’une injection intrakystique parasiticide ([ui nous paraît être aujourd’hui la mélhode de choix dans le traitement des cas simples de kyste hydatique.

(c) Cependant elle est repoussée par queh[ues chirurgiens (Maydl, lleyden-

reich). Entre autres reproches qu’on lui adresse, on dit qu’elle peut se compliquer d’urticaire et d’accidents nerveux (mais aucune opération pratiquée sur les kystes hydatiques ne met à l’abri de ces complications), — qu’elle peut provoquer la suppuration si elle est faite sans asepsie (mais il est facile de faire l’opération d’une manière aseptique) — qu’elle peut provoquer la perforation bronchique ou une congestion suraiguë, accidents qui peuvent entraîner des accès de suffocation trop souvent mortels (mais on peut éviter ces accidents en faisant l’évacuation très lentement).

Bien que peu fondées, ces objeclions ont conduit certains chirurgiens à ériger la pleuro-pneumotomie en méthode de choix. L’incision du kyste est précédée de la résection d’une ou plusieurs côtes, ce qui donne du jour à l’opérateur. Après l'opération, un drain est placé |dans la cavité, et on ne fait des lavages que s’ils sont nécessités par la crainte d’accidents infectieux. Quand il s’agit de kystes pleuraux, la cicatrisation ne s’obtient qu’après un temps très long (2 mois à 17 mois), et l’o})ération d’Estlander est parfois nécessaire pour l’obtenir complète; dans les cas de kyste pulmonaire, la cicatrisation s’obtient plus rapidement (2 à 4 mois).

En résumé, les méthodes modernes de traitement des kystes hydatiques sont : 1“ la ponction suivie d’une injection antisepticpie (sublimé) ; 2“ l’incision de la poche kystique.

D’après Bouilly, la première s’adresse particulièrement aux cas simples, c’est-à-dire aux kystes uniloculaires, contenant le liquide clair caractéristique, et vierges de tout traitement antérieur.

A l’incision appartiennent seulement : 1° les kystes hydatiques contenant de nombreuses hydatides filles ; 2“ les kystes multiples disséminés dans le même organe; 5" les kystes suppurés soit spontanément, soit après une autre intervention.

{(1) Que faut-il faire lorsque le kyste s’est ouvert spontanément dans les Ijronches? Pour combattre l’infection secondaire de la poche, on oi’donnera des inhalations antiseptiques (voyez Bronchite putride) et on administrera les balsamiques à l’intérieur.

Marconnet recommande vivement l’éther en inhalations : « L’éther, dit-il, est tout à la fois antiseptique, analgésique et très volatil. Aucun antiseptique ne pénétrera plus profondément dans l’organisme ; de plus, ce produit est éliminé par le poumon et baigne constamment la partie malade. Son odeur, agréable et forte, voile avantageusement la fétidité de la suppuration; il tem père la douleur occasionnée par la toux; il calme la violence des accès de toux, et, par ses propriétés antiseptiques, il aide à la guérison. .J’ai l’intime conviction que l’éther seul m’a sauvé la vie et que, sans les inhalations de ce médicament, une gangrène se serait déclarée; ou bien la suppuration, traînant en longueur j’aurais succombé soit à une infection purulente, soit par suite de mon extrême débilité. »

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