‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 66 sur 168 · P 1 1 T I S I K P U L IM O N A 1 R · texte numérisé non relu

P 1 1 T I S I K P U L IM O N A 1 R

On donne le nom de 2^^ pulmonaire à la tul>erculose du })oumon. C’esî. la plus commune de toutes les localisations de la tuberculose. Sa fréquence est extrême, et les ravages qu’elle exerce sont effrayants : dans les popu^ lations de l'Europe, elle cause environ un cinquième (1/5) des décès.

La fréquence et la gravité de cette maladie expliquent l’intérêt qui s’attache à son étude. De tout temps, les médecins ont dirigé vers elle leurs investigations; et, dans l’historique qui va suivre, on verra que les résultats définitivement acquis ont été obtenus lentement, par fragments, et à des siècles de distance. Si notre siècle, (pii est celui de Laënnec, de Villemin et de Koch, a fait lieaucoup pour l’étude de ce mal, il ne faut pas se dissimuler qu’il reste beaucoup à faire, et qu’au point de vue capital du traitement la tâche du médecin est loin d’être achevée.

HISTORiaUE

1. Dans les livres hippocratiipies, la phtisie est déjà signalée; le mot cpOi'cr:; (de ciOtsiv, sécher) y désigne une consomption spéciale liée à une suppu-

(') Le molphlisie s’écrivait naguère phthisie, ce qui était couforiueà l’orthographe étyinologiipie; le Dictionnaire de l'Académie |)rescrit inainlenant de l’écrire phtisie.

Pour la rédaction de cet article, nous nous sommes servi des excellentes monograj)hies et des belles études que nous jiossédons en France sur la phtisie; nous citerons surtou l :

N. (duÉNEAU DE Mlissy, Clinique médicale, Paris, lH7i, t. 1.

Michel Peter, Leçons de clinique médicale, Paiàs, 1882, édition, l. IL

II.vxoT, Article Phtisie du Nouveau Dictionnaire de médecine cl de chirurgie pmliquc,

t. XXVIII.

.Iaccoud, Curnlnlilé et traitement de la phtisie pulmonaire, Paris, 188r>.

(t. SÉE, De la phtisie bacillaire, Paris, 188L

.1. (luANCHER et IIuTiNEL, Article Phtisie du Dictionnaire encqclopédiqne des sciences, médicales, t. XXIV de la 2“ série, 1887.

Charcot. Œuvres complètes. Tome V. (Leçons sur l’anatoinie pathologique de la phtisie). Paris, 1888.

IlÉRARD, CoRxiL et Haxot, La phtisie pulmonaire, 2“ ediiion, Paris, 1888.

IiAMAsciiiNO, Leçons sur la tuberculose, recueillies par Thérèse et Delporte ((iréface par Lelulle), Paris, 18'.tl.

.1. Grancher, Maladies de l’appareil respiratoire ; Tuberculose et Auscultation, Paris, ISliO. (Le(;ons l’ccueillies par Faisans.)

Arloing, Leçons sur la tuberculose et certaines septicémies, recueillies par ,1. Courmont Paris, 1892.

Ch. lioucHARD, Les microbes pathogènes, Paris, 1892, p. 252 à 275, — et Thérapeutique des maladies infectieuses-, Ann'sepsiV,' Paris, 1889, p. 527 à 559.

Nous serons très sobres d’indications hihliographiipies dans le cours de cet exposé. — Nous renvoyons à ce sujet à Varticle d’IIanot. au Traité d'IIérard, Cornil et Ilanot. 2“ édition. à la Revue des sciences nicdicaks de Ilagern, aux L’iudes sur la tuberculose, dirigées [lar Verneiiil, aux comptes rendus des Congrès de la tuberculose de 1888 et de 189L et aux Annales de l'Institut Pasteur de 1887 à 18'.t2.

55fi

PHTISIE PULMONAIRE

ration des poumons. Hippocrate connaissait l'expectoration purulente des phtisiques, l’hémoptysie, la déformation des doigts en baguette de tambour, le dépérissement du corps, et le rôle de l’hérédité. Pour Hippocrate, la suppuration du poumon était causée par le cpùixx, que les plus anciens traducteurs ont rendu par le mot tuberculum. Mais il ne faudrait pas croire que le cpOax d’Hippocrate représentât quelque chose de net : c’était une tumeur, une collection purulente, un abcès chaud ou un abcès froid, ou môme un furoncle (Peter).

Arétée (50 ans après J.-C.) ajoute des détails à la description du maître de Cos ; et le tableau clinique qu’il a tracé de la phtisie mérite d’être reproduit : « La phtisie, dit Arétée, a pour cause l’ulcération du poumon. Succédant à une toux prolongée ou à l’hémoptysie, elle est accompagnée d'une tièvre continue, qui, plus marquée en général pendant la nuit, peut être comme masquée, se concentrer pendant le jour et paraître intermittente ; cependant elle se révèle par le malaise, la faiblesse, l’amaigrissement. Le pouls est petit et dépressible, le sommeil est troublé, la peau se décolore, l’aspect des crachats est infiniment variable; ils peuvent être livides, noirâtres, blancs, jaunes, verdâtres, jaspés de blanc et de vert, larges, arrondis, consistants, glutineux ou diffluents, fétides ou inodores. » — Et plus loin, il ajoute : « Aux symptômes précédents s’ajoutent l’oppression, la faiblesse des poumons, l’anxiété, l’impatience, l’inappétence; les pieds sont froids le soir et brûlants le matin; surviennent alors des sueurs plus pénibles que la chaleur et qui s’étendent à la poitrine. La voix devient rauque, le cou s’incurve; il est grêle, peu mobile, comme rigide; les doigts sont amaigris, renllés au niveau des articulations, montrant la forme des os; la pulpe de leurs extrémités est élargie, les ongles sont recourbés. Le nez est pointu, aminci, les pommettes saillantes et empourprées, les yeux caves, transparents, brillants, la face pâle, décharnée, quelquefois comme bouffie, livide. Les lèvres sont tendues sur les dents comme dans le rire. L’aspect de ces malades rappelle en tous points celui des cadavres. Les autres parties du corps ont subi la môme altération, les chairs ont disparu; on ne voit plus les muscles des bras; les mamelles, atrophiées, ne sont plus représentées que par le mamelon; on peut compter les côtes, voir le lieu où elles finissent, leurs articulations avec les vertèbres et le sternum; les espaces intercostaux, déprimés, forment des excavations rhomboïdales qui font saillir le contour des os. L’épigastre, vide, semble refoulé en haut. L’abdomen et les flancs sont collés contre le dos; les articulations décharnées deviennent saillantes; l’épine vertébrale, au lieu de présenter une gouttière, fait relief en arrière par l’atrophie des muscles situés de chaque côté ; les omoplates soulèvent la peau et ressemblent aux ailes des oiseaux. Si le ventre se dérange, il n’y a plus d’espoir. » — Et ailleurs il décrit ainsi les enfants prédisposés : « Ils sont grêles, délicats, minces comme des planches; ils ont des omoplates ailées, le gosier saillant, la peau blanche, la poitrine étroite » (‘).

Galien modifie à peine la doctrine hippocratique, et les médecins du moyen âge se sont bornés, on le sait, à commenter Galien.

Ainsi, pendant des siècles, on a vécu sur la description d’Hippocrate. La

(*) Ces passages d’Aréléc sont empmnlés à la Clinique niédicale de N. Guéne.\u de Mussy, qui eu a donné la traduction dans le premier volume, p. 410 et 441.

HISTORIQUE

symptomatologie de la phtisie confirmée était bien connue; mais on conlbndait la consomption tuberculeuse avec tous les états marastiques. De plus, l'anatomie pathologique de la maladie était complètement ignorée.

II. C’est à l’épo(pie de' la Renaissance que les médecins s’appliquent pour la première fois à l’ouverture des cadavres. Subissant l’inlluence de l’esprit de rénovation qui règne alors, ils commencent à secouer le joug de la scolastique, ils n’ont plus le même respect pour la parole des maîtres, et l’oliservation reprend ses droits trop longtemps méconnus, En ce qui concerne la pblisie, ce nouvel esprit d’investigation ne porte ses fruits que vers le XVII® siècle.

Un des premiers, François de Le Boë Sylvius décrit nettement le tubercule et le regarde comme une lésion de petites glandes lymphatiques situées dans le poumon, lésion comparable à la scrofule des ganglions superficiels. L’œuvn^ de Sylvius marque une étape importante; il a vu le tubercule et il a saisi l’analogie qui le rapproche du ganglion scrofuleux. Sur ce dernier point, il commettait une erreur anatomique, mais non pas une erreur de doctrine.

Avec les recherches anatomiques de Félix Plater (105(3), de Benedictiis (1056), et de Th. Bonet (1080), contemporaines de celles de Sylvius, on s’habitue de plus en plus à considérer la phtisie comme l’expression symptomatique d’une lésion du poumon.

Morton (1689) décrit plusieurs variétés de phtisie parmi lesquelles il accorde une place importante à la phtisie scrofuleuse de Sylvius. S’il a trop multiplié les formes de la maladie, il a néanmoins le mérite d’avoir aftirim' nettement que toutes sont caractérisées {>ar la présence des tuljerciiles dans le poumon.

Porlal, en 1792, admet que la phtisie est causée par les tubercules du poumon qui se ramollissent et laissent des excavations. Il admet l'origine scrofuleuse de la maladie; mais il établit que le tubercule du poumon et la scrofule tégumentaire coexistent rarement.

Baillie, en 1795, donne une description ndnutieuse des tubercules; il montre (pie les granulations sont isolées ou coniluentes et fait voir qu’on peut les rencontrer en dehors du poumon, dans presque lous les organes.

Vetter(‘), en 1805, compare la matière ([ui résulte de la dégénérescence du tubercule à du fromage : d’où le nom de matière caséeuse ijiii sert souvent à désigner la matière tuberculeuse.

En 1810, nous arrivons à Bayle, le précurseur de LaCmnec. Bayle, en se basant sur les résultats de 900 autopsies, décrit 0 espèces de phtisie pulmomaire : P phtisie tuberculeuse; 2° phtisie granuleuse; 5” phtisie avec mélanose; 4" phtisie ulcéreuse; 5“ phtisie calculeuse; 0“ phtisie cancéreuse. C’est la première de ces variétés, la phtisie tuberculeuse, qui est, d'après Bayle, de heaucoiq) la plus commune. 11 en sépare à tort la phtisie granuleuse que Laënnec va rattacher à la phtisie tuberculeuse; un des grands mérites d(> Bayle est d’avoir donné une description nouvelle et iiarfaitement exacte d<‘ la granulation miliaire.

III. Laënnec pidilie en 1819 la première édition du Traité de f auscultation médiate et des maladies du poumon et du comr. Nul n’ignore quelle série de

(') jiar .IaccoüI), Clinique méd. de Lariboisière, 1881, p. 190.

PHTISIE PULMONAIRE

faits nouveaux Laëuuec a exposés dans sou’ livre. L’immortelle découverte de rauscultaliou était appuyée sur des descriptions anatomiques dont l’exactitude et la rigueur sont telles que les travaux ultérieurs ont pu y ajouter, mais non y retrancher.

Eu ce qui concerne l’anatomie pathologique de la tuherculose pulmonaire, Laëuuec s’attache à montrer les vices de la classification de Bayle. La phtisie cancéreuse est uaturellemeut écartée. La phtisie ulcéreuse n’est autre chose que la gangrène du poumon. La phtisie calculeuse et la phtisie avec mélauosc correspondent à des lésions complexes, conséquences d’autres altéralious, et u’out aucun droit à constituer des espèces morbides. Il ne reste donc que la phtisie granuleuse et la phlisie tuberculeuse. Laënnec montre que les granulations miliaires et les luherculeS représentent deux phases d’un même processus et (ju’il n’y a entre les unes et les autres d’aulre différence ([ue celle qui existe entre un fruit vert et un fruit mûr. Mais ce n’est pas tout ; la matière tuberculeuse ne se présente pas seulement sous la forme de corpa isolés] elle peut être diffuse et se présenter sous la forme à' infiltration tuberculeuse. « Quelle que soit la forme sous laquelle se développe, la matière tuberculeuse, ajoute Laënnec, elle présente dans l'origine l’aspect d’une matière grise et demi-transparente qui peu à peu devient jaune opaque et très dense. Elle se ramollit ensuite, acquiert peu à peu une liquidité presque égale à celle du pus, et, expulsée par les bronches, laisse à sa place des cavités connues vulgairement sons le nom d’nlcères du poumon, et que nous désignerons sous le nom d’excavations tuberculeuses. » Ainsi étaitétablie Vunité de la tuberculose.

Quelle idée Laënnec se faisait-il de la nature du processus tuberculeux? 11 considère les tubercules comme des productions étrangères et vivant d'une vie spéciale, en (pioi il se sépare d’une manière éclatante de son adversaire Broussais, qui faisait des tubercules un produit de l’inflammation. Laënnec sait, en outre, que la phtisie passe pour être contagieuse; et, à ce sujet, citons-le textuellement ; « La phtisie tuberculeuse a longtemps passé pour être contagieuse, et elle passe encore pour telle aux yeux du peuple, des magistrats et de <{uelques médecins dans certains pays, et surtout dans les parties méridionales de l'Europe. En Erance, au moins, il ne paraît pas qu’elle le soit. On voit souvent, chez les personnes qui ont peu d’aisance, une famille nombreuse coucher dans la même chambre qu’un phtisique, un mari partager jusqu'au dernier moment le lit de sa femme phtisique, sans que la maladie SC communique. Les vêtements de laine, et les matelas des phtisiques, que l’on brûle dans certains pays, et que le plus souvent on ne lave môme pas en France, ne m’ont jamais paru avoir communiqué la maladie à personne. Quoi qu'il en soit, la prudence et la propreté demanderaient qu’on prît habituellement plus de précautions à cet égard. Beaucoup de faits, d’ailleurs, prouvent (pi’une maladie qui n’est pas habituellement contagieuse peut le devenir dans certaines circonstances. » Puis Laënnec raconte qu’en pratiquant l’autopsie d’un phtisique, il se blessa à l’index et qu’un tubercule se développa au niveau de sa blessure. Vingt ans plus tard il mourait poitrinaire.

L’idée que la phtisie était contagieuse n’était pas une sorte de préjugé jmpulaire; des savants distingués la partageaient : tels Morgagni, qui a ouvert très peu de cadavres de phtisiques dans la crainte de contracter leur mal, et

JIISTORIOUE.

surtout Raulin, qui a écrit, en 178i, un Traité de la phtisie pulmonaire (') où il recommande l’antisepsie dans la préservation et le traitement de cette maladie (-).

Il est regrettable que le problème de la contagiosité de la phtisie ait été alors abandonné. Mais les idées se tournent ailleurs; la haute autorité de Laënnec et ses admirables découvertes entraînent les observateurs du coté de l’anatomie pathologique. C’est l’avènement de l’Ecole organicienne et, pendant son règne, on explore les cadavres, on analyse les symptômes; mais on laisse do côté l’étiologie et la pathogénie; à peine s'occupe-t-on de la thérapeutique.

La monographie de Louis (•'’) est un recueil de laits observés avec une grande précision ; on y trouve la confirmation des idées de Laënnec et la formule des deux célèbres lois de Louis : L les tubercules siègent primitivement au sommet des poumons et ils y sont toujours plus anciens qu'à la base; 2" après quinze ans, il n’y a pas de tubercules dans un organe s’il n’y en a pas dans les poumons.

A la même époque. Amiral, Cruveilhier, Rokitanski confirment et complètent les descriptions de Laënnec.

IV. Mais voici qu’un nouvel instrument d'exploration, le microscope, est introduit, vei’s 1840, dans les études anatomiques. On va l’appliquer de tous côtés, surlout en Allemagne, à l’analyse des lésions tuberculeuses, et ces nouvelles recherches vont encore empêcher les médecins de scruter à fond les causes de la maladie.

Les travaux de Lebert (1844) semblèrent d’abord confirmer la doctrine de Laënnec; Lebert cherchait dans chaque tumeur un élément histologique cal>ab!e de la différencier ; il crut trouver dans le globule tuberculeux la caractérisli(pie des lésions tuberculeuses et des lésions scrofideuses. Il apportait donc un appui à la doctrine de runité de la tuberculose.

àlais bientôt les idées de Lebert sont battues en bi'èche ; et les travaux des histologistes allemands, ceux de Reinhardt et de Virchow surtout, vont, pendant vingt ans, susciter des discussions })assionnées, dont la trace se retrouve dans tous les livres parus de 1850 à 1880.

Pour Reinhardt (1850), le globule Inberculeux de Lebert n’est qu’un globule

(‘) M. Nicaise, ([ui s’csl fait le vulgarisatenr de Raulin, a écrit à ce proiios un très curieux article dans la Bevue de chirurgie, 10 janvier 1802.

{-) En 1782, le roi de Naples rendit un édit ordonnant des mesures i>ro|diylacti<[ues sévères i>our éviter la contagion de la ]ditisie. Bouchard a eu cet édit royal sous les yeux. L’édit avait été rendu à la suite, d’une consultation de la Faculté de médecine de, Naples. ■■ Dans ce raj)port, dit Bouchard, où |)arnu les signatures on trouve celles de Cotugno cl de Cirillo, sont indiqués tous les moyens de inophylaxic capnldes de déraciner le lléau ; il ne s’agit ))as de l'amélioration îles conditions de l’existence; il sulTit de séqucslrer les ])htisiques <lès (pic la maladie est reconnue; de transporter dans un lieu éloigné leurs lits et leurs meuhles et de leur faire suhir des fumigations; de laveries objets de métal avec de l’eau de mer, ou avec du vinaigre, ou avec de l’eau-de-vie; de laver les livres au jus de citron, de laver les murs à l’eau de mer, etc. Et pour ([ue toutes ces précautions soient bien exécutées, ceux qui s’en dispenseront seront condamnés à trois ans de galères s'ils sont ignobili, à trois ans de chfiteau-forl et à trois cents ducats d’amende s’ils sont nobles. I.cs médecins qui ne dénonceront ]ias leurs malades pbtisiipies seront, pour la première fois, condamnés à trois cents ducats d’amende, et, pour la seconde, bannis pour dix ans. Ceux (pii faciliteront l’évasion d’un phtisi([ue feront six mois de prison. Les ecclésiastiques tant réguliers (pic séculiers (|ui ne prêteront pas la main à ces mesures, seront condamnés à un bannissement de dix ans. ^'oilà ce qui fut jmblié à son de lrom])e jiarles rues et carrefours de la ville de Naples, le 20 septembre 1782, sous le ri-gnc de Ferdinand. »

(h Recberebes anatomo-patbologiques sur la iditisie, 1825.

PHTISIE PULMOXAIRE.

de pus altéré. De plus, tous les produits tuberculeux, quelle que soit leur forme (isolés ou infUtrés), sont identiques aux produits de la pneumonie chronique ; la matière caséeuse n’est que du pus épaissi ; la tuberculose n’est donc que le dernier stade d’une inilammation chronique dans laquelle le poumon est impuissant à se débarrasser des produits de la prolifération cellulaire. L’unité de la tuberculose n’est pas sérieusement entamée par les conclusions de Reinhardt, qui constituent un retour vers la doctrine de Broussais, et qui ne sont pas sans analogie avec celles d’Andral et de Cruveilhier, où l’on trouve un effort pour concilier Laënnec et Broussais.

En 1852, Virchow étudie la question à son tour. Il n’accepte ni la doctrine de Laënnec, ni la doctrine de Reinhardt. Il croit qu’on a confondu à tort le tissu tuberculeux et la matière caséeuse ; il pense qu’il n’y a qu’un tubercule typique : c’est la granulation grise, néoplasie spéciale, pauvre, misérable, sans vitalité; quant aux produits caséeux, ils ne sont autre chose que des produits inllammatoires dégénérés. Pour Virchow, il n’y a donc pas une seule phtisie pulmonaire; il y en a deux bien distinctes : 1“ la tuberculose; 2*' la i)neumonie caséeuse. Niemeyer en Allemagne, Jaccoud en France, apportèrent à la conception de Virchow l’appui de la clinique; et la doctrine de la dualité recrute des partisans de plus en plus nombreux.

Opendant, en France, les médecins étaient divisés ; les uns, avec Jaccoud, admettaient la dualité telle (pie Virchow la comprenait; les autres, comme Hérard et Cornil dans leur Traité classique (1804), restaient fidèles à la doctrine de l’imité de Laënnec; d’autres enfin admettaient une dualité opposée à celle de Virchow : nous voulons ])arler de Robin (1854) et d’Empis (1805). Robin regardait la matière caséeuse comme le seul produit vraiment tuberculeux; et la granulation grise comme le produit d’une maladie spéciale qu’Empis décrivit sous le nom de granulie. La belle descrijition qu’Empis a donnée de la phtisie aiguë ou granulie est restée intacte ; la doctrine, aussi éloignée de la vérité que celle de Virchow, n’a pas résisté aux découvertes ultérieures.

C’est pendant cpie les esprits étaient absorbés par des discussions qui nous paraissent aujourd’hui sans intérêt que Villemin, en 1805, vint annoncer à l’Académie de médecine que la tuberculose était inoculable et contagieuse. 11 ne rencontra guère que des incrédules, ainsi que le prouve la discussion qui suivit sa communication. L’heure n’a pas encore sonné où les travaux de Pasteur, soulevant le voile qui nous cachait l’origine des maladies infectieuses, viendront mettre en pleine lumière la découverte de Villemin.

En 1872, les discussions histologiques sont cependant bien près d’être closes. Presque simultanément, Grancher et Thaon publient de remarqualiles travaux qui établissent définitivement l’unité anatomique de la phtisie. Grancher, étudiant successivement une granulation tuberculeuse et un fragment de pneumonie caséeuse, démontre que les deux tissus ont la môme structure ; avant d’ôlre une petite tumeur avec trois zones concentriques, comme le décrit Virchow, le tubercule est une simple accumulation de cellules embryonnaires ; plus tard, il se ramasse soit en nodules, soit en grosses masses diffuses qui correspondent à la pneumonie caséeuse. Thaon, sans identifier complètement les lésions diffuses et les lésions nodulaires, remarque leur ordinaire coexistence et les considère comme l’expression delà même maladie.

HISTORIQUE. 561

Peu après, Rindfleisch, Kosler, Friedlilnder arriveuf à des conclusions analogues. M. Charcot, dans ses leçons, fait la synihèse de tous ces travaux, et, dès lors, les idées de Laënnec sont acceptées de tous dans leur simplicité première.

V. Pendant que les anatomistes revenaient ainsi à Tunité, les idées de Pasleur sur la nature parasitaire des maladies infectieuses commençaient à se répandre parmi les médecins, et les merveilleux résultats obtenus par les chirurgiens à l’aide de la méthode antiseptique créée par Lister contribuaient beaucoup à les faire accepter. Alors on se souvint de la découverte de Villcmiu.

Le r> décembre 1H65, et le 30 octobre 1800, Yillemin avait fait, à l'Académie de médecine, ses communications fondamentales ; plus tard, il les avait développées dans un livre (1808). De ces travaux il résultait que la t ulmrculose humaine était facilement inoculable au lapin et au cobaye, (pi’au contraire le chat, le chien, le mouton, la chèvre, le pigeon et le coq étaient plus ou moins réfractaires à l’inoculation, et enfin (|ue la tuberculose humaine est identi(jue à celle de la vache et du singe. L’Académie avait nommé une commission pour vérifier les faits avancés par Villemin; c’est M. Collin (d’Alfort) qui avait été chargé de présenter les conclusions de scs études; les conclusions furent celles-ci : « La matière tuberculeuse est inoculable, mais la plitisie n’est })as contagieuse ». Le rapport de Collin fut suivi d'une discussion confuse que jM. Arloing a très finement critiquée. Bref, les conséquences de la découverte de Villemin avaient été repoussées.

Cependant, quelques savants marchèrent dans cette voie nouvelle. Chauveau démontra, en 1808, la possilvilité de la tubercidisalwn par les voies difieslives. Klebs, Cohnheim, plus tard Baumgarten et H. Martin, reprirent les expériences de Villemin et confirmèrent les conclusions du médecin français. Dès lors, la doctrine de la tuberculose parasitaire gagne tous les jours du terrain; M. Bouchard la professe dans son cours de 1881 et lui donne l’appui de sa haute autorité.

Ce qui empêche beaucoup <l’esprils de l'admettre pleinement, c'est (pie le parasite est inconnu; on ne l'a pas encore isolé, on ne l’a pas encore cultivé suivant la méthode de Pasteur. Les essais de Buhl, Klebs, Eklund, Aufrecht, Baumgarten, les expériences si intéressantes de Toussaint ne fournissent aucun résultat probant,. Toutes les tentativms semblent vaines, lorsque, le 10 avril 1882, Koch annonce (pi'il est parvenu à isoler et à cultiver le bacille de la tuberculose. Ses recherches, conduites avec une grande rigueur, sont confirmées ]iar la majorité des observateurs. En 1884, Koch a pulilié, dans les Annales de f office impérial de santé de Berlin, un mémoire étendu ipii expose rensemble de ses travaux et où l’on trouve solidement établis les fondements de la doctrine parasitaire de la tuberculose.

A partir de cette époque, nous entrons dans une ère nouvelle. Non seulement la doctrine [larasilaire fait surgir des aperçus nouveaux, ouvre des hori/xms inconnus, mais encore tous les faits observés antérieurement, éclairés, vivifiés par cette découverte, semblent acquérir une valeur [ilus grande.

Dans ce travail, nous allons exposer l’histoire de la [ihtisie telh? qu'on jieut la concevoir après tous ces travaux. On y verra ipic si l’œuvre accomplie est considéralde, celle (jui reste à réaliser ne l’est pas moins. 11 existe encore bien des lacunes, bien des points obscurs; et nous n'aurons garde de les tlissimuler.

ïnAITl'; DE MÉDECINE. — IV. 30

PHTISIE l’ULMONAIRE.

Page 1