ANTAGONISMES ET IMMUNITÉS
ques collaborateurs dévoués, 242 observations d’écrouelleux giiéri's{'). Sur ces 242 cas, la phtisie pulmonaire était absente 215 fois, et elle existait 27 fois.
Ces chiffres deviennent plus intéressants encore si l’on examine l’âge des sujets : 1“ sur les 215 écrouelleux guéris et indemnes de phtisie, 195 avaient guéri avant l'àge de 10 ans, 17 entre 10 et 20 ans, 5 après 20 ans; 2“ siales 27 écrouelleux guéris et atteints de phtisie pulmonaire, un seul avait guéri à l’àge de 1 1 ans, 26 portaient des adénites qui avaient débuté après 20 ans, souvent en même temps, quelquefois après le début de la lésion pulmonaire.
Ainsi, si l’on considère les sujets qui ont eu des écrouelles pendant l’enfance et qui ont guéri avant l’àge de 15 ans, on trouve 1 phtisique sur 200; cette proportion est tout à fait remarquable si l’on songe que sur 200 individus non écrouelleux pris au hasard, on trouve, d’après les statistiques, 40 phtisiques. On peut donc en conclure que les sujets, porteurs d’écrouelles développées et guéries avant 15 ans, sont indemnes de phtisie pulmonaire.
Cette loi, vraie pour les écrouelles infantiles, ne l’est pas pour les écrouelles de l’adulte. C’est là un point sur lequel il convient d’insister; les adénites tuberculeuses du cou chez les enfants sont, à ce point de vue, très dilïérentes de celles de l’adulte. Ajoutons encore que cette loi, vraie pour les écrouelles infantiles bien guéries^ ne l’est pas pour celles qui sont en voie d’évolution.
Comment peut-on interpréter les faits que je viens de mettre en lumière? Nous avouons qu’à l’heure actuelle, on ne peut guère qu’émettre des hypothèses. Notre ami A. Gilbert pense qu’il ne s’agit pas là d'une immunité conférée par une première atteinte de tuberculose, mais simplement que le sujet, porteur d’un foyer tuberculeux, lorsqu’il guérit, a une chance de moins de s’infecter qu’auparavant; et notre maître Peter ajoute qu’il faut faire intervenir aussi les soins dont on entoure l’être chétif qui a été atteint par la scrofulo-tuberculose.
Il nous paraît cependant difllcile de ne pas voir dans cette immunité le résultat d’une sorte de vaccination créée par une première atteinte de tuberculose. Evidemment de nombreuses objections peuvent être adressées à cette manière de voir; mais elles ne paraissent pas irréductibles. On peut d’abord objecter que les faits avancés par nous sont inexacts; l’avenir démontrera si nous sommes tombé sur une série favorable.
Si l’on en reconnaît la réalité, peut-on leur enlever la signification que nous sommes porté à leur attribuer en disant, comme le professeur Bouchard ; « Les individus qui ont eu ces lésions tuberculeuses localisées font souvent souche de phtisiques, et chaque jour on remarque des cicatrices écrouelleuses sur le cou des parents de jeunes gens tuberculeux »? Nous ne savons pas si cela peut
(') Par guérix, j'entends une guérison iiarlailc, coini)lète, a\ ec une eicatiàce (lui ne soit sus|)ccte en aucun point. On m’a ju'ésenté (luelquel’ois, eoinme des exceptions à la règle que je clierclic à mettre en lumière, des écrouelleux <pd n’étaient guéris (pi’en apparence, qui oITraient dans la cicatrice des jioinls sus])ects, une [letite croûte au-dessous de lacpiellc on constatait ulcération et sui)imration. .l’insiste sur ce sujet, parce que c’est un de ceux à proj)os des([uels j’ai été le ])lus mal compi'is. Dans une thèse inspirée jiai- Léiiine, M. Pégurier n’accepte pas ma manière de voir; cette divergence lient d’abord à ce que cet auteur ne s’est pas jilacé uniquement sur le terrain dcsérouclles infantiles; elle tient surtout au sens (pi’il donne au mot gnérixon; ainsi, il cite une observation de Lcl)ert (p. .’jO). comme étant contraire à ce que j’ai avancé; or, à l'autopsie, on découvrit des ganglions tuberculeux dans toute la région du cou. (Péguhier, De la prétendue immunité conférée par la guérison d’une tubcrc. loc.dc pour la i)bt. pulm.; Thèse de Lyon, 1811-2).
PPITISIE PULMONAIRE,
s’observer « chaque jour » ; mais, dans tous les cas, on peut répondre que les immunités les plus certaines ne sont pas forcément héréditaires, celles des fièvres éruptives par exemple ou de la syphilis.
C’est surtout en se basant sur les résultats de l’expérimentation qu’on a repoussé complètement l’idée d’une immunité créée par une première atteinte. Cornil et Bahès, Falk, Charrin, Arloing, Gosselin (de Caen), Daremherg, ont montré qu’on peut inoculer le tubercule à des animaux plusieurs fois avec succès. ]\Iais les travaux les plus récents sur l’immunité permettent de ne pas considérer le résultat de ces expériences comme une objection fondamentale. D’ailleurs, il faut bien tenir compte des recherches d’Arloing sur la différenciation du virus scrofulo-tuberculeux et du virus tuberculeux; et il faut se rappeler qu’il existe de nombreuses expériences contradictoires des précédentes.
En 1888, Cavagnis dit avoir obtenu une échelle de virus tuberculeux d’activité décroissante par un contact plus ou moins prolongé de la matière tuberculeuse avec une solution phéniquée; il inocule ces divers virus, en commençant par les plus faibles et en continuant par les plus forts, et il serait ainsi parvenu à créer l’immunité. Grancher et H. ^Martin ont réalisé, d’une manière imparfaite, mais certaine, la vaccination anti-tuberculeuse du lapin en se servant du bacille aviaire atténué par le vieillissement; Koch a affirmé l’impossibilité de réinoculer la tuberculose humaine au cobaye; Richet et Héricourt ont réussi à rendre les chiens réfractaires à la tuberculose humaine par une inoculation préalable de tuberculose aviaire (‘); Gramatschikoff, en faisant passer le virus tuberculeux humain par la poule, atténue sa virulence pour le cobaye.
Toutes ces tentatives ont été faites avec le bacille lui-mcme. Mais on sait qu’à l’heure actuelle on cherche la création artificielle de l’immunité à l’aide des produits solubles par les microbes. Or dans cette voie, d’intéressants résultats ont été déjà obtenus. Daremherg, Richet et Héricourt n’ont pu conférer l’immunité à des lapins en se servant de cultures liquides de bacilles aviaires ou bovins, stérilisées par la chaleur ou par la filtration. Mais Courmont et Dor ont démontré qu'une culture aviaire atténuée et filtrée sur porcelaine renferme un vaccin non toxique pour le lapin et efficace contre la tuberculose humaine ou aviaire. Dans sa première communication sur la tuberculine, Koch a avancé que le cobaye, animal excessivement sensible à la tuberculose, devient, lorsqu’on le traite par cette substance, réfractaire à l’inoculation du virus tuberculeux. Ronanli, avec des extraits de crachats et de viscères de phtisiques, n’a pu immuniser les cobayes; mais il aurait augmenté notablement leur pouvoir de résistance à l’égard de la tuberculose inoculée. Tout récemment, Scholl et Stern ont injecté des cultures stérilisées de tuberculose humaine à des animaux et à des hommes tuberculeux, porteurs de lésions circonscrites; ils prétendent avoir amélioré les sujets soumis à l’injection. Maffucci et Hammerschlag n’ont pu obtenir aucun elfet vaccinal en se servant de cultures stérilisées par le chauffage ou le vieillissement.
Ces recherches ont donné, en somme, des résultats contradictoires, ce qui n’est pas surprenant, les auteurs ne s’étant pas placés toujours dans des conditions identiques; jusqu'à plus ample information, on ne peut en tirer aucune conclusion pour ou contre la théorie de l’immunité conférée par une (‘) Il est vrai que Slraus et Gamaleia n’ont pu ol)tenir un résultat scmlàablc.