‹ Traité de médecine (volume 4)Chapitre 72 sur 168 · ANTAGONISMES ET IMMUNITÉS · texte numérisé non relu

ANTAGONISMES ET IMMUNITÉS

étudiées dans ces dernières années, particulièrement par Hanoi, A. Gilbert et Jolly. Deux faits ont été bien mis en lumière :

1° La chlorose est très fréquente chez les descendants de scrofulo-tuberculeux (Trousseau, Lund, Virchow, Comhal, Moriez, Hayem, Hanoi, A. Gilbert et Jolly).

2“ La chlorose constitue un terrain peu favorable au développement de la tuberculose (Trousseau, G. Sée, Hérard, Cornil et Hanoi) : sur 40 malades observées pendant une période de 5 à 15 ans, M. Hayem n’a vu éclore la phtisie que 2 fois. Quelques auteurs ont été conduits à admettre le contraire parce que la phtisie peut s’accompagner d’une anémie qui présente, au début tout au moins, des caractères hématologiques absolument semblables à ceux de la chlorose vraie (chloro-anémie tul)erculeuse initiale).

Asthme et emphysème généralisé. — La tuberculose est fort rare dans l’asthme complicpié d’emphysème généralisé; le fait est admis par presque tous les auteurs; dans ces cas, dit G. Sée, le poumon, perdant son élasticité, devient comme un sac de caoutchouc détendu et ramolli, qui ne fonctionne plus pour l’inspiration que d’une manière incomi)lète, par suite de la rupture et de la confluence des vésicules; le microphyte ne peut guère entrer ni se développer dans ce sac inerte. En somme, si la bacillose est rare dans ces poumons emphysémateux, c’est pour la même raison qui fait que l’anthracosc y est, elle aussi, très peu marquée (‘).

Lésions mitrales. — Rokilanski,le premier, a affirmé que les lésions mitrales coexistent rarement avec la tuberculose pidmonaire. Pidoux constate aussi la rareté de l’existence simultanée des deux maladies, remarque en outre (pi’une lésion mitrale retarde l’évolution de la phtisie, et attribue ces faits à l’arthritisme des cardiaques. Les faits avancés par Hokilanski et Pidoux furent contestés; on cita des cas de coexistence de lésion mitrale et de tuberculose. Peter reprit alors l’étude de la question ; pour lui, l'opposition cpii existe entre la lésion mitrale et la tuberculose est bien réelle, (pioiqu'elle ne soit pas absolue; sa cause réside dans l’oedème pulmonaire qui se développe aux bases et donne aux sommets une suractivité fonctionnelle ([ui les prémunit contre la tuberculose. Donc l’antagonisme est relatif, et s’explique par des conditions bien déterminées; ainsi, fait remarquer Peter, si les troubles circulatoires du poumon disparaissent, l’aptitude à la luljerculisation reparaît. Lépine etson élève Paliard admettent aussi un antagonisme relatif, et l’expliquent d’une autre manière : dans la congestion d’origine mitrale, le tissu pulmonaire baigne dans le sérum sanguin dont on connaît les propriétés bactéricides; c’est ce qui le rend réfractaire à la végétation Ijacillaire. Mais on peut objecter que les sommets du poumon, respectés par la congeslion, sont justement les points qui se tuberculisent.

Les observations les plus récentes, celles de Brousse et Ducamp en particulier,démontrent la justesse des appréciations de Peter; on admet (pie l’antagonisme entre les lésions mitrales et la tuberculose est réel; mais qu’il est conditionnel ; la lésion mitrale n’empêche le développement de la tuberculose pulmonaire (jue si l’œdème des bases pulmonaires force les sommets, points tuber-

(') Celle (iiieslioii des rapporls de remi)hysème cl de la tuberculose a dl'jà été éludiée dans le cliai)itre (jui traite de l’EMruYsÈ.ME i’llmon.mue.

PHTISIE PULMONAIRE

culisables par excellence, à respirer plus activement ('). Il est juste de rappro cher l’étal réfractaire des sommets chez les cardiopathes qui ont de la congestion à la hase des deux poumons de l’état réfractaire créé par l’emphysème.

Potain, qui admet l’antagonisme des lésions mitrales et de la tuberculose, a fait 1a remarque qu’une variété de ces lésions, le rétrécissement mitral d'origine congénitale, loin de donner l’immunité, paraît prédisposer à la tuberculose. Teissier a cherché à expliquer la coexistence possible de la phtisie et du rétrécissement mitral pur, en disant que celte lésion valvulaire peut avoir pour origine une endocardite tuberculeuse.

Elévation de la tension artérielle. — Nous avons déjà exposé comment nous avions été conduit à considérer l’abaissement de la tension artérielle comme une condition favorable au développement de la tuberculose. Rappelons ici (^ue, par contre, Ilandford considère l’hypertension artérielle comme une condition défavorable.

Immunités professionnelles. — Halter a signalé l’immunité des chaufourniers pour la phtisie; il l’attribue à la sécheresse et à la température élevée de 1 air des fours, et il a déduit de cette remarque les bases d’un traitement assez semblable à celui de Weigert. Micbaud, en 1854, crut remarquer que, dans les ateliers de gravure sur verre de la cristallerie de Baccarat, la tuberculose était très rare; il attribua ce résultat aux inhalations d’acide fluorhydrique; cette constatation devint le point de départ d’un traitement de la phtisie; nous y reviendrons en étudiant la thérapeutique de la tuberculose.

Immunité conférée par la guérison d'une tuberculose antérieure. Essais de vaccination. — La tuberculose passe pour être le type des maladies infectieuses qui, loin de donner l’immunité par une première atteinte, sont essentiellement sujettes à la récidive. N’y-a-t-il pas là une erreur explicable par la rareté de la guérison de la tuberculose et la difficulté de constater cette guérison?

Dans un mémoire écrit en 1885 et publié en 1886 dans les Archives générales de médecine, nous avons avancé que tout sujet porteur d’un lupus bien guéri ou d’écrouelles bien guéries était indemne de phtisie pulmonaire. Notre manière de voir n’a guère soulevé que des critiques (^). Cependant depuis sept ans, nous avons continué à rassembler des matériaux sur cette question. Nous nous proposons de publier plus tard le résultat de ces études; nous voulons nous borner ici à donner un simple résumé des résultats obtenus jusqu’à présent. Dans les recherches postérieures à notre mémoire, nous avons laissé de côté le lupus, car, en dehors de l'hôpital Saint-Louis, on en voit de très rares exemples; nous avons concentré nos investigations sur les écrouelles, c’est-àdire sur les adénites tuberculeuses des régions du cou.

Nous avons pu rassembler, par nous-mème ou par l’intermédiaire de quel-

(') \'oyez à ce sujet, particulièrement |)our la hibliograplue :

A. Lapeyre, Étuile sur les relations des lésions organiques du cœur gauche avec la tuberculose pulmonaii'e, Thèse de Montpellier, 1890.

Ducamp, Nouvelle observation des lésions mitrales et tuberculose pulmonaire, Montpellier médical, 1891, 2“ série, t. X\TI.

(-) Si nous en jugeons pourtant par la thèse récente de Couvreur [Th. de Paris, 1892) et ]iar un passage de la monographie récente de Dreyfus-Brisac et Bruhl (Phtisie aiguë, p. 101), on a, à l’heure actuelle, un peu moins de répugnance à accepter cette opinion.

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