ASSOCIATIONS MICROBIENNES
parvient-il à étendre son action à tout l’organisme? c’est ce que nous allons essayer de dire, en nous appuyant sur les données de la science moderne.
1° D’abord, le bacille de la tuberculose peut gagner, par diverses voies, tel ou tel organe; et des lésiom bacillaires peuvent se rencontrer partout, sur l’intestin, dans le foie, dans le rein, dans les organes génitaux, sur les méninges, sur le péritoine, etc.
2“ Ce n’est pas tout. Des infections secondaires peuvent se développer en divers points de l’organisme consumé par la tulierculose et infecter toute l’économie; elles peuvent prendre naissance dans les bronches, le poumon, la plèvre, les voies biliaires, et devenir ensuite un des facteurs pathogènes de cette septicémie consomptive qui est la caractéristique de la phtisie chronique.
,> Mais les infections microbiennes ne constituent pas l’imiquc moyen de détérioralion de l’organisme; les intoxications ajoutent leurs elfets à ceux de l’infection directe. Les toxines prennent naissance au niveau des foyers tuberculeux; et ce que nous savons des etïets de la tul)crculine de Koch nous montre quelle énergie possèdent les poisons tuberculeux. ÎM. Bouchard nous a monti'é (jue parmi ces poisons il en était un, Vectasine, qui avait un pouvoir liypérémiant considérable. Zuelzer a découvert une toxine tuberculeuse qui a une action convulsivante. Weyl en a isolé une autre qui possède une action nécrosante.
D Les toxines peuvent résulter aussi des infections secondaires, <[ui se surajoutent au processus tuberculeux.
5" Enfin, l'empoisonnement par l’acidc carbonicpie que réalise rasph3"xie prend une part sans doute importante à la genèse des altérations des organes du phtisi({ue.
En résumé, les foyers tuberculeux du poumon sont susceptibles de rayonner sur tout l’organisme par divers procédés, dont il est dilticile de dire quel est, le plus néfaste. On peut résumer ces procédés dans le tableau suivant ;
Tronblo.s et, lésions des divers nppni'eils nssociés il la lul)erculose pulmonaire
f ! Asphyxie ( intoxication
I i parTacide carbonique).
Aux quatre derniers groupes morbides, c’est-à-dire à ceux qui ne sont pas sous la dépendance directe du Itacille de la tuberculose, nous proposons de donner le nom de troubles et lésions para phtisiques. Les troubles et les lésions parapbtisiques peuvent, au point de vue anatomique, être divisés en quatre groupes :
1“ Troubles dij)iarniques sans lésion anatomiijue appréciable, généralement d’origine toxique {exemples : dyspepsie initiale, albuminurie sans lésion, délire terminal <lù à l’as[)hyxie);
il" U ypérémies, œdèmes et. iiillainrnations boncoles, d’origine toxique ou infectieuse (exemples : gastrite des phtisiques, néphrite chronique vulgaire des plilisicpies, névrites péripbéri(iues) ;
T)" Stéatoses et nécroses cellulaires, d’origine toxique ou infectieuse (exemples : stéatose de la cellule hépatique et de répitliélium rénal);
d’o ri i n 0 mi c ro 1 1 i c n 11 c .
; 1 uncrculouso.
I Par infection sccondairi f Toxines tnlicrcnleusc's.
\ Toxines des infection
PHTISII^ PULMONAIRE.
4“ Dégénérescence amyloïde du foie, du rein, etc., probablement d’origine toxicjue.
Ces lois générales établies, nous allons étudier d’abord les infections secondaires qui s’observent le plus habituellement dans la phtisie. Puis, nous passerons en revue tous les appareils et nous montrerons les troubles et les lésions qu'ils peuvent présenter sous l'inlluence de la suppuration tuberculeuse des poumons. Dans la genèse de ces troubles et lésions, il est encore fort difficile d’établir, à l’heure actuelle, la part des divers facteurs pathogéniques que nous avons indiqués.
Associations microbiennes et infections secondaires de la phtisie pulmonaire. — ■ Des recherches poursuivies par un certain nombre d’auteurs, particulièrement par Babès, il résulte que la consomption tuberculeuse, au point de vue infectieux, dépend d'un processus complexe. Ce n’est pas seulement le bacille de Koch qu’il faut faire intervenir pour expliquer l’ensemble des altérations trouvées à l'autopsie; il semble que l’organisme du tuberculeux devienne, à un certain moment, un fumier oii peuvent germer de nombreuses variétés de parasites. Tous les microbes qui végètent dans nos cavités naturelles, inoffensifs à l’état normal, peuvent devenir virulents et envahir l’économie; il y a là comme une sorte de putréfaction anticipée, une cadavérisation ante morteni.
Dans les foyers caséeux et les cavernes du poumon, on a trouvé, à côté du bacille de Koch, le streptocoque pyogène, les staphylocoques pyogènes, le pneumocoque, la diplobactérie de Friedlander, le microbe du pus bleu, le microcoque tétragène (auquel Koch attribue une certaine part dans le travail de destruction), un bacille donnant une culture verte aromatique (Solles), les microbes qui donnent aux crachats leur couleur verte et que nous avons étudiés avec les bronchites, des protei, des aspergilles jaunes ou noirs, des sarcines, des leptothrix, de l’oïdium albicans.
Ces microbes élaborent des ])oisons qui joignent leurs effets à ceux du bacille de la tuberculose. Localement, ils augmentent probablement la suppuration pulmonaire. De plus, ils peuvent infecter tout l’organisme.
Mais, les infections secondaires n’ont pas pour unique point de départ les foyers tuberculeux du poumon; les microbes (pii vivent normalement dans la bouche, l’intestin, les voies génito-urinaires, sur la peau, peuvent, eux aussi, envahir l'organisme dégradé par la tuberculose. Parmi ces microbes des infections secondaires, il faut citer au premier rang les microbes de la suppuration et le pneumocoque.
Le streptocoque pyogène, seul ou associé au bacille de la tuberculose, a été retrouvé dans le péritoine, le péricarde, les méninges, les ganglions lymphatiques, les os, les articulations, les abcès sous-cutanés, dans des foyers de gangrène et d’hémorrhagies disséminés par tout l’organisme (Babès), dans la plèvre (Netter), dans les voies biliaires (Ménétrier et Thiroloix) ('), dans le caillot de la phlébite (Vaquez), dans le sang du cœur (Marfan et Nanu).
Le staphylocoque doré a été trouvé, seul ou associé au bacille de la tuberculose, dans les méninges, les ganglions lymphatiques, les abcès froids, dans
(') DuU. de la Soc. anatomique, janvier 1801.