NUTRITION DES PHTISIQUES
Le Noir a conslaté que les urines des phtisi(jues sont eu générai moins toxiques que les urines normales.
Les urines ne renferment le bacille de Koch, ou ne provoquent la tuberculose par inoculation, que lorsqu’il existe de la tuberculose des voies urinaires; dans ce cas, elles renferment ordinairement du pus et parfois du sang.
Nutrition des phtisiques. — L’observation seule permet de prévoir que. la nutrition des phtisiques est profondément trouldée; en premier lieu, l'assimilation est réduite au-dessous du taux normal, car la quantité des aliments ingérés est diminuée, Indigestion est viciée et l’absorption intestinale entravée ; ensuite, la désassimilation est beaucoup plus active, puisque, par les crachats, par les sueurs, par les vomissements, par la diarrhée, le phtisique perd une partie des principes constituants de l’organisme. Mais ce défaut d’équilibre entre les recettes et les pertes n’est pas runiquc cause ([ui trouble la nutrition; les mutations qui s’opèrent dans l’intimité des tissus, les combustions organiques en particulier, sont perverties par la fièvre, par les altérations hépatiques, les altérations rénales. Ces désordres de la nutrition expliquent facilement la déchéance rapide des phtisiques et l’émaciation extrême qu’on observe à la période consomptive.
Les recherches chimiques, malgré leurs lacunes et bien qu’elles soient encore assez mal coordonnées, corroborent en partie les prévisions de la clinique ; elles nous montrent les perversions de l’oxygénation du sang dans le poumon et des oxydations dans les tissus; des modibeations dans la composition du sang (troubles de l’azotémie et de la glycémie), et des désordres des mutations désassimilatrices.
I" Dans la phtisie, même au délud, la capacité respiratoire du poumon est diminuée; et cette diminution s’accentue à mesuregjue les lésions pulmonaires s’étendent. Cependant, si l’on en croit Regnard, malgré le rétrécissement du champ opératoire, l'absorption de l'oxygène par le poumon serait souvent suffisante pendant un certain temps, car la circulation de l'air dans les voies aériennes est augmentée par la suractivité des mouvements respiratoires, c’est-à-dire par la dysjmée ; celle-ci aurait donc pour but de compenser la diminution de la capacité du poumon; et ce phénomène de compensation pourrait expliquer les observations de Ouinquaud, lequel a vu que, (juebpiefois, même à la période consomptive, la quantité d'oxygène absorbée est supérieure au cbitTre normal ; mais ces faits constituent probablement des exceptions. En général, à mesure que la maladie fait des progrès, la ipiantité d’oxygène absorbée finit par devenir insufisante; alors les combustions s’éteignent et l’asphyxie commence.
Le pouvoir que possède l'organisme, au moyen de la polypnée de suppléer à la diminution de la capacité pulmonaire, est d’autant plus remarquable que le sang des jibtisiques a un pouvoir d’absorption pour l’oxygène fort amoindri. Le pouvoir d’alisorption du sang pour l’o.xygènc (capacité respiratoire du sang) diminue parallèlement au nombre des hématies et à leur valeur globulaire, c’est-à-dire à la teneur de celles-ci en hémoglobine. Ouinquaud a montré, que lOü centimètres cubes de sang d’un tuberculeux à la troisième période, agités à l’air, absorbent l i centimètres cubes d’oxygène, au lieu de "20 à 2i, chiffre normal; Ouinquaud ajoute que si la capacité respiratoire s’abaisse
PHTISIE PULMONAIRE
jusqu'à 15 pour 100, le pronostic est des plus graves. Ilénocque, par l’analyse spectroscopique, a également constaté une diminution de l’oxyhémoglobine d’autant plus marquée que la tuberculose est plus avancée et plus étendue; cette diminution de l’oxyliémoglobine est plus prononcée quand la phtisie a débuté par une cbloro-anémie, ou quand elle se complique d'bémoptysie.
2“ L’oxygène, fixé sur rbémoglobine en quantité insuffisante, est d’ailleurs dépensé en excès dans les formes graves du mal; dans ces cas, Ilénocque a constaté, au spectroscope, que l’activité de réduction de f oxybémoglobine dans les tissus est augmentée; il en est de même dans les poussées aiguës ou après injection de tuberculine. Dans les phtisies en voie d’amélioration, Ilénocque a observé que l’activité de réduction de l'hémoglobine était normale ou un peu diminuée.
5'' Ouinquaud a vu que la quantité de ghjcose diminue dans le sang avec les progrès de la cachexie; au lieu de 0,40 pour 100, on peut ne trouver (|ue 0,15 pour 100; ce dernier chiffre marijiie une aggravation du mal sans rémission possible. Le taux de Y urée dans le sang, qui devrait être diminué, est parfois augmenté jusqu’au double de la normale; cette augmentation paraît être le fait d’une élimination incomplète, le chiffre de l’urée étant diminué en même temps dans l’urine.
5“ La perversion des mutations désassimilatrices se révèle d’abord par les modifications qualitatives et quantitatives des éléments constituants de Yurine. Oiiaml la dénutrition commence à s’opérer, l’analyse des urines montre une désassimilation excessive; on constate surtout une déminéralisation très active, c’est-à-dire une élimination exagérée des phosphates (J. Teissier) et des chlorures, et si l’on se rappelle qu’il se fait aussi une élimination des mêmes principes par les crachats, on en conclura que chez les phtisiques, les déperditions en phosphates et en chlorures sont considérables ; on constate aussi, dans les périodes initiales du mal, de fazoturie; mais l’excrétion de l’urée, résidu de la combustion parfaite des albuminoïdes, est peu augmentée; il y a plutôt augmentation de l’excrétion des corps moins oxydés, acide urique, Icucine, tyrosine, résultats d’une combustion imparfaite. Plus tani, quand la déchéance de l’organisme est très avancée, le chiffre de tous les éléments de l’urine, urée, phosphates, chlorures, diminue progressivement. Chiais a montré aussi qu’à la période consomptive la diffusion des liquides est lente et que les malades rendent toujours moins d’eau qu’ils n’ont ingéré de licjuides. L’albuminurie, la peptonurie, la glycosurie, viennent joindre leurs effets à ceux de ces perversions désassimilatrices.
On a étudié aussi les troubles de Texhalalion de racide carbonique par les poumons; mais tandis que Régnard pense (jue le phtisique exhale peu d’acide carbonique, Ouinquaud admet qu’à la troisième période de la phtisie, souvent à la deuxième, et parfois dès le début, l’exhalation d’acide carbonique par kilogramme et par heure est augmentée, môme lorsque la fièvre n’existe pas; plus rarement, avec de la fièvre, la quantité de CO- serait égale ou à peine supérieure à la normale. Tant que le phtisique n’exhale que 0 gr. GodeCO^ par kilogramme et par heure, le danger n’est pas pressant; mais lorsque l’exhalation s’élève à 0,80, le pronostic s’aggrave; si ce chiffre est dépassé d’une manière régulière, l'existence est menacée dans l’espace de quelques mois (Quinquaud).
FORMES CLINIQUES DE LA PHTISIE PULMONAIRE CHRONIQUE
Chiais, qui a étudié récemment la nutrition des phtisiques, est arrivé à des résultats à peu près identiques à ceux qu’a obtenus Quim[uaud ; il a insisté sur ce fait (|ue chez les j)htisiques en voie de guérison, chez ceux dont la santé générale est bonne, la nutrition se fait suivant le type physiologique, tandis que, chez les autres, les troubles nutritifs présentent des variations fréquentes d’un jour à l’autre. D’après le même auteur, des troubles nutritifs analogues à ceux de la phtisie s’observeraient dans d'autres cachexies; le type de nutrition pathologique que nous venons d’étudier ne serait donc pas propre à la tuberculose.