TROUBLES DES ORGANES GÉNITAUX
(Hanoi, Rendu, Baréty, Iluchard), par des accidents d’embolie cérébrale dus à une thrombose développée dans les veines pulmonaires .
La phlegmatia alla dolens survient souvent à la période terminale de la phtisie, comme dans toutes les cacliexies. La théorie de la thrombose marastique de Virchow paraît aujourd'hui insuffisante à expliquer sa pathogénie ; on revient aux idées de Cruveilhier et l’on admet son origine phlélntique ; la phlef/matin se développerait sons rintlnence d’une altération primitive de l’endothélinm causée exceptionnellement par le bacille de Koch, le plus souvent parle streptocoque, ou par les microbes d’une infection secondaire; la cachexie, en modifiant la circulation et la composition du sang, serait une cause favorisante (Vaquez). La phlébite peut occuper toutes les veines, les superficielles et les profondes ; au membre inférieur, qui est son siège de prédilection, surtout du coté gauche, elle se manifeste par les symptômes classiques : douleur, œdème dur et blanc avec réseau de veines dilatées, sensation d’un cordon dur et douloureux au niveau de la veine enllammée ; elle peut aussi occuper le membre supérieur (Trousseau), le tronc brachio-céphalique (Pitres). Quand le caillot n’est pas complètement oblitérant, on lorsque la phlébite occupe de petites veines, comme cela arrive souvent aux mollets, la phlegmatia se manifeste par une douleur fixe avec ou sans nodosités sur le trajet de la veine ; elle dure peu de temps et passe facilement d’un membre à un autre ; dans ce cas, elle peut être méconnue et prise pour une simple myalgie.
On a noté aussi, à l’autopsie des phtisiques, des thromboses des sinus de la dure-mère et des veines rénales.
Système lymphatique. — Le système lymphatique est profondément altéré dans la phtisie pulmonaire. Nous connaissons la lymphangite tulierculeuse du poumon et les ailénopathies trachéo-bronchicjues ipii en résultent, la lymphangite tuberculeuse de l’intestin au niveau des ulcérations et l’adénopathie mésentéricpie qui lui succède.
Nous avons étudié aussi les rapports des adénites tuberculeuses superficielles, des écrouelles en particulier, avec la phtisie pulmonaire. Nous étudierons la tuberculose du canal thoracique avec la phtisie aiguë et la micropolyadénopathie superficielle des enfants tuberculeux avec la tuberculose du premier âge.
Organes génitaux. — La phtisie chronique peut s’accompagner d’une tuberculose des organes génitaux; chez l’homme, elle frappe l’épididyme et la prostate le plus souvent, parfois le testicule, le canal déférent, les vésicules séminales; chez la femme, en dehors des rares ulcérations bacillaires de la vulve ou du vagin (Cornil, Descham])s), on i)eut observer des mélrites, des salpingites, des ovarites, des pelvi-péritonites tuberculeuses (Andral, Louis, Rrouardel). Ces tuberculoses génitales semblent souvent s’être développées avant la tuberculose pulmonaire.
Les modifications du sens génital chez l’homme phtisique ont donné naissance à des assertions contradictoires; au lieu de la surexcitation génésique signalée par (pielqnes auteurs, il y aurait ordinairement nue diminution de l’activité génitale propoidhmnelle à l’asthénie générale (Louis, Grisolle). On a signalé des ]»ertes séminales diurnes ou nocturnes, et il y a lieu de se demander s’il faut les imputer à la tulterculose.
PHTISIE PULMONAIRE
Chez la femme, \e?> troubles menstruels sont presque constants; les règles sont, dès le début, moins abondantes et irrégulières; elles finissent par disparaître complètement. Lorsque la phtisie frappe des jeunes filles non encore réglées, la menstruation ne s’établit pas. Daremberg a étudié l’intluence de la menstruation sur la marche des lésions pnbnonaires dans la phtisie commune ; les règles normales peuvent s’accompagner de poussées congestives ou hémorrhagiques ; au moment des époques, les hémoptysies sont frécjuentes (Pidou.v), et, dans quelques cas, elles peuvent révéler une tnberculosc latente. Ouand réconlement sanguin commence à faire défant, la congestion peut aller jusqu'à l'apoplexie, et. d’après Dareml)erg, il faut alors chercher à rappeler les règles. Mais, plus tard, quand l’aménorrhée définitive est établie, nous n’avons rien observé de semblaljle aux congestions ou aux hémoptysies supplémentaires décrites par Daremberg. La ménoi)anse pathologique causée par la phtisie est habituellement complète, définitive, et ne produit aucun accident. Au début de la phtisie, la femme peut concevoir; mais elle avorte ordinairement; et l’on a noté la fréquence et la répétition des fausses couches chez les femmes tuberculeuses. Nous avons étudié plus haut rinfiuence néfaste de la grossesse et surtout de l’accouchement sur la marche de la phtisie. Dans quelques cas, l’accouchement a été suivi d’nne éruption granuleuse sur la plaie utérine (Brouardel, Cornil).
La tuberculose de la mamelle (Verchères, Dubar) est une complication très rare de la phtisie.
On a ol.)servé, chez l’homme, un gonllement passager des glandes mammaires (Leudet, Blomfield, Allot). Klippel a signalé nn cas d’hypertrophie scléreuse de la mamelle, également chez l’homme (').
Appareil urinaire. Lésions du rein. — La tuberculose des reins et de l’appareil urinaire sera étudiée dans une antre partie de ce Traité. A côté des lésions nettement tuberculeuses que nous ne faisons (|ue mentionner, il y a peut-être dans le rein des altérations spécifiques, c’est-à-dire causées par le bacille, mais ne s’accompagnant pas de tubercules. Coffin rattache la néphrite des tuberculeux à l’action directe du bacille de Koch sur l’épithélium des tubuli. àlais cette opinion n’est pas généralement admise : les lésions rénales non tuberculeuses si diverses (stéatose, amylose, néphrite chronique), observées dans la phtisie pulmonaire ulcéreuse, sont probablement dues à des infections secondaires par divers microbes, ou encore et surtout aux toxines tu))ercvdeuses. En effet, Cornil et Ouinqnaud, en signalant les complications rénales (hématurie, albuminurie avec cylindres) produites par les injections de la lymphe de Koch, Arloing en déterminant chez le cobaye par cette môme ln])erculine une néphrite aiguë diffuse analogue à la néphrite cantharidienne, ont prouvé la réalité de néphrites toxiques chez les phtisiques.
Quel que soit le procédé par lecpicl ils sont lésés, les reins sont rarement sains chez les phtisiques.
Le Noir(^) a trouvé des altérations manifestes dans la moitié des cas ; et dans l’autre moitié il a trouvé souvent des reins présentant de la congestion ou la
(') Deldet, Voyez Traité de chirurgie de Diiplny et Reclus, t. p. 187.
(’q Le Noir, De rallniminurie chez les phtisuiues ; Thèse de Paris, 1890.
UROLOGIE.
pâleur anémique de la substance corticale. Bamberger. dans l’étiologie générale des néphrites, signale la tuberculose pour une proportion de 15,70 pour 100. La lésion la plus commune est la néphrite dite parendnjrnaleiiiie (Piédallu); Le Noir, sur 5!2 cas de lésions rénales, trouve ITi fois le gros rein blanc, soit ■40,6 pour 100. La néphrite interstitielle, rare pour Lécorché, est considérée par Lancereaux comme une complication frécjuente de la tubercidose ; Gauché la regarde même comme la cause ordinaire de ralbuminurie des phtisiques; mais, d’après Le Noir, sa fréquence ne serait que de 9 pour 100. La dégénérescence graisseuse peut exister ici comme dans toutes les maladies cachectiques. La dégénérescence amyloïde serait, pour Lécorché, extrêmement fréquente dans le rein des phtisiques (60 à 66 pour 100). La stéatose et l’amylose sont pres({ue toujours associées au gros rein blanc.
Ces diverses altérations passent souvent inaperçues; elles ne se révèlent guènî que par l'examen des urines; et même elles pourraient ne pas s'accompagner d’albuminurie (Dieulafoy). Parfois ce[>endant, dans l’ensemble symptomatique si complexe de la phtisie à la période terminale, on peut démêler les signes de la néphrite : la bouffissure et la pâleur généralisée, raugmentation de la dyspnée, des foyers de bronchite ou de broncho-pneumonie qui par leur mobilité doivent attirer l’attention du côté des reins (Lasègue) et qui d’ailleurs peuvent provoquer des hémoptysies et accélérer la marche de la maladie. Rayer avait noté la disparition des sueurs chez les phtisiques brightiques; Le Noir n’a retrouve cette particularité que chez les sujets atteints d’anasarque. La néphrite peut lu'iter la mort du patient en jirovoquant des accidents urémiques cérébraux, des hémoptysies, ou un œdème pulmonaire suraigu.
Urines. — Quand la maladie est au délmt, et quand elle ne s’accompagne pas de fièvre, I nrine est à peu près normale. Mais dès que la dénutrition commence et dès que la fièvre s’établit, burine renferme des matériaux solides en excès; à la période ultime, la substance organi([ue étant usée, il y a, au contraire, une diminution progressive des matériaux solides. Sous l’inlluemn^ de la fièvre et des sueurs abondantes, les urines [)euvcnt devenir rares, foncées en couleur, présenter, en un mot, les caractères des urines fébriles.
Passons maintenant en revue les variations des principaux éléments constituants de burine.
La proportion iVurée est augmentée au début; elle diminue ensuite peu à peu pour tomber aux chitl'res de 10, 8 et même 6 grammes et au-dessous; sous binllueuce de la fièvre, le chiffre de l’urée remonte ([uelquefois légèrement, mais il reste toujours au-dessous du chiffre normal.
Au début, la «juantité iXacide urique augmente, surtout sous l'influence de la fièvre; elle diminue à la fin de la maladie. La créatinine, la leticine, la tyrosine, })araissent se comporter comme l’acide ui'i(pie.
L’excrétion îles sulfates est peu modifiée. Au coidraire, celle des phospluitcs et des chlorures offre des variations très importantes. Dès que l’amaigrissement commence, on observe une phosphaturie intense (Reneke, Teissicr); les urines renferment 5 et 4 grammes de phosjdiale terreux j)ar liti'c. Los chlorures soni aussi excrélés en excès; les urines en renferment jusqu’à 17 et 18 grammes par lilrc (Burot); l’augmentation des chlorures cesse momentanément s’il se pi'oduit une complication inllammatoire. D'ailleurs, à la période ultime, la
PHTISIE PULMONAIRE
chlorurie et la phosphalurie disparaissent; c’est ce qui explique que le diabète phosphatiijue des phtisiques ait pu être nié par Bratller, Vibert, Stokvis et Ouiuquaud.
Ou a noté une diminution de la quantité de potasse et de soude et une augmentation de la quantité de chaux.
h' albuminurie est fréquente chez les phtisiques; d’après Le Noir, dont la statislique porte sur un total de plus de 700 observations, elle s’observe chez 30,4 pour 100 des phtisiques ; soit un albuminurique sur trois phtisiques. L’albumine qui traverse le filtre rénal est composée de globuline et de sérine en proporlion variable; la globuline domine quand la quantité totale d’albumine est peu élevée; on constate parfois de la globinurie pure, et alors l’albumine n'est pas rétractile. La peptonurie accompagne l’albuminurie dans la moitié des cas; mais elle peut exister seule; elle est ordinairement d’origine gastrique ou hépatique, et elle se produit souvent d’une manière intermittente.
L’albuminurie est souvent le symptôme révélateur d’une lésion rénale. Dans ce cas, elle est plus ou moins abondante, elle varie d’un jour à l’autre, mais elle est permanente; elle est rétractile et formée de globuline et de sérine; dans l’albuminurie organique, la toxicité urinaire est encore diminuée, et l’on, trouve dans les sédiments des cylindres hyalins ou granuleux.
Mais, chez les phtisiques, l’albuminurie peut exister en l'absence de toute altération rénale-, Le Noir l’a constatée dans beaucoup de cas où le rein fut trouvé sain à l’autopsie. L’albuminurie dyscrasique est en général peu abondante, légère, temporaire, parfois intermittente. Ses causes sont nombreuses et variées ; elle peut se produire sous l’inlluence de la fièvre, qui, d’ailleurs, n’engendre ce symptôme (ju’à partir de 4ü“, sous l’inlluence de la dyspnée qui, pour Jaccoud et Gubler, produirait ralbuminurie en troublant la circulation rénale, sous l’inlluence de l’asthénie cardiaque qui agit de la même manière. Le Noir admet encore, comme facteurs de l’albuminurie dyscrasique, les troubles gastro-inteslinaux, les altérations hépatiques, les troubles de la nutrilion générale, l’intoxication tnbercideuse, et l’usage prolongé de certains médicaments, tels que l’acide salicylique, l’iodoforme, les balsamiques et les essences; la créosote ne produirait jamais l’albuminurie.
La présence du sucre a été parfois constatée dans l’urine des phtisiques (Vibert); la glycosurie a été rapportée aux altérations hépatiques, aux troubles nerveux, à la gêne respiratoire (Dechambre et Reynoso), à la perversion de la nutrition générale.
Les urines ne renferment de Vindican que lorsqu’il existe des désordres dans la digestion intestinale, particnlièrement chez les enfants.
Les urines des phtisiques présentent souvent la i-éaction diazoïque signalée par Ehrlich : les urines préalablement mélangées à de l’ammoniaque prennent une teinte d’abord rouge, puis verte, en présence de corj)s diazoïques, c’est-àdire de corps amidés dans lesquels une on plusieurs molécules d’azote se sont substituées à l’hydrogène de l’amidogène AzIIL Cette réaction, due à la présence d’un corps très réducteur, serait d’un fâcheux pronostic.