AFFECTIONS CUTANÉES PRODUITES PAR DES PARASITES ANIMAUX
Définition. — La gale est une affection caractérisée par des lésions cutanées polymorphes, généralement prurigineuses et déterminée par la présence d'un parasite spécial de la classe des arachnoïdes, Vacarus scabiei.
Description clinique. — De toutes les lésions cutanées engendrées par les acares, la plus caractéristique, celle dont la présence bien constatée suffit à elle seule à poser d'une manière incontestable le diagnostic, est celle à laquelle on donne le nom de sillon. Une mince ligne grise, ponctuée de points plus foncés, visible à l'œil nu lorsqu'on l'examine attentivement, mais plus facile à observer à la loupe, ligne rarement droite, plus souvent plus ou moins contournée, de façon à représenter une virgule, une g, un fer à cheval irréguliers, mesurant de 2 ou -"> millimètres à 1, 2 et plus rarement 5 ou 4 centimètres de longueur, constitue le sillon : cette ligne, dont la coloration est surtout nette chez les ouvriers à mains malpropres et résiste aux lavages, présente nettement deux extrémités, l'une plus large, au niveau de laquelle on peut voir une éraillure épidermique, correspond à l'entrée du parasite; l'autre, légèrement saillante, est marquée par un point blanc brillant, facile à voir à la loupe, qui n'est autre que le parasite lui-même.
Les sillons sont parfois difficiles à découvrir ; leurs faibles dimensions les rendent faciles à dissimuler au milieu des autres lésions acariennes.
Les lésions les plus spéciales à la gale, les sillons étant mis à part, sont des vésicules de la grosseur d'un grain de millet ou de chènevis, arrondies, contenant un liquide citrin, transparent ou opalin, parfois surmontées d'un sillon.
Aux sillons et aux vésicules s'ajoutent, d'une part, des saillies rouges, arrondies, peu volumineuses, dont le sommet excorié est recouvert d'une mince croûte jaune ou brune (prurigo acarien) ; d'autre part, des pustules de dimen-
sions variées : les unes, peu volumineuses, entremêlées de vésicules de mêmes dimensions, ou un peu plus larges, se rompent en donnant lieu à une croûte plus ou moins analogue à celles de Timpétigo ; les autres, larges, arrondies, saillantes, remplies de pus séreux, ont l'apparence des pustules d'ecthyma.
Les lésions précédentes, mélangées les unes aux autres en proportions variables, soit sur une même région, soit en des régions différentes, occupent certains lieux de prédilection.
Les faces latérales des doigts, et surtout les espaces interdigitaux, sont les lieux d'élection des sillons et des petites vésicules ; les pustules de dimensions variées s'y ajoutent souvent aux lésions précédentes. Le dos de la main, la face dorsale sont souvent aussi occupées par elles. La face antérieure des poignets est fréquemment occupée par des pustules, dont le siège au niveau des plis de flexion de cette région a une valeur diagnostique considérable.
Aux avant-bras et aux bras, les papules et les vésicules, entremêlées de traces de grattage, occupent surtout le côté de l'extension. La région antérieure des aisselles est fréquemment occupée par des papules excoriées dont la présence, même en l'absence des sillons, est presque pathognomonique.
Les membres inférieurs sont moins souvent atteints que les membres supérieurs, sauf chez les enfants en bas âge; mais, lorsque la gale est généralisée, leurs lésions sont souvent considérables. La face dorsale du pied est fréquemment le siège de pustules d'ecthyma chez les enfants galeux ; les jambes et les cuisses peuvent être atteintes, mais surtout les fesses, sur lesquelles se développent souvent des pustules eclhymateuses.
Sur le tronc, c'est principalement à la région de la ceinture que se localisent les éruptions acariennes, sous la forme de pustules ou de lésions d'apparence eczémateuse.
La région mammaire, chez la femme, est fréquemment atteinte par la gale : une éruption, d'apparence eczémateuse, survenant à la région mammaire en dehors de la grossesse et de la lactation, doit toujours la faire suspecter.
Chez l'homme, les organes génitaux sont presque constamment le siège de lésions consistant soit en sillons, soit en papulo-vésicules centrées par une croûtelle, qui occupent le gland ou le fourreau de la verge et constituent dans quelques cas douteux la base la plus certaine du diagnostic de cette affection.
La tête et le cuir chevelu sont constamment indemnes et, lorsque chez un sujet atteint de la gale ils sont le siège d'une éruption, il s'agit des pustules d'impétigo ou d'ecthyma, consécutives à l'auto-inoculation des lésions semblables d'origine acarienne, mais non de lésions développées sous l'influence du contact direct du parasite (E. Besnier).
La gale s'accompagne d'un prurit souvent violent, presque toujours marqué : ce prurit, dans la production duquel interviennent simultanément la progression des acares, leurs sécrétions et les lésions dues à leur présence, s'exaspère la nuit, surtout le soir, par la chaleur du lit, de sorte qu'il détermine souvent une insomnie terrible ; pendant le jour, il diminue ou cesse complètement.
Au début, les lésions de la gale sont limitées à certaines régions, le plus souvent aux mains et aux organes génitaux. Mais, par suite des migrations
spontanées des pamsilos ou de leur diss(''miiialion par les ong-les du patient ou par les vôtements, elles finissent par se j^énéraliscr plus ou moins.
Elles tendent à devenir plus intenses et plus graves à mesure (jue la maladie est plus ancienne, et cela surtout chez des sujets qui ne prennent aucun soin de proprelc'. Il en rc'sulte de grandes dilïérences dans l'intensité et l'aspect de la gale, suivant son ancienneté et suivant les conditions sociales des malades. Chez les sujets aisés, capables de prendre des soins de propreté minutieux, l'éruption peut être si discrète, ses lésions si superficielles, que la maladie déformée risque de passer inaperçue, d'être prise pour un prurit de cause quelconque, si l'on ne recherche avec un soin méticuleux les sillons dans leurs sièges de prc'dilcction. Au contraire, dans la clientèle hospitalière, les lésions pustuleuses, engendrées à la fois par l'acare et par les divers agents pyogènes, sont d'observation fréquente et donnent un aspect sordide et repoussant à la plupart des galeux. Chez certains sujets placés dans des conditions particulières de malpropreté et de mauvaise hygiène, la gale, par suite de sa longue persistance, donne lieu à la formation de croûtes épaisses recouvrant de grandes surfaces : le type extrême, dans ce genre, répond à la description de la yale norvtu/ienne, bien étudiée par Boeck chez les lépreux; il semble cependant que. dans les faits de cet ordre, il s'agit d'une espèce d'acarc difïérent de celui de la gale humaine vulgaire, de l'acare du loup (Fiirstemberg, Mégnin).
Anatomie pathologique et description du parasite. — L'aramx scabieij ou sarcopte de la gale, est un insecte de la famille des Acariens, de la classe des Arachnides.
La femelle, que l'on rencontre bien plus fréquemment que le mâle, est de couleur blanchâtre, de forme arrondie, un peu ovale, ressemblant à une tortue ; elle a environ un tiers de millimètre de long sur un quart de millimètre de large. Examinée au microscope, elle présente sur sa face dorsale arrondie des taches, des lignes et des poils, et sur sa face ventrale, également arrondie, \ pattes à 5 articles de chaque côté, 2 antérieures, garnies d'un tube armé d'une ventouse, 2 postérieures terminées par un poil. A l'extrémité antérieure se trouve la tête, pourvue de 6 soies avec A paires de demi-mâchoires et !2 palpes à a articles ; à l'extrémité opposée, l'anus et les organes sexuels.
Le mâle est plus petit que la femelle, également de forme convexe, mais plus aplati et moins régulier; il présente à la dernière paire de pattes un ambulacre armé d'une ventouse au lieu d'un poil; sur la face abdominale, près de l'extrémité postérieure, entre les insertions des pattes, on voit les organes génitaux formant des saillies distinctes.
Les acares sont faciles à mettre en évidence, avec un peu d'habitude ; pour cela, avec une aiguille ou mieux avec la pointe d'un canif, on rompt l'extrémité d'un sillon et on recherche à l'aide d'une loupe le point blanc qui y est apparent : on peut déposer le parasite, soit sur l'ongle, soit, mieux, sur une lame de verre recouvrant une surface de coloration foncée, et on l'y voit se mouvoir avec une assez grande rapidité.
On peut encore, au moyen de ciseaux fins et courbés sur le plat, exciser tout un sillon : en examinant celui-ci au microscope, on constate qu'il contient de petits corpuscules foncés qui ne sont autres que les déjections des acares et
des œufs à diverses périodes de développement : les uns, situés près de l'orifice du sillon et déshabités, les suivants renfermant des larves plus ou moins bien développées, les plus profonds remplis d'un vitellus cloisonné.
On se rend ainsi compte de la formation du sillon que la femelle creuse en s'insinuant entre les couches épidermiques, occupant la couche muqueuse, c'est-à-dire la plus succulente. D'après Torok, le sillon occupe non la couche épineuse, mais la couche la plus inférieure de la couche cornée. Quelque soit d'ailleurs son siège, le parasite dilacère l'épiderme avec ses mandibules, y pondant, à mesure qu'il y progresse, ses œufs dont le développement est par suite d'autant plus avancé qu'ils sont plus près de l'orifice d'entrée.
Étiologie. — La gale ne reconnaît pas d'autre cause possible que la présence des acares. Ceux-ci sont transmis par contact direct et seulement lorsque le contact est prolongé. Il faut, en outre, que le contact ait lieu au moment où le parasite circule librement à la surface de la peau, ce qui ne se produit guère que pendant la nuit. Il en résulte que c'est ordinairement par la cohabitation que se fait la transmission de la gale ; il est à peu près sans exemple qu'un simple contact, comme celui du médecin avec un sujet atteint de gale qu'il examine, ait suffi à transmettre cette maladie.
Les animaux sont sujets à la gale, mais elle est produite chez eux par des variétés différentes d'acares qui s'acclimatent mal chez l'homme. Aussi, la gale provenant du chien, du chat, du cheval, etc., est-elle moins violente que la gale ordinaire et présente-t-elle souvent une tendance spontanée à la guérison.
Pronostic. — Non traitée, la gale persiste indéfiniment en s'aggravant. Avant les modes actuels de traitement, elle constituait une maladie grave, déterminant souvent un état de cachexie prononcée. Aujourd'hui, elle est devenue beaucoup plus bénigne et la rapidité de sa guérison permet de ne plus guère la redouter. Quoiqu'elle puisse donner lieu, en servant de porte d'entrée aux agents pathogènes, à des accidents viscéraux, tels que l'albuminurie, et même faciliter l'infection syphilitique, et que par sa longue persistance et l'insomnie qu'elle détermine elle puisse porter atteinte à la santé, il suffit qu'elle soit reconnue pour cesser d'être grave.
Les maladies fébriles intercurrentes, en modifiant la nutrition générale, troublent le développement du parasite de la gale. Aussi n'est-il pas rare de voir, pendant leur cours, le prurit et les lésions diverses de la peau s'amender ou même disparaître ; mais, au moment de la convalescence, les embryons d'acares, qui n'avaient fait que sommeiller, reprennent leur activité, et l'affection reparaît avec tous ses caractères.
Diagnostic. — Le diagnostic de la gale repose essentiellement sur la constatation du parasite ou tout au moins du sillon qui est l'indice de sa présence.
Le sillon peut être confondu avec des lésions traumatiques diverses, écorchures, égratignures, mais s'en distingue par sa forme irrégulière, plus ou moins sinueuse, et, dans les cas douteux, par la présence de l'acare lui-même. En l'absence du sillon, les locahsations des lésions aux mains, aux phs du poignet, à la partie antérieure de l'aisselle, aux seins, à la verge, associées au caractère
SO't MALADIES CUTANEES.
nocturne du prurit, ont une telle valeur (juelles peuvent presque à ellf^s seules suffire au diagnostic de la gale.
Certaines éruptions professionnelles des mains, chez les maçons, les épiciers (gale des épiciers) peuvent simuler la gale, mais en dilfèrenl par ral>sence de sillons, parla localisation exclusive à ces régions, i)ar leur disparition souvent rapide après la cessation des irritations professionnelles.
La phthiriase donne lieu à un prurit et à des lésions qui occupent principalement, sinon exclusivement, la partie supérieure du dos et la nuque.
Diverses formes d'eczéma, l'ecthyma, les éruptions prurigineuses de l'enfance, peuvent présenter quelques-uns des caractères de la gale, mais en diffèrent par leurs localisations en des points autres que ceux occupés par la gale, ou par leur siège en une seule des régions de prédilection des acares.
Traitement. — Le traitement de la gale, tel qu'il a été régularisé par le professeur Hardy, consiste essentiellement dans l'emploi combiné des bains et des frictions au savon pour ramollir Fépiderme et faciliter le contact des parasiticides avec les acares et des frictions énergiques avec une pommade sulfureuse (112 parties d'axonge pour '2 parties de fleur de soufre et 1 partie de souscarbonate de potasse). Ce traitement, connu sous le nom de frotte, qui demande deux heures, donne une proportion de guérisons de 59 pour 60 (Hardy). L'irritation vive qu'il détermine sur les téguments est assez souvent suivie d'éruptions eczématiformes qui nécessitent l'emploi des bains d'amidon.
Les divers traitements qu'on a proposés pour remplacer celui de Hardy, dans le but d'éviter cette irritation, donnent des résultats inférieurs. Ils peuvent cependant être utiles dans les cas où les téguments trop altérés ne pourraient supporter les frictions savonneuses et sulfureuses. On emploiera alors les pommades au styrax, au baume du Pérou, au naphtol, au pétrole, etc.
La désinfection complète des vêtements du malade, par le passage à l'étuve, est le complément indispensable du traitement de la gale.
Bibliographie :
Hardy, Traité pratique cl descriptif des maladies de la peau; Paris, 188G, p. iH. — Neumann. Traité des maladies parasitaires non microbiennes des animaux domeslicjues; Paris, 1888. — IIeem, Des gales anormales; Th. de doctorat; Lille, 1887-1888. — Torok, Zur Anatomie der Scabies; Monatsh. f. prakt. Dermat., 1889, t. VIU, p. 5G0.
PÉDICULOSE
Définition. — On donne le nom de pédiculose ou de phthiriase aux lésions cutanées produites par les poux.
Les poux sont des animaux de la famille des Pédicules, insectes sans métamorphoses dont la tête, supportée par un thorax peu distinct de l'abdomen, porte des mandibules avec lesquelles ils mordent la peau et un rostre qui leur sert à pratiquer la succion. Les femelles, beaucoup plus nombreuses que les mâles, pondent un grand nombre d'œufs qu'elles déposent sur un poil où ils
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sont collés par une charpente de chitine qui entoure le poil comme une gaine et auxquels on donne le nom de lentes.
Trois espèces de cette famille peuvent infecter le corps de l'homme; Ihabitat de chacune d'elles détermine le siège des lésions qu'elle produit.