PEDICULOSE DE LA TÈTE
Description du parasite. — Le pou de tête {pediculus capitis) mesure 1 à 2 millimètres de longueur sur 1/2 à 1 millimètre de largeur; il est gris ou blanc cendré avec des taches noires sur le bord de chacun des segments du corps. Les œufs sont déposés à la base des cheveux, de sorte que c'est seulement dans les cas anciens qu'on trouve des lentes sur des segments des poils éloignés de leur insertion.
Symptômes. — La présence des parasites, même en petit nombre, détermine une irritation des téguments qui aboutit à la production de papules ou de vésico-pustules ; ces dernières résultent de l'insertion épidermique, par l'intermédiaire des excoriations, des micro-organismes pyogènes : elles présentent l'aspect des pustules d'impétigo ; ces éruptions se voient surtout nettement à la périphérie du cuir chevelu, où elles sont mélangées à des excoriations de grattage; dans les régions couvertes de poils, leur sécrétion séro-purulente forme des croûtes jaunâtres ou grisâtres qui agglutinent les cheveux. Dans les cas anciens, les cheveux et les croûtes constituent des amas volumineux, peuvent même recouvrir toute la surface de la tête en formant une sorte de carapace sous laquelle fourmillent les parasites : dans ces cas extrêmes, rares d'ailleurs, connus sous le nom de trichoma ou de plique, la tête des sujets exhale une odeur fétide et repoussante.
Les poux de tête peuvent gagner les sourcils, au niveau desquels ils donnent heu à la production de pustules d'impétigo, et la barbe chez les hommes qui la laissent pousser très longue.
Étiologie. — C'est surtout dans l'enfance qu'on observe la phthiriase du cuir chevelu; elle est une des causes fréquentes de l'impétigo à cet âge : l'absence de soins et la difficulté de nettoyer convenablement le cuir chevelu, lorsque les cheveux sont intriqués par les croûtes, en prolongent la durée. Chez les adultes, elle est plus rare et ne se rencontre guère que dans les classes inférieures de la société, surtout chez les misérables; on peut cependant l'observer dans des conditions sociales élevées, à la suite de maladies longues qui empêchent de donner au cuir chevelu les soins de propreté nécessaires et de faire disparaître les parasites apportés par les gardes-malades, et cela surtout chez les femmes, en raison de la dimension de leurs cheveux : c'est là ce qui a fait croire pendant longtemps à la génération spontanée des poux.
Le diagnostic de la phthiriase du cuir chevelu est facile : la présence de lésions impétigineuses et eczématiformes occupant exclusivement le cuir chevelu et les parties adjacentes, la constatation facile des poux ou des lentes, ne
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permet loiil ^uère (riiésilcr. Cependant il faut bien savoir que la phthiriase peut se surajouler à une alleclion anU'rieure du euir elievelu, (pii favorise la pulluialion des parasites en rendant plus difficiles les soins de la chevelure et qui 'jersiste après la disparition des parasites.
Le pronostic en est hiMiin, car il suflit d'avoir reconnu la cause des altérations du cuir elievelu pour en obtenir facilement la i^-ui'rison.
Le traitement consiste bien souvent dans le seul emploi des soins de propreté si les poux sont peu nombreux et s'ils n'ont pas encore déterminé de lésions intenses du cuir chevelu ; il suffit de se peigner soigneusement pendant plusieurs jours avec un peigne fin, trempé au besoin dans le vinaigre qui facilite le glissement des lentes, et de savonner la tète.
Dans les cas plus intenses, il devient nécessaire d'employer la poudre de staphysaigre ou de pyrèthre, la fleur de soufre, l'onguent napolitain ou le pétrole additionné de baume du Pérou et d'huile pour l'empêcher de s'enflammer. Il est bon, en outre, toutes les fois qu'on le peut, de faire couper les cheveux ras: cependant, même chez les femmes qui possèdent de longs cheveux, les moyens précédents suffisent à obtenir la disparition des poux. Les lésions cutanées qui leur survivent seront traitées par les moyens appropriés.
PÉDICULOSE DU CORPS
Description du parasite.— Le pou de corps {pciliciilm corporis ou pediculus vpsliiiK'itlofi(i/i) est dun blanc sale, plus volumineux que le pou de tète, et mesure '2 ko millimètres de longueur sur 1 millimètre de largeur. Il habite les vêtements, et surtout ceux qui sont en contact avec la peau, se réfugie dans leurs plis, où il est parfois difficile à découvrir; ses lentes sont fixées aux fils de leurs tissus : E. Besnier les a vus former des rangées régulières sur tous les vêtements de sujets atteints depuis longtemps de phthiriase. 11 est exceptionnel de voir quelques poux courant sur la peau, et encore n'est-ce qu'au moment où les malades viennent de se déshabiller.
Cependant c'est bien à la présence des parasites sur les téguments et à leurs piqûres qu'il faut attribuer les symptômes de la phthiriase.
Symptômes. — Des démangeaisons parfois intenses, le plus souvent bien plus tolérables que celles de la gale dont elles ne présentent pas l'exaspération vespérale, accompagnent le développement des lésions cutanées.
Celles-ci consistent en saillies rosées analogues à celles de l'urticaire et en papules plus persistantes excoriées à leur sommet recouvert d'une croûte brunâtre (prurigo pédiculaire); en outre, de longues traînées saillantes, rouges, occupées au début par une croûtelle brunâtre linéaire, remplacées plus tard par une cicatrice blancliAfre entourée d'une zone de pigmentation brune, succèdent aux grattages vigoureux (jne détermine le prurit; ces excoriations de grattage occupent surtout la partie supérieure du dos au niveau et au-dessus des-omoi)Iatcs; au niveau de la ceinture, on voit surtout des éléments papuleux ou orties.
PEDIGULOSE. 307
Lorsque la phthiriase a duré pendant longtemps, la peau des régions atteintes est épaissie et maculée de cicatrices de dimensions variées, dans l'intervalle desquelles elle a pris une coloration brunâtre rappelant celle de la maladie d'Addison : cette mélanodermie, bien décrite par Hardy et Fabre, constitue l'un des attributs de la « maladie des vagabonds » de Vogt et de Greenhow.
Le prurit peut être assez violent pour s'opposer au sommeil et devenir une cause d'affaiblissement et de cachexie chez les vieillards atteints de phthiriase.
L'affection est l'attribut des misérables, mal vêtus, vivant en commun dans des garnis où pullulent tous les parasites ; elle coïncide souvent, en raison de ces conditions étiologiques, avec la phthiriase du cuir chevelu.
Le diagnostic en est facile et repose sur la localisation des lésions en des régions déterminées et sur la constatation du parasite dans les vêtements.
Un bon nombre des cas désignés sous le nom de prurit sénile doivent être rapportés à la phthiriase.
Le traitement consiste dans l'emploi des parasiticides, bains sulfureux, fumigations cinabrées, poudre de staphysaigre, lotions phéniquées, etc., auxquels il faut joindre les soins de propreté et surtout la désinfection des vêtements au moyen de leur passage à l'étuve.