FAVLS DES RÉGIONS GLABRES
Sur les parties glabres, le favus peut se présenter, comme au cuir chevelu, sous la forme de godets jaunes, caractéristiques ; mais ces godets sont plus disséminés et moins nombreux, et ne se réunissent pas en larges surfaces comme dans la teigne faveuse invétérée ; leur ablation laisse une surface rouge sur laquelle peuvent repousser des godets analogues. D'autres fois, les godets sont moins nets, peu étendus, et la présence de l'achorion se manifeste principalement par la rougeur des téguments sous forme de petits anneaux ou de nappes irrégulières, parsemées de squames blanchâtres ou jaunâtres.
Le tronc et les membres peuvent être le siège de ces lésions dont la guérison est facile en apparence, mais dont les récidives sont ordinaires, à échéances plus ou moins éloignées et peuvent s'échelonner sur un nombre d'années considérable. Elles coexistent ordinairement avec des lésions semblables du cuir chevelu, mais peuvent leur survivre.
Le diagnostic en est facile et repose essentiellement sur la coïncidence avec le favus du cuir chevelu, sur la coloration spéciale des godets et sur la recherche du parasite au moyen du microscope.
Le traitement consiste dans l'enlèvement des godets au moyen d'applications savonneuses et de lavages, suivis de badigeonnages à la teinture d'iode et de lotions parasiticides.
FAVUS DES ONGLES
Le favus des ongles est peu fréquent, quoique les exemples en passent souvent inaperçus, confondus avec diverses onychopathies mal déterminées.
Il accompagne ordinairement le favus du cuir chevelu, auquel il peut survivre parfois pendant des années : consécutif à l'insertion du parasite sous l'ongle pendant le grattage des téguments recouverts de favus, il peut servir à son tour à transmettre la maladie à des portions de peau encore indemnes. Fabry l'a observé aux ongles des orteils.
L'ongle atteint de favus prend un aspect irrégulier, parfois rocailleux; il présente une série de renllements et de nodosités et des taches d'un jaune soufre ou d'un jaune maïs qu'on aperçoit à travers les couches unguéales : il est soulevé en totalité plutôt qu'épaissi; il peut être déraciné et relevé sur ses bords.
L'examen microscopique peut seul permettre de reconnaître la nature de ces lésions et encore l'achorion est-il, au niveau des ongles, difficile à distinguer du trichophyton, de sorte que le diagnostic repose surtout sur les anté-
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cédents ou sur la coexistence d'autres lésions manifestement faviques ou trichophytiques ; peut-être les cultures permettraient-elles cette distinction. Le traitement consiste dans le grattage ou l'ablation de l'ongle malade.
Bibliographie :
Kaposi, Palholngie et traitement des inabidies de la peau; trad. franc, avec noies de Besn'ier et DoYOîv, 2° édit., 1891, t. II, p. 756.— M. Morris, An extensive case of favus: Brit.Journ. of Dermat., 1891, p. 101. — L. P'ramv, Favus; Monatsh. f. prakt. Dermat., 1891, I, p. 254. — PiCK et Kral, Untersuchungen ïiber Favus; Erpâtizungshcfte zum Arrhiv. f. Dermat. u. Syph., 1891, p. 57. — Mibelli, Sul fungo del favo; la Riformx medica, 1891, I, p. 817, et II, p. 57.
Voir en outre la bibliographie de la trichophytie.
Définition. — On décrit sous le nom de pelade, ou encore sous les noms d'alopécie en aires, d'area Celsi, de porrigo decalvans, une affection caractérisée par la chute des poils, en particulier des cheveux et de la barbe, sans altération appréciable de la peau ou seulement avec décoloration et aspect éburné des téguments, affection aboutissant à la production de plaques alopéciques offrant presque toujours la forme de disques régulièrement arrondis.
La contagiosité, nettement prouvée dans un certain nombre de cas, de la pelade est un argument puissant en faveur de sa nature parasitaire, bien que son agent pathogène ne soit pas encore déterminé. Elle doit être placée, au nombre des teignes, ou affections du cuir chevelu d'origine microphy tique (Bazin).
Description clinique. — La plaque de pelade constituée a un aspect absolument caractéristique : une zone alopécique, entièrement dépoui-vue de poils adultes et de poils follets, de forme arrondie ou allongée, au niveau de laquelle le cuir chevelu est lisse, régulier, n'offrant que les dépressions des follicules pileux déshabités, sans apparence cicatricielle, avec ou sans production d'une petite quantité de squames minces, pityriasiformes, tel est cet aspect. En oulre, la peau est souvent plus blanche que sur les parties adjacentes, d'où le nom de pelade achromateuse donné par Bazin à la forme ordinaire de la pelade ; la plaque présente souvent une légère dépression à sa partie centrale.
A la périphérie de la plaque, comme sur son centre, on ne trouve ni poils cassés ni follets, mais dans une étendue plus ou moins large les poils environnants n'ont pas leur adhérence normale : ils s'arrachent facilement par une traction légère, présentant les caractères d'atrophie qui seront indiqués plus loin.
Dans certains cas cependant, auxquels Bazin avait à tort donné le nom de pseudo-pelade et que l'on désigne plus exactement sous la dénomination de pelade pseudo-tondante (Laitier) ou de pelade à cheveux fragiles (E. Besnier), les plaques sont recouvertes par places ou sur leur totalité de poils cassés à des niveaux différents, rappelant ainsi l'aspect de la trichophytie du cuir chevelu.
La pelade peut se borner à une seule plaque occupant une portion quel-
conque du cuir chevelu ou de la barbe, placjue d'iM^ncbu' variable d'ailleurs; mais souvent il n'en est ainsi qu'à la phase tout à lail initiale de la maladie et d'autres plaques se produisent, soit au voisinage de la première, soit en des points plus ou moins (Moii^nt's, affectanl parfois une certaine symétrie, ou localisées à une seule moitié du cuir chevelu, plus souvent disséminées sans ordre.
L'afTcction, après être restée limitée pendant un temps plus ou moins long soit au cuir chevelu, soit à la barbe, peut s'étendre à une grande partie du système pileux de l'extrémité céphalique. Des plaques de pelade peuvent également se produire dans d'autres régions velues, au pubis, à l'aisselle.
Dans certains cas, désignés sous les noms de pelade généralisée ou mieux de pelade totale ([)elade décalvanle de Bazin), le système pileux tout entier du corps est atteint et tombe, il y a une alopécie complète, ou, si elle n'est pas absolue, il ne reste que quelques poils disséminés, tantôt minces comme des follets, tantôt volumineux comme des poils normaux. Les sujets atteints de pelade totale ont ordinairement le visage assez coloré, congestif, quelquefois avec de petites varicosités veineuses. L'alopécie survenue soit d'une faç^on aiguë dans l'espace de quelques jours, soit lentement et progressivement, persiste pendant un temps variable, puis sous une influence quelconque, souvent sans cause appréciable, le systèm(î pileux repousse, en totalité ou partiellement; d'autres fois, l'alopécie persiste pendant toute l'existence. Les faits de pelade généralisée semblent s'écarter de la pelade vulgaire : leur contagiosité n'est nullement prouvée et ils paraissent être plutôt le résultat d'une altération nerveuse, c'està-dire rentrer dans le groupe des pseudo-pelades trophoneurotiques.
La [)elade ne s'accompagne presque jamais de troubles fonctionnels : apparaissant sans prurit, ou tout au plus avec une légère sensation de chaleur, elle ne s'accompagne pas de modifications constantes et importantes de la sensibilité au niveau des plaques alopéci(pies.
Arnozau et R. Crocker ont signalé la chute des ongles dans des cas de pelade qui paraissent appartenir tous à la pseudo-pelade trophoneurotique.
Quant aux troubles oculaires que Frôlich a signalés dans la pelade, ils ne sont sans doute (pie l'effet d'une coïncidence et, en tous cas, s'ils ont une relation quelconque avec les alopécies, il semble aussi que ce soit uniquement avec la pseudo-pelade trophoneurotique et non avec la pelade.
Marcha. — Débutant d'une façon insidieuse ou marquée seulement par une légère sensation de prurit, presque toujours constatée accidentellement par le malade et plus souvent encore par son entourage, la plaque initiale de pelade a toujours une étendue assez large lorsque le médecin la voit pour la première fois : abandonnée à elle-même, elle s'étend encore pendant un certain temps, puis s'arrête spontanément dans son accroissement, reste à l'état stationnaire pendant une durée variable, puis se recouvre soit sur toute sa surface, soit sur une portion seulement, de poils d'abord minces et peu colorés qui deviennent progressivement plus nombreux, plus volumineux etplusfoncésjusqu'à prendre en tout l'aspect des poils du voisinage; soumise à un traitement régulier, la plaque de pelade aboutit plus rapidement à la guérison et, presque toujours, à moins d'un traitement irritant intempestif, disparaît, par repousse de cheveux normaux, sans laisser d'alopécie détinitive.
Pendant le cours de son évolution, cette plaque peut s'accompagner du développement, par auto-infection ou auto-contagion, de plaques nouvelles qui suivent la même marche générale, et peuvent être plus ou moins étendues plus ou moins persistantes que la première.
La durée des plaques prises individuellement n'a pas de limites fixes : elles peuvent guérir en l'espace de quelques semaines ou persister pendant plusieurs mois, voire même plusieurs années, sans qu'on trouve dans leur aspect ou leur étendue, dans l'état général du malade, des éléments suffisants pour l'appréciation probable de cette durée. A plus forte raison, la durée de la maladie dans son ensemble n'est-elle pas soumise à des règles invariables, ou proportionnelle au nombre et à l'étendue des plaques alopéciques. Ce que l'on peut seulement établir, c'est qu'une pelade constituée par une seule plaque, peu étendue et récente, régulièrement traitée, guérit ordinairement dans l'espace de quelques semaines et que, par contre, une pelade ancienne avec plaques alopéciques nombreuses et étendues, demande presque toujours des mois pour guérir et parfois persiste pendant des années, malgré une intervention thérapeutique énergique et correcte.
Étiologie. — La pelade s'observe surtout chez les enfants et plus souvent chez les garçons que chez les filles; les adultes sont cependant assez souvent atteints de cette affection qui peut siéger chez eux soit au cuir chevelu, soit à la barbe ou sur les autres régions garnies de poils.
Les sujets pâles, anémiques sont peut-être plus souvent atteints que les sujets vigoureux et robustes ; mais il n'y a là rien dé précis et de net.
L'affection est beaucoup plus fréquente chez les sujets à cheveux bruns que chez les blonds et les sujets à cheveux châtain clair.
La confusion établie entre certaines alopécies trophoneurotiques et la pelade a fait admettre que cette affection se i^encontre fréquemment chez les sujets nerveux (Gaucher) ou à la suite d'émotions et de perturl)ations morales (Olivier), mais ces influences ont été singulièrement exagérées et n'ont qu'un rôle bien restreint dans l'étiologie de la pelade véritable.
Certains sujets semblent prédisposés à la pelade et en ont, à plusieurs années de distance, sous l'influence de nouvelles contagions, des atteintes multiples : Lereboullet a cité l'exemple d'un malade ayant eu ainsi trois attaques de pelade.
L'étiologie réelle de la pelade réside dans sa transmission d'un sujet malade à un sujet sain. Malgré quelques oppositions rebelles, la contagiosité de la pelade, déjà reconnue par Bazin, est admise par le plus grand nombre des dermatologistes français et par un certain nombre d'auteurs étrangers. La transmission de la pelade entre sujets vivanis ensemble, du mari à la femme (E. Besnier), entre employés d'un même bureau (Hillairet), l'existence indéniable d'épidémies de pelade dans des collèges et des pensions (Gillette, Padieu, Hardy. Bucquoy, Tommasoli, etc.), dans des régiments (Couslan), la fréquence de la maladie chez les enfants des écoles publiques, chez les médecins qui fréquentent les services de dermatologie (E. Besnier), suffisent à prouver sa contagiosité.
Mais, si indubitable que soit sa contagiosité, il estcerlainquesa transmission n'est pas fatale, que des contacts répétés et prolongés avec un sujet atteint de pelade ne sont pas fatalement suivis du développement de la maladie, et que
ccrlaines prédispositions individuelles locales résultant d'un (Ual encore inconnu du cuir chevelu son! sans doute nécessaires à son éclosion : il n'y a là pas autre chose qu'une conta^-iositc l'aihle, demandant pour s'exercer des conditions favorables, et non pas la preuve de la non-contagiosité de la maladie.
Non seulement le contact direct avec des sujets atteints de pelade, mais encore le contact avec les oijjets de toilette (peignes, brosses et surtout la tondeuse employée actuellement par les coiffeurs, chapeaux ayant servi à des sujets peladiques) peuvent transmettre la maladie : les faits de Lassar, de C.oustan, de Eichholf le prouvent surabondannncnt.
La transmission paraît se faire également par les animaux : six employés d'un même bureau atteints de pelade simultanément, obsei'vés par Hillairet, avaient dans leur bureau un chat malade qui perdait ses poils et qui était sans cesse blotti dans leurs casquettes. Arnozan et Bourguedieu ont rapporté des faits dans lesquels la pelade paraissait avoir été transmise par des chevaux dont les poils étaient malades.
La maladie n'est pas également fré({uente dans tous les pays : elle atteint sa plus grande fréquence à Paris; à Lille, sur 100 sujets atteints de maladies de peau, T) sont peladiques (Leloir), 4 à Bordeaux (Dubreuilh), 0,7 à Lyon; à l'étranger, les proportions sont beaucoup moindres : 1 à 2 pour 100 à Berlin (Lassar et Schweninger), 0,8 pour 100 à Vienne (Kaposi), 0,5 pour 100 à Hambourg (Unna), 0,0 pour 100 à New-York (Bulkley).
Anatomie patho ogique. — Les cheveux enlevés à la périphérie d'une plaque de pelade présentent, à des degrés divers, une apparence alrophique particulière : leur extrémité profonde se termine tantôt par une saillie arrondie, ([ui leur a valu la comparaison avec un point d'exclamation, tantôt par une pointe effdée ; secs et un peu cassants, ils n'ont cependant pas la friabilité excessive des poils infdtrés de trichophyton qui s'écrasent sous la pince.
Examinés au microscope, ils sont régulièrement amincis ou offrent une suc- (•(^ssion de renilemenls et d'étranglements plus ou moins prononcés; leur extrémité libre est souvent formée de plusieurs pointes isolées rappelant l'aspect d'un balai, caractère que l'on peut déjà constater au moyen de la loupe. La moelle du cheveu manijue le plus souvent; on y trouve des amas fusiformes de grains pigmentaires allongés suivant la longueur du poil dont ils occupent le centre (Lailler) et une inliltration de bulles d'air (Behrend, Juhel-Rénoy) plus considéral)lo ([ue dans les poils normaux ou dans les autres affections alopéciques.
Au niveau des plaques de pelade, on a trouvé les follicules pileux tantôt Iransfonnés en cordons fibreux entourés de cellules rondes (Duckworth et llarris), tantôt atrophiés avec leurs gaines épithéliales revenues sur ellesmêmes (>t i)lissées, mais renfermant encore un poil mal développé, mince et sans bid])e, (jui n'atteint pas l'orifice du follicule pileux (Balzer). La présence do ce j)oil atrophi(% prouve, comme le fait remarquer ce dernier auteur, que raloi)écie n'est complète qu'en apparence et concorde bien avec l'observation (•lini(|ue cpii montre que l'alopécie est rarement définitive dans la pelade. Les glandes sébacées et les autres parties de là peau sont normales (Balzer). Leloir a constaté tantôt l'intégrité des nerfs cutanés, tantôt leur atrophie.
On a signalé à plusieurs reprises, dans la pelade, la présence de parasites
occupant les poils ou plus exactement leur surface. Gruby décrivit en ISi." un champignon auquel il donna le nom de microiiporon Audouini. Bazin, api'ès avoir adopté les idées de Gruby, changea plusieurs fois d'opinion et admit que le parasite de la pelade était un trichophyton {tridwphyton decalvans). Malassez. en 1874, constata dans les parties les plus superficielles de l'épiderme, chez les sujets atteints de pelade, un champignon en forme de bissac, qui fut retrouvé par Eichhorst, Majocchi, Pellizzari, mais dont le rôle pathogène n'a pas tardé à être nié, lorsque Nystrôm, Horand, Bizzozzero l'eurent retrouvé sur des objets inanimés et sur la peau normale, et eurent montré qu'il s'agit d'un parasite banal. Von Sehien a décrit en 1885, dans la portion intra-épidermiquc du poil, un microcoque qu'il considère comme pathogène et caractéristique, et dont les cultures inoculées aux animaux ont produit des plaques alopéciques comparables à la pelade ; mais, pour Thin, Bizzozzero, JMichelson, Bordoni- Uffreduzzi, Bender, l'organisme de von Sehien n'a rien de spécifique et se retrouve sur les cheveux normaux. Vaillard et Vincent ont trouvé dans la pelade pseudo-tondante un microcoque occupant les follicules pileux et lui attribuent le développement de la maladie. Il reste à déterminer si ce microorganisme est constant dans la pelade et si ce n'est pas quelque parasite banal comme ceux de Malassez et de von Sehien et comme un organisme décrit par Robinson.
Nature. — La contagiosité de la pelade, sa fréquence variable suivant les milieux et les pays, la forme arrondie de ses plaques, leur multiplicité ordinaire et leur développement irrégulier et successif comme par auto-inoculation, sont autant d'arguments en faveur de la nature parasitaire de cette maladie. L'impossibilité de reconnaître jusqu'ici d'une façon définitive quel est son parasite ne peut faire méconnaître la valeur de ces arguments.
La symétrie des plaques dans certains cas, symétrie qu'on a singulièrement exagérée, leur développement sur un seul côté du crâne dans d'autres cas, l'absence fréquente de toute contagion apparente ont fait penser que la pelade pouvait reconnaître un autre mécanisme, et survenir comme conséquence d'une altération du système nerveux : l'apparition, après des émotions (Ollivier), des douleurs céphaliques plus ou moins violentes, ou des traumatismes crâniens (Pontoppidan), de plaques alopéciques présentant les mêmes caractères objectifs que celles de la pelade, le développement de lésions semblables chez des sujets nerveux ou atteints de névroses classées telles que la maladie de Basedow, ou de trophonévroses telles que le vitiligo(Senator), l'hémi-atrophic faciale (Rosenthal), enfin les expériences de Max Joseph et de Mibelli qui, par l'excision du deuxième ganglion cervical chez le chat, ont reproduit une alopécie partielle, viennent à l'appui de la théorie nerveuse ou trophoneuro tique de la pelade, déjà soutenue par Bœrensprung et Hebra. Les faits cliniques qui servent do base à cette théorie sont indéniables, mais doivent recevoir une autre interprétation : les plaques alopéciques survenues dans les conditions précédentes, et évidemment sous une influence névropathique, ne doivent pas être rangées dans la pelade, mais dans un groupe spécial d'affections simulant la pelade, ce sont des peladoïdes (Leloir), ou mieux des pseudo-pelades trophoneurotiques. Il est, en effet, impossible d'admettre qu'une même maladie reconnaisse tantôt
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pour causo la pr(''scnce d'un parasite, tantôt le développement d'un trouble ou d'une lésion nerveuse, à moins que la névropathie ne soit intervenue seulement pour favoriser ou permettre l'action du parasite, auquel cas celui-ci devrait encore élre j)laré au premier ran<^ dans l'iMiologie de la maladie.
Les lésions des poils peladiques (jui sont cadavérisés, athrepsicjues (E. Besnier), semblent indiquer que le parasite agit sur la papille pileuse elle-même (E. Hosiii(M-) : on comprendrait ainsi comment ces lésions peuvent être identiques à celles dcUermiiiées par une altération nerveuse.
Quelques auteurs ont soutenu (juc la pelade n'est qu'une sorte de transformation de la tricho[)liytie : cette opinion s'appuie sur ce fait ({ue la trichophytie du cuir chevelu laisse parfois à sa place des alopécies ressemblant à celles de la pelade, et sur la constatation du trichophyton dans quelques cas réputés, avec plus ou moins de raison, appartenir à la pelade. R. Crocker fait, en outre, valoir cet argument fort conlestal)le que la fréquence de la pelade dans les divers pays serait en rapport avec celle de la trichophytie, et pense que le trichophyton se développe sous sa forme classique chez certains enfants, tandis <{u'il donne lieu à la pelade chez d'autres enfants et chez tous les adultes, lesquels sont à l'abri de la teigne tondante. A l'encontre de cette théorie qui n'a pas eu grand crédit en France, viennent se placer des faits indubitables de pelade examinés dès le début des lésions, dans lesquels on n'a jamais constate'' la présence du trichophyton.
Pronostic. — La longue durée des plaques alopéciques, leur présence en des régions où elles ne peuvent pas toujours être dissimulées par des artifices, font de la pelade une maladie gênante pour les sujets qui en sont atteints. Mais, sauf le retentissement que ces inconvénients peuvent avoir sur le moral des malades, elle n'entraîne à sa suite aucun trouble général.
Diagnostic. — La forme arrondie des taches alopéciques, leur aspect éburné et lisse, la présence à leur périphérie de poils peu adhérents, sont autant de caractères qui permettent presque toujours de reconnaître facilement la pelade.
La difficulté n'existe guère que dans les cas où la séborrhée coïncide avec la pelade, dont les plaques cessent alors d'être lisses pour se recouvrir desquames plus ou moins abondantes, mais même alors les plaques de pelade dilïérent par leur forme régulière des plaques informes de la séborrhée décalvante.
La pelade pseudo-londante ou à cheveux fragiles peut être confondue avec la Iricliuphytie, dont les plaques rondes recouvertes de cheveux brisés rappellent son aspect; elle en diffère par les caractères des cheveux qui, dans la trichophytie, sont volumineux, plus fragiles encore, s'écrasent sous la pince à épiler et sont bourrés de sjiores, tandis que le cheveu peladique s'arrache assez facilement avec un peu d'attention, est atrophié, mince, dépourvu de spores.
Le lupus ('rythémateux du cuir chevelu produit des plaques alopéciques souvent arrondies, mais au niveau desquelles la peau présente des lésions très apparentes : bordure rouge, cicatrices à la partie centrale.
La scIrrodeiDiic en plaques du cuir chevelu forme rarement des surfaces arrondies, la peau à son niveau est nettement indurée, il y a souvent des pla(iues de sclérodermie sur d'autres parties du corps.
V alopécie de la syphilis secondaire, ordinairement disséminée sur une grande étendue du cuir chevelu, où elle forme des clairières, suivant l'expression du professeur Fournier, a d'autres fois une grande ressemblance avec la pelade; cependant la chute concomitante des sourcils, l'aspect des poils qui sont atrophiés, mais ne sont ni moniliformes, ni infiltrés de bulles d'air, ni cassés en balai (Darier), suffisent à établir la distinction.
Les cicatrices anciennes de traumatisme, d'impétigo, etc., sont rarement assez étendues pour simuler la pelade : l'aspect de la peau à leur niveau, la persistance indéfinie de la lésion sans modifications, l'adhérence des poils du voisinage permettent presque toujours de les distinguer facilement de la pelade.
Certaines affections encore mal déterminées du cuir chevelu auxquelles Quinquaud donne le nom de folliculites décalvantes peuvent simuler la pelade, dont elles diffèrent par la présence, à la périphérie des plaques alopéciques ou dans leur voisinage, de petits abcès punctiformes centrés par un poil et laissant à leur place des surfaces blanches, décolorées, d'apparence cicatricielle.
La pseudo-pelade trophoneurotique (peladoïde d'origine nerveuse, pelade nerveuse des auteurs), sauf lorsqu'elle présente la forme généralisée, ne présente souvent, ni dans son apparence objective, ni dans sa distribution, sa marche et son évolution, aucun caractère qui permette de la distinguer de la pelade véritable : les circonstances étiologiques, les troubles nerveux concomitants, quelquefois l'unilatéralité ou la symétrie parfaite des plaques alopéciques, permettent seules, jusqu'à présent, de distinguer ces deux états pathologiques que leurs conditions pathogéniques si différentes obligent cependant à séparer complètement l'un de l'autre.
Traitement. — Les agents antiparasitaires vantés dans le traitement de la pelade ne semblent agir que par leurs propriétés irritantes qui activent la repousse des cheveux. De nombreuses préparations peuvent être prescrites dans ce but : l'ammoniaque, la teinture de cantharides, l'acide acétique, la teinture d'iode, le soufre sont à l'heure actuelle les agents qui jouissent de la plus grande faveur. E. Besnier fait précéder le traitement irritant par l'épilation de la bordure des plaques de pelade, épilation qui est renouvelée à plusieurs reprises à mesure que les poils repoussent sur cette bordure.
Des lotions savonneuses répétées sur tout le cuir chevelu, la coupe des cheveux aussi ras que possible, qui permet en même temps de surveiller la tête et de traiter les plaques nouvelles dès leur apparition, et l'antisepsie des objets de toilette et de coiffure, constituent les meilleurs moyens de prophylaxie personnelle, et suffisent souvent à empêcher la maladie d'envahir de nouvelles surfaces.
La propagation de la maladie aux sujets sains dans les agglomérations ou dans les familles peut être arrêtée sans arriver à l'isolement des sujets, par l'interdiction absolue de l'usage des objets de toilette et de coiffure ayant servi aux peladiques, par le port permanent d'une coiffure (bonnet) qui empêche tout contact avec les parties malades, et par la régularité des soins des sujets, atteints, en particulier par les lavages réguliers de leur cuir chevelu.