‹ Traité de médecine (volume 5)Chapitre 39 sur 109 · MAI,AI)IKH CUTANÉES · texte numérisé non relu

MAI,AI)IKH CUTANÉES

Bibliographie :

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PITYRIASIS VERSICOLORE

Définition. — On donne le nom de pitijriaf^is verskolore à une afTeetion cavacléiisée par le développement de taches jaunes ou fauves, occupant de préférence le tronc et dues à la germination dans l'épiderme d'un champignon parasite, le micronporon furfur, découvert par Eichstedt en 1840.

Description clinique. — Les taches de pityriasis peuvent être de dimensions variées : tantôt très petites, punctiformes, tantôt plus larges et arrondies, ou plus rarement sous forme d'anneaux, elles se réunissent le plus souvent en lacs irréguliers plus ou moins étendus. Leur coloration varie du jaune paille au brun café au lait et offre de grandes diversités suivant les sujets, suivant les points considérés, suivant que la peau sous-jacente est ou non congestionnée.

Souvent un peu saillantes au-dessus des parties voisines, les taches sont le plus souvent lisses, rarement s(iuameuses, et plutôt farineuses ; mais, lorsqu'on cherche à les écailler avec l'ongle déplacé un peu brusquement, on en détache facilement, et sans les faire saigner, un lambeau mince et mollasse : le signe du coup d'ongle a une valeur presque pathognomonique.

Les taches peuvent siéger sur toute la surface de la peau, sauf la main et le pied ; nuùs elles occupent pres(pie exclusivement les régions couvertes, en particulier le tronc, sur ses faces antérieure et postérieure, où elles sont disposées avec une certaine régularité et une certaine symétrie.

S'accompagnant (l'un prurit léger ou nul, ne déterminant aucune lésion profonde de la i>eau, le i)ityriasis versicolore est une aflection essentiellonuMit persistante; inie fois développée, elle se reproduit i)endant des années : une guérison apparente, sous l'innuence de divers agents externes, est suivie tôt ou lard de la rt'apparition de lésions semblables, sans doute par suite de la persistance de spores parasitaires au niveau des orifices folliculaires où les agents thérapeutiques ne les atteignent pas. Abandonnée à elle-même, rafï'ection per-

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siste indéfiniment dans les mômes régions et tend, en outre, à envahir des régions de plus en plus étendues ; plus rarement, elle disparaît spontanément.

Description du parasite. — Le microsporon furfur est facile à déceler : il occupe les couches cornées de l'épiderme, et pénètre peu dans le corps muqueux, de sorte qu'il suffit, pour constater sa présence, d'enlever, soit avec l'ongle, soit au moyen d'un canif, une squame au niveau des taches pityriasiques et de la porter sous le microscope après l'avoir simplement traitée par wne solution concentrée de potasse ou de soude, ou mieux l'avoir colorée à l'éosine ou au violet de Paris ou au bleu de quinoléine, puis traitée par la potasse. Sur la préparation écrasée avec une lamelle couvre-objet, on voit très facilement des grappes ou des amas de spores reliés entre eux par des tubes. Les amas sont situés dans des fentes ou des loges résultant de la dissociation des cellules épidermiques. Les spores, de volume variable, sont arrondies ou aplaties, et rappellent un peu l'aspect des globules sanguins ; leur centre est occupé par un noyau volumineux et arrondi, enveloppé d'une très mince couche de protoplasma granuleux contenue dans une enveloppe cellulosique. Les tubes sont courts, peu flexueux, ou contournés en V, peu ramifiés, le plus souvent libres, isolés ou placés bout à bout ; on y trouve des noyaux correspondant à chaque cellule, semblables à ceux des spores et entourés d'une quantité de protoplasma ordinairement plus considérable que dans les spores (F. Balzer).

Le mode de végétation du microsporon est encore indéterminé ; mais il est probable que les tubes sont produits par le développement et l'allongement des spores, et les spores par le bourgeonnement et la segmentation des tubes.

Les poils ne sont jamais envahis par le parasite.

Le microsporon furfur est individualisé par les caractères morphologiques de ses spores et de ses tubes et leur disposition en grappes ou en amas. Grawitz a soutenu que ce parasite était identique au trichophyton, à lachorion, au parasite du muguet, à l'oïdium lactis, au mycoderma vini ; mais cette opinion n'a pas eu d'autres défenseurs.

Étiologie. — H. Kobner a montré que le parasite du pityriasis versicolorc peut être transmis aux animaux par inoculation et que l'incubation est toujours prolongée (environ quatre semaines). La clinique démontre que la contagion existe, mais n'est pas fatale, même après un contact prolongé.

Il y a, en effet, comme pour tous les parasites, des conditions individuelles propres à certains sujets, qui en facilitent la germination. Le pityriasis versicolorc s'observe surtout, d'une part, chez les tuberculeux, et, d'autre part, chez les sujets rentrant dans la classe des arthritiques nerveux et gras.

L'âge joue également un rôle, car le pityriasis ne s'observe qu'exceptionnellement avant ou après l'âge adulte.

Diagnostic. — L'aspect et la coloration des taches, le signe du coup d'ongle et, en cas de doute, les résultats de l'examen histologique des squames permettent toujours de faire facilement le diagnostic du pityriasis versicolore. L'affection risque cependant d'être méconnue, soit parce que le malade est examiné dans des conditions défectueuses d'éclairage, soit parce qu'on ne pense pas à elle et qu'on néglige d'en rechercher les signes caractéristiques.

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Les liyperchromies conséculives à l'applicalion de vésicaloires, celles de la grossesse el de la syphilis, etc., en dilTèrenl par leur coloration d'un brun plus foncé et plus uniforme et pai- leur disp()sitir)n ou leur siège (la face dans le masque de la grossesse, le cou j)our la syi)hilide pigmentaire). autres que ceux du ])ilyriasis.

Les roséoles, et en particulier la roséole syphilitique, peuvent être simulées par le pityriasis versicolore ; mais celui-ci a toujours, au moins par places, une teinte jaune ou brunAtre, ses ('déments sont moins réguliers et ordinairement plus cohérents que ceux de la roséole.

Le pityriasis rosé a une marche cyclique, une disposition régulière sur le thorax; ses éléments sont de dimensions variées, un grand nombre affectent une forme circulaire ou en médaillon qui est rare dans le pityriasis versicolore; au centre de ces médaillons, Tépiderme a un aspect plissé caractéristique.

Traitement. — Le siège du parasite dans les couches les plus superficielles de lépidenne permet de déterminer sa chute par l'emploi des substances qui amènent une exfoliation épidermique rapide : telles sont en première ligne la teinture d'iode, le savon mou de potasse (savon noir) en frictions, ou encore les pommades au lurbith, au calomel, au soufre, dont on fait suivre les applications de savonnages à l'eau chaude avec un savon ponce.

L'efficacité de ces moyens de traitement du pityriasis versicolore vient à l'appui de ce principe émis par E. Besnier que, en matière de dermatomycoses, le meilleur mode de traitement consiste dans l'avulsion des parasites plutôt que dans leur destruction, celle-ci ne s'obtenant souvent que par des agents qui comi)r()mcttent la vitalité des tissus qui les supportent.

Bibliographie :

E. Besnier elF. Balzeh, Le Pityriasis versicolore ; GaseWe /ie6d. rfe méi.., ISS^, p. 326ct341. — F, Balzer, Notes sur l'histologie des derinatophytes; Arch. de Physiol., 1885, t. II, p. 460.

ÉRYTHRASMA

Définition. — On donne le nom LVérytJtrasma à une afleclion occupant le plus ordinairement les régions inguinales, constituée par des placards rouges ou bruns et due à la présence d'un parasite spécial, le microsporon minulissimion.

Description clinique. — Ne donnant lieu à aucun prurit ou seulement à une» (iéin.iiigcaisoii insignifiante, l'érythrasma est découvert le plus souvent par hasard à l'occasion d'une affection différente. Il se présente sous la forme de placards variant de l'étendue d'une pièce de 5 francs à celle de la paume de la main, à contoin's nets, mais déchicjuctés et incisés irrégulièrement, environnés de petits îlots disséminés, arrondis, qui se réunissent aux placards principaux pour accroître leurs dimensions ; la coloration des placards et des îlots est rou-

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geâtre ou brun terne ou café au lait, comme saupoudrée de farine; l'épiderme est souvent finement plissé, et donne au toucher une sensation onctueuse.

Les placards d'érythrasma siègent le plus souvent dans les régions inguinocrurales, où ils occupent sur une égale étendue les deux surfaces cutanées adossées; on les voit encore aux creux poplités, aux creux axillaires, aux plis des coudes, en un mot dans tous les plis de flexion, plus rarement sur les segments intermédiaires des membres, jamais sur les régions découvertes.

Persistant pendant des années, ils semblent ne jamais disparaître spontanément ; parfois ils présentent pendant un certain temps une marche aiguë et des caractères inflammatoires plus prononcés.

Description du parasite. — Sur des squames détachées par le grattage et colorées soit au violet d'aniline ou de gentiane, soit à l'éosine à l'alcool, le microsporon miniUissimum est constitué par des tubes longs et flexueux, rarement ramifiés, mais contournés et enchevêtrés de façon à former un véritable feutrage ; les tubes ne sont pas continus, mais divisés en segments placés bout à bout et séparés par un espace clair; ils sont quelquefois moniliformes ; de nombreux amas de spores très fines et un peu inégales sont mêlés au mycélium.

Le microsporon siège uniquement dans la couche cornée de l'épiderme.

Ce parasite, décrit par Burchardt, v. Baerensprung, Kôbner, Balzer, comme propre à l'érythrasma, a été rencontré sur la peau saine et considéré par Bizzozzero comme un parasite normal. Balzer et Dubreuilh, qui ont constaté, en l'absence de lésions de lérythasma, la présence d'un parasite semblable au microsporon minutissimum, font remarquer que jamais ce parasite n'est aussi abondant qu'au niveau des placards d'érythrasma : aussi est-il difficile de contester son rôle dans la production de cette affection.

Étiologie. — L'érythrasma est beaucoup plus fréquent chez la femme que chez l'homme ; il s'observe surtout chez les sujets gras et pres([ue exclusivement chez ceux qui ont dépassé 30 à 55 ans.

Diagnostic. — Vérythème mtertrigo diffère de l'érythrasma par sa rougeur plus vive, son humidité, le prurit souvent très vif qui l'accompagne.

Ueczéma s'accompagne également d'une exsudation liquide, ses placards ne sont pas plissés; ses éléments sont vésiculeux; sa ténacité est moindre que celle de l'érythrasma, il y a presque toujours du prurit à un degré quelconque.

La trichopliytie, avec laciuelle quelques auteurs, entre autres Kaposi, confondent encore aujourd'hui l'érythrasma, a une évolution plus rapide, ses cercles sont plus larges, légèrement vésiculeux à leur périphérie, leur centre n'a pas la coloration brune et l'apparence plissée de l'érythrasma.

Traitement. — Les applications de teinture d'iode, de pommades soufrées et salicylées, les lavages avec du savon noir, sont les moyens les plus efficaces contré l'érythrasma ; leur usage doit être longtemps prolongé.

Bibliographie :

Balzer et Dubrelilii, Observations et recherches sur Térythrasma et les parasites de la peau h l'étal normal; Annaloi de Dermat., 1884. p. 597 et OGl. — P. de Michèle. L'érythrasma c il suo parassita; ricorche spcrimentali ; Giorn. Intern. cl. Scienze mediche, 1890.

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