‹ Traité de médecine (volume 5)Chapitre 43 sur 109 · N^VUS · texte numérisé non relu

N^VUS

Définition. — On donne le nom de nœvus à toute altération cutanée, cong-énitale et circonscrite, caractérisée par le développement exagéré d'un quelconque des éléments normaux de la peau.

Lorsqu'ils ont une certaine étendue, ils sont en général peu nombreux et leur forme rappelle celle de la zone de distribution cutanée d'un filet nerveux ou d'un nerf : cette disposition zoniforme ou zostériforme est surtout très apparente à la face où le nœvus s'arrête exactement sur la ligne médiane.

Les nœvi, quoique toujours d'origine congénitale, ne sont pas fatalement stationnaires : ils se développent en proportion de l'accroissement du corps ; ils peuvent même continuer à se développer après la fin de la croissance; ils peuvent subir diverses transformations et dégénérescences.

Le plus souvent, lorsque les nœvi sont multiples, les diverses formes s'associent entre elles soit en des régions différentes, soit dans les mêmes régions et le plus souvent simultanément sur toutes les régions du corps; souvent aussi ils affectent une symétrie plus ou moins nette.

Les nœvi sont fréquents, à tel point que chez presque tous les sujets on en peut rencontrer un nombre plus ou moins considérable ; chez certains ils acquièrent, par leurs dimensions, par leur siège sur des régions découvertes ou par leur multiplicité, ime importance véritable et deviennent une infirmité réelle.

Division. — Le groupe des nœvi comprend un certain nombre de formes, décrites à tort dans des chapitres différents par la plupart des auteurs.

Ce sont : 1** les nœvi vasculaires, 2" les nsevi pigmentaires, o° les neevi verruqueux, 4" les nœvi molluscoïdes, 5" certaines tumeurs d'origine congénitale.

Les 7iœvi vasculaires présentent des variétés nombreuses au point de vue de la coloration, de la saillie et de l'état de la peau qui les recouvre. Les uns forment une simple tache rouge ou rosée, non saillante, mal limitée sur ses bords (naevus érythémateux), disparaissant par la pression : le type est fourni par les taches rouges que l'on rencontre si fréquemment à la nuque des jeunes enfants et qui, plus tard, s'atténuent ou sont cachées par les cheveux. D'autres sont de coloration rouge plus ou moins foncée ou bleuâtre et font une saillie plus ou moins apparente au niveau de laquelle la peau peut être soit lisse, soit irrégulière, presque papillomateuse (nœvus frambœsiforme). Leurs dimensions sont variables : parfois du volume d'une tête d'épingle, sur l'abdomen par exemple, ils sont plus saillants et plus étendus dans la variété à laquelle on donne le nom de tumeurs érectiles ; ils peuvent acquérir des dimensions considérables, principalement à la face que ces « taches de vin » défigurent horriblement. Les vaisseaux qui se rendent aux nœvi vasculaires peuvent se dilater et atteindre des dimensions considérables ; ainsi se forment les anévrysmes cirsoïdes, qui constituent une véritable complication, parfois très grave.

372 MALADIES CUTAXKKS.

Les rucvi pigmentaires sont également très fréquents : de dimensions variables, depuis celles d'une tête d'épingle jusqu'à celles d'un segment de membre tout entier. Leur surface peut être glabre, ou couverte de poils (nœvus pilaire), elle peut être lisse ou plus ou moins irrégulière. Leur coloration varie de la froideur café au lait au noir le plus foncé. Les nœvi pigmentaires peuvent devenir l'origine de tumeurs mélaniques, qui se généralisent rapidement, et cette com[)licalion est surtout à redouter dans les cas où les nrevi ont une coloration très foncée, quelle que soit leur étendue.

Les nœvi verriiqueux peuvent présenter de grandes variétés : tantôt d'aspect j)opillomateux sans changements bien appréciables dans la coloration Aw tégument, tanloî <le coloration jaunâtre ou bistrée, ils sont, dans quelques cas rares, de coloralioii giisàtre ou même noire; cette dernière variété se présente parfois sous forme de bandes ou de traînées très étendues, dont la direction générale est parallèle à l'axe des membres et qui correspondent au trajet des nerfs; CCS nœvi verru(|ueux zoniformes ont été souvent, et à tort, considérés comme wne variété d'ichihyose hystrix.

Les nœvi inolluscoïdes ou molluscum fdjreux des auteurs sont constitués par des saillies sessiles, de volume variable, au niveau desquelles la peau a conservé sa coloration et son aspect normaux ; par les progrès de l'âge, ils forment des tumeurs plus ou moins volumineuses qui tendent à se pédiculiser, et de là leur est venu le nom de molluscum; cette pédiculisation ne porte généralement que sur un nombre restreint de tumeurs; l'une d'elles acquiert souvent un volume plus considérable que les autres et peut subir une dégénérescence (jui de tumeur bénigne qu'elle était initialement, la transforme en une tumeur maligne susceptible de donner lieu à une généralisation rapide.

Chez certains sujets, les tumeurs de molluscum sont en nombre considérable et coïncident avec de très nombreux nfcvi pigmentaires. Recklingliausen les a vus dans des cas de ce genre constitués par des névromes plexiformes.

On peut encore considérer comme nanà certaines tumeurs qui ont pour point de départ les glandes cutanées et sont désignées sous le nom d'adénomes sébacés, d'adénomes sudoripares. d'idradénomes. car elles semblent tii-er leur origine d'un trouble congénital de développement. Il en est de même de certains lympliangiomes, et de certaines formes d'hyperkératose des extrémités (kératodermies symétriques) étudiées récemment par Hallopeau.

Certaines formes de nœvi ont une disposition topograi)liique remanjuable et occupent un territoire cutané qui reproduit la zone de distribution d'un nerf ou i-appelle le trajet d'un tronc nerveux. Aussi semble-t-on être autorisé à attribuer leur développement à un trouble d'origine nerveuse. Il est plus probable (jue cette topographie tient purement et simplement à ce que les éléments embryonnaires qui doivent former les divers territoires cutanés se développent mdépendamment les uns des autres, ces territoires se superposant presque exactement à la zone de distribution des nerfs, et à ce que la malformation intéresse simultanément tous les éléments d'un de ces territoires, Philippson a fiiit remarquer ({uc les traînées nn^viques sont souvent en relation avec les lignes de \'oigt ([ui correspondent aux limites des territoires nerveux voisins.

La plupart des n;evi ne réclanKMit aucun traitement: un certain nombre d'entre eux deviennent moins apparents ((u'à la naissance; d'autres au con-

LENTIGO. 373

traire présenlcnt un accroissement plus ou moins prononcé et peuvent être l'origine de complications locales et de métamorphoses qui réclament une intervention chirurgicale. Certains encore entraînent à eux seuls une gène sensible ou défigurent les malades qui demandent à en être débarrassés.

Chez les enfants nouveau-nés, on peut, en pratiquant la vaccination à leur niveau, faire disparaître complètement les nœvi vasculaires et les remplacer par une cicatrice. Chez les enfants déjà vaccinés et chez les adultes, la cautérisation ponctuée ou Félectrolyse peuvent les faire disparaître ou en atténuer considérablement la coloration.

Les nœvi pigmentaires ne sont pas justiciables de ces traitements et on n a contre eux d'autre ressource c|ue l'exérèse lorsqu'ils sont trop gênants.

Certains nœvi verruqueux peuvent être modifiés par les grattages, les applications de résorcine et d'acide salicylique.

Bibliographie :

Hugues. Des nœvi pigmentaires. Ihcse de Doct., 1889-181)0 iBiijIiogr. étendue). — II.\llo- PEAU, Les nœvi; Prog. méd., 1891, t. II, p. 17.

LENTIGO

Définition. — On donne le nom de lentigo ou de taches de rousseur à des lâches pigmentaires de coloration grise ou brune, de forme arrondie, non saillantes, de dimensions égales ou inférieures à celles d'une lentille, persistant pendant plusieurs années ou pendant toute la vie.

Description. — Les taches de lentigo sont généralement arrondies et régulières, quelquefois légèrement irrégulières et anguleuses, à bords nettement arrêtés, de la largeur d'une tête d'épingle en général, quelquefois plus larges. Leur coloration varie du jaune pâle au gris légèrement brunâtre et quelquefois au noir; le plus souvent elle est analogue à celle du café, assez souvent jaune fauve; elle est uniforme sur toute l'étendue de la tache. Elles sont disséminées en nombre plus ou moins considérable, quelquefois assez abondantes pour se réunir par places en larges plaques.

Elles peuvent s'observer sur toutes les régions de la peau, mais sont surtout nombreuses sur les parties découvertes, et principalement au visage; elles sont presque toujours disposées symétriquement.

Le lentigo devient en général apparent vers Tàge de 8 ou 10 ans; il persiste pendant quelques années, puis disparaît vers làge de 10 à 20 ans pour se montrer quelquefois de nouveau pendant un certain temps à une époque ultérieure. Chez les sujets dont le système pileux est de coloration rousse, il persiste pendant toute l'existence et offre souvent un développement considérable.

L'exposition au soleil d'été, la vie en plein air rendent plus apparentes les taches de lentigo qui pâlissent au contraire pendant Ihiver.

Etiologie. — Le lentigo se rencontre chez presque tous les enfants des

374 MAIADIES CUTANÉES.

deux sexes, il esl plus persislauL et i)lus prononcé chez les petites filles dont les fonctions menstruelles s'établissent d'une façon ou anormalement précoce ou anormalement tardive. Il constitue une difformité à peine apparente chez certains sujets qui ne l'offrent à un deg-ré un peu prononcé qu'au moment de l'adolescence, très considérable au contraire et permanente chez d'autres.

Anatomie pathologique. — Les lésions du lentig^o consistent, comme presque toutes les pigmentations anormales, en une accumulation de pigment dans la zone réticulée de Malpighi (Demiéville) sans infiltration concomitante de cellules lymphatiques dans le chorion.

Diagnostic. — Le diagnostic du lenligo n'offre aucune difficulté.

Dans les cas très accusés, il pourrait cependant être confondu avec le xeroderma pigmentosiim . Cette affection rare, décrite pour la première fois par Kaposi, est caractérisée par le développement, sur les parties découvertes, de taches brunes ou noirâtres analogues à celles qui constituent le lentigo ; mais, en outre, la peau est le siège à la fois de fines dilatations vasculaircs, d'une atrophie remarquable et de petites tumeurs épithéliomateuses qui s'ulcèrent et laissent après leur disparition des cicatrices plus ou moins étendues ; ces tumeurs peuvent atteindre un certain volume, devenir l'origine d'ulcérations étendues et la cause du développement de la cachexie cancéreuse. L'affection débute dans le jeune âge, atteint souvent plusieurs enfants d'une même famille : elle constitue elle aussi une malformation congénitale, héréditaire de la peau, mais dont les agents extérieurs (soleil, froid, vent, etc.) précipitent l'évolution.

Les éphélides avec lesquelles on confond quelquefois à tort le lentigo sont des taches brunes ou jaunâtres, occupant une grande partie du visage, diffuses, développées sous l'influence de la lumière solaire et disparaissant l'hiver.

Le chloasma est également constitué par des taches brunes et diffuses, développées chez des femmes enceintes ou atteintes de troubles menstruels.

Traitement. — Le lentigo ne nécessite ordinairement pas de traitement. Il est, de plus, très difficile d'agir sur lui par les moyens médicamenteux. Les préparations soufrées, celles de sublimé atténuent quelquefois sa coloration. Leloir a vanté les applications d'acide chrysophanique.

Bibliographie :

G. Thiuuïiîge, Art. épiiklides du Dicl.cncycl. des se. méd., 1"= série, t. XXXVI. p. 777. — P. Arciiambault, De la dermatose de Ivaposi (xeroderma i>igmentosuni); Th. de Bordeaux, 1889-1800 (Bibbrograpliie très coin]ilMe de cette question).

ÉRYTHÈMES. 375

Page 1