TROUBLES DE LA SÉCRÉTION SUDORALE
IIYPERIDROSE
On donne le nom d'Iiyperidrose à la sécrétion exagérée de sueur.
L'hyperidrose généralisée se produit dans des états morbides divers, tantôt dans des maladies aiguës, soit dans leur cours, soit comme phénomène critique, soit pendant leur convalescence, tantôt dans le cours des maladies chroniques cachectisantes, traduisant alors la cachexie ou succédant aux accès de fièvre (jui les accompagnent.
L'hyperidrose localisée [éphidrose] est le plus ordinairement sous la dépcndancp d'une altération du système nerveux central (myélopathies en général et en particulier syringomyélie) ou périphérique (névrites, névralgies, traumatismes des nei'fs, etc.).
L'hyperidrose s'accompagne parfois d'une odeur fétide de la sueur [bromidrose) ; rare dans l'hyperidrose généralisée, elle s'observe principalement dans l'hyperidrose de la région axillaire et de la région plantaire, où elle paraît due à une fermentation de la sueur d'origine microbienne (Thin).
L'hyperidrose généralisée nécessite le plus souvent un traitement tonique ; en outre, par l'emploi de la belladone, de l'atropine, du tanin, de l'agaric, on peut faire cesser les flux sudoraux. Les poudres inertes additionnées d'une faible quantité d'acide salicylique peuvent en modérer l'abondance.
Les mêmes moyens peuvent réussir dans les liyperidroses localisées ; mais, lorsqu'il s'agit d'hyperidroses palmaires et plantaires avec ou sans bromidrose, c'est surtout aux moyens locaux qu'il faut recourir : outre une propreté absolue de la n^gion, on peut faire des badigeonnages au perchlorurede fer, au permanganate de potasse, à l'acétate de plomb, au tanin, et saupoudrer avec des poudres salicylées ou naphtolées, etc.
r.IIROMIDROSE.
La sueur présente chez certains sujets, dans des régions déterminées, une coloration anormale variable.
On a rapporté un certain nombre d'observations de sueurs colorées en jaune, en bleu, en vert, en noir, en rouge, chez des hystériques, se produisant soit à la face et en particulier à la paupière inférieure, soit au thorax ou à l'abdomen. Parmi ces faits, les uns sont des exemples de simulation duo au simple désir de se rendre intéressant, d'autres sont incontestables et la coloration de la sueur peut être due à des composés organiques résultant de transformations du pigment sanguin.
TROUBLES DE LA SECRETION SUDORALE. 455
Sous le nom de sueurs de sang ou dliématidrose, on a décrit d'une part des faits dans lesquels la coloration était rouge, sans qu'on puisse y trouver de globules rouges en nature, d'autre part des hémorrhagies véritables se produisant chez des névropathes, par l'intermédiaire des glandes sudoripares. Il ne s'agit dans ces divers faits que de simples curiosités, bien étudiées surtout par Le Roy de Méricourt et Parrot.
La sueur des aisselles peut présenter, chez des sujets non hystériques et plus particulièrement chez les femmes rousses, une coloration rouge ou jaune due à la présence de parasites étudiés par Balzer, Babès, etc., formant quelquefois des concrétions à la surface des poils; ces sueurs rouges sont souvent fétides.
ÉRUPTIONS D'ORIGINE SUDORALE
On voit parfois survenir, à la suite de transpirations abondantes, principalement lorsque celles-ci sont causées par la chaleur extérieure, des taches rouges, arrondies, disparaissant parla pression, disséminées en grand nombre sur le tronc et les membres : cette roséole sudorale disparaît rapidement sans donner lieu à aucune desquamation; elle présente ce caractère particulier que le centre de chacun de ses éléments est occupé par une très petite vésicule miliaire, remplie de liquide transparent.
Ces vésicules peuvent exister seules, sans réaction congestive de voisinage; elles acquièrent parfois alors des dimensions plus considérables, et forment à la surface des téguments des saillies incolores ayant l'aspect de gouttelettes transparentes. Ces vésicules, désignées sous le nom de miliaire sudorale, ou de sudamina, sont dues à l'épanchement dans les couches épidermiques de la sueur arrêtée dans son cours par l'obstruction de l'orifice folliculaire.
T. Fox a donné le nom de dysidrose, et Hutchinson celui de clieiro-ponipJiolix, à une éruption composée de vésicules de volume variable, de consistance dure, enchâssées dans l'épiderme qu'elles soulèvent en une saillie hémisphérique de coloration blanche ow grisâtre, éruption dont les sièges de prédilection sont les faces latéi'ales des doigts, le dos de la main, les régions correspondantes des membres inférieurs et le cou. Les vésicules peuvent se réunir et se transformer en phlyctènes ; elles contiennent un liquide transparent ; il est rare qu'elles se rompent spontanément; lorsqu'elles sont rompues artificiellement, elles sont remplacées par une desquamation à lambeaux épais.
Cette éruption se produit ordinairement pendant les chaleurs de l'été, à la suite de transpirations abondantes; elle se développe le plus ordinairement chez des sujets nerveux.
T Fox considérait la dysidrose comme résultant de la distension des follicules sudoripares par la sueur sécrétée en abondance, ce liquide amenant par son abondance môme l'oblitération de la partie adjacente du conduit sudorifère. D'après Hoggan,les vésicules sont le résultat d'altérations subies par les cellules de la couche granuleuse de l'épiderme; ultérieurement les canaux sudorifères se rompent et leur sécrétion se répand dans la cavité en voie de formation.
La dysidrose peut être suivie, chez les sujets prédisposés, de lésions eczémateuses ; mais elle ne présente ordinairement ni la ténacité ni les récidives déses-
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pérantes de l'eczéma, dont elle difl'ère par le début rapide, la fermeté des vésicules, leur siège en certains points de prédilection et Tabsence de prurit.
Son traitement consiste dans l'emploi des bains émoUients ou alcalins, et de pommades antiseptiques légères ou adoucissantes.
Bibliographie :
BouvEHKT, Des sueurs morbides; Thèse d'agrégation; Paris, 1880. — Balzer et Barthélémy, Contribution à l'étude des sueurs colorées; Annales de Der-mut., 1884, p. 517. — BoiNET, Contribution à l'étude de la dysidrose ; Thèse de doctorat; Paris, 1888-1889.— Bahié, Sur un cas de chroniidrose jaune; Annales de Dermat., 1889, p. 037. — Corml et Barès, Les Bactéries; Paris, 1890, t. î, p. IGl, et t. II, p. 512. — Fouré, De la chroniidrose, chromocrinie partielle et cutanée de M. Le Roy de Méricourl; TJi.de doctorat, Paris, 1890- 1891. (Bibliographie très étendue.)
Par A. GILBERT
Professeur agrégé, Médecin des hôpitaux.