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MODIFICATIONS DU SÉRUM SANGUIN

Nous avons dit que la simple piqûre de la pulpe du doigt peut fournir 2 ou 5 centimètres cubes de sérum. Cette petite quantité permet de prendre connaissance de ses qualités physiques et de sa réaction ; elle permet de le soumettre à l'examen spectroscopique ou même à quelques autres manipulations. Mais, à la vérité, la plupart des notions que nous possédons sur les altérations du sérum dans les maladies, sont dues aux méthodes chimiques d'analyse qui exigent une quantité notable de sang et remontent aux temps de la saignée.

Le sérum normal est d'une teinte jaune-verdâtre clair; il devient d'une coloration jaune-verdatre foncé dans l'ictère et d'une couleur rubis dans l'hémoglobinémie.

Sa réaction physiologique est alcaline; dans le choléra et dans certains cas d'ictère, elle devient neutre et même acide.

Il est composé d'eau, de matières albuminoïdes, sérum, paraglobuline et

O G. Hayem et A. Gilbert, Noto sur deux cas (\o pneumonie Ivjilioïde: ArrI). gén. de Mcd., mars ISSi.

SÉMÉIOLOGIE DU SANG. 489

peptones, de sels inorganiques, parmi lesquels prédominent le chlorure de sodium et le carbonate de soude; il contient en outre des matières azotées, urée, acide urique, créatine, créatinine, xanthine, leucine, thyrosine, des leucomaïnes('), du glucose, de la lécithine, un ferment saccharifiant, un pigment particulier, des traces d'oxyhémoglobine, des gaz, acide carbonique et azote.

A l'état pathologique, le sérum peut différer du sérum normal soit par des modifications quantitatives ou qualitatives des principes normaux, soit par l'addition aux principes normaux de principes anomaux.

L'eau augmente dans divers états morbides, notamment dans les anémies (hydrémie); elle diminue à la suite des évacuations alvines et des transpirations abondantes.

La serine et la paraglobuline augmentent d'une façon relative dans les conditions qui amènent une élévation du chiffre des globules du sang et une diminution de l'eau du sérum, c'est-à-dire à la suite des diarrhées et des sudations notables; mais l'on ne connaît aucune condition capable d'amener une augmentation absolue de la quantité de ces matières albuminoïdes. On les a accusées de diminuer (hypo-albuminose) dans les phlegmasies, la chlorose et les maladies hydropigènes (Becquerel et Rodier). On les a accusées également de modifications qualitatives, d'une diffusibilité anormale dans le mal de Bright (Semmola) ; mais M. Hayem ayant transfusé le sang d'un chien brightique à un chien sain, n'a pas constaté l'existence d'albuminurie chez ce dernier et n'a pas pu ainsi mettre en évidence cette prétendue diffusibilité.

D'après Ludwig, la quantité des peptones serait accrue dans la leucémie.

Le chlorure de sodium , dont le chiffre normal est de 4 pour 1 000 , diminue légèrement dans la plupart des maladies, telles que la pneumonie, la chlorose, la phthisie, etc. (Becquerel et Rodier).

L'urée, qui n'existe dans le sang normal qu'à l'état de traces, augmente dans l'empoisonnement urémique.

L'acide urique, dont la proportion physiologique est minime, et dont l'existence môme a été niée dans le sang normal, se rencontre en quantité appréciable dans le sang des goutteux (uricémie), (0,025 à 0,075 pour 1 000, d'après Garrod). La même constatation ne peut être faite dans d'autres états morbides tels que le rhumatisme articulaire aigu, si bien qu'elle a une certaine importance séméiologique. On pourra rechercher, par le procédé dit du fil, la présence de l'acide urique dans le sérum que donne la piqûre du doigt aussi bien que dans la sérosité d'un vésicatoire.

Le sang normal ne renferme pas plus de 1 à d,5 pour 1000 de glucose; sa quantité peut être portée à 9 pour 1000 (glycémie) chez les diabétiques (Hoppe- Seyler) ; elle serait également plus élevée qu'à l'état physiologique chez les carcinomateux (Freund).

L'oxyhémoglobine, dont le sérum normal montre à peine des traces, peut augmenter (hémoglobinémie), non seulement au point de fournir au spectroscope les bandes d'absorption caractéristiques, mais même de modifier, ainsi que nous l'avons dit, la couleur du sérum.

(*) Robert Wi-RTz, Th. Docl. Paris. 1889.

Parmi les principes anormaux que peut contenir le sérum, il faut mentionner

les acides biliaires, la bilirubine et ses dérivés, l'urobiline, l'acétone, l'hypoxanlliine et la glutine.

La présence des acides biliaires dans le sérum, de la bilirubine et de ses dérivés est observée dans l'ictère (cholémie). L'examen à l'œil nu et au spec- Lroscope, l'emploi du réactif de Gmelin décèlent les pigments biliaires; l'analyse chimique et l'étude physiologique (action sur le cœur de la grtMiouillo atropinisée) décèlent les acides biliaires.

L'urobilinémie laisse au sérum sanguin sa teinte normale, mais elle est aisément reconnue au spectroscope. Elle est la preuve soit d'une destruction exagérée des hématies, soit de l'insuffisance fonctionnelle du foie (Hayem).

L'acétone apparaît dans le sang au cours de divers processus, notamment dans les processus fébriles (acétonémie). L'on a attribué à son accumulation la production du coma diabétique.

L'hypoxanthine n'existerait pas dans le sérum fraîchement extrait : son apparition dans le sang ainsi que celle de la gluline seraient caractéristiques de la leucémie.

Le sérum peut charrier un grand nombre d'autres principes anomaux. Il est vraisemblable que les perturbations fonctionnelles et les lésions organiques sont capables d'entraîner l'apparition dans le sang de substances diverses, entre lesquelles certaines sont toxiques (auto-intoxications). L'alimentation d'autre part, les professions qui entraînent le maniement de corps absorbables. l'ingestion de médicaments, les empoisonnements peuvent amener l'introduction dans le sang de corps variés.

Enfin, les micro-organismes produisent incessamment des substances toxiques qui pénètrent dans le sang et jouent un rôle considérable dans la symptomatologie et le pronostic de la plupart des maladies.

Il est donc certain que si l'appréciation de la composition chimique exacte du sang pouvait être faite, elle serait un miroir fidèle de la santé et de la maladie, et une clef précieuse pour la solution des grands problèmes pathologiques.

Cette partie comprend la description de deux affections hématiques par excellence, la chlorose et Vanémie pernicieuse progressive. Elle est close par l'étude d'une maladie dont l'histoire est intimement liée à celle des organes hématopoiétiques et du sang, la lymphadénie avec ou sans leucémie.

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