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II. Troubles de la motilité

i" Paralysies motrices (Voir tome VI).

^'^ Atrophies 1MUSCULAIRES ( hl. ).

7)° Convulsions, crampes, contractures, tremrlement :

A. Les convulsions qu'on peut observer dans le saturnisme ont été décrites avec l'encéphalopathie, dont elles servent à caractériser une des formes.

B. Les crampes se montrent en même temps que les paralysies motrices ou en dehors de ces paralysies. Elles sont le plus souvent passagères et généralement limitées à un groupe de muscles. Dans la grande majorité dcr, cas, elles sont provoquées par des attitudes forcées ou anormalement prcslongées ; elles se montrent surtout pendant le sommeil de la nuit. Ei'.os so"t presque toujours douloureuses et intermittentes.

C. La contracture est un symptôme ordinaire de la colique de plomb. Elle occupe alors les muscles abdominaux et joue un rôle important dans la rétraction de l'al^domen. En dehors de ce cas, la contracture est rare; elle est exceptionnelle dans les muscles des membres.

D. Le tremblement saturnin se montre généralement chez les ouvriers dont l'intoxication est ancienne. Il n'a pas de caractères spéciaux et est lié le plus souvent à des paralysies ou à l'hystérie. Contrairement au tremblement alcoolique, il est peu marqué au réveil, et augmente avec la fatigue de la journée; il est surtout intense dans la soirée. Le tremblement saturnin est partiel. Exceptionnellement il peut se généraliser et s'étendre aux muscles de la face. Dans quelques cas rares, le tremblement simule celui de la paralysie agitante.

A côté du tremblement, nous devons signaler d'autres formi^s rar.-s d3. troubles moteurs : Yltémichorée indiquée par Lewis et Raymond, lepscudo-tabcs, dont Levai Piquechef a rapporté deux observations.

t:;aiïi; de médf.cine. — II. Ô7

III. Troubles sensitifs. — La sensibilité peut être atteinte de plusieurs manières.

Dans quelques cas rares elle peut cire exaltée. On observe alors des zones d'hypereslhésics ou des névralgies, principalement à type intercostal, signalées par Roscnthal. Il est probable que le plomb n'intervient pas seul dans la production de ces névralgies et que l'anémie saturnine joue un rùle dans leur apparition.

La colique de [jlondj a été considérée j>ar (piel({ues auteurs comme une crampe douloureuse.

On observe encore dans les masses musculaires et dans les articulations des phénomènes douloureux décrits sous le nom de myalgie et d'arthralgie saturnines. Les muscles sont en pareil cas le siège des douleurs parfois très intenses, survenant à l'occasion de fatigues et rappelant les douleurs du rhumatisme musculaire. Les articulations sont également le siège de douleurs rhumatoïdes, survenant surtout la nuit et exaspérées par les mouvements et par les pressions. Il s'agit darthralgies, car les articulations gardent leur apparence normale. La rougeur et le gonflement font défaut. L'arthralgie saturnine est un phénomène fré({uent, précoce dans son apparition, qui peut se montrer dès la première attaque de colique de ploml).

Le plus souvent, la sensibilité est alTaiblie. Sans préjuger ici les rapports de l'aneslhésie saturnine avec l'hystérie, nous pouvons dire que les troubles de la sensibilité se montrent dans trois conditions difTérenles : I*^ ils peuvent survenir isolément; !2" ils peuvent accompagner les paralysies motrices; 5" ils peuvent revêtir la forme hémianesthésique et, dans ce cas. ils sont certainement imputables à l'hystérie saturnine.

Les deux premières variétés sont le plus souvent des formes d'anesthésies partielles. Dans ces cas, l'anesthésie occupe de préférence la peau des membres du côté de l'extension (le dos de la main, l'avant-bras du côté de l'extension, la partie externe du mollet). D'après Manouvrier, les parties anesthésiées seraient fréquemment les parties du corps en rapport avec le plomb. L'anesthésie peut cependant s'étendre davantage et intéresser la peau du ventre et de la poitrine. Presque toujours elle respecte l'épigaslre. que Beau appelait la place d'armes de la sensibilité dans le saturnisme. D'autres fois, l'anesthésie est très limitée et n'intéresse que la pulpe des doigts ou la paume des mains (Brissaud).

La perte de la sensibilité peut cire complète pour le contact, la température et la douleur. M. Raymond a constaté, en plus, l'abolition complète de la sensil)ilité électrique. Dans d'autres cas, la perte de la sensibilité est absolue pour le contact, alors que les sensations douloureuses et les sensations thermiques continuent à être perçues. Enfin, il i)eut y avoir un simple retard dans la perception des sensations.

Les troubles de la sensibilité observés chez les saturnins ont été considérés par Gubler comuie d'origine humorale et attribués par cet auteur à l'anémie de la peau. On tend actuellement à les interi)réter d'une manière ditTérente et ù les rapporter à l'hystérie. S'il peut y avoir doute pour les anesthésies partielles, il n'en est pas de même pour l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle, qui doit être incontestablement rapportée à l'hystérie, comme l'ont montré les

professeurs Charcot, Debove et leurs élèves. L'hémianesthésie saturnine a été signalée tout d'abord par Vulpian et Raymond, puis par Renaut, Brochin, Hanot et Mathieu. Ses rapports avec l'hystérie ont fait l'objet d'études démonstratives de la part de Debove et d'Achard. Elle peut se montrer sans accident prémonitoire, ou consécutivement, à une attaque d'apoplexie, ou après des crises convulsives. Elle peut exister à l'état isolé ou accompag-ner une hémiplégie motrice.

Au point de vue symptomatique, l'hémianesthésie occupe tout un côté du corps, intéressant les membres, la face et le tronc. Elle est complète. Les sensations de contact, de douleur, de température cessent d'être perçues.

Les sens du côté malade sont également intéressés. La vision est supprimée ou affaiblie. L'oreille cesse de percevoir les sons. Le goût et l'odorat disparaissent.

Quelques réflexes périphériques peuvent persister. Le réflexe pharyngien est ordinairement aboli.

Cette héraianesthésie sensitivo-sensorielle peut ôtre influencée rapidement par les agents îesthésiogènes. Contrairement à ce qu'on observe dans l'hystérie essentielle, la disparition de l'hémianesthésie sous l'influence de l'aimant ne s'accompagne pas des phénomènes du transfert.

IV. Troubles sensoriels. — Après ce que nous avons dit de l'hémianesthésie sensitivo-sensorielle, il reste peu de chose à dire des troubles sensoriels du saturnisme. La perte de l'audition, du goût, de l'odorat et de la vision est le plus souvent en rapport avec l'hémianesthésie. Même en l'absence des troubles scnsitifs cutanés, les troubles sensoriels peuvent être presque toujours rapportés à l'hystérie.

La vision peut néanmoins présenter des altérations spéciales. On peut, en effet, observer dans le saturnisme trois modes d'altération de la vision :

J" Des troubles de nature hystérique sous forme d'amaurose, d'amblyopie, de rétrécissement concentrique du champ visuel;

•2» Des troubles dus à de la rétinite albuminurique, quand il y a des lésions rénales :

3" Une neuro-rétinite spéciale, due à l'inflammation et à l'atrophie idiopathiques du nerf optique. Cette névrite optique débute en général brusquement à la suile d'accidents encéphalopathiques. La vue diminue d'une manière rapide et se perd souvent complètement. A l'ophthalmoscope, la pupille est tuméfiée. Les veines rétiniennes sont dilatées et turgescentes. Cette névrite qui frappe les deux yeux peut guérir ou persister indéfiniment et amener une cécité complète.

On observe encore dans le saturnisme des lésions de la musculature des yeux sans forme de nystagmus, de paralysies des muscles moteurs de l'œil et des muscles de l'accommodation.

Abstraction faite de la rétine, les membranes de l'œil ne présentent pas d'altérations spéciales.

Troubles trophiques. — Parmi les troubles trophiques du saturnisme, la tumeur dorsale du poignet a été long-temps considérée comme pathognomonique de l'intoxication par le plomb (Gubler). On sait que ce trouble trophique consiste dans un gonflement de la gaine des extenseurs survenant comme conséquence de la paralysie des muscles postérieurs de l'avant-bras. Cliniquement, la lésion se caractérise par une tumeur située à la face dorsale du poignet. La tumeur est allongée dans le sens des tendons extenseurs ; elle est de consistance dure et rénitente, se déplaçant avec les mouvements des tendons extenseurs. Le volume dépasse rarement celui d'un œuf de pigeon. Cette tumeur est indolente. On considère actuellement ce trouble trophique comme dû à une inflammation des gaines synoviales; il peut être comparé aux arthropathies nerveuses, d'origine centrale ou périphérique.

État général des saturnins. — Anémie saturnine. — A une certaine période de l'intoxication tous ou presque tous les saturnins présentent les signes extérieurs de l'anémie. Ils sont pâles, d'une pâleur particulière, d'apparence blafarde ou tirant sur le gris foncé. Leur peau est grisâtre, et rappelle la coloration des individus habituellement exposés aux intempéries de l'air. Les muqueuses sont décolorées. On constate des signes fonctionnels en rapport avec l'anémie. L'oppression est habituelle, ainsi que les palpitations; les malades ont une sensation de fatigue constante. Les fonctions digestives sont irrégulières.

La coloration de la peau est sujette à des variations. Elle peut être plus prononcée à certains moments, particulièrement pendant les épisodes aigus de la colique ou de l'encéphalopathie. On la voit encore se modifier sous l'influence d'une complication intercurrente et devenir ictérique ou ictéroïde. Dans ces cas, l'ictère est un ictère vrai ou un ictère hémapliéiquc (Gubler).

L'anémie des saturnins est en rapport avec la composition du sang.

Le sang des saturnins contient, en elïet, du plomb en quantité appréciable, soit à l'état libre, soit sous forme d'albuminate. Sa composition histologique subit des modifications importantes. D'après le professeur Hayem ('), le sang des saturnins a une composition analogue au sang des chlorotiques. Il se distingue par la diminution considérable de la valeur globulaire; de plus, les globules diminués de nombre sont inégaux, irréguliers et décolorés en partie.

« L'anémie saturnine parait otrc, comme la chlorose, une anémie par désintégration exagérée des hématies. D'a})rès cette hypothèse, le plomb altérerait d'une manière encore mal définie la constitution du globule rouge dont l'existence deviendrait éphémère. » (Hayem.) Le nombre des globules blancs reste normal dans le saturnir-mo, sons complication phlegmasique (Hayem).

Goutte saturnine. — En I85i, Garrod a fait connaître une complication du saturnisme consistant dans le développement de la goutte articulaire observée chez un certain nombre de saturnins chronicjues. Il citait en même temps des chiffros montrant que sur 51 goutteux 10 étaient des saturnins. Peu de

(') Hayem. Du sanrj.

temps après la publication de Garrod, iVI. Charcot publiait le premier cas de g-outte saturnine observé en France. Depuis lors, les travaux sur la g-outte saturnine se sont multipliés. Cette complication de la goutte d'abord mise en doute, regardée ensuite comme une simple coïncidence, est actuellement admise par presque tous les auteurs.

La goutte saturnine est d'ailleurs assez rarement observée à Paris. Elle se montre chez des ouvriers qui travaillent le plomb depuis un certain temps, particulièrement chez les peintres. Au point de vue clinique, elle rappelle absolument la goutte essentielle. Pour M. Bucquoy (') elle en dilïererait par sa facile extension à un grand nombre de jointures, par la grande abondance des dépôts tophacés et par la tendance à la chronicité qu'auraient, dès le début, les accidents inflammatoires. En réalité, ces caractères distinctifs sont peu marqués, et la plupart du temps l'analogie est parfaite. Les complications viscérales sont les mêmes dans la goutte idiopathique et dans la goutte saturnine.

La réalité de la goutte saturnine étant admise, il faut chercher pourquoi les saturnins sont plus fréquemment atteints de goutte que les autres sujets. Garrod donnait l'explication suivante : l'urée et l'acide urique étant excrétés en quantité moindre chez les saturnins que chez les sujets sains, il y aurait accumulation d'acide urique dans le sang (uricémie). Pour Garrod, l'uricémie était la goutte même. En fait, l'urée et l'acide urique sont loin d'être toujours en quantité inférieure à la normale dans l'urine des saturnins et bien souvent il faut admettre que l'uricémie est primitive. Pour Wilks, cette uricémie primitive est due à la dénutrition générale de l'organisme sous l'influence de l'action du plomb. Pour M. Lécorché, au contraire, l'action du plomb est inverse. Ce métal active le fonctionnement des cellules de l'organisme, et son action est comparable à celle des autres causes productrices de la goutte.

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