ANESTHÉSIE DE LA MUQUEUSE BUCCALE
Symptômes. — La perte de la sensibilité générale de la muqueuse de la bouche peut être complète ou incomplète. Elle frappe la cavité buccale en totalité, ou seulement en partie, se bornant alors à siéger sur la muqueuse d’une joue, sur la moitié de la langue et des lèvres. L’hémianesthésie s’observe plus fréquemment que l’anesthésie totale.
En cas d’hémianesthésie complète, les malades ne ressentent, du côté atteint, ni la température, ni la consistance et les autres caractères physiques des aliments ou corps quelconques introduits dans la bouche. Aussi, après les repas, des parcelles alimentaires séjournent-elles entre la joue et la gencive, entre celle-ci et la langue ou les lèvres. Il en résulte une inflammation catarrhale à peu près constante, qui est encore facilitée et entretenue par les blessures que le malade se fait sans s’en douter. Du côté anesthésié, la langue est saburrale, et son bord est souvent le siège de fissures et d’ulcérations, ou de morsures plus ou moins profondes.
2 MALADIES DE LA CAVITÉ BUCCALE
Dans certains cas, l’anesthésie buccale peut se compliquer de la perte du sens du goût.
Étiologie. — L’hémianesthésie buccale se rencontre assez fréquemment chez les hystériques hémianesthésiques. On l’observe aussi dans les cas de paralysies périphériques du nerf maxillaire supérieur ou du nerf maxillaire inférieur, chez les malades atteints d’otorrhée avec lésions consécutives du plexus tympanique, enfin chez des sujets atteints d’affections cérébrales en foyer. L’étendue de la région frappée d’anesthésie varie suivant les cas.
L’anesthésie totale peut accompagner les lésions diffuses des centres nerveux, soit cérébrales, soit bulbaires ; mais elle est relativement rare.
Diagnostic, pronostic et traitement. - Le diagnostic n’offre pas de difficultés, et le pronostic varie avec la cause de l’affection. Il en est de même du traitement ; toutefois, dans tous les cas, il est indispensable de faire prendre au malade des soins de propreté méticuleux : la bouche devra être soigneusement nettoyée après chaque repas. S’il existe des fissures et des ulcérations, on devra faire limer les dents et les chicots offensifs, et faire usage de collutoires antiseptiques (glycérine boratée; solution d’hydrate de chloral à i pour 100). Le malade doit se laver les dents avec une brosse douce, pour ne pas risquer de léser la muqueuse gingivale insensible.
§ 2. — HYPERESTHÉSIE; PARESTHÉSIES
Symptômes. — Les malades atteints d’hyperesthésie de la muqueuse buccale en souffrent plus ou moins suivant que l’affection est plus ou moins marquée, et quelle est unilatérale ou bilatérale. Dans les cas les plus graves, la mastication devient douloureuse, et l’alimentation difficile; l’usage des boissons et des substances alimentaires chaudes est particulièrement pénible.
Les paresthésies se traduisent par des sensations de fourmillement, des démangeaisons, des picotements, siégeant soit à la face buccale des joues, soit sur les bords ou à la pointe de la langue ; et quelquefois par des sensations de chaud ou de froid sur les gencives ou sur la voûte palatine.
Étiologie. — L’hyperesthésie est un symptôme à peu près constant d’un grand nombre d’affections inflammatoires de la muqueuse buccale, mais elle peut aussi se montrer indépendamment de toute lésion locale. On peut en effet l’observer dans quelques affections des centres nerveux, et dans le cours de certaines névroses, particulièrement l'hystérie. M. Tapret (communication orale) en a souvent constaté les symptômes chez des artério-scléreux et dans le cours de la néphrite interstitielle.
Les paresthésies reconnaissent les mêmes causes que l'hyperesthésie, à laquelle elles peuvent être associées. De plus, on les rencontre assez souvent comme symptômes prémonitoires ou concomitants soit de f anesthésie, soit des paralysies motrices. Associées avec l’hyperesthésie, elles coïncident fréquemment avec les névralgies buccales. Elles ne sont pas rares chez certains aliénés.