NÉVRALGIES
Symptômes. — La névralgie buccale se présente sous deux formes diffé-
TROUBLES NERVEUX
rentes. Tantôt elle atteint une moitié de la cavité buccale : face interne de la joue, et, du même côté, gencive, lèvres, langue, plancher buccal, palais, pilier antérieur du voile ; tantôt elle est localisée à la langue.
Dans le premier cas, la douleur revient souvent à époques fixes ; elle survient subitement, par accès. Pendant l’accès, la douleur peut être continue, en variant d’intensité; elle est quelquefois extrêmement vive. Elle s’accompagne le plus souvent d’une salivation abondante. La parole et la mastication sont difficiles et peuvent devenir impossibles. Les accès durent quelques secondes, quelques minutes au plus, et disparaissent pour revenir ensuite.
Lorsque la douleur est localisée à la langue, l’affection prend le nom de glossalgie (Breschet) ou mieux de glossodynie (Kaposi). Les phénomènes douloureux peuvent survenir par accès ; ou bien être presque continus, avec exacerbations, soit matinales, soit vespérales. Le plus souvent, les malades ressentent des élancements douloureux, des fourmillements, des picotements, ou même une sensation de brûlure, sur la pointe et la partie antérieure d’un ou des deux bords de la langue. Parfois, la base de la langue est très sensible, et la langue ne peut, sans douleur vive, être tirée hors de la bouche. La douleur est quelquefois profonde, et la palpation peut faire reconnaître des points douloureux. Dans certains cas, surtout de ce genre, la mastication est difficile ; le plus souvent au contraire, la douleur disparaît pendant les repas pour reparaître ensuite. Fréquemment les malades se plaignent, en même temps que de la douleur linguale, d’une sensation de brûlure très pénible, au niveau de la région médiane de la voûte palatine. Ils sont généralement très inquiets de leur état, regardent à chaque instant leur langue dans un miroir, prennent pour des tumeurs les papilles caliciformes, s’imaginent voir des ulcérations (‘) { ulcérations imaginaires de la langue de Verneuil), et consultent presque toujours le médecin par crainte du cancer.
L’affection est très tenace. Elle peut durer des années, et même presque indéfiniment. Parfois elle se montre pendant quelques semaines ou quelques mois, puis disparaît pour revenir au bout d’un temps variable.
Étiologie. — La névralgie buccale peut, dans la plupart des cas, être considérée comme une variété de la névralgie du trijumeau, et son étiologie se confond alors avec celle de cette dernière.
Quant à la glossodynie, son étiologie est encore assez obscure. Les auteurs ne sont pas d’accord sur sa fréquence suivant le sexe. Pour ma part, je l’ai observée beaucoup plus fréquemment chez la femme. Tous mes malades étaient des névropathes : soit des neurasthéniques, soit des nerveux héréditaire ~ ; et la plupart de ceux dont les observations ont été rapportées par les auteurs étaient de même des nerveux (Hardy). C’est donc là, suivant toute probabilité, qu’il faut chercher la cause première de l’affection, et non pas dans le rhumatisme, l’anémie ou la chlorose, comme on l’a fait. Que les troubles nerveux du trijumeau ou du glosso-pharyngien soient indépendants de toute lésion de la muqueuse, ainsi qu’on le voit souvent, ou qu’ils coïncident avec quelques légères altérations de cette dernière (exfoliations épithéliales localisées, hyper- (*)
(*) Verneuil, Académie de médecine , septembre 1887. Discussion : (Fournier, Labbé, La borde, Perrin, Larrey, Hardy, Magitot).
MALADIES DE LA CAVITÉ BUCCALE
trophie et rougeur de quelques papilles) pouvant être considérées comme causes occasionnelles sinon comme des troubles trophiques; dans tous les cas l’affection exige, pour se montrer, un terrain névropathique.
Pronostic et traitement. — Le pronostic et le traitement de la névralgie buccale se confondent avec ceux de la névralgie du trijumeau.
Le pronostic de la glossodynie est essentiellement défavorable : non seulement la guérison est extrêmement difficile à obtenir, mais il peut arriver que l’affection ne soit que le prodrome d’une maladie mentale qui se montrera plus tard.
Localement, certains auteurs recommandent de détruire, s’il y a lieu, par la cautérisation ignée, les papilles hypertrophiées. Ce mode de traitement peut rendre des services dans certains cas. Mais il ne faut pas oublier que les lésions sont souvent secondaires, et dues à ce que le malade touche continuellement sa langue, et y pratique lui-même des raclages ou d’autres manœuvres intempestives, parfois même des cautérisations au crayon de nitrate d’argent. Aussi, dans la plupart des cas, on devra se borner à défendre au patient de toucher à sa langue, et à lui prescrire des lavages de la bouche avec des gargarismes tièdes, légèrement émollients, tels que des solutions de bicarbonate de soude ou de chlorate de soude. Le borax, sous forme de collutoire, rendra aussi des services. Les attouchements avec des solutions de cocaïne peuvent calmer momentanément la douleur, mais comme celle-ci reparaît ensuite, avec une intensité parfois plus grande encore, on devra s’en abstenir. .
L’élongation et la résection des nerfs sont des moyens extrêmes qui pourront donner des résultats favorables après l’opération, mais qui ne mettront presque jamais à l’abri des récidives.
Le sulfate de quinine, et l’antipyrine, à l’intérieur, ont été utiles à quelques malades. D’autres ont été soulagés par des injections de morphine. Mais, en raison de la longue durée de l’affection, ces moyens, le dernier surtout, ne sauraient être recommandés. Le traitement général doit être avant tout causal : * nydrothérapie et les bromures, ou ces derniers seulement si l’eau froide est contre-indiquée, rendront service à la plupart des malades. Mais les bromures devront être pris méthodiquement et à plusieurs reprises avec des intervalles de repos : il importe en effet de ménager l’estomac, dont souffrent beaucoup de glossodyniques.