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DES FACTEURS DE GRAVITÉ, ET DU PRONOSTIC DANS LES MALAD.DU FOIE

C. Les syndromes toxiques appartiennent surtout aux grandes formes, aux formes aiguës de l’insuffisance hépatique. Alors apparaissent non seulement les épistaxis, si banales dans la pathologie du foie, mais aussi les pétéchies, les sugillations sanguines, les hémorrhagies multiples. En même temps, l’imprégnation toxique des centres nerveux réalise des syndromes très analogues à ceux de l’urémie. Comme dans ce dernier cas, l’écorce cérébrale peut traduire son excitation par des effets de dynamogénie ou d’inhibition, par du délire, des convulsions, ou par l’épuisement comateux.

Ainsi se trouve réalisé le tableau si complexe de l’ictère grave ; la maladie hépatique, infectieuse ou toxique, déborde bientôt sur tout l’organisme, et, par la voie sanguine, va profondément atteindre le rein, l’axe nerveux, l’appareil cardio-vasculaire.

Voilà pour les grandes formes typiques de l’insuffisance hépatique. Mais les connaître ne suffit pas ; il faut aller plus loin, et en dépister les formes frustes, souvent presque latentes, toujours redoutables cependant.

C’est que, dans les affections hépatiques, la guérison apparente, c’est-à-dire la disparition des symptômes morbides, ne coïncide pas, le plus souvent, avec la guérison réelle, avec la restitution à la cellule glandulaire de ses aptitudes biochimiques. J’ai fait voir, dans un travail antérieur (’), que souvent des hépatiques quittent nos salles d’hôpital, se considérant comme parfaitement guéris, alors qu’en réalité leur foie fonctionne encore mal, fabrique de l’urobiline, laisse passer le sucre, arrête insuffisamment les poisons. Depuis, j’ai observé de nombreux faits confirmatifs du même genre, et chez un malade convalescent d’ictère catarrhal ce n’est qu’au bout de trois semaines que j’ai pu constater la disparition définitive de l’urobilinurie et de la glycosurie alimentaire.

Or, en pratique, tout hépatique, même guéri en apparence, mais chez qui survivent ces deux symptômes, doit être considéré comme un malade, et doublement surveillé et soigné : d’abord parce qu’un écart de régime, notamment un excès alcoolique, pourrait rallumer un feu mal éteint, et avoir les conséquences les plus graves; en second lieu, parce que l’auto-intoxication reste possible aussi longtemps que la cellule hépatique n’a pas reconquis la plénitude de ses fonctions physiologiques.

De ces conclusions, un fait récent de Girode est venu donner une démonstration frappante. Un malade est atteint d’ictère infectieux à rechute, avec gros foie, grosse rate, albuminurie, et même vomissements fécaloïdes ; il se croit guéri, et quitte l’hôpital en pleine convalescence, ne conservant plus que des traces d’albumine, mais sans que l’on ait pratiqué chez lui la recherche de l’urobiline ou du sucre. A peine rentré dans sa famille il reprend le régime commun, fait, trois jours après, un excès de boisson, à la suite duquel il se sent fatigué et bientôt très prostré, se met au lit presque sans parole, tombe rapidement dans un coma profond, et meurt sept heures environ après ce retour d’accidents.

Il faut donc être très exigeant en matière de pronostic hépatique, et ne

(‘) A. Chauffard, De la guérison apparente et de la guérison réelle dans les affections hépatiques; Arch. gén. de mcd., octobre 1890.

MALADIES DU FOIE ET DES VOIES BILIAIRES

considérer les malades comme guéris que quand la séméiologie chimique en a fourni la pleine démonstration.

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