ANGINES CHRONIQUES DIFFUSES
Définition et classification. — La dénomination d'angines chroniques diffuses s’applique aux inflammations chroniques de l’arrière-gorge frappant avec une égale intensité la paroi postérieure du pharynx buccal et le voile du palais avec ses piliers et la luette.
Lasègue (*) a insisté, avec juste raison, sur la nécessité de les considérer comme une espèce distincte de l’angine circonscrite à la paroi postérieure du pharynx (pharyngite folliculaire hypertrophique), dont il a laissé une description très remarquable pour l’époque (1868) où elle a paru. Bien que les végétations adénoïdes fussent encore inconnues au moment où il écrivait, il a été le premier à reconnaître et à faire remarquer que chez les enfants l’affection frappait tout d’abord et surtout le pharynx nasal en s’accompagnant de coryza chronique et d’imperméabilité nasale avec troubles fréquents de l’audition ; il a indiqué très explicitement l’influence de cette obstruction du nez sur la physionomie de l’enfant (bouche ouverte, air étonné, etc.), insisté sur les caractères différents que présente l’affection chez les adultes, les laryngites qu’elle provoque de préférence chez ces derniers, etc. Mais, en étudiant à part l’inflammation chronique généralisée du pharynx buccal et du voile, Lasègue, il faut bien le reconnaître, a été beaucoup moins heureux, et la description qu’il en a faite sous la rubrique d’ « angine catarrhale chronique diffuse » est loin de valoir l’autre. En cherchant à indiquer ce qu’on observe dans la majorité des cas, il n’a pu tracer qu’un tableau clinique manquant à la fois de précision, de relief et de netteté. En réalité, on ne peut prétendre à débrouiller un peu le chaos où sont confondues les diverses variétés d’angines chroniques diffuses qu’en cherchant à détacher de cet groupe confus quelques-unes d’entre elles, dont les caractères soient assez bien accusés pour répondre exactement à quelques cas cliniques typiques. C’est ce que j’ai tenté de faire en étudiant l'hypertrophie des amygdales ; et c’est encore ce que j’essayerai de recommencer ici, en laissant de côté les formes mixtes, bâtardes, indistinctes, présentant dans chaque cas particulier des différences qu’elles doivent surtout aux lésions voisines associées, pour m’attacher à décrire deux formes cliniques de l’angine chronique diffuse de l'adulte , dont non seulement les caractères objectifs et les symptômes, mais encore l’étiologie et le pronostic, me paraissent assez distincts pour assurer à chacune d’elles une indiscutable autonomie.
Dans la première variété, à laquelle je réserverai le nom d 'angine catarrhale chronique diffuse , les lésions portent surtout sur les glandes mucipares de la muqueuse, qu’elles envahissent de proche en proche ; les altérations de la structure des glandes et les troubles sécrétoires qui en dérivent sont le fait primordial dont les lésions des autres éléments constitutifs de la muqueuse, et en particulier celles du tissu lymphoïde qui peuvent être très marquées, ne sont qu’une conséquence secondaire.
(*) Lasègue, loc. cit.
MALADIES DU PHARYNX ET DE SES ANNEXES
Dans la seconde au contraire, que j’appellerai angine interstitielle chronique diffuse , les troubles sécrétoires sont peu accusés, l’hypertrophie du tissu lymphoïde est inconstante ou du moins très variable, et les lésions dominent au niveau des éléments conjonctifs de la muqueuse, de la couche sous-muqueuse, et des vaisseaux. Ici, l’élément catarrhal cède le pas à l’élément congestif, et la tuméfaction d’abord, l’épaississement hypertrophique ensuite, portent sur toute la trame de la muqueuse gutturale.