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TROUBLES SENSORIELS

Les troubles sensoriels de la muqueuse buccale, c’est-à-dire les troubles de la gustation, sont beaucoup plus fréquents que ceux de la sensibilité générale de cette membrane. Il importe de remarquer cependant que beaucoup de malades se plaignant d’affaiblissement du sens du goût ont en réalité le goût intact, et ne souffrent que d’affaiblissement de l’odorat. Les sensations du fumet d’un mets, du bouquet d’un vin, sont en effet olfactives et non gusta-

TROUBLES NERVEUX

tives : ces dernières se bornent à la perception du goût salé, du goût sucré, de l’acidité et de l’amertume.

§ 1. — AGUEUSIE

Symptômes. — L’agueusie ou anesthésie gustative est l’absence de perception des saveurs. Elle peut être complète ou incomplète, c’est-à-dire que le sens du goût peut être aboli ou seulement diminué. Elle peut porter sur toutes les saveurs ou seulement sur une ou plusieurs d’entre elles. Elle peut occuper toute la région gustative de la muqueuse buccale ou seulement la moitié de celle-ci, soit qu’elle n’existe que d’un seul côté, soit qu’elle ne frappe que sa partie antérieure ou postérieure. Enfin, elle peut être continue ou intermittente.

Elle peut coïncider avec la- perte de la sensibilité générale de la muqueuse buccale, ou encore exister seule.

Certains malades en souffrent beaucoup, perdent l’appétit, ou éprouvent divers troubles digestifs ; beaucoup d’autres au contraire supportent aisément leur infirmité.

Étiologie. — L’agueusie temporaire peut être causée par une sécheresse exagérée de la bouche : c’est ce qui arrive, le matin, aux malades qui ont les fosses nasales imperméables et dorment la bouche ouverte. Elle est fréquente dans le catarrhe buccal, primitif ou coïncidant avec celui du tube digestif, avec ou sans état fébrile. Elle peut aussi succéder à l’ingestion de mets trop froids et surtout trop chauds, ou encore trop épicés. Dans ces différents cas, l’agueusie est d’origine mécanique (enduit lingual épais), physique (sécheresse, froid, chaleur), du chimique (irritation par les épices), et due à des modifications passagères des terminaisons du nerf lingual ou du nerf glosso-pharyngien.

Lorsqu’elle est persistante, c’est qu’elle est due à des lésions périphériques des nerfs gustatifs, ou à des lésions des centres nerveux. Les lésions du trijumeau et de sa branche linguale, celles du facial et de la corde du tympan qui est parfois lésée lorsqu’on pratique l’extirpation de polypes auriculaires, amènent fréquemment l’agueusie unilatérale sur les deux tiers antérieurs de la langue et sur la pointe et le bord correspondant. Lorsque le goût est en même temps aboli à la base de la langue, au palais et à la partie postérieure du pharynx, c’est-à-dire à la fois dans le domaine du lingual et celui du glossopharyngien, on doit admettre que l’agueusie est d’origine centrale, surtout si l’on constate en même temps de l’anesthésie. On peut constater ces troubles gustatifs dans l’hystérie. De même l’agueusie peut être le résultat de lésions de la partie postérieure de la capsule interne.

Diagnostic, pronostic et traitement. — Le diagnostic de l’agueusie est souvent assez délicat. Il faut d’abord s’assurer que le malade, en se plaignant de troubles gustatifs, ne fait pas erreur et n’est pas seulement atteint d’anosmie. Pour cela, il faut s’assurer qu’il ne ressent pas les quatre saveurs fondamentales ou quelques-unes d’entre elles, c’est-à-dire lui faire goûter, en les appliquant successivement sur la langue, en solution concentrée et en petite quantité, une substance acide comme le vinaigre, sucrée comme le

MALADIES DE LA CAVITÉ BUCCALE

sirop simple ou le sous-acétate de plomb, amère comme le lactate ou le chlorhydrate de quinine, enfin un corps salé, comme le sel de cuisine. Il ne faut pas oublier que, tandis que le sel est perçu à peu près de même sur les diverses parties de la langue, l’acidité au contraire est mieux perçue sur ses boi’ds, le goût sucré à sa pointe, et l’amertume à sa base.

Le pronostic varie suivant la cause de l’affection, et est malgré tout très difficile à établir avec certitude. En règle générale, il est d’autant moins bon que l’affection dure depuis plus longtemps.

Le traitement est, la plupart du temps, inefficace. Les courants continus auraient été utiles à E. Neumann dans certains cas.

§ 2. — HYPERGUEUSIE; PARAGUEUSIE

L’exagération de la sensibilité gustative , en tant que phénomène pathologique, ne s’observe guère que chez des hystériques.

La paragueusie ou paresthésie gustative, qui se voit aussi dans l’hystérie, est surtout fréquente chez les aliénés. Mais chez ces derniers, il s’agit souvent d’hallucinations gustatives plutôt que d’illusions. On observe aussi des sensations gustatives perverses dans certains cas de paralysie faciale, ou chez des gens atteints d’otorrhée ancienne ; mais alors ces sensations ne portent que sur la moitié de la langue du côté malade. Au contraire, la perversion du goût occupe toute la cavité buccale chez certains fébricitants atteints d’embarras gastrique, auxquels le goût du vin, celui du tabac, deviennent alors insupportables, alors que d’ordinaire il leur est agréable. La paragueusie coïncide souvent avec l’agueusie et avec l’anesthésie sensitive ; plus souvent encore elle les précède. C’est une affection échappant à tout traitement méthodique, parce qu’elle est encore trop mal connue et analysée. En dehors des affections fébriles et des lésions du trijumeau et du facial, son pronostic doit être extrêmement réservé, en raison du développement possible d’une maladie mentale.

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