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CHAPITRE II

TROUBLES CIRCULATOIRES

Anémie. — L’anémie de la muqueuse buccale n’est jamais isolée. Elle est toujours liée à l’anémie générale; et pour diagnostiquer celle-ci, l’examen de la coloration des gencives est aussi utile que celui de la face palpébrale des conjonctives. On constate la pâleur de la muqueuse buccale tout entière chez les chlorotiques, et cette décoloration coïncide alors avec celle de la muqueuse du nez, des conjonctives, etc. On la rencontre aussi chez les cachectiques. Elle est particulièrement marquée chez les tuberculeux atteints de lésions de l’appareil respiratoire, même dès le début de la maladie et alors que les signes stéthoscopiques font encore défaut : en pareil cas, le palais surtout est décoloré, et ce signe peut souvent avoir une réelle valeur diagnostique dont il ne faut pas négliger l’utilisation.

Hyperémie. — L’hyperémie buccale n’est ordinairement que le premier stade des diverses variétés de stomatites aiguës ; ou un résultat des stomatites chroniques. Chez certaines personnes nerveuses, on peut parfois constater des poussées congestives transitoires de la muqueuse buccale; à la vérité, dans la plupart de ces cas, l’hyperémie n’occupe pas seulement la bouche, mais encore les régions voisines, et elle est souvent plus marquée au pharynx. Je rappellerai ici que l’urticaire érythémateuse peut frapper la muqueuse buccale comme celle du pharynx, et s’étendre de l’une de ces régions à l’autre.

Œdèmes. — Je ne ferai que signaler les œdèmes dus à des obstacles à la circulation veineuse et ceux qui accompagnent les inflammations phlegmoneuses; mais je dirai quelques mots d’une variété d’œdème buccal assez rare, et qu’il importe de connaître : l 'œdème névropathique. Je n’entends pas parler ici seulement d’une localisation de la maladie décrite en Allemagne par Quincke, sous le nom d 'œdème aigu , et par Striïbing sous celui d’œdème angioneurotique intermittent. Je crois d’ailleurs qu’il ne s’agit pas là d’une maladie dont l’histoire soit nouvelle; et il suffît, pour peu qu’on connaisse l’ urticaire œdémateuse que Bazin décrivait dans ses leçons cliniques il y a plus de trente ans, dont Hardy a publié des observations ainsi que Milton, de reconnaître, en lisant la description de Quincke et les faits rapportés par d’autres (Massei, Strübing), qu’il s’agit bien d’une seule et même affection

MALADIES DE LA CAVITÉ BUCCALE

(Rappin, Courtois-Suffit). Je reviendrai d’ailleurs sur ce point à propos des œdèmes du pharynx. Indépendamment de l’urticaire œdémateuse, on peut observer à la bouche des œdèmes évidemment d’origine nerveuse, et à localisation unique, ne coïncidant avec aucun autre trouble morbide général ou local. J’ai observé une malade qui était atteinte d’un œdème spontané, très marqué, de la lèvre supérieure, presque à chaque époque menstruelle : c’était une femme de 55 ans, très nerveuse, qui avait présenté d’autres phénomènes nerveux vaso-moteurs insolites (hémorrhagies laryngées cataméniales), mais je n’ai jamais pu lui trouver de stigmates propres à l’hystérie. J’ai également eu l'occasion de voir une femme de 52 ans que je n’ai pu examiner assez complètement pour me prononcer sur la probabilité de l’hystérie, et qui avait été atteinte, pendant la nuit précédente, d’une tuméfaction œdémateuse énorme de la langue, sans phénomènes douloureux ni inflammatoires. Moins d’une journée après le début, l’œdème avait déjà presque disparu : la malade parlait à peu près correctement quand je la vis dans la soirée, alors que le matin elle ne pouvait articuler un mot et respirait à peine.

Ces faits sont susceptibles d’être rapprochés de ceux que M. Gilbert Ballet, puis M. Galliard et d’autres, ont observés et publiés sous le nom d'œdème aigu suffocant de la luette. Ce sont évidemment des angio-neuroses, mais ils présentent de notables différences avec l’urticaire œdémateuse et doivent en être distingués (*).

Hémorrhagies. — En dehors des traumatismes et des tumeurs, les hémorrhagies buccales sont assez rares. Elles se produisent presque constamment au niveau du sillon gingivo-dentaire. C’est chez les hémophiliques qu’on les observe le plus souvent; mais on les voit encore dans la leucémie et la pseudoleucémie, dans le scorbut, et parfois aussi dans le cours du diabète. Des hémorrhagies buccales sous-muqueuses peuvent se produire dans le purpura, quelle que soit sa cause, ou encore chez les malades atteints d’endocardite ulcéreuse. L’hémorrhagie n’est pas rare chez les nouveau-nés atteints de débilité ou de syphilis congénitales.

Le pronostic de ces diverses variétés d’hémorrhagie varie suivant leurs causes. Indépendamment du traitement causal, bien souvent impuissant, les hémorrhagies buccales commandent l’emploi des différents moyens hémostatiques applicables à chaque cas.

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