PROTOZOAIRES
Amæbacoli. — L’amibe du côlon a été découvert par Lôsch en 1875 dans l’intestin d’un homme atteint d’une lésion ulcéreuse du gros intestin (l’histoire de l’amibe du côlon se retrouve à l’étiologie de la dysenterie).
Cercomonas intestinalis. — Ce parasite a un corps piriforme : il présente une extrémité amincie se terminant par un filament caudal épais aussi long que le corps; un filament flagelliforme antérieur situé à l’extrémité obtuse, opposé au précédent, très long, toujours agité, très difficile à voir. — Locomotion rapide, quelquefois suspendue par l’agglutination du fdament caudal aux corps environnants : l’animal oscille comme un pendule, autour du filament (Davaine). Il a été trouvé dans les selles glaireuses et muqueuses de l’enfant; dans les selles du choléra, du typhus abdominal, de la diarrhée. Le traitement consiste dans les lavements de sublimé (0,01 : 500).
Trichomonas intestinalis. — Ce parasite a été trouvé, en 1875, par Marchand dans les selles d’un typhique ; Zunker l’a souvent observé depuis dans diverses affections graves de l’intestin (diarrhée, fièvre typhoïde, péritonite). Le corps est long de 0m. 01 à 0m.015. L’animal au repos a la forme d’une amande. Il présente sur l’un de ses côtés une membrane ondulante antéropostérieure, décrite comme une rangée de cils vibratiles, sans cesse en mouvement ; l’extrémité postérieure est pourvue d’une sorte de piquant.
Balantidium coli. — En 1856, Malwsten découvre ce parasite dans des selles diarrhéiques, Lôsch, en 1870, en vit plusieurs exemples. Jusqu’à présent ce ver n’a été vu qu’à Stockholm, Upsal, Dorpat, Saint-Pétersbourg. Treille l’a observé en Chine; Graziadei et Perroncito l’ont vu, en 1880, chez les ouvriers au Saint-Gothard atteints d’anémie des mineurs. Le B. coli vit surtout chez le porc : c’est par lui qu’il est transmis à l’homme, par la voie buccale, probablement à cause d’un défaut de propreté.
Le B. coli a un corps piriforme ; il est long de 0 m. 07 à 0m. 001. Sa périphérie n’a pas de cils, la couche d’enveloppe est claire, l’intérieur est granuleux. Très souvent, il y a à l’intérieur deux vacuoles qui peuvent changer de forme. On trouve aussi à l’intérieur des éléments nutritifs, des restes de plantes et des globules sanguins rouges et blancs.
LES TÆNIAS
Généralités. — Le tænia a été connu de tout temps, et si l’on voulait en faire l’histoire complète et détaillée, il faudrait remonter jusqu’à Hippo-
HELMINTHIASE INTESTINALE.
crate, Aristote, Galien qui, on le sait, avaient appris à connaître le ver et à le décrire comme un animal. Ces données d’ailleurs, très fragiles, s’obscurcirent bientôt, et après avoir été relativement plus avancée, la question fit un pas en arrière. En dépit de connaissances ébauchées depuis tant de siècles, aucun parasite n’a donné lieu à plus de discussions, n’a été l’objet d’hypothèses plus diverses, d’opinions plus différentes. Son animalité même, pressentie d’abord, fut tour à tour admise et niée, et d’autres siècles devaient s’écouler encore avant qu’elle fût établie d’une façon tout à fait indiscutable; on s’est demandé bien souvent si, au lieu d’être de véritables animaux, les tænias n’étaient pas des productions spéciales de l’intestin, des excrétions ne possédant ni une vie propre, ni une existence déterminée. Les médecins grecs, les arabes émettaient des idées aussi singulières sur la formation que sur le développement des cucurbitains, qu’ils considéraient comme des vers distincts les uns des autres et différents aussi du tænia lui-même. Et alors, le ver n’était plus qu’une sorte de membrane, de poche, de gaine sécrétée par l’intestin pour le contenir jusqu’au moment où il devait être mis en liberté.
L’animalité des tænias fut enfin reconnue : mais les idées les plus erronées régnèrent encorè longtemps sur leur mode de développement. Il ne faut guère remonter plus loin que 1842, époque à laquelle Steenstrup admit comme hypothèse que les cysticerques étaient une phase de développement de certains tænias; car, avant lui, on ne possédait aucune notion sur la génération des vers intestinaux quels qu’ils fussent, et c’était à une génération spontanée que l’on attribuait généralement l’existence de ces parasites.
Cette opinion paraissait tout à fait indiscutable pour les vers cystiques, qui sont toujours dépourvus d’organes génitaux, et ce fait même était invoqué comme l’argument le plus certain en faveur de la génération spontanée des helminthes (Davaine). On ne pouvait comprendre comment se faisaient les mutations des cysticerques et des tænias et des auteurs admirent longtemps que les cysticerques étaient une monstruosité spéciale au tænia, une sorte | d’accident tératologique. Il fallut des expériences (Vogt, Küchenmeister Leuckart) pour prouver qu’après l’ingestion de cysticerques ou d’œufs de tænia, les sujets rendaient des cucurbitains, puis le ver lui-même après l’administration d’un tænifuge.
Biologie générale. — Développement des tænias. — Le cycle que parcourent les tænias dans leur évolution totale mérite d’être rapporté en quelques lignes, avant d’exposer les diverses particularités qui dominent l’étude spéciale de chaque espèce.
On sait que les embryons de ces vers ne peuvent vivre, aussitôt après leur naissance, dans le milieu qu’ils habiteront plus tard ; ils doivent passer une phase de leur existence chez un animal différent de celui qui sera leur hôte définitif et chez lequel ils deviendront sexués. — Arrivé d’une manière passive dans le tube digestif de l’hôte provisoire ou intermédiaire, l’embryon va s’enkyster, dans son cheminement à travers les tissus.
Mais là s’arrêterait la carrière du cestoïde s’il ne changeait de séjour, suivant en cela une loi commune à beaucoup d’autres animaux, car de même : « qu’un grand nombre d’insectes, le cousin, par exemple, se développe dans
MALADIES DE L’INTESTIN
l’eau et passe dans cet élément sa période de larve; jusqu’au jour où cette première phase de son développement est terminée, s'il est empêché de sortir de l’élément liquide qui l’a vu naître, il périt nécessairement, et ne devient adulte que par la métamorphose en un insecte ailé et aérien » (Davaine), de même, la larve des cestoïdes ne pourra se développer qu’à la condition de parvenir dans l’intestin de l’hôte définitif, après que celui-ci aura dévoré l’hôte intermédiaire.
Or, c’est pendant cette phase d’enkystement dans l’hôte intermédiaire ou provisoire que l’embryon acquiert une tête (scolex) et des ventouses.
Ici, les auteurs diffèrent d’opinion sur le mode de cette transformation.
Pour Leuckart, la tête, le cou et le corps du ver se forment par une sorte d’invagination de la paroi du cysticerque. Ces parties résulteraient d’une métamorphose du mamelon creux formé par invagination ; le rostellum et les ventouses seraient des dépressions de la cavité céphalique: déplus, la cuticule qui tapisse la cavité de cette espèce de bourgeon ou rudiment céphalique (Kopfzapfen Leuckart) constituerait par la suite la cuticule qui tapisse le corps même de l’animal quand la tête est dégainée.
Celte opinion qu’a soutenue Leuckart est loin d’être admise par les autres anatomistes et particulièrement par Wagener et Siebold, qui pensent que la tête du ver cystique bourgeonne au fond d’une invagination de la paroi de la vésicule et s’y développe sous la forme d’un mamelon saillant au lieu de s’y creuser.
Les recherches de Moniez semblent confirmer et compléter la manière de voir des deux précédents auteurs. D’après lui, et suivant les observations qu’il fit sur le cysticerque du tænia solium, la portion du cysticerque que Leuckart appelle rudiment céphalique, et qu’il considère comme devant former le corps en se dégainant, serait au contraire destinée à se détruire en même temps que toute la vésicule, au moment où la tête fait définitivement saillie en dehors.
Nous exposerons ultérieurement ce qui a trait au développement précis du bothriocéphale, connu depuis les travaux de Knoch-Braun.
Polymorphisme : Théorie de Megnin. — La différenciation si nette des tænias inerme et armé, admise depuis longtemps et qui mérite d’être conservée aussi bien pour la vie embryonnaire spéciale à chaque espèce que pour leur biologie à l’état adulte, a été battue en brèche ; et une théorie assez singulière a été émise qui tendrait à prouver que certains tænias inermes et certains tænias armés ne seraient que deux formes adultes et parallèles du même ver, et que les différences qu’ils présentent dépendraient exclusivement de la différence des terrains et des hôtes dans lesquels ils ont accompli leurs dernières métamorphoses.
Cette théorie dont Megnin s’est fait le défenseur mérite d’être exposée en quelques lignes.
Cet auteur pense, en un mot, que la transformation des larves en vers adultes peut se produire sur l’animal même qui a ingéré les œufs.
Il expliquerait ainsi comment des herbivores tels que le cheval, le bœuf, le mouton, le lapin, peuvent avoir des tænias adultes, alors qu’ils ne dévorent pas d’être vivant susceptible d’héberger des scolex de tænia. Et alors il faudrait admettre que les embryons hexacanthes s’introduisent dans des cavités adven-
HELMINTHIASE INTESTINALE.
lices de l’intestin, résultant de l’agrandissement de glandules ou de follicules, ou encore traversent la paroi intestinale et deviennent libres dans le péritoine, puis ils passent alors à l’état de ver vésiculaire, cysticerque ou échinocoque, et, continuant leur métamorphose sur place, finissent par arriver à l’état sexué, sans quitter l’organisme dans lequel ils ont pénétré à l’état microscopique, soit avec l’eau des boissons, soit avec les aliments herbacés ; seulement dans ce cas ils donnent un tænia inerme, tandis que si le même ver vésiculaire est ingurgité par un carnassier ou un omnivore, il devient, dans les intestins de ces derniers, un tænia armé, c’est-à-dire qu’ici il conserve les crochets du scolex dont il provient et que dans le premier cas il le perd.
Ce que Megnin croit possible pour les parasites du cheval, du chien ou du lapin, il l’admet aussi pour les deux tænias de l’homme. Il n’y aurait pas deux tænias différents dans le tænia armé et le tænia inerme, mais bien deux formes différentes du même animal.
Le tænia armé proviendrait de la viande de porc ladre, contenant des cysticerques, tandis que l’inerme proviendrait d’œufs de tænia armé, entraînés par l’eau dans la boisson ou sur des légumes frais et ayant rencontré au moment où ils cheminaient à travers la paroi de l’intestin pour devenir cysticerque dans la chair de l’homme, un follicule ou une glande de l’intestin assez agrandie pour s’y transformer en cysticerque sur place, puis se développer à l’état rubanaire et constituer le tænia inerme. Ces idées n’ont guère rencontré que des contradicteurs et, parmi ceux-ci, surtout Davaine et Laboulbène; et d’ailleurs cette théorie tombe de suite lorsque l’on regarde d’un peu près la structure des deux tænias, ainsi que nous le ferons ultérieurement.
La théorie qui préside à l’évolution des tænias n’est donc pas infirmée.
Locomotion, nutrition. — Arrivé dans une cavité muqueuse, le tænia s’y nourrit et s’y meut. Comment?
On sait aujourd’hui que comme tous les animaux de la classe zoologique voisine, qui n’ont pas de tube digestif, les tænias se nourrissent par une véritable endosmose des liquides intestinaux qui les baignent; encore qu’on ne soit guère fixé sur la façon dont se produit cette osmose.
Leur locomotion est assurée par deux moyens : 1° les ventouses et les crochets ; 2° la contractilité des anneaux eux-mêmes.
Par ses ventouses et ses crochets, le tænia se fixe et par conséquent ne peut plus être entraîné vers l’anus par les mouvements péristaltiques de l’intestin.
Et de plus il peut marcher en avant, grâce aux contractions synergiques ou isolées de ses anneaux.
On peut en effet constater, sur un anneau vivant, isolé du reste du tænia, et plongé dans l’eau à 58 degrés, l’influence que peut avoir cette contraction, car on voit cet anneau passer successivement par des formes variables qui font que tantôt sa longueur est à peine le tiers de sa largeur, tantôt, au contraire, elle arrive à égaler cette largeur (Berenger-Fèraud).
D’après Laboulbène, le ver progresse dans le sens général de sa longueur, de l’extrémité postérieure du corps vers la tête.
Nous nous attacherons surtout à l’étude des trois tænias les plus importants,
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le tænia armé, le tænia inierme et le bothriocéphale, les seuls qui aient un véritable intérêt pratique.