TÆNIA ARMÉ
Synonymie: 1° Tænia armé: Tænia solium (Ivuchenmeister) ; — Tænia plana (Goëze); — Tænia pcllucida (Goëze).
Anatomie. — Le tænia armé a la forme d’un ruban plat, long de quelques centimètres à un mètre et au-dessus.
La tête (scolex), très peu volumineuse, a environ Omm. 56 à 0 mm. 75. Plus brune que le restant du corps, elle a une forme obscurément sphérique, et en l’examinant à la loupe on y aperçoit quatre ventouses disposées d’une manière régulière, et au point central, le rostre ou proboscide, placé à égale distance de ces quatre ventouses. Ce rostre est une petite élevure, armée de deux couronnes concentriques de crochets qui aident le ver à se fixer à la paroi intestinale. Ces crochets ne peuvent être vus qu’au microscope ; la couronne extérieure, plus grande, a des crochets de Omm. 167 de longueur; la couronne intérieure, des crochets de 0 mm. 110.
Chaque couronne contient 15 à 16 crochets.
Un cou rétréci fait suite à la tête : d’apparence lisse dans sa partie supérieure, il se strie peu à peu de manière à se confondre avec les anneaux proprement dits à mesure qu’on l’examine plus loin de la tête.
Les anneaux ou cucurbitains grossissent insensiblement en partant du cou et finissent par avoir, un et même deux centimètres. Ces anneaux, caducs lorsqu’ils sont arrivés à l’état adulte, contiennent un utérus dendritique de six à treize branches et un testicule claviforme, qui aboutissent ensemble vers le milieu d’un des bords, où ils communiquent à l’extérieur à l’aide d’un pore génital visible à l’œil nu.
Les anneaux sont donc hermaphrodites, avec leurs pores génitaux assez irrégulièrement alternes.
Les organes mâles sont constitués par de très nombreux testicules qui se trouvent disposés surtout dans les parties supérieures et latérales de chaque anneau, et sont plus rares dans la région inférieure.
Chaque testicule émet un canal efférent, qui se réunit au voisin, arrive à former, en fin de compte, un seul canal déférent commun. Celui-ci se dirige transversalement vers le sinus génital dans lequel il débouche.
Les organes femelles sont constitués essentiellement par un ovaire qui produit les œufs et une glande à albumine qui sécrète les éléments nutritifs.
L’ovaire (germigène : Van Beneden) occupe à peu près la région médiane de l’anneau et ne se développe qu’après les testicules. Il est formé de culs-de-sac glanduleux ramifiés, disposés en deux lobes arborescents de chaque côté de la ligne médiane. Les canaux collecteurs de chaque lobe se réunissent sur la ligne médiane en un canal unique : branche descendante de l’oviducte.
HELMINTHIASE INTESTINALE.
L’utérus est d’abord un tube cylindrique, situé dans l’axe longitudinal du cucurbitain et s’étendant jusqu’au niveau de l’extrémité supérieure de ce dernier pour se terminer en cul-de-sac. A mesure que les œufs s’accumulent dans l’utérus, il émet des deux côtés des branches horizontales, elles-mêmes bifurquées et remplies d’œufs.
Pendant que l’utérus gravide se développe ainsi, les autres parties de l’organe femelle s’atrophient peu à peu ; de sorte qu’il arrive un moment où les organes mâles étant déjà atrophiés, l’organe femelle étant réduit à l’utérus plein, cet utérus finit par remplir presque à lui seul le cucurbitain.
Biologie. — Cycle de développement ; — Ladrerie du porc ; — Cysticerques ; — Ladrerie chez l'homme.
L’œuf du tænia armé est globuleux. Il mesure environ 5 à 55 u. — Non fécondé, il est constitué par une membrane très délicate, qui est la membrane vitelline primitive et qui contient le vitellin.
Fécondé, il est le siège de modifications importantes. Il s’entoure à sa périphérie d’une enveloppe épaisse chitineuse , puis à l’intérieur le vitellus se segmente. Cet œuf ayant été fécondé et ingéré par un porc, la coque est dissoute par les sucs digestifs et l’embryon est mis en liberté.
Cet embryon, dit hexacanthe, se fixe à la muqueuse du tube digestif du porc, la traverse et chemine ainsi de proche en proche jusqu’à ce qu’il ait trouvé un point propice à son développement, et c’est presque toujours le tissu cellulaire intermusculaire.
Arrivé dans ce tissu, cet œuf se transforme en un cysticerque connu, depuis Rudophi, sous le nom de cysticercus cellulosæ.
Ce cysticerque a la forme d’un petit haricot, et peut rester ainsi formé pendant un temps très long dans les chairs du porc. Le porc est dit ladre et la ladrerie a été remarquablement étudiée par Delpech.
Les cysticerques, connus depuis longtemps, sont surtout répandus dans les muscles de la langue, du cou et des épaules.
C’est généralement vers la base de la langue et vers les parties latérales du frein qu’on en aperçoit le plus grand nombre. Ils constituent des élevures opalines demi-transparentes, globuleuses ou ovoïdes, qui soulèvent la muqueuse. On peut en reconnaître aisément la saillie en passant le doigt sous la langue, ce qui peut être très utile pour le diagnostic de l’affection parasitaire ( Langueyage).
Si l’homme vient à manger de la viande de porc ladre crue ou non suffisamment cuite, il ingère des cysticerques, et si l’un de ceux-ci se trouve dans des conditions favorables, il va constituer le tænia armé.
Pour ce faire, des modifications importantes se font dans le cysticerque.
De vésiculaire, il devient piriforme etpédiculé, par suite du dégainement de la tête qui fait saillie à la surface. Cette tête, munie de ses crochets, se fixe à l’intestin, la vésicule s’altère, se déchire, et l’animal se présente alors sous la forme d’un petit ruban commençant par la tête et se terminant par des anneaux. Ces anneaux augmentent et des organes génitaux apparaissent dans leur intérieur. La fécondation s’y fait et lorsque les œufs accumulés dans l’utérus le distendent, l’œuf est mûr, il se détache alors, est éliminé avec les
MALADIES DE L’INTESTIN
selles et mis en liberté. Ces œufs peuvent être ingérés par un porc qui mange les matières fécales de l’homme, ou bien l’œuf mis en liberté peut arriver dans l’estomac du porc avec l’eau de boisson, ou bien encore directement avec du fumier, par l’intermédiaire de l’eau d’arrosage.
La ladrerie du porc engendre donc le ver solitaire. Ce fait est assurément connu depuis l’antiquité la plus reculée, et c’est à lui, sans aucun doute, qu’il faut attribuer l’interdiction de la viande de porc, faite par Moïse aux Hébreux, interdiction que prononça également Mahomet (Blanchard).
Cette prohibition resta toujours plus ou moins en vigueur et, au moyen âge, en 1550, le roi Jean édictait dans un grand et solennel règlement, les principes du langueyage officiel et régulier des porcs. Puis les langueyeurs, après avoir été moins importants, furent reconstitués à nouveau, et avec une vigueur de plus en plus considérable.
Ladrerie de l’homme. — Ces prescriptions étaient d’autant plus importantes que la ladrerie de l'homme avait été reconnue possible et que la présence des cysticerques chez l’homme n’est pas une rareté.
Rumler (1558), Panarolus (1650), Wharton (1656) avaient rencontré des cysticerques dans les cerveaux humains ; Hartmann, en 1685, avait reconnu leur véritable nature.
Ces cysticerques peuvent exister en nombre considérable chez la même personne (1 000 et plus). M. Rendu, chez un malade, compta 63 cysticerques sur une surface de section de la peau mesurant environ 20 centimètres carrés.
Ces cysticerques se logent de préférence dans le tissu conjonctif inter-musculaire, et dans l’encéphale, où on les trouve surtout dans les méninges ou à la surface du cerveau. Il est fréquent aussi de les rencontrer dans l’œil.
Les symptômes qu’ils provoquent sont donc extrêmement variables. Sont-ils logés sous la peau ou dans les muscles, à moins d’être en nombre extrêmement considérable, c’est à peine s’ils manifestent leur présence d’une façon sensible.
Ils sont redoutables lorsqu’ils envahissent l’œil. Ceux du cristallin causent l'opacité de cet organe, ceux de la choroïde décollent la rétine et amènent une irido-choroïdite qui a pour conséquence la perte de la vision.
Enfin ceux de l’encéphale donnent lieu à toute une série de symptômes variés : accès épileptiformes, crampes, paralysies, troubles mentaux... et amènent généralement la mort sans que leur véritable nature ait jamais pu être reconnue.
Au type tænia armé se rattachent quelques vers plus rarement observés chez l’homme.
1° Tænia nana. — Ce ver a été découvert au Caire par Bilharz, en 1851, dans l’intestin grêle d’un jeune homme mort de méningite. Il s’y trouvait en nombre considérable.
En 1885, à Belgrade, le tænia nana a été retrouvé chez une enfant de sept ans.
Un autre auteur (Spooner), en 1873, crut avoir retrouvé ce même ver. Blanchard pense qu’il s’est agi dans ce cas du Tænia flavo-punctata. Voici la description que Davaine a donnée du tænia nana.
HELMINTHIASE INTESTINALE.
Corps filiforme, déprimé; tête obtuse, en avant, atténuée graduellement vers le cou; ventouses subglobuleuses; rostre piriforme, armé d’une couronne simple de vingt-deux à vingt-quatre crochets.... Longueur totale du tænia : 15 à 21 millimètres; largeur un demi-millimètre.
2° Tænia flavo-punctata. — ( Weinland , 1858). Ce tænia, encore imparfaitement connu, est probablement parasite des insectes, il est en tout cas très voisin du tænia nana.
Il n’a été que très rarement observé.
Les premiers exemplaires furent obtenus par le D' Palmer en 1842, chez un enfant de 19 mois. Cet auteur crut qu’il avait affaire au bothriocephalus latus. C’est Weinland qui, ayant examiné les fragments, le décrivit comme une espèce nouvelle.
La deuxième observation est due à Leidy (1884).
Ce ver a une longueur de 20 à 50 centimètres. La tête est inconnue, elle a manqué chez tous les individus. La moitié antérieure du strobile est formée d’anneaux non mûrs ayant une forme quadrilatère, et marquée, vers leur partie médiane et postérieure, d’une tache jaune assez grande, qui est considérée comme caractéristique de l’espèce.
5°Tæniacanina. — (Linné, 1767) ou cucumerina (Bloch, 1782). Ce ver est ordinairement parasite du chien ; on l’a rencontré quelquefois chez l’homme, chez les enfants. Sa longueur varie de 10 à 35 centimètres. On a eu dix-neuf ou vingt observations de ce tænia chez l’homme (Dubois, 1751. Salzmann, 1861. Melnikow, 1869. Ivrabbe, 1869. Martin-Krüger, 1887...)
4°Tænia madagascariensis. — Davaine, 1869. Ce ver est encore très imparfaitement connu, il a été rencontré très rarement. Deux cas ont été observés par le Dr Grenet; l’un chez un petit garçon de dix-huit mois, créole des Antilles, l’autre chez une petite fille de deux ans, de la Réunion. Dans l’un et l’autre cas (Blanchard) les symptômes ont été les mêmes. L’enfant est en parfaite santé, quand soudain ses yeux se voilent, les pupilles se dilatent, il tombe dans un état convulsif avec menace de suffocation; il est tantôt pâle, tantôt bleu jusqu’à l’asphyxie; il a l’écume à la bouche, la tête va de côté et d’autre. La mort paraît imminente. Une dose d’huile de ricin provoque l’expulsion des parasites.
5° Tænia elliptique. —Ce ver habite ordinairement l’intestin du chat, il a été très rarement rencontré chez l’homme. Le cysticerque du tænia elliptique vit très probablement dans le trichodectes subrostratus, insecte parasite du chat (Bérenger-F éraud) .