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LÉSIONS DES ORGANES VOISINS, CAUSES DE LA PÉRITONITE

Intestins; perforations ; appendicite perforante. — Les intestins sont souvent le siège des lésions qui ont produit la péritonite. Toutes les ulcérations intestinales peuvent à un moment donné arriver à perforer la paroi du canal et amener ainsi une péritonite généralisée (tuberculose, cancer, f. typhoïde...). Les perforations de la fièvre typhoïde sont les plus communes.. Presque toujours elles siègent près de la valvule iléo-cæcale; puis, par ordre de fréquence, dans le cæcum, le colon ascendant, l’appendice vermiculaire.

Cette perforation est unique, double ou triple. L’orifice en est généralement petit, de la dimension d’une tête d’épingle ; il forme le sommet d’une sorte de cratère ou d’entonnoir ouvert du côté de la muqueuse, et peut atteindre les dimensions d’une pièce de 20 à 50 centimes. La recherche de la perforation est facile quand on voit sourdre à travers l’orifice des gaz ou des liquides.

Lorsque la perforation échappe à l’examen, ce qui est fréquent, il faut faire l’insufflation de l’intestin sous l’eau et rechercher les points par où s’échapperaient des bulles gazeuses.

Les lésions de l’appendice produisent assez fréquemment la péritonite aiguë généralisée. On a vu précédemment (appendicite) à quel point l’importance pathologique de l’appendice vermiculaire s’était accrue. Souvent, en effet, il est le siège d’une perforation de dimension variable. Elle peut consister en un simple orifice de quelques millimètres de diamètre ou comprendre la totalité de l’appendice. Ces perforations siègent rarement près de la base du diverticule, plus rarement encore elles empiètent sur le cæcum ; le plus fréquemment, elles sont situées près de la pointe ; mais ce qu’il y a de plus curieux, c’est que le corps étranger qui est la cause habituelle de ces lésions destructives est parfois distant de la perforation ; habituellement toutefois il est en contact avec elle.

Lorsque la péritonite est consécutive à un étranglement interne, l’aspect de l’intestin est assez spécial. Sa portion ascendante distendue par des matières et par des gaz est hypérémiée, enflammée, et cette inflammation peut aller jusqu’à la gangrène et même souvent jusqu’à la perforation. Quant à la portion descendante, elle est contractée, anémiée, en collapsus.

Parmi les lésions le plus fréquemment observées comme cause de la péritonite, il faut signaler celles qui frappent l’utérus, la péritonite puerpérale devenant d’ailleurs chaque jour plus rare.

L’utérus, à l’autopsie, est remarquable par les cordons blancs, jaunâtres qui sillonnent sa surface; ce sont les lymphatiques enflammés. Ces traînées lymphatiques sont souvent assez volumineuses et ampullaires. Le développement

de ces vaisseaux est surtout considérable au niveau de la surface d’insertion du placenta.

Le tissu cellulaire de l’utérus est œdématié, surtout dans le voisinage des lymphatiques enflammés ; cet œdème lui donne un aspect gélatineux ; les cellules conjonctives sont arrondies, volumineuses ; leur protoplasma est granuleux et elles sont en voie de prolifération. L’utérus présente un volume considérable; on peut mesurer 14 à 15 c. du fond à la naissance du col et autant d’une corne à l’autre. Sa surface interne, au voisinage de l’insertion placentaire, est couverte d’une bouillie grisâtre, sanieuse, que l’on peut détacher en versant sur elle un mince filet d’eau.

La muqueuse est nécrosée, parfois recouverte de fausses membranes, ou bien œdématiée, infiltrée. On rencontre souvent aussi des lésions traumatiques, liées aux manœuvres de l’accouchement.

L’ovaire est souvent altéré, il est ramolli, en voie de suppuration ; les lésions sont analogues dans les trompes.

Mentionnons encore l’inflammation phlegmoneuse des ligaments larges et celle du tissu cellulaire de l’excavation. Cruveilhier pensait que cette cellulite pelvienne presque toujours suppurée était aussi fréquente que la péritonite puerpuérale qu’elle accompagne.

Symptomatologie. — lre forme, péritonite septique. — Produite parles microbes ordinaires de la suppuration, cette forme répond aux groupes étiologiques suivants.

Péritonites : 1° par infection générale de l’économie; 2° puerpuérale à forme rapide ; 3° par ouverture d’une poche purulente dans le péritoine ; 4° opératoire par faute d’antisepsie ; 5° par rupture de la vessie ou du bassinet contenant des microbes pyogènes ; 6U par perforation de la vésicule biliaire dans des conditions identiques.

Début. — Le début de la péritonite aiguë septique est variable. Souvent, c’est la douleur qui vient la première, intense, surprenant l’individu en pleine santé. Souvent aussi, c’est un frisson très violent qui arrive, précédant les phénomènes douloureux et les annonçant. Dans quelques cas enfin, et surtout chez les enfants, l’inflammation péritonéale est précédée de prodromes dont la durée varie de 1 à 5 jours. Ils consistent en tristesse, hébétude, perte d’appétit, douleurs abdominales vagues....

Période d’État. — La douleur est de cette période le phénomène le plus remarquable; elle est très intense, presque toujours extraordinairement pénible, intolérable. Un rien la provoque, tout l’exapère. C’est une sensation aiguë, pongitive. Son intensité redouble avec la toux; elle s’exaspère sous l’influence la plus légère. Les malades redoutent le poids même des draps, des couvertures, que l’on est obligé de soutenir avec un cerceau. Ils sont saisis d’une angoisse invincible à la moindre exploration médicale. Cette extrême douleur présente, même dans le repos le plus absolu, des exacerbations sous l’influence des contractions intestinales.

Le faciès du patient est caractéristique. Il a la figure grippée, avec les joues amaigries; les pommettes sont saillantes, le nez pincé. Les yeux, pleins de connaissance, souvent même jusqu’à la fin, sont cerclés de noir et excavés. Une

souffrance atroce est peinte sur la figure. Dominé et vaincu par cette douleur qui tient tout le ventre, le malade reste sur le dos, immobile, redoutant le moindre mouvement, avec les jambes fléchies. La respiration, réveillant la douleur, est incomplète, superficielle, et par cela même plus fréquente. Elle prend le type costal. La parole est pénible, la voix est presque éteinte, semblable à celle des cholériques.

En proie à une soif vive, le malade s’abstient de boissons, dans la crainte de déterminer des contractions intestinales; mais, malgré tous ses efforts, en dépit d’une immobilité qu’il tente de conserver par tous les moyens, et de sa résistance volontaire, un spasme se produit par moments et des vomissements arrivent. Le malade rejette, au prix des plus pénibles efforts, un flot de liquide verdâtre ou vert porracé, d’une amertume extrême. C’est là un phénomène précoce, abondant et persistant. Les vomissements porracés sont la règle.

Dans des cas exceptionnels, ils sont fécaloïdes sans qu’il y ait pour cela obstruction de l’intestin. Ces vomissements sont parfois tellement tenaces que tous les liquides avalés sont aussitôt rendus. Il n’est pas rare qu’un hoquet pénible les accompagne. C’est souvent un signe qui annonce une terminaison funeste.

La constipation est presque constante, mais succède quelquefois à une diarrhée plus ou moins abondante qui peut s’observer au début de l’affection. La diarrhée est assez fréquente dans la péritonite puerpuérale. Souvent aussi, on peut observer de la dysurie et du ténesme vésical. Les malades rendent à peine quelques gouttes d’urine à chaque miction. Il peut même survenir une rétention d’urine complète, qu’on est obligé de combattre par le cathétérisme, l’urine est rare, fébrile, de couleur foncée, d’une densité forte, avec souvent des traces d’albumine.

Dès que la maladie est à son acmé, la langue se sèche, rougit, se fendille. L’examen du malade fournit les résultats suivants : le ventre est tendu, ballonné, en quelque heures le ballonnement devient assez considérable pour que la surface de l’abdomen soit luisante et unie. Le diaphragme se trouve refoulé au point que les parties inférieures des poumons sont comprimées et la limite inférieure du cœur est déplacée au niveau de la 5e côte.

La palpation est rendue presque impossible parla douleur atroce qu’elle provoque. D’ailleurs elle est le plus souvent muette, malgré l’opinion longtemps émise que l’on peut percevoir des frottements abdominaux. Lorsque l’on peut la pratiquer, on perçoit souvent, surtout au niveau de la fosse iliaque droite, une tuméfaction, mate et tendue, qui indique le point de départ de la péritonite.

La percussion fournit quelques renseignements ; presque toujours la sonorité est exagérée et due à un météorisme énorme ; les intestins sont distendus par des gaz, grâce au relâchement paralytique de leurs parois et à l’altération de leur contenu. On observe un ton tympanique éclatant, parfois métallique. Quelquefois, dans les fosses iliaques et l’hypogastre, on trouve de la matité, due au liquide épanché dans les parties déclives. Il est très rare que le liquide soit assez abondant pour produire la fluctuation ; en tout cas, les anses intestinales agglutinées empêcheraient sa mobilité.

Le météorisme a une intensité excessive dans la péritonite puerpuérale, par suite de l’affaiblissement des parois abdominales dû à la grossesse antérieure.

Les symptômes généraux sont graves et rapidement menaçants.

La fièvre est vive, continue ou rémittente. Le thermomètre monte de suite jusqu’à 40° et plus. A là fin, le température peut monter à 41 ou 42°.

Le pouls bat communément à 120, 130, 140 par minute. Il est petit, dur, serré, il devient rapidement filiforme.

La peau est sèche, chaude'; à la période de collapsus elle devient humide et froide.

Si la péritonite survient au cours de la grossesse ou après l’accouchement, les mamelles se flétrissent, la sécrétion lactée se suspend; les lochies se suppriment ou diminuent d’abondance.

La marche de ces symptômes, leur degré, leur évolution dépendent de l’étendue et de l’acuité de la péritonite.

Lorsque la terminaison doit être fatale, tous les symptômes précités vont en augmentant : « le météorisme devient excessif, la face se grippe davantage, le nez s’effile, le sillon naso-labial se creuse de plus en plus, les traits semblent s’amaigrir, la figure et les extrémités se cyanosent, se refroidissent et se couvrent d’une sueur visqueuse. En même temps, le hoquet redouble, la respiration, devenue exclusivement costale, s’accélère encore, et le pouls, perdant son caractère de dureté et de résistance, est petit, filiforme, irrégulier et d’une fréquence telle qu’il est souvent impossible de le compter. Quelquefois, les vomissements se suppriment; d’autres fois, ils redoublent, mais ils se produisent alors sans effort, comme par régurgitation, et, chose étrange, au milieu de cette aggravation générale de tous les symptômes, la douleur s’atténue souvent; quelquefois elle cesse entièrement, et l’on peut presser l’abdomen avec force sans réveiller les souffrances. Quant la péritonite présente ce caractère, la mort est fatale et à bref délai. Elle est parfois précédée de mouvements convulsifs, de délire ou de coma ; mais le plus souvent les malades conservant jusqu’au bout leur intelligence, ils « meurent en paxdant » (Grisolle). La mort survient alors en 3 ou 4 jours. Plus habituellement la péritonite générale ne conduit à la mort qu’après 8 ou 10 jours de maladie. » ( Dict . de méd. et de chirur. pr.)

La mort n’est pas la terminaison fatale, quoique la plus fréquente, de la péritonite aiguë.

Il se peut faire que la maladie se limite, ou qu’elle passe à l’état chronique. Cette dernière terminaison est d’ailleurs exceptionnelle : quand l’issue de la maladie doit être favorable, les phénomènes s’amendent assez rapidement ; les douleurs diminuent, le météorisme décroît, les vomissements s’arrêtent, la température baisse.

Quelquefois (8 fois sur 22 cas, surtout chez les enfants Gauderon) la péritonite se termine par suppuration et le pus est évacué à travers la cicatrice ombilicale.

Les phénomènes cliniques qui caractérisent cette issue particulière de la maladie sont les suivants : c’est d’abord une période aiguë avec tous les symptômes ordinaires des péritonites aiguës. Puis une période de rémission vient qui est suivie bientôt des phénomènes propres aux suppurations. Alors (8 à 20 jours api'ès le début de la maladie) la fièvre reparaît accompagnée de frissons, de diarrhée, de vomissements et de douleurs.

Le ventre augmente de volume ; de la matité apparaît ; l’épanchement augmente peu à peu, la fluctuation devient manifeste ; l’ombilic se distend, devient

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proéminent, rouge, douloureuxàla pression ; puis après un temps plus ou moins long, il cède, se perfore et laisse couler du pus en abondance. Cette perforation se produit du 12e au 35e jour de la maladie. La quantité de liquide qui s’écoule est considérable, 1 à 5 litres. Le pus a une odeur variable, peut présenter tous les aspects possibles.

Avec cette perforation, la convalescence commence, la fièvre cesse avec les frissons et les vomissements: peu à peu, le ventre reprend sa souplesse, l’appétit renaît. La guérison est la fin naturelle de cette complication.

La péritonite aiguë peut se transformer en péritonite chronique. Dans ce cas l’exsudât disparaît en totalité ou en partie. Des enkystements se forment avec des brides inflammatoires. La symptomatologie prend un aspect assez caractéristique.

La sensibilité du ventre diminue en partie, et ne persiste plus qu’à l’état de tension, de plénitude. La pression profonde et les mouvements du corps peuvent encore réveiller de vives douleurs.

Des troubles digestifs se produisent : appétit capricieux ou nul, nausées fréquentes. Les fonctions de l’intestin deviennent irrégulières, une constipation opiniâtre alterne avec une diarrhée profuse. La miction est plus ou moins gênée; et selon l'abondance plus ou moins considérable du liquide, l’aspect de l’abdomen varie. Ses parois sont souvent rugueuses et comme pigmentées.

Parfois le ventre a un développement considérable et l’on peut constater l’existence d’une grande quantité de liquide soit libre et mobile, ou plus souvent enkysté en totalité ou en partie.

D’autres fois le liquide se résorbe, le météorisme qui l’accompagne disparaît et l’on perçoit à la surface du ventre des inégalités, des bosselures qui sont les traces de l’enkystement, et que l’on peut reconnaître à l’existence de zones disséminées de matité et de sonorité.

Les symptômes généraux consistent en une fièvre irrégulière, avec exacerbations fréquentes le soir.

Généralement, le retour à la santé n’est jamais complet; le défaut ou l’insuffisance de l’alimentation, compliqués des vomissements, de diarrhée, et de la gêne inévitable que provoque l’épanchement, entraînent rapidement, l’amaigrissement, l’anémie, la cachexie ; et souvent les malades meurent dans le marasme.

Mais la péritonite peut encore guérir, et elle le fait généralement alors par évacuation de l’exsudât au dehors, à travers un ou plusieurs trajets fistuleux.

C’est dans ce cas de péritonite chronique qu’il faut craindre l’étranglement interne résultant des adhérences multiples. En dehors de ces terminaisons possibles, la mort finit ordinairement la maladie.

2° forme. — Péritonite putride due aux microbes de la putréfaction. Cette forme correspond aux groupes étiologiques suivants : 1° Péritonite par perforation intestinale à forme rapide ; 2° Péritonite opératoire par lésions péritonéales traumatiques ou chimiques.

Ce qui domine ici, ce qui caractérise d’une façon très nette la péritonite putride, ce ne sont pas les phénomènes inflammatoires locaux, mais, au contraire, le collapsus, la tendance à l’exagération des phénomènes généraux d’adynamie, lesquels sont probablement dus à une intoxication générale de l’économie par la résorption des liquides putrides.

Symptomatologie. — Le tableau clinique local de cette forme, à part quelques symptômes que nous mettrons en relief, est sensiblement le même que dans la péritonite septique. Les principaux symptômes péritonitiques se retrouvent ici : frisson, météorisme, vomissements, suppression des selles, altération de la physionomie, accélération extrême et petitesse du pouls, refroidissement des extrémités, sueur visqueuse et froide....

Ce qui distingue cette forme de la précédente, c’est d’abord l’instantanéité du début. Au moment où elle se produit, et ordinairement au niveau du point où une perforation s’est faite, lesjnalades ressentent tout à coup une douleur déchirante irradiant bientôt dans tout l’abdomen. Cette douleur est parfois si forte que l’individu peut tomber dans un état syncopal avec extrême faiblesse du pouls, pâleur et refroidissement des extrémités, comme dans le cas d’une hémorrhagie interne subite et abondante. Ce qui domine ensuite, c’est le collapsus au degré le plus élevé.

Lorsque la péritonite survient chez un sujet déjà malade, le début est moins franc, mais la période de collapsus est aussi intense et reste seule pour caractériser la maladie.

La fièvre, qui d’ordinaire est si vive dans le cours de la péritonite aiguë, est très modérée dans la péritonite putride ; elle peut même être remplacée par de l’hypothermie, de l’algidité.

La douleur, si intense au début, se calme bientôt au point parfois de ne plus exister spontanément. La durée est infiniment plus courte que dans la forme précédente. Les malades meurent en moyenne après 2 à 4 jours, quelquefois après 24 heures seulement. Le pronostic est presque fatal.

Formes mixtes de la péritonite aiguë répondant aux groupes étiologiques suivants : 1° Péritonite puerpérale, forme lente permettant l’infection secondaire par les espèces putréfiantes de l’intestin. 2° Péritonite par perforation intestinale, forme lente permettant le développement ultérieur des espèces pyogènes.

Ces formes mixtes sont extrêmement nombreuses, et empruntent leurs principaux caractères aux variétés précédentes.

Frænkel a démontré que, au cours d’une péritonite produite par un microbe pyogène et pendant la vie du malade, une migration des microbes intestinaux peut se faire au travers des parois entériques et infecter secondairement l’exsudât purulent dont ils amènent la putréfaction.

La péritonite ayant débuté franchement comme une péritonite septique, peut se terminer comme une péritonite putride par collapsus et algidité. A l’autopsie, on rencontre un liquide purulent, mais fétide, dans lequel l’examen bactériologique permet de reconnaître un ou plusieurs micro-organismes pyogènes unis à des bacilles de la putréfaction.

Les phénomènes contraires peuvent se produire et il n’est pas rare d’observer, déversés ensemble dans le péritoine, des micro-organismes de la putréfaction ét des microbes pyogènes. Dans ce cas, les premiers se développant plus vite, donnent naissance aux accidents d’intoxication; et si l’organisme ne succombe pas dans cette première lutte, les accidents inflammatoires viennent compléter la scène morbide et à la péritonite putride vient se superposer une péritonite septique secondaire.

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Diagnostic. — La péritonite septique pure peut être confondue avec les affections suivantes :

1° La colique de plomb : caractérisée, lorsqu’elle est très intense, par des douleurs, des vomissements porracés, l’altération des traits.

Les différences sont : le caractère tormineux de la douleur, la rétraction du ventre, le liséré gingival, l’effet de la pression, la connaissance des antécédents professionnels, l’évolution de la maladie, la marche de la température....

2° Le phlegmon sous-péritonéal de la paroi abdominale, Vaussy (1875), Gauderon (1876), Besnier (1878), donnent la description de cette lésion et son diagnostic avec la péritonite aiguë. Le diagnostic est d’ailleurs extrêmement difficile. Le tableau clinique est le même pendant le premier stade de l’évolution du phlegmon et de la péritonite. Quand il y a perforation de la paroi abdominale, le phlegmon s’ouvre en n'importe quel point de la paroi ou du pourtour de l’ombilic; la péritonite perfore la cicatrice ombilicale, qu’elle a préalablement refoulée et distendue sous forme de hernie purulente (Gauderon); après l’évacuation du pus, on constate, s’il s’agit d’un phlegmon, un relief circonscrivant la poche auparavant remplie par le pus; dans la péritonite il n’y a pas de relief ; le ventre est plat, quand le pus est évacué.

3° La pseudo-péritonite des hystériques. — Le diagnostic se fera par le caractère névralgiforme des douleurs qui sillonnent l’abdomen sous forme d’éclairs douloureux ; les caractères naturels du pouls, l’état normal de la température et surtout par les recherches des principaux stigmates de l’hystérie : anesthésies localisées, rétrécissement du champ visuel, zones hystérogènes.

4° Les coliques hépatiques et néphrétiques. — Leur début est brusque, comme celui de la péritonite, et les douleurs violentes commencent avec des vomissements, des phénomènes réflexes variés, parfois des syncopes ; mais elles évoluent sans fièvre, sans changement du pouls, sans généralisation douloureuse à l’abdomen. La douleur qui les caractérise a un siège spécial, avec des irradiations définies....

5° L'étranglement interne. — La péritonite putride peut être confondue avec l’étranglement qui est apyrétique au début; dans la péritonite, la fièvre est très élevée dès l’origine. La douleur abdominale vive, superficielle, lancinante, continue dans la péritonite, est plus profonde, tormineuse et paroxystique dans l’étranglement. Dans cette dernière affection, le météorisme est souvent partiel, et, si l’étranglement siège sur l’intestin grêle, l’aplatissement des flancs contraste avec la saillie de la région ombilicale ; dans la péritonite, le météoi risme est toujours général. La suppression des selles peut n’être pas absolue dans la péritonite; dans l’étranglement il n’y a même plus d’excrétions gazeuses.

Enfin, un signe très important, mais tardif, consiste dans l’apparition des vomissements fécaloïdes qui sont caractéristiques de l’étranglement. Malgré ces différences, on peut se trouver embarrassé. Henrot, dans sa thèse sur les pseudo-étranglements, rapporte plusieurs observations de péritonite par perforation de la vésicule biliaire, qui sont des exemples de cette méprise. ( Dict . de méd. et de chir. pr .).

6° L'hémorrhagie interne. — Celle-ci donne lieu à un état syncopal avec une prostration subite, un refroidissement périphérique avec sueur profuse, de la petitesse du pouls, un abaissement de la température. Mais l’hémorrhagie interne s’accompagne d’une décoloration des téguments et des muqueuses, et dans ce cas le faciès n’est pas grippé.

7° Le coma diabétique. — La douleur débute brusquement en un point du ventre et devient excessivement vive ; la face se grippe, il se produit de la dyspnée, le malade a les extrémités froides, il est en collapsus.

Le diagnostic est très difficile en dehors de l’examen des urines, ou de la constatation de l’odeur de l’acétone.

Traitement. — Le traitement de la péritonite est dans un très grand nombre de cas du domaine de la chirurgie. « Les péritonites par perforation étaient considérées, il n’y a pas longtemps, comme des accidents au-dessus des ressources de l’art. Voici qu’on se décide à examiner le siège du mal; on ouvre l’abdomen, on le nettoie, on reconnaît le siège de la perforation, on y place une suture, on fait le pansement, la toilette du péritoine, et la cause du mal étant supprimée, on guérit le malade. — La laparotomie est applicable au traitement de la péritonite que provoquent les plaies perforantes de l’intestin, les épanchements septiques ou suppurés dans le péritoine. » (Bouchard, Thérapeutique des maladies infectieuses.) Voyons seulement le traitement médical.

Lorsque la péritonite commence, elle est bien souvent localisée et l’on doit se préoccuper d’en prévenir autant que possible la généralisation. Au fond (Bouchard), l’extension d’une péritonite consiste en une succession d’inoculations résultant des mouvements de l’intestin qui brassent les matières septiques épanchées entre les circonvolutions ou l’exsudât liquide sécrété par la séreuse et contenant les agents pathogènes. Ce sont les intestins qui transportent eux-mêmes les organismes septiques et les disséminent. On doit donc se proposer d’empêcher ce transport en immobilisant l’intestin ,afm que la péritonite reste circonscrite.

Il faut supprimer toute cause capable de solliciter les mouvements intestinaux exagérés. Les purgatifs doivent donc être interdits, car ils ont justement pour effet de généraliser la péritonite qu’ils prétendent enrayer.

Il est très difficile de faire prendre quelque alimentation. Les malades vomissent les aliments, et les secousses que le vomissement imprime au contenu de l’abdomen sont mauvaises.

Les boissons sont nécessaires dans une certaine mesure. On peut en donner en petite quantité. On peut faire prendre de l’eau glacée par cuillerées à bouche tous les 1/4 d’heure ou toutes les 1/2 heures.

Souvent on peut utiliser le rectum pour administrer la boisson en donnant 3 fois par jour un lavement de 150 grammes d’eau, additionnée d’opium, on fera absorber 450 grammes d’eau, ce qui est suffisant.

En outre, il faut chercher à immobiliser l’intestin. On administrera l'opium par la bouche, le rectum ou le tissu cellulaire sous-cutané.

On peut prescrire l’extrait en pilules à la dose de 10 à 20 centigrammes, des gouttes noires, le laudanum de Bousseau ou Sydendam.

Il convient de préférer les injections sous-cutanées de morphine à doses variables suivant les individus et indiquées parla tolérance, qui est très grande

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dans la péritonite ; on peut injecter de 1 à 15 centigrammes de sel de morphine ; l’adjonction d’un demi-milligramme à un milligramme d’atropine aura l’avantage d’empêcher les vomissements.

De plus on tentera d’agir directement sur la péritonite par l’application continue et prolongée, pendant plusieurs jours, de vessies de glace sur l’abdomen.

Enfin, si l’on peut être auprès du malade dès le début de la maladie, on essayera d’agir contre l'inflammation en prescrivant une application de 10 à 20 sangsues, suivant la constitution plus ou moins vigoureuse du malade.

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