TROUBLES SENSITIFS
§ 1. — ANESTHÉSIE PHARYNGÉE
Symptômes. — La perte de la sensibilité générale du pharynx et du voile palatin peut être complète ou incomplète, et occuper la moitié seulement de la cavité pharyngienne, ou celle-ci en totalité.
L’anesthésie incomplète, lorsqu’elle est bilatérale, n’est bien souvent qu’une simple disposition individuelle, n’ayant rien de pathologique. Certaines personnes, bien que parfaitement saines, n’ont en effet qu’une sensibilité assez obtuse de cette région, et l’on peut, sans leur faire éprouver de sensations désagréables ni déterminer de mouvements réflexes, introduire facilement dans le fond de leur gorge des intruments d’exploration que la majorité des gens ne supportent que malaisément.
Quant à l’anesthésie véritable, elle ne donne souvent lieu à aucun symptôme pouvant appeler l’attention, lorsqu’elle est d’ancienne date; d’autres fois, lorsqu’elle est récente, elle se traduit par une sensation d’engourdissement et quelques troubles de la déglutition. Ceux-ci sont plus fréquents lorsque l’anesthésie est unilatérale.
Étiologie. — En dehors des lésions circonscrites des centres nerveux pouvant amener l’anesthésie pharyngée, des tumeurs intra-craniennes comprimant ou lésant les origines du pneumogastrique et du glosso-pharyngien, et des paralysies bulbaires, on observe encore l’anesthésie du pharynx chiez un grand nombre d’aliénés (surtout des paralytiques généraux), chez les épileptiques, qui en sont souvent atteints passagèrement après les attaques, et enfin à la suite de quelques maladies infectieuses : la fièvre typhoïde, la grippe, et surtout la diphthérie. Les anesthésies pharyngées post-diphthéritiques sont très communes, et elles accompagnent le plus souvent les paralysies motrices de la même Légion.
MALADIES DU PHARYNX ET DE SES ANNEXES
Mais la cause la plus fréquente de l’anesthésie du pharynx est l’hystérie. Ainsi que l’a fait remarquer Chairou, un très grand nombre d’hystériques ont le pharynx et l’épiglotte insensibles. Je n’ai presque jamais vu manquer ce symptôme chez les malades atteints de mutisme hystérique que j’ai observés, soit dans ma propre pratique, soit dans les hôpitaux. Je l’ai également retrouvé chez le plus grand nombre des hystériques souffrant de paralysies vocales.
Il ne faudrait cependant pas renverser la proposition, et affirmer l’hystérie lorsqu’on rencontre l’anesthésie pharyngée sans pouvoir lui assigner nettement une cause. Il résulterait en effet de statistiques faites dans des collèges et des hôpitaux d’enfants que l’anesthésie du pharynx serait assez fréquente dans l’enfance en dehors de l’hystérie, qui, à vrai dire, n’y est elle-même pas rare.
Diagnostic, pronostic et traitement. — Le diagnostic ne présente aucune difficulté si l’on veut s’astreindre à l’exploration directe, en se rappelant que normalement la sensibilité de la paroi postérieure du pharynx est moins développée que celle du voile palatin et surtout de l’isthme guttural. Le pronostic varie avec la cause de l’affection. Il en est de même du traitement. Celui-ci est surtout efficace lorsque l’anesthésie est consécutive à la diphthérie : l’électrisation directe, et mieux encore la strychnine à l’intérieur, à doses un peu élevées, sont les moyens les plus utiles à employer.