HYPERESTHÉSIE
Symptômes et étiologie. — L’hyperesthésie gutturale est beaucoup plus fréquente que l’anesthésie; mais, sauf chez certains hystériques, elle est presque toujours associée à un état congestif et catarrhal des parties. Certaines personnes ne peuvent supporter le contact des instruments, et même leur vue (: réflexe psychique de Traube), sans être prises de nausées et d’autres réflexes. Le moindre contact des instruments est parfois tout à fait douloureux. Dans les cas les plus accentués, les malades ne peuvent respirer par la bouche sans ressentir une sensation douloureuse au moment du passage du courant d’air inspiratoire.
Traitement. — On peut diminuer la sensibilité pharyngienne en administrant le bromure de potassium à l’intérieur, pendant plusieurs jours, à la dose de 2 à J grammes et plus. Les badigeonnages avec les solutions de cocaïne n’ont qu’un effet passager; ceux avec les solutions d’antipyrine produiraient une anesthésie moins complète, mais plus durable (Saint-Hilaire). Ces moyens doivent surtout être mis en usage chez les gens qui ne pourraient, sans leur aide, supporter non seulement le traitement local, mais même l’exploration, dans les cas d’affections chroniques de la gorge.
§ 3. — PARESTHÉSIES
Symptômes. — Sous le nom de paresthésies du pharynx, on doit comprendre les troubles de la sensibilité générale de la gorge se produisant sous forme de sensations anormales que ne justifie pas l’examen objectif de la région.
TROUBLES NERVEUX
Les malades se plaignent le plus souvent d’une sensation de brûlure, de sécheresse, de picotement ; ou bien ils éprouvent la sensation d’un corps étranger au fond de la cavité pharyngienne, tantôt à la partie médiane, tantôt latéralement. Ils comparent cette sensation à celle que leur donnerait soit un amas de mucosités, soit un morceau de chair ou une peau, soit un cheveu, ou encore un grain de sable, etc., qui se serait arrêté au fond de la gorge. Souvent ils éprouvent une sensation de constriction gutturale plus ou moins pénible. Pour se débarrasser de ce prétendu corps étranger, les malades font de fréquents efforts de toux, ils « râclent », ils avalent à vide. Beaucoup introduisent de temps en temps le doigt dans la gorge, s’inquiètent de leur état, craignent la phtisie laryngée et surtout le cancer. D’autres croient avoir avalé quelque chose qui serait resté fixé dans le pharynx.
En général, ces différentes sensations disparaissent quand le malade est distrait, soit par la conversation, soit par une occupation exigeant une attention soutenue. Presque jamais elles n’existent au moment des repas ; elles ne reparaissent que quelques instants après. Elles coexistent parfois avec un certain degré d’hyperesthésie pharyngée, et souvent aussi avec de l’anesthésie.
Étiologie. — Cette affection se voitsurtout chez les professeurs, les avocats, les prédicateurs, les chanteurs, et en général chez les personnes qui usent beaucoup de leur voix. Elle n’atteint guère d’ailleurs que les sujets névropathes, hystériques ou neurasthéniques, les chlorotiques, les femmes souffrant de troubles utérins, certains dyspeptiques. Elle se montre à la suite d’une angine aiguë survenue chez des sujets de ce genre. Elle est plus commune chez la femme que chez l’homme.
Diagnostic, pronostic et traitement. — On doit s’assurer qu’il n’existe aucune lésion pharyngée, autre que l’anémie, la congestion ou un léger degré de catarrhe chronique, avant de conclure à l’existence d’une paresthésie pharyngée. L’amygdalite lacunaire, l’hypertrophie amygdalienne siégeant à la partie inférieure des amygdales palatines, au niveau des traînées de tissu adénoïde qui vont se rejoindre, en partant de chaque tonsille, au centre de la base de la langue où elles forment l'amygdale linguale, et surtout l’hypertrophie de cette dernière, peuvent en effet donner lieu à des symptômes identiques. Toutefois lorsque les malades se plaignent en même temps de sensations de brûlure à la voûte palatine et de douleurs à la langue (glossodynie), il sera tout au moins prudent de ne pas trop compter sur les résultats du traitement local des lésions de la gorge coexistantes.
Le pronostic est médiocre, car l’affection est d’une ténacité désespérante. Elle finit cependant par guérir avec les années; et il n’est pas rare qu’elle soit interrompue dans son cours par des périodes de rémission assez longues.
Le seul traitement qui m’ait donné des résultats satisfaisants est l’administration prolongée des bromures alcalins, grâce à laquelle on obtient presque constamment une amélioration notable, et souvent même la disparition des symptômes. Les interventions locales (galvano-cautère, caustiques chimiques), en l’absence de lésions objectives, m’ont paru plus nuisibles qu’utiles. Les badigeonnages à la cocaïne n’ont qu’un effet tout à fait passager. L’action du menthol est au moins douteuse, de même que celle des badigeonnages avec des solutions très concentrées d’antipyrine. Je crois que les bromures à l’inté-
MALADIES DU PHARYNX ET DE SES ANNEXES
rieur ont un effet plus sûr que ces derniers moyens palliatifs, mais on est obligé d’y revenir souvent, car les récidives sont presque constantes, aussitôt qu’on a suspendu depuis quelque temps l’usage de la médication.