DE LA GROSSESSE EXTRA-ÜTÉRINE
L’embryon peut se développer hors de la cavité de l’utérus ; son accroissement se fait alors tantôt dans les trompes de Fallope , tantôt sur un point de l’abdomen. On a également plusieurs exemples de fœtus développés dans le tissu propre de la matrice : ils ont été décrits par Schmidt dans les Mémoires de V Académie impériale Joséphine de Vienne; par Hederich, dans le Muséum de Dresde ; par Albers de Brême et plus récemment par MM. Bellemain, Dance, Moulin, Menière et Breschet. Ce dernier chirurgien a trouvé un fœtus d’environ trois mois dans la portion du tissu de l’utérus qui avoisine la trompe gauche ; celle-ci était oblitérée dans toute son étendue, et le fœtus n’avait aucune communication avec elle, ni avec la cavité de la matrice.
Je ne parle pas de la grossesse ovarique , parce qu’il ne me paraît pas démontré que dans les exemples cités pour établir ce genre de grossesse , il soit prouvé que les fœtus s’étaient développés dans les ovaires ; loin de là , quelques faits observés par
M. Velpeau mettent hors de doute que déjà plusieurs fois on a considéré des débris de conceptions extra-utérines , comme s’étant accrus dans les ovaires , tandis qu’une dissection attentive faisait voir que les tumeurs s’étaient développées hors de l’ovaire. {Traité des accouchèmens , t. i®’’ , p. 198.)
Je ne rechercherai point si la grossesse extra-utérine reconnaît pour cause un vice de conformation ou un état morbide des ovaires ou des trompes , une trop grande densité des membranes des ovaires , un défaut de rapport entre la trompe et l’ovaire , l’adhérence de ces organes, l’oblitération des trompes, etc. j je passerai également sous silence tout ce qui concerne les annexes du fœtus extra-utérin , c’est-à-dire le cordon ombilical , le placenta , l’eau dans laquelle il nage , le sac membraneux qui le contient , et le kyste qui constitue sa dernière enveloppe et qui fait office de matrice : je m’attacherai spécialement à faire con-^ naître les signes de cette grossesse , parce qu’ils diffèrent sous plusieurs rapports de ceux qui ont été décrits à l’occasion de la grossesse utérine.
La difficulté du diagnostic est tellement grande ici , qu’il ne faut pas s’étonner que les auteurs aient donné comme signes de la grossesse extra-utérine une foule de caractères erronés ou insigniflans , dont voici l’indication : la femme continue d'étre réglée -pendant la grossesse extra-utérine s elle ne vomit pas dans les premiers mois y il n-y a ni gonflement des mamelles , ni sécrétion de lait ; l’ abdomen ne se développe que d'un seul côté; les mouvemens du fœtus sont plus forts que dans la grossesse utérine , et ils se font sentir sur d'autres parties du ventre.
L’utérus, a-t-on dit, n’éprouve d’autre changement, quelle que soit l’époque de la grossesse extra-utérine , qu’une légère augmentation d’épaisseur dans son col. Ce caractère, s’il est vrai, serait précieux, puisqu’il suffirait de le constater pour affirmer, lorsqu’il y a grossesse, qu’elle est extra-utérine, mais il n’est pas constant. Déjà Bertrand! , Sanctorius , Weincknecht, Foart Simüions , Hartmann, etc., avaient annoncé que, dans la grossesse des trompes, la matrice avait un volume triple de celui qu’elle offre chez une femme qui n’est pas enceinte,
lorsque Chaussier publia une observation de grossesse tubaire, dans laquelle Futérus, trois fois plus volumineux que dans l’éîat de vacuité , était un peu abaissé et porté à droite ; son col était souple, allongé , et tellement ouvert que l’on pouvait facilement y introduire le doigt et parcourir toute la cavité de la matrice, qui était tapissée d’une tunique semblable à la membrane caduque qui se forme pendant la grossesse utérine ( Bulletin àe la Faculté de médecine, n° 6, année 1814). Il paraît résulter, d’après M. Guillemot, des différens faits recueillis jusqu’à ce jour, que lorsqu’il n’y a pas eu de perte pendant la grossesse extrautérine, l’utérus est développé et contient une membrane caduque, tandis que s’il a existé un écoulement sanguin dès le commencement de la gestation, qui aura duré plus ou moins long-temps, la matrice conserve son volume normal, sans vestiges de production membraniforme dans sa cavité [F. le Mémoire d'Ollivier (d’Angers) , sur la grossesse tubaire, Archives de médecine , juillet .
Voici ce que l’on peut établir de plus précis sur les signes des diverses espèces de grossesse extra-utérine. Lorsque l’embryon se développe dans Isl trompe, la femme éprouve dans la partie profonde du bassin, et dès les premiers temps de la grossesse , un sentiment de gêne, de pesanteur toujours fixe dans le même endroit, qui parfois s’étend au rein du même côté. Dans la suite on observe une tumeur mobile, arrondie, qui, du fond du bassin, et toujours du même côté, s’élève progressivement dans l’abdomen, et est accompagnée d’un sentiment de tension, de douleur plus ou moins vive. Par lé loucher on trouve l’utérus déprimé , déjeté du côté opposé à la tumeur, à laquelle il adhère cependant. A travers les parois du vagin et de l’intestin rectum on peut reconnaître la saillie formée parla trompe plus ou moins distendue. A une certaine époque, on sent dans cette tumeur, d’une manière positive , les mouvemens de l’enfant ( Chaussier, Bulle^ tin déjà cité). L’auscultation ne peut fournir aucun caractère certain, parce qtéil est rare que le foetus qui se développe dans la trompe vive plus de trois mois, et que jusqu’alors les battemens du cœur sont imperceptibles.
Si le fœtus se développe dans l’abdomen, la tumeur est, dit-
üD, située plus haut que dans les deux espèces précédentes, les douleurs abdominales sont plus vives, la pesanteur plus incommode, les mouvemens du fœtus plus sensibles pour la mère. Ces caractères sont trop vagues pour servir à établir le diagnostic. Le seul fait important à noter est que, le fœtus pouvant s’accroître et vivre pendant plus de neuf mois dans l’abdomen, il est possible que l’on entende, à l’aide du stéthoscope, les doubles pulsations du cœur dans un point du ventre où il n’est pas ordinaire de les remarquer (1), ainsi que le bruit de souffle, résultant du développement des vaisseaux des parois du kyste.
Mais il s’en faut de beaucoup que l’on parvienne à décider aisément à l’aide de ces différens signes, si l’accroissement de l’embryon se fait dans la trompe ou dans l’abdomen, puisque dans la plupart des cas on éprouve les plus grandes difficultés à constater seulement que la grossesse est extra-utérine ; et si j’ai parlé de chacune de ces deux espèces, c’était dans l’intention de mieux faire connaître les phénomènes que présente la femme chez laquelle le fœtus se développe hors de l’utérus. Le médecin chargé de faire un rapport sur une grossesse de ce genre, en supposant même qu’il parvienne à soupçonner qu’elle est extra-utérine, n’attachera aucune importance à décider le siège qu’occupe le fœtus; il cherchera seulement à établir par les moyens indiqués à l’occasion de la grossesse utérine que la femme est ou n’est pas enceinte. La plus grande circonspection doit présider au jugement qu’il portera, la question étant fort souvent épineuse : c’est ici, plus que dans aucune autre circonstance qu’il devra attendre que le temps lui permette d’obtenir de nouvelles lumières (2).
(t) On sait aussi que des fœtus extra-utérins peuvent rester pendant plusieurs années après leur mort dans la cavité abdominale, et que le plus souvent ils sont expulsés par l’anus, parle canal de l’urètre ou par des abcès; maisalors ils sortent par lambeaux. ,
(2) Il serait possible qu’en ouvrant le cadavre d’une fille. pubère et non déflorée^ qp découvrit un fœtus ou des parties d’un enfant qui se seraient développés sur un des points de la cavité abdominale. Dès que la personne n’a pas été déflorée, il est évident qu’il y a monstruosité, c’est-à-dire que deux embryons ayant été conçus, 1 un d’eux a été comme enfermé dans la substance de l’autre {Voyez mokstruosi- TKs). Combien l’homme de l’art ne serait-il pas répréhensible si dans son rapport il
S iii-
DE LA GROSSESSE DANS UN CAS d’üTÉRUS DOUBLE.
La bifidité de Tutérus est un vice de conformation qui peut s’opposer à l’aceomplissement naturel de la grossesse, et même devenir la source d’accidens promptement mortels j ainsi, Marquet parle d’une femme de quarante-huit ans, qui avait eu quatre enfans, tous venus avec des pertes et d’autres accidens fâcheux; l’ouverture du cadavre fit voir que la matrice double ressemblait à deux poires renversées, se terminant à un orifice commun. Dîonis, Canestrini, Dance, (d’Angers), etc., rappor¬
tent des cas de grossesse chez les femmes dont l’utérus était double, et qui périrent avant ou après l’accouchement, en éprouvant des douleurs abdominales atroces. On se tromperait toutefois, si l’on croyait que dans tous les cas de bifidité de l’utérus les dangers sont tels qu’on vient de le voir. Lorsque cette bifidité existe sans séparation de l’utérus en lobes divergens, l’axe de la matrice n’éprouvant aucun changement dans ses rapports avec les détroits du bassin, et son col se dilatant librement, la grossesse et la sortie du fœtus ^pourront effectuer sans obstacle ; mais lorsque ces lobes profondément partagés sont très écartés l’un de l’autre , le lobe prolifère augmente encore cet écartement, en entraînant l’utérus de son côté, change la direction de son col, qui, étant comme recourbé et aplati, ne correspond plus au centre du vagin, et se transforme en un pédicule étroit , sans participer au développement du reste de la cavité. Si ce pédicule résiste, le fœtus continuant à s’accroître, pourra rompre son enveloppe, et
faisait naître des soupçons sur la moralité de cette personne, en confondant cette monstruosité avec la grossesse extra-utérine ! Le diagnostic en pareil cas repose 1“ sur l’état de l’utérus, qui dans la grossesse extra-utérine éprouve souvent quelques changemens, soit dans son volume, soit dans sa cavité ; 2“ sur l’état des partfes sexuelles, d’après lequel on pourra présumer que la personne a été déflorée ; â®sur les signes commémoratifs ; ainsi la jeune fille ama présenté dès son enfance une tumeur abdominale plus ou moins douloureuse s’il y a monstruosité, tandis qu’en aura observé quelques-uns des signes de la grossesse extra-utérine si elle est réelles ment enceinte, et la tumeur n’aura paru que depuis peu ; 4° sur la situation de cette tumeur, sur les rapports qu’elle peut avoir avec les parties environnantes, etc.
se faire jour dans l’abdomen^ ou bien s’échapper an-dehors, en rompant la cloison intermédiaire aux deux cavités ; un accouchement laborieux, la rétention du placenta, des pertes abondantes, et d’autres accidens fâcheux, seront aussi dans ces cas la conséquence de ce vice de conformation (Cassan, Recherches sur les cas d’utérus double et de superfétation. Dissertation inaugurale, 1826, et'Sidaxce, Archives générales demédecine, t. xx, p. 540).
Le diagnostic de cette espèce de grossesse est presque aussi difficile à établir que celui de la grossesse extra-utérine, avec laquelle d’ailleurs elle présente beaucoup d’analogie ; des pertes , des douleurs vives dans l’abdomen, l’existence d’une tumeur inclinée à droite ou à gauche, sont autant de signes qui peuvent faire soupçonner dans beaucoup de cas, cette variété de grossesse, s’ils se trouvent réunis aux autres signes équivoques et rationnels de la grossesse utérine {Voyez page 220) ; mais ils ne suffisent pas pour affirmer qu’il en soit ainsi, la tumeur abdominale pouvant dépendre de la présence d’un kyste dé rovaire, etc. On serait bien fondé à présumer l’existence d’une pareille grossesse, si à l’aide du toucher et du spéculum , on était parvenu à sentir et à voir un vagin double, et surtout un col bifide ou perforé de deux ouvertures.
§ IV