‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiquesChapitre 23 sur 55 · DE LA GROSSESSE UTBRIXE · texte numérisé non relu

DE LA GROSSESSE UTBRIXE

La grossesse utérine, celle dans laquelle le produit de la conception se développe dans l’utérus , est simple lorsqu’il n’y a qu’un embryon ou un fœtus , composée quand il y en a un plus grand nombre, et compliquée lorsque avec un ou plusieurs embryons, il y a dans la cavité de la matrice un polype, des débris d’un autre œuf, etc.

De la grossesse utérine simple.

Les signes de la grossesse utérine simple ont été distingués par les auteurs en rationnels et sensibles ; les premiers sont pour la plupart infidèles et devraient être nommés équivoques ; il en est parmi les autres que l’on peut regarder comme indiûxqMtirxt positiveme7Lt la grossesse. Je crois devoir faire précéder leur exposition de quelques connaissances anatomiques sans lesquelles il serait difficile de les bien saisir.

Des ehangemens que ï utérus et les 'parties enviro'nnantes éprouvent pendant la grossesse •

Utérus. L’utérus éprouve des changemens dans sa situation, sa direction, sa forme, son volume, sa texture et ses propriétés.

Situation., direction, forme et volume. Pendant les deux premiers mois , le volume de l’utérus augmente graduellement , son corps, qui était aplati sur ses deux faces, s’arrondit et se jette en arrière, tandis que le col s’avance vers la vulve et est plus accessible au toucher ; toutefois, le développement dont je parle ne peut être constat é qu’en introduisant le doigt dans le vagin, parcequ’il n’est pas assez considérable pour que l’utérus sorte de l’excava-r tion pelvienne (1). Ajouterai-Je qu’après l’acte fécondant, l’orL fice de l’utérus se contracte et se ferme (Hippocrate).; que les bords de cet orifice sont plus rénitens et offrent une chaleur plus grande (Levret); que dans les premiers temps de la grossesse les deux lèvres de l’orifice utérin forment un plan égal , tandis qu’avant la gestation la lèvre antérieure était plus prolongée en bas; que la fente de cet orifice, qui était triangulaire, devient circulaire (Steîn)? Lors mênae que ces changemens seraient constans , et qu’ils ne se manifesteraient pas dans d’autres circonstances, ils seraient trop dififlciles à apprécier pour que je dusse en tenir compte.

Du deuxième au troisième mois, l’utérus continue à augmenter de volume, s’élève et se porte sur la partie antérieiA du bassin, en sorte que le col est déjà plus en arrière; il s’ab^pe aussi parcè que le volume de l’utérus s’accroît dans tous le^®s, et que d’ailleurs devenu plus lourd, il obéit aux lois de l^^panteur. L’axe de la matrice fait alors avec la perpendiçaBre un angle d’environ 45”. A la fin du troisièms mois, le l’u¬

térus dépasse un peu le bord du détroit abdominal, fôndant le quatrième mois, le fond de l’utérus arrive jusqu’à centimètres

:{1) Ce que je Tais dire delà situation de i’ utérus s’applique -a une sesse; on suppose également que le fœtus est bien placé; en effet, le fond de la matrice s’élève beaucoup moins dans les grossesses subséquentes, surtout lorsque l’enfant est situé en travers.

au-dessus des pubis; son col s’élève; il est incliné obliquement en arrière. Du cinquième au sixième mois , le fond de cet organe s’approche de la région ombilicale , et le col , qui a continué à s’élever et à se porter en arrière, commence à devenir plus gros et plus mou, surtout vers sa base, c’est-à-dire vers la portion qui tient au corps de l’utérus : on dirait qu’il affecte la forme d’un entonnoir dont la base est en arrière et le bec en avant • l’orifice ne s’entr’ouvre que quand le développement est parfait (1). A six mois, le fond de l’utérus correspond à-peu-près à l’ouîbilic ; la mollesse et l’évasement de la partie utérine du col sont plus marqués. A se-pt mois, le fond de l’utérus se trouve élevé d’environ 6 centim. au-dessus de l’ombilic; le col est encore plus mou ; il est aussi moins long et assez élevé pour que le vagin soit allongé et tiré en haut. A huit mois, le fond de la matrice n’est guère éloigné de la région épigastrique ; le col n’est jamais plus élevé qu’a cette époque, mais il s’aplanit et tend à s’effacer. A 7ieuf mois le fond de l’utérus, loin de se placer dans l’épigastre, semble s’abaisser; d’où il suit que le col doit être plus près de la vulve.; alors il est mou et tellement mince qu’il n’offre quelquefois que 2 millim. d’épaisseur. Il est évident d’après ce qui vient d’être dit, que l’utérus est dirigé de manière à porter sur l’ombilic ; indépendamment de cette obliquité, il en offre encore une autre à gauche ou à droite, mais surtout de ce dernier côté ; en sorte qu’il est comme tordu sur lui-même , le côté droit étant incliné en avant.

La forme de la matrice, à la fin du neuvième mois, est à-peuprès ovoïde ; sa grande circonférence est en haut ; elle est d’environ 76 centimètres, prise à'fefchauteur des trompes ; la petite circonférence répond au détroit àl^omînal du bassin, et offre 38 centimètres à la hauteur de la portion utérine du col ; le diamètre longitudinal est ordinairement de Sù centimètres ; le transversal en a 26, et l’antéro-postérieur 25. Son poids varie de 250 grammes à 1 kilogramme, tandis qu’il est d’envii’on 56

(1) On a remarqué que l’orifice de l’utérus s’ouvre beaucoup plus tôt dans les grossesses subséquentes, et que le museau de tanche reste plus gros dans les derniers mois.

grammes chez les vierges, et de 72 chez les femmes qui soûl accouchées plusieurs fois.

Texture. Le tissu de l’utérus devient plus mou, plus spongieux, et l’on voit qu’il est formé d’un grand nombre de fibres blanchâtres, cotonneuses, de nature musculaire, réunies par du tissu cellulaire, tandis qu’avant la grossesse il était inextricable. Les artères conservent en grande partie leurs flexuosités ; elles s’amplifient considérablement ; leur calibre, ainsi que celui des veines, des vaisseaux lymphatiques et des nerfs, est beaucoup plus grand, surtout là où s’insère le placenta : c’est dans cet endroit que l’on remarque des ouvertures vasculaires nombreuses, connues sous le nom de sinus., et qui sont dues à la déchirure des vaisseaux utéro-placentaires. L’épaisseur des parois de la matrice est plus considérable sur le point où le placenta est implanté ; elle varie aussi aux difierentes époques de la gestation ; on a pu se convaincre que chez plusieurs femmes elle était de 11 millim. dans les trois premiers mois de la grossesse , de 6 raillim.dans les trois derniers mois, et de 11 à l’endroit où s’insérait le placenta; la portion voisine de l’orifice n’avait guère que 2 millim., tandis que dans l’état de vacuité chez une fille adulte, l’épaisseur est d’environ 8 millim. Au reste on remarque .de nombreuses variétés à cet égard, et l’on sait que Hunter a vu la moitié postérieure de l’utérus d’une femme morte à une époque assez avancée de la gestation, être extrêmement mince, tandis que la paroi extérieure était fort épaisse. De plus, M. Moreau ayant mesuré l’épaisseur des parois sur une femme morte à la fin de sa grossesse (qui était double) trouva : au fond, 4 millimètres et demi d’épaisseur; à l’insertion du placenta, 7 millimètres; au col, 9 millimètres.

Propriétés de l’utérus. La sensibilité de cet organe si obscure pendant l’état de vacuité qu’on peut le toucher, le heurter, le cautériser même, sans que la femme èn ait, pour ainsi dire, conscience, devient beaucoup plus marquée pendant la grossesse; elle existe surtout à un haut degré dans le col; son corps paraît àpeu-près insensible. De plus, l’utérus acquiert la propriété de se contracter comme la fibre musculaire, et cette faculté finit par être assez développée pour qu’il puisse être regardé comme la

principale puissance qui détermine raccouchement. Mais ce que j'ai hàle de constater, c’est que dès les premiers instans qui suivent la conception, les follicules muqueux qui garnissent l’orifice de l’utérus sécrètent abondamment un mucus blanc , consistant , d’une odeur particulière, qui s’épaissit, devient plus tenace à mesure que la grossesse avance, et bouche l’orifice de l’utérus : la consistance de ce produit peut être telle, qu’il forme une sorte de membrane qui se détache en lambeaux ou en flocons, ou qui reste jusqu’à l’époque de l’accouchement, et alors on est obligé de la déprimer ou de la rompre pour livrer passage à la tête de l’enfant. J’indiquerai à la page 221 le parti que l’on a cru pouvoir tirer de l’existence de ce bouchon gélatineux pour reconnaître si la femme avait conçu.

Les annexes de l’utérus et les -parties qui l’environnent éprouvent également des changemens imporians. Les ovaires deviennent plus volumineux et s’approchent du corps de la matrice dans une direction presque verticale ; on remarque souvent sur celui qui a été fécondé une petite fongosité molle, jaune ou rougeâtre, qui finit par s’affaisser et laisser une petite cicatrice. Les tronipes de Fallope ne conservent plus les rapports qu’elles avaient avec l’utérus ; elles correspondent, vers la fin de la gestation, au point d’union du tiers supérieur de la matrice avec le tiers moyen ; leur direction est presque verticale, et elles se sont évidemment rapprochées de l’utérus. Le ligament ro7id (cùvàon sus-pubien) est devenu musculaire comme la matrice ; celui du côté droit est en général plus gros, plus court et plus fort que celui du côté gauche. Les replis du péritoine, qui forment les ligametis larges, s’effacent progressivement à mesure que Tutérus se dilate. Les vaisseaux du vagin, des trompes, des ovaires, delà vulve, etc., sont beaucoup plus volumineux, et deviennent quelquefois variqueux.

Vagin. Le docteur Jacquemin, chargé pendant plusieurs années du service médical des filles publiques dans les prisons de Paris, a fait de nombreuses observations d’après lesquelles il affirme qu’en examinant le vagin chez les femmes enceintes , on y remarque, dans le plus grand nombre des cas, des particularités dont l’existence constitue un signe de grossesse.

Au lieu de sa couleur rose naturelle , le vagin présente une teinte plus foncée, une nouleur de lie de vin, violacée, quelquefois même bleuâtre, se rapprochant de celle des hémorrhoïdes tuméfiées.

A cette coloration particulière se joint un état de turgescence souvent très marqué 5 les rides, les colonnes, paraissent plus gonflées, plus lisses, et séparées par des sillons plus profonds que dans l’état ordinaire.

Ce canal est humecté par un liquide dont la couleur blanche . tranche sur le fond violacé de ses parois : ce n’est pas un mucus yisgueux, clair, c’est une matière épaisse, de couleur laiteuse.

jbé èol de l’utérus offre le même aspect, mais d’une manière beaucoup moins tranchée; en effet en l’examinant ati spéculum, souyent on ne remarque aucune différence entre ce col après la fécondation et à l’état normal, quoique le vagin présente la coloration violacée la plus prononcée.

lies ^caractères indiqués se prononcent dès le commencement de la îgestation ; faibles d’abordj et difliciles à constater, ils deyiennent de plus en plus évidens, à mesure que la grossesse avance. Ils sont en général plus marqués chezles femmes grasses, fortes, sanguines, que chez celles qui sont maigres, faibles et pâles. Chez les femmes dont l’auréole du mamelon s’élargit de bonne heure en prenant une teinte brune, la coloration du vagm se prononce aussi très promptement.

Cet état du vagin n’est pas un résultat nécessaire de la grossesse; en effet, 11 ne s’observe pas chez toutes les femmes enceintes; mais toutes les fois qu’il existe, il dénote une grossesse, et seulement une grossesse : car rien de semblable né se remarque dans les différentes affections morbides des organes génitaux.

Bien que ce mode d’exploration ne puisse pas fournir un signe certain de grossesse, eependant de la présence ou de l’absence des caractères indiqués, ou tire les élémens d’une forte présomption.

L’auteur de ces remarques affirme que dans un très grand nmnbre de cas il a pu en ayant égard seulement à l’aspect du vagin, se prononce*’ d’une manière positive sur l’existence de

grossesses réceates, qm n’étaient encore décelées par ancnn des antres signes connus.

J’ajouterai que si l’on pratique le toucher à la partie supérieure da vagîH, on sent assez souvent des artères battre sous le doigt. Les mêmes battemens sont encore plus souvent perçus sur un des points de la portion sous-vaginale de l’utérus. Osiander de Goettingen désigne ces pulsations sous le nom de pouls vaginal, et leur donne une grande importance comme signe diagnostique.

Vers le milieu du sixième mois, il n’est pas rare de trouver la m^brane muqueuse du vagin tapissée dans toute son étendue d’une myriade de petits boutons, gros comme la tête d’une petite tête d’^ingle. Ces petites granulations tapissent non-seulement le vagin, mais encore la surface extérieure du col. Sont- elles le résultat du développement des follicules muqueux, ou d’uné phlegmasie de la membrane muqueuse vaginale, désignée par M. Deville sous le nom de vaginite granuleuse ? {Archives générales de médecine , année 1844).

La vessie est peu-à-peucefoulée au-dessus du détroit supérieur . Le méat urinaire est tiraillé, allongé ; son orifice tiré en haut, s’enfonce derrière le bord de la symphyse du pubis ; l’urètre est devenu beaucoup plus courbe.

La peau du ventre est très distendue, elle présente surtout, vers sa partie inférieure, des vergetures d’une couleur brune ou bleuâtre, formant des lignes courbes parallèles j dont la convexité regarde les aines et le pénil.

Les muscles droits de V abdomen (sterno-pubiens), ainsi que la ligne blanche, sont distendus, élargis et amincis par suite de la pression que l’utérus exerce sur eux en sè portant en avant , et comme cette compression a lieu pendant plus long-temps sur la région ombilicale que sur les autres, c’est là que l’on en observe plus particulièrement les résultats : dans cet endroit la ligne blanche présente, vers la fin de la gestation, un élargissement ovale ou rhomboïde défi à -9 centimètres de largeur, et les parois du ventre qui y correspondent ont à peine fi millim. d’épaisseur. Les viscères de f abdomen éprouvent aussi quelques changemens dans leur situation ; comme dans le plus grand nombre de cas l’utérus est déjeté à droite, les intestins grêles sont re-

foulés à gauche, l’épiploon se place le-plus ordinairetnent^^xrière la matrice ; le foie, la rate, l’estomac et le diaphragme sont poussés vers le haut, ce qui, dans certaines circonstances, dé- j termine un léger déplacement des organes contenus dans le thorax, et même un changement de direction du contour cartilagineux des côtes.

Les symphyses du bassin sont évidemment relâchées et légèrement mobiles vers la fin de la grossesse : le relâchement est plus grand à la symphyse des pubis qu’aux symphyses sacro-iliaques, et il est souvent plus apparent à la symphyse sacro-iliaque | du côté gauche qu’à celle du côté droit. Chaussier, a vu chez des femmes dont l’accouchement avait été prompt et facile, la symphysedu pubis écartée depuis S jusqu’à 25 millim., et même plus.

Des signes de la grossesse utérine simple. *

Cet article ayant pour objet de mettre le médecin à même de décider si une femme est enceinte, quelle que soit l’époque de la grossesse, et les moyens propres à résoudre cette question n’étant pas les mêmes pour toutes les époques, il convient d’étaWir différentes périodes.

Depuis le moment de la conception jusqu à la firt du deuxième mois. Parmi les caractères établis par les médecins, pour résoudre la question pendant l’époque dont il s’agit, il en est une foule qu’il suffira d’indiquer, pour en montrer la nullité. La plupart des femmes éprouvent des sensations extraordinaires au moment de la conception ; il survient un ébranlement, un frémissement involontaire et universel 7nèlé de volupté, auquel succède un état de langueur du corps et de V esprit (Hippocrate). — Il y a un mouvetnent de resserrement au moment de là conception (fidlievi). — La fem^ne a conçu si elle ne sent rien couler par le vagin, et si le 7nembre viril so7'tplus sec que de coutume (Aristote). — Peu de jours après r imprégnation on sent un m^ouvement le long des frmir pes utérines, et de légèr'es coliques vers la région hypogastrique. — Le col se gonfle (Démocrite). — Le pouls est plus fort, plus vif, plus développé (Galien et Savonarola). — Il y a

de$ ‘palpitations, des syncopes^ des hémorrhagies du nez et de la houche , de la toux, des hoquets, des hâillemens, de T oppression, des changeynens dans la roix, de la soif, de la diarrhée, de la constipation. La peau change de couleur ; le visage se couvre de taches de rousseur. — Les yeux sont caves^ languissans, ternes, et bordés d’un cercle bleuâtre. — Le caractère de la femme change,- ses-f acuités intellectuelles ont moins d’activité on observe parfois des névroses des organes des sens. Il y a des crampes , de l’engourdissement dans les membres., etc. î ! !

Que dire du caractère indiqué par Chambon, qui recommande de constater, à l’aide d’un instrument en forme de cure-oreille, si les follicules de l’orifice de l’utérus ont sécrété le mucus épais dont j’ai parlé plus haut (page 217)? J\’est-il pas évident que ce moyen est insuffisant, et qu’il peut être souvent dangereux ?

Les signes équivoques propres à faire présumer la grossesse pendant la période dont il s’agit, sont : 1° la suppression de la menstruation. Chez la plupart des femmes réglées et se portant bien, l’écoulement menstruel est supprimé dès qu’il y a eu conception : ce phénomène est tellement général, que dans les circonstances ordinaires de la vie, les femmes mariées se croient en^ ceintes aussitôt qu’il s’est manifesté, et vice versâ. Mais il est aisé de prouver qu’il ne suffit pas en médecine légale : d’une part, il existe des femmes qui conçoivent avant d’être réglées, il en est chez lesquelles cet écoulement a lieu malgré la grossesse ; on en a même vu qui n’avaient leurs règles que lorsqu’elles étaient enceintes ; d’une autre part les menstrues peuvent être supprimées par une foule de causes sans qu’il y ait grossesse , et cette suppression détermine souvent les autres signes équivoques de la grossesse dont il me reste à parler. On a cru pouvoir distinguer si la cessation des menstrues dépendait de la conception ou d’une autre cause, parce que, dans le premier cas, la femme se trouvait d’autant mieux qu’elle s’éloignait davantage de l’époque où l’écoulement avait cessé ; tandis que les accidens allaient toujours en augmentant lorsque la suppression était la suite d’une autre cause. Nul doute que les choses nese passent ainsi dans beaucoup de circonstances^maisil n’est pas rare de voir des femmes grosses

beaucoup plus incommodées que d’autres qui ne sont pas dans cet état , et chez lesquelles il y a suppression de la menstruation.

Est-il possible de fixer l’époque de la conception, et par conséquent les différens termes de la grossesse, en ayant égard as moment où les règles ont été suspendues ? Sur cent femmes enceintes, et parvenues à un terme assez avancé, dit M. P. Dubois, diæ-huit n’avaient aucun souvenir du temps où leurs règles s’étaient suspendues ; onze étaient fort irrégulièrement menstruées avant de devenir enceintes; trois avaient été certainement réglées pendant les premiers mois de leur gestation : on voit donc que chez trente-deux femmes sur Cent, il n’était pas possible de s’éclairer par cette circonstance. Quant aux autres cas, on verra par le tableau ci-joint que j’ai emprunté à ce professeur sa thèse pour le concours année 18B4) qu’une erreur de quinze jours, et de plus encore, est souvent possible, et qu’elle consiste surtout à porter trop loin l’époque à laquelle on présume que l’accouchement doit avoir lieu.

1 2 jiiillef-i

2 4 jnillet.

3 8 juillet.

■4 10 Juillet-

5 15 juillet.

6 15 juillet.

7 17 juillet

8 18 juillet

9 18 j'uillet.

10 20 j'uillet,

11 24 juillet.

12 24 juillet

13 23 juillet

14 lO jumet

15 25 juillet.

16 26 juillet

17 27 juillet

18 28jumet

19 28 juillet.

20 28jumet'

21 28 juillet.

22 25 juillet-

23 30 juillet

24 1er août.

25 1er août.

26 4 août.

27 1er août.

28 6 août.

29 7 août

30 8 août

31 10 août.

32 15 août.

33 16 août.

34 16 août.

35 18 août.

39 24 juin.

40 30 juillet.

41 28jumet

1er août.

26 juillet.

15 août.

45 20 août.

46 8 août.

47 20 juillet.

48 19 juillet.

49 20 juillet

50 29 juillet.

2° Le dévelojpjpejnent des mamelles,!’ augmentation deleut sensibilité, les modifications de l’aréole. — La dépression de T ombilic. — La kyestéine. Dès le début, la plupart des femmes sentent les seins se tendre, se gonfler: c’est un signe constant pour quelques-unes ; mais comme ce gonflement peut manquer surtont chez des femmes faibles, chez celles qui continuent d’être réglées pendant la grossesse , et que d’une autre part il existe souvent, lorsqu’il y a ataénorrhée, il ne peut être regardé comme ayant une grande valeur. Les modifications de X aréole auraient , suivant M. Montgomery, une importance bien autre ; vers la fin du second I mois, le mamelon devient plus érectile ; sa couleur est beaucoup plus foncée, la peau qui l’environne présente un aspect presque emphysjémateux, et prend une teinte légèrementjaunâtre ; bientôt de petites saillies dues à des glandules proéminent surtout autour de la base du mamelon. Ces modification s dans l’aréole sont à leur summum de développement dans les mois qui suivent. (V. plus loin). La dépression plus ou moins prononcée de l’owbilic est un signe qui ne peut avoir une grande valeur.

C’est aussi dans le cours du deuxième mois, suivant M. Eguisier, que X urine présente cette matière qui concourt à former à la surface du liquide excrété une pellicule , tant étudiée dans ces derniers temps , et que Nauche a désignée sous le nom de kyestéine ^V. pages 228 et 230).

On doit attacher beaucoup moins d’importance à la présence d’une humeur laiteuse qui s’échapperait par le mamelon; 'car non-seulement ce phénomène se manifeste rarement pendant la période dont je parle, mais il peut exister chez les femmes atteintes de certaines maladies de matrice, chez celles dont le mamelon est souvent chatouillé, et même chez certains hommes.

3“ Les nausées, les vomissemens , X anorexie , les appétits dépravés et insatiables, la salivation, la céphalalgie et les maux de dents. Sans doute que beaucoup dè femmes grosses éprouvent quelques-uns de ces accidens dans la première période de la gestation, mais ils peuvent tenir à d’autres causes ou même manquer. J’en dirai autant de \2t. décomposition des traits de la face.

Etat du vagin. V. ce qui a été dit à la page 218.

Ajouterai-je à ces signes celui qui , suivant le docteur J. Beccaria, indique la grossesse avant le quatrième mois? Ce signe consisterait dans une douleur pulsative très vive, bornée à la région du cervelet, et occupant spécialement cette partie que Gall désigne comme le siège de l’instinct de la reproduction ; cette douleur serait accompagnée d’étourdissemens au moindre mouvement de la tête, et de photophobie. Les femmes qui éprouveraient cette douleur particulière, la ressentiraient tout-à-coup , sans qu’aucun symptôme précurseur l’eût annoncée; celle-ci durerait quelque temps, et bientôt un besoin de dormir lui succéderait, et après un sommeil de quelques instans, le réveil aurait lieu avec la disparition complète de la douleur, et un appétit assez vif. Ces douleurs reparaîtraient chaque jour à-peu-près à la même heure, pendant huit jours environ ; elles se dissiperaient ensuite spontanément, sans qu’aucun moyen employé pour les combattre eût pu les faire disparaître auparavant. Le docteur Beccaria aurait observé ce signe chez des femmes qui n’avaient aucune conscience de leur état, et qui ne soupçonnaient pas qu’elles fussent enceintes universali di Med. , septembre 1830).

Pendant le troisième mois. Le médecin légiste ne peut admettre avecStein, qu’au troisième mois de la grossesse , la paroi antérieure de la matrice forme une tumeur molle, hémisphérique, que l’on peut reconnaître en introduisant le doigt jusqu’au fond du vagin, et qui est un indice certain de grossesse. Je ne crois pas non plus qu’à cette époque de la grossesseon puisse positivement reconnaître l’utérus développé, par le toucher hypogastrique et vaginal pratiqués simultanément. C’est à cette période de la grossesse et dans le quatrième mois que les modifications du mamelon et de l’aréole se prononcent ; la peau de la mamelle présente alors les caractères suivans : 1° autour du mamelon est un cercle dont la couleur est plus ou moins foncée ; elle l’est en général même plus chez les personnes qui ont la peau brune, les yeux et les cheveux noirs, que chez les femmes blondes, faibles et délicates. L’étendue de ce cercle est de 2 à 3 centimètres et demi, mais il augmente ainsi que sa coloration brune à mesuraque la grossesse avance. Les glandules signalées plus haut sont au

nombre de 12 à 20, et s’élèvent de 2 à 4 millimètres au-dessus du niveau de la peau. La kyestéine n’est pas plus développée que dans le second mois.

Etat du vagin. V. page 218.

Pendant le quatrième mois. La situation de la matrice est telle à cette époque {Voyez p. 214), que si les parois de l’abdomen ne sont pas trop épaisses ou trop tendues, on peut recon-^ naître sa forme et son volume en appliquant la main sur l’abdomen. L’expansion du ventre est encore trop peu marquée pour qu’on puisse en tenir compte : la valeur de ce signe sera examinée plus loin. Chez la plupart des femmes le fœtus exerce des I mouvemens que l’on a appelés actifs : c’est particulièrement vei^ la fin du quatrième mois , lorsque les organes de la locomotion Jouissent déjà d’une certaine énergie, que ces mouvemens sont sensibles ; ils deviennent quelquefois si forts par la suite, qu’on les aperçoit même à travers les vêtemens, et que la femme en est réveillée pendant la nuit : l’homme de l’art parvient souvent à les provoquer en appliquant sur les parois du ventre la main préalablement trempée dans l’eau froide. Ce signe qui paraîtrait au premier abord devoir permettre d’affirmer que la femme est ou n’est pas enceinte, présente pourtant beaucoup d’incertitude; non-seulement il y a des femmes qui n’ont senti de pareils mouyemensà aucune époque de la grossesse, mais il en est beaucoup d’autres chez lesquelles des contractions spasmodiques de l’utérus et des intestins simulaient tellement les mouvemens du fœtus qu’elles se disaient enceintes. A. Dubois, que l’on n’accusera, certainement pas d’avoir observé légèrement, rapportait qu’ayant appliqué la main sur l’abdomen d’une femme qui se croyait au cinquième mois de sa grossesse, il sentit ces mouvemens spasmodiques , qu’il prit pour ceux de l’enfant.

Un exemple analogue à celui-ci s’est présenté il y a quelque temps à l’hôpital de la Charité. Tous les élèves ont pu constater des contractions spasmodiques des intéstins et même de la paroi abdominale, accompagnées de douleurs vives à l’hypogastre. La femme croyait être enceinte, et elle avait déjà donné lieu à des erreurs de diagnostic auprès de quelques médecins peu atten-* tife. ,

S'il est vrai que pendant cette époque la cessation des règles continue le plus souvent, il n’est pas rare de ne plus observer les nau4ée$,{e& vomissemens , les appétits dépravés ^ etc. Quant au gonflement des mamelles il est plus considérable, et la sécrétion laiteuse plus abondante que dans les deux premiers mois. Les modifications du mamelon et de l’aréole sont à leur summum de développement 5 notez qu’elles ont une bien plus grande valeur chez les primipares. Il est inutile de faire mention du ballottement, parce qu’on ne l’aperçoit guère avant le cinquième mois.

Modifications de l’urine {Foyezp. 229).

Etat duvaypn. V. p. 218.

Pendant le cinquième mois . L’expansion de l’abdomen est an peu plus marquée, parce que le fond de l’utérus approche déjà de la région ombilicale ; l’élévation du ventre vers le nombril éontraste alors avec une sorte de vide qui a lieu du côté des lombes. Mais à aucune époque ce signe ne peut être donné comme ayant une certaine valeur ; en effet l’imperforation de l’hymen, la suppression de la menstruation, l’hydropisie, la tympanite, l’hystérie, certaines affections spasmodiques, peuvent distendre l’abdomen autant qu’il l’est dans la grossesse ; ne voit-on pas d’ailleurs des femmes dont le ventre se tuméfie considérablement à ' l’époque critique par cela seul qn’elles cessent tout-à-coup d’être réglées, et qui éprouvent en même temps des nausées, des vomissemens, etc.? D’une autre part combien n’est-il pas facile aux femmes de dissimuler le développement de l’abdomen à l’aide d’une compression soutenue, d’une disposition particulière des vêtemens ou d’une démarché étudiée ?

. A celte période commencent à paraître de petites tâchés irrégulièrement circulaires, qui, situées autour de l’aréole et sem-^ blables aux taches qu’aurait laissées sur la peau l’aspersion d’un liquide coloré, . constituent une autre auréole mouchetée, tache^ lée. C’est un signe auquel le médecin légiste ne doit attacher de l’importance, qu’autant qu’il ést groupé avec beaucoup d’autres à l’existence simultanée desquels il emprunte de la valeur.

Indépendamment des mouvemens actifs du fœtus, qui sont encore plus prononcés qu’au quatrième mois, on peut déterminer is.

à cette époque des mouvemens passifs ou de ballottement • c’esi à eux qu’il faut rapporter chez la mère la sensation d’un corps étranger qui tombe sur la partie la plus déclive de l’uiérus. La femme étant debout, et la main gauche de l’accoucheur appliquée immédiatement sur les parois de l’abdomen afin de saisir la matrice, si l’on introduit le doigt indicateur de l’autre main jusqu’au fond du vagin, et qu’on cherche à soulever l’utérus en frappant sur l’extrémité vaginale du col de ce viscère, il est évident que le fœtus qui nage librement dans l’eau de l’amnios sera soulevé, montera jusqu’à la partie supérieure de la matrice, puis tombera à raison de son poids, et viendra frapper le doigt indicateur toujours placé à l’extrémité du col de la matrice, comme le ferait une substance solide quelconque contenue dans une cavité remplie de liquide ; il faut bien prendre garde de ne point confondre avec le hallottementlQ mouvement de totalité de l’utérus. Le mouvement passif dont il s’agit peut ne pas être sensible au cinquième mois, tandis qu’il le sera plus tard ; dans d’autres circonstancès Je médecin est dans l’impossibilité de le constater à aucune époque de la grossesse ; ce qui peut tenir à ce qu’il n’est pas exercé au toucher, à la faiblesse ou à une maladie du fœtus , ou à d’autres Causes.

Comme pendant l’époque précédente, la femme continue en général à ne pas être réglée et à ne plus avoir autant de disposition aux nausées, aux vomissemens, etc.

La sécrétion du lait est plus abondante.

Etatduvagin.N.

Pendant le sixième mois. De quel secours peuvent être les signes suivans, donnés par quelques auteurs : le pouls est petit, faible et tardif, il est souvent gastrique; le sang est plus couenneux? Il n’en est pas de même de la tuméfaction des mamelles et du ventre , qui est plus marquée; en général, la femme continue à ne plus être réglée ; elle a moins de disposition aux nausées et aux vomissemens. Quant à la saillie que peut faire alors le nombril, elle reconnaît quelquefois toute autre cause que la grossesse V. p. 218 pour Xétat du vagin.

C’est ici le moment de rapporter les recherches de MM. Nau-

ches, Eguisier et Tanchou en France, des docteurs Letheby (1) et Stark(2)en Angleterre, etde Kant (3)en Amérique. Ces auteurs sont arrivés à conclure d’après leurs observations que l’inspection seule de l’urine pouvait faire reconnaître une grossesse. La médecine légale peut sans doute puiser dans leurs travaux des ressources précieuses , mais l’homme prudent doit attendre encore le contrôle du temps et de l’expérience avant d’admettre sans restriction une proposition aussi absolue. Voici les phénomènes que présente l’urine des femmes enceintes reçue dans un verre à champagne et laissée en repos dans un endroit bien éclairé et bien aéré.

x\u moment de son excrétion, elle est acide, un peu louche, blanchâtre, d’une odeur fade : habituellement de petits corpuscules blancs y sont tenus en suspension; ceux-ci se déposent sous forme de flocons nuageux soit au fond , soit sur les parois du vase. — Elle devient immédiatement très limpide. D’après M. Kant, ce premier dépôt ne serait pas constant, et n’appartiendrait pas exclusivement à l’état de grossesse.

Après dix-huit ou vingt-quatre heures, on aperçoit souvent à Itrsurface du liquide une foule de. petits grains brillans, cristallins. Quelquefois ces granulations se réunissent et constituent une couche transparente, mince, irisée , visible seulement dans certaines positions.

Dès le second jour ou dans le courant du troisième, suivant M. Eguisier, l’urine commence à perdre sa transparence ; elle est plus louche que lors de son excrétion , son odeur est plus forte , et l’on distingue à sa surface quelques traces d’une pellicule qui devient de plus en plus manifeste. Du troisième au quatrième jour de petits débris s’en détachent et tendent à gagner le fond du vase.

Du quatrième au cinquième jour la pellicule est presque entièrement détruite; les débris se précipitent sur le sédiment ,

(1) London Med. Gaz., december 1841.

(2) TlieEdimburg med. and. surg. journal, january 1842.

(3) American Journaîof tiw medical sciences , july 1S42.

où ils forment une croûte blanche ; mais elle est successivement remplacée par une nouvelle pellicule , moins blanche et parsemée de petits points brillans d’un aspect cristallin. L’apparence laiteuse commence à s’effacer sous une teinte verdâtre.

Les jours suivans , l’urine se trouble et s’évapore de plus en plus ; elle devient verdâtre ; la putréfaction commence et la seconde pellicule se détruit à son tour pour faire place à une troisième qui est plus ou moins analogue à celle que la putréfaction engendre sur l’urine ordinaire.

Les recherches de M. Kant présentent quelques légères différences si on les compare à La description donnée par M. Eguisier. Ainsi M. Kant qui a suivi pas à pas , heure par heure ces changemens , dit que l’époque d’apparition de la pellicule est très variable ; il l’a vue quelquefois au bout de trente-six heures, d’autres fois au bout de huit jours. Dans quelques cas elle est peu prononcée et l’on n’aperçoit que quelques lignes striées , irrégulières ; d^autres fois elle ressemble à la couche de graisse qui surnage le bouillon refroidi. Suivant le docteur Bird, cette pellicule exhale une odeur de fromage très prononcée. M. Kant n’a observé ce fait que sept fois sur quatre-vingt-cinq observations.

La matière qui concourt à former cette pellicule serait la kyestéine, produit de la grossesse.

Rarement cette pellicule manque : Sur quatre-vingt-cinq cas, M. Kant l’a vue soixante-huit fois avec tous ses caractères ; dans onze elle était peu caractérisée, dans six seulement elle ne fut pas constatée.

La pellicule qui se forme à la surface de l’urine dans certaines conditions pathologiques n’a pas les caractères distinctifs de la kyesféine. Ainsi ce n’est guère qu’au bout de cinq à six jours, c’est-à-dire à-peu-près au moment où la putréfaction commence que surviennent les pellicules que l’on obsefveparfois dans l’urine des phthisiques et des malades affectés d’une maladie articulaire, d’un catarrhe vésical ou d’abcès métastatiques: une fois que cette pellicule a commencé, elle arrive en quelques heures àson complet développement , tandis que la véritable kyestéine apparaît dès le second jour, ne se développe que lentement et semble tout-à-

fait indépendante de la putréfaction. Enfin, la kÿesléine a en général une plus grande densité que la pellicule qui est le produit d’un état pathologique. «

La kyestéine est neutre et insoluble dans l’eau, elle n’est pas soluble dans les alcalis, comme Talbumine, ni dans un mélange de savon et d’ammoniaque comme ni dans l’éther et

l’alcool bouillans comme la graisse. I^^^Kui la contient ne se coagule pas par l’ébullition comme rui^jlRfeumineuse, mais elle laisse déposer, parle refroidissement, une poudre blanche abondante. Cependant la kyestéine est précipitée par le bichlorure de mercure , par la plupart des acides forts et par les solutions astringentes (Eguisier). M. Bonastre et Nauche la considèrent comme un corps nouveau, gélatino-albumineux.

C’est du troisième au sixième mois que les caractères de la kyestéine acquièrent leur plus haut degré de créveloppémeht. À partir du septième, ils semblent perdre de leur intensité jusqu’à la fin de la grossesse : de sorte que dans le courant du neuvième et même parfois du huitième mois, ils ne sont guère plus marqués que' dans le second.

Lorsqu’on appliqué l’oreille sur l’abdomen d’une femme enceinte de six mois, revêtue de ses vêtemens, ou lorsqu’on explore celte partie du corps à l’aide du stéthoscope , on entend , dans l’espace situé entre l’ombilic et l’arcade crurale, un bruit semblable à celui que produirait une montre placée très près de l’oreille ; c’est le plus souvent du côté opposé à celui vers lequel les extrémités inférieures du fœtus se dirigent plus spécialement que ce bruit se fait entendre ; il est le résultat des contractions du cœur du fœtus, dont les pulsations doubles , au nombre de cent vingt à cent soixante environ par minute , reviennent à des temps réguliers, et ne sont point isochrones au pouls de la mère. La fréquence de ces battemens ne permet point de les confondre avec ceux que l’on sent quelquefois à la partie inférieure droite ou gauche dej’abdomen des femmes grosses.

Sur une autre partie^de l’abdomen que Je ne désignerai point, parce qu’elle peut varier beaucoup, on entend des pulsations simples régulières, parfaitement isochrones au pouls de la mère,

et dont le bruit est analogue au souffle que l’on observe dans certaines maladies du cœur ou des gros vaisseaux.

Elles se ralenlftsent ou s’accélèrent souvent; avant le septième mois de la grossesse elles peuvent changer de place, selon les positions différentes du fœtus-, on les perçoit en général sur un rayon de 5 à 8 centimètres„^g|œlquefois dans un espace beaucoup plus étendu, mais elles s^^^^pours plus fortes et plus nettes dans un point central, pour anSITire. M. P. Dubois a signalé une variété de ce bruit , dont il compare la résonnance particulière à un tintement métallique. Enfin, M. Naegèle paraît croire que dans certaines circonstances, on n’entend qu’un seul bruit.

Ce bruit a reçu divers noms , selon l’opinion qu’ont émise les différons auteurs qui ont étudié cette question. C’est le souffle utéro-placentaire deM. de Kergaradec, parce que le siège en était suivant lui dans la circulation utéro-placentaire. M. Bouillaud, qui le regarde comme ayant très probablement son siège dans les gros troncs artériels, l’appelle soufflet abdominal. M. P. Dubois croit qu’il est produit dans les vaisseaux qui rampent dans l’épaisseur même des parois utérines, et l’a nommé souffle utérin.

Quoiqu’il en soit des diverses opinions émises sur le siège et la nature de ce bruit, toujours est-il qu’on le perçoit quelque temps avant les pulsations doubles du fœtus, dès que le fond de l’utérus devient explorable avec le stéthoscope. Cependant on doit regarder comme une très rare exception les cas cités par MM. Delens et Kennedi dans lesrfuels le premier aurait entendu le bruit au troisième mois, et le second vers les dixième, onzième et douzième semaines.

Il est souvent difficile de constater les battemens dont je parle au moment où l’exploration commence ; les borborygmes produits par la circulation des gaz dans les intestins masquent tous les autres bruits ; il est donc important de laisser séjournei' l’oreille pendant quelque temps sur les points où il est ordinaire d’entendre ces battemens ; d’ailleurs il y a à cet égard des différences nombreuses; ainsi quelquefois on ne peut entendre ce bruit, d’autres fois on ne le perçoit que par intervalles ou dans des points diffërens. L’étendue dans laquelle on le perçoit est tantôt

très circonscrite, tantôt fort grande. Je n’insisterai pas davantage sur la nature, le mode de production et le siège de ce bruit : ce sont là des matières très controversées.

Voici les conséquences que l’on peut déduire des travaux de ce genre relatifs au diagnostic de la grossesse : 1“ La femme est enceinte si l’on est parvenu à entendre les. doubles battemens du cœur du fœtus ; 2° à plus forte raison (|^^rmera que la grossesse existe, si indépendamment de ces battemens on a perçu le bruit de souffle ; 3" l’absence des pulsations doubles du cœur du fœtus ne suffit point pour conclure que la femme n’est pas enceinte ; en effet, le fœtus pourrait être mort ou très faible, ou tellement situé, qu’il fût impossible de saisir ces battemens ; 4“ la suspension des doubles pulsations du cœur après qu’on les avait entendues, est un phénomène assez commun ; il faut alors explorer la femme à plusieurs reprises. Quantà la valeur du souffle utérin, comme signe diagnostique, elle sera examinée à la page 235.

On lit dans le cahier de mai 1824 , du Journal général de Médecine, l’histoire d’une femme âgée de trente-six ans, que les plus habiles médecins de Paris avaient crue, à tort, atteinte d’un squirrhe de l’ovaire droit, et chez laquelle M. Lenormand reconnut , à l’aide du stéthoscope, une grossesse de sept mois ; en effet, il lui fut permis d’entendre les battemens du cœur du fœtus, et le bruit de souffle 5 l’accouchement eut lieu dans le courant du neuvième mois.

Depuis la publication .du mémoire de M. Kergaradec, le professeur Paul Dubois s’est livré à une série de recherches intéressantes sur ce sujet {Voy. le rapport fait à l’Académie de médecine sur l’auscultation dans les Archives de médeehie , numéro de décembre 1831). Voici le résumé de ses observations ;

1" Il est possible de^econnaître, à l’aide de l’auscultation, les doubles battemens du cœur du fœtus chez toutes lès femmes en travail, pourvu que le fœtus soit vivant, que le sixième mois de la grossesse soit écoulé, que les membranes soient rompues, et qu’une portion du liquide amniotique soit écoulée. Chez presque toutes, le souffle utérin peut être entendu, quand la recherche de ce bruit n’est pas faite pendant la contraction utérine, qui le suspend lorsqu’elle est énergique et complète.

2° Le fœtus peut être considéré comme mort toutes les fois que dans les circonstances favorables que je viens d’indiquer, les pulsations du cœur n’ont pu être reconnues après des recherches fort attentives et souvent répétées. La persistance du souffle utérin, dans ce cas, ne dément pas cette présomption.

3° Les mêmes résultats peuvent être obtenus de l’auscultation, pendant la grossesse^îl^rè# le sixième mois, ou pendant les premiers temps du travail , avant la rupture des membranes. Cependant les explorations peuvent être infructueuses alors, dans la proportion de 10 à 195 pour les battemens du cœur fœtal, mais dans une proportion moins favorable encore pour le souffle utérin.

h° L’application du stéthoscope ou de l’oreille peut presque toujours faire reconnaître les doubles battemens et les pulsations avec souffle, entre le quatrième méis et demi de la gestation et la du sixième; cependant les investigations demandent à être plus souvent répétées pour les battemens du cœur. Il n’en est pas de même pour le souffle utérin, qui souvent à cette époque sert plus au diagnostic de la grossesse que les doubles battemens eux-mêmes.

5“ Ce n’est qu’au quatrième mois et demi de la gestation que les pulsations du cœur du fœtus peuvent être distinctement reconnues ; le bruit de souffle peut l’être une ou deux semaines àpeu-près avant cette époque : ce phénomène serait donc le premier indice presque certain de grossesse quand il se joint à d’autres signes qui déjà en faisaient présumer l’existence. Comme cependant la grossesse n’est pas la seule circonstance qui produise le développement de l’utérus et de son appareil vasculaire, et par conséquent les battemens avec souffle qui en sont le résultat ; comme d’ailleurs des tumeurs abdominales étrangères au développement d’un produit de conception ont offert plusieurs fois le même phénomène , on comprend que la perception du battement avec souffle ne puisse pas établir une certitude complète (P. Dubois, Diet. de médecine^ tomexiv, page ,360).

6° La force des doubles battemens est généralement en rapport avec la vigueur et le développement du fœtus; toutefois les exceptions à cet égard sont extrêmement nombreuses.

7° Les pulsations du cœur, chez le fœtus, se reproduisent ordi-

Bairement de 140 à 150 fois par minute ; mais elles peuvent offrir chez plusieurs des variations accidentelles dans leur intensité, et chez presque tous , des variations notables mais momentanées dans leur rhythme.

8“ Ce n’est pas la région dorsale du fœtus seulement, mais les diverses régions de la poitrine, et probablement quelques autres parties encore, qui transmettent l’impraision des doubles battemens; cette circonstance, en rendant possible la perception des pulsations du cœur dans quelque position que se trouve le fœtus, s’oppose cependant à ce que l’on puisse déterminer avec exactitude ses rapports réels avec la matrice et le bassin.

9® Les battemens avec souffle n’ont pas leur siège dans les vaisseaux du placenta , mais dans l’appareil vasculaire de l’utérus ; ils sont généralement plus forts vers les points correspondans à l’insertion du délivre, parce que dans ces points, le tissu vasculaire de l’utérus est plus développé ; cependant le développement du tissu vasculaire n’étant pas exclusivement borné à ce dernier endroit, les battemens avec souffle s’observent souvent sur des points de la matrice qui n’ont aucune connexion avec le placenta.

10" Enfin, comme le bruit de souffle n’existe pas toujours, ou du moins p’est pas toujours perceptible , son absence ne saurait exclure nécessairement l’idée d’une grossesse.

Je n’insisterai pas sur un bruit consistant dans une pulsation simple non dicrote , et surtout non isochrone avec le bruit de soufflet, dontM. Naegèle a donné la descriptibn, et dont il place le siège dans le cordon ombilical, ni sur un bruissement que l’on n’observe qu’après la mort du fœtus, que M. Stoltz appelle hruit de fermentation, et qu’il attribue à la décomposition du liquide amniotique. Ce sont là des assertions auxquelles la médecine légale ne peut rien emprunter.

Pendant les trois derniers mois. Au septième mois, si l’on introduit le doigt dans le vagin , on peut distinguer la tête du foetus au détroit supérieur, à traven's l’épaisseur des parois de la matrice. Les mouvemens actifs du fœtus sont quelquefois tellement forts à cette époque, que l’on avait cru pendant long-temps que l’enfant faisait la culbute. La démarche est gênée, les envies

d’uriner fréquentes, et chez certaines femmes les membres abdominaux sont déjà œdématiés. Au huitième mois , la tête de l’enfant est plus grosse , plus solide , et paraît plus basse ; le doigt introduit dans le vagin sent manifestement les membranes, si l’orifice de l’utérus est ouvert ; l’estomac et le diaphragme sont refoulés en haut par suite de la plus grande élévation du fond de l’utérus ; aussi la respiration est plus difficile, et assez souvent la femme éprouve de nouveau des dégoûts, des nausées, des vomissemens. Au neuvième mois, la partie inférieure de l’utérus, entraînée par le fœtus, plonge dans l’excavation du petit bassin. Il n’est pas rare, à cette époque, de voir l’orifice de la matrice assez ouvert pour que le doigt introduit dans le vagin puisse atteindre les membranes qui enveloppent le fœtus. La compression exercée par l’utérus sur la vessie, le rectum, les nerfs sacrés, etc., rend raison des envies fréquentes d’uriner, des ténesmes , des hémorrhoïdes , des varices, des douleurs dans les jambes, et de l’engourdissement que la femme éprouve.

Je ne rappellerai pas les changemens considérables et imporlans qui surviennent pendant ces trois mois dans la situation de la matrice, et dans la structure du col {Voy. page 214). Dans le plus grand nombre des cas, la femme continue à ne pas être réglée ; il arrive cependant, lorsque le placenta est inséré sur l’orifice de l’utérus (ce qui est fort rare), que vers la fin du sixième mois, ou au commencement du septième , époque à laquelle la portion utérine de cet orifice s’élargit, il y a un écoulement sanguin , même chez les personnes dont la menstruation avait été supprimée jusqu’alors. Le gonflement des mamelles et l’ex-pansion du ventre sont en général plus considérables pendant cette époque qu’à aucune autre ; toutefois l’abdomen change de forme au commencement du neuvième mois, lorsque l’utérus paraît s’abaisser.

De la grossesse utérine composée.

L’objet de cet article n’est point de rechercher combien il y a de fœtus dans rutérns; la solution de cette question n’intéresse en aucune manière la médecine légale ; ce qu’il importe d’éta-

blJr, c’est que dans le cas de gi'ossesse composée, plusieurs des caractères indiqués dans l’histoire de la grossesse utérine simple subissent des modifications qui seraient propres à jeter de l’incertitude, si elles n’étaient pas prévues. Ainsi le hallottement est plus difScile à déterminer dans les derniers mois que lorsque la grossesse est simple, parce qu’il y a moins de liquide dans l’utérus, et que le fœtus que l’on a déplacé par le choc n’est pas mu avec autant de facilité, que s’il occupait seul toute la cavité des enveloppes de l’œuf. En appliquant la main sur le ventre de la femme, on peut distinguer deux fœtus dans le cas de grossesse double, si V utérus offre des parois souples et peu tendues, tout comme on reconnaît les pieds, les genoux et les coudes du fœtus dans la grossesse simple , si les parois de la matrice n’ont pas beaucoup d’épaisseur.

A l’aide du stéthoscope on peut sentir quelquefois les doubles pulsations du cœur dans plusieurs points de l’abdomen à-la-fois et avec une égale intensité ; dans certains cas on peut même constater un défaut d’isochronisme entre ces deux battemens : la naissance des jumeaux paraît déjà avoir été prédite par ce moyen. Toutefois il faut savoir que l’un de cçs bruits pourrait appartenir au cœur du fœtus et l’autre à l’aorte abdominale de la mère. Il faut alors avoir recours à l’examen comparatif du pouls.

Indépendamment de ces modifications, il en est d’autres qui, pour être moins importantes, n’en doivent pas moins être mentionnées , parce qu’on peut les observer quelquefois : 1“ les mouvemens du fœtus se font sentir en même temps dans plusieurs régions de l’abdomen ; 2° dès les premiers mois de la grossesse, la matrice offre un volume considérable ; 3° au lieu d’être élevé en pointe, l’abdomen est aplati et divisé longitudinalement en deux tumeurs séparées par un sillon quelquefois oblique ; 4“ le gonflement et l’œdématie des membres abdominaux ont déjà lieu vers le troisième ou le quatrième mois.

De la grossesse utérine compliquée.

Indépendamment d’un ou de plusieurs fœtus , l’utérus peut contenir des gaz , des bydatides , des polypes sarcomateux, etc.

Des faits nombreux viennent à l’appui de cette proposition. Je me bornerai à citer le suivant ;

Un chirurgien appelé chez une femme qui est sur le point d’accoucher, croit que le placenta est décollé et qu’il franchit le vagin ; il fait rentrer ce prétendu placenta ; A. Dubois ne tarde pas à reconnaître un énorme polype qui sortit pendant l’accouchement , et se plaça à la partie antérieure de la vulve ; le travail fut terminé heureusement, et l’extirpation du polype fut faite aussitôt après le rétablissement de la femme (Leçons orales du professeur Dubois ).

Dans le plus grand nombre de circonstances il est impossible d’apprécier, pendant la grossesse , les complications dont je parle : aussi m’abstiendrai-je de rapporter les caractères vagues et incertains donnés par les auteurs qui ont parlé de cette matière; je me bornerai à dire que le médecin chargé par le magistrat de prononcer sur l’existence de la grossesse , dans un cas de ce genre, doit se conduire comme si la grossesse utérine était simple {Voyez page 213).

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