DE L’ACCOUCHEMENT
L’art. 341 du Code civil est ainsi conçu ; « La recherche de la maternité est admise. L’enfant qui réclamera sa mère sera tenu de prouver qu’il est identiquement le même que l’enfant dont elle est accouchée. »
Indépendamment de cet article, qui réclame évidemment le ministère de l’homme de l’art pour savoir si une femme est accouchée, il en est d’autres tirés du Code pénal, dont je parlerai plus loin et qui sont relatifs à l’exposition, à la suppression, à la substitution et à la supposition de part, ainsi qu’à l’avortement et à l’infanticide.
Voici les objets que je me propose d’examiner dans ce chapitre; 1“ Comment reconnaître qu’une femme est récemment accouchée? 2“ Quelle est l’époque où il n’est plus permis de trouver des traces d’un accouchement récent? S“ Peut-on établir qu’une femme est accouchée, lorsqu’il n’existe plus de traces d’un accouchement récent? 4° Est-il possible qu’une femme accouche sans s’en apercevoir? 5° L’accouchement se fait-il toujours à la même époque de la grossesse, ou bipn y a-t-il àm; naissances tardi^ mes et précoces ? 6° La superfétation est-elle possible?
Comment reconnaître qu’une femme est récemment accouchée.
La solution de cette question repose sur la connaissance des phénomènes qui suivent l’accouchement, tels que la délivrance, l’écoulement des lochies, les douleurs des parties sexuelles et des articulations du bassin, les changemens qui y surviennent et ceux qui s’opèrent dans la position des viscères, et notamment de l’utérus, la fièvre de lait, quelquefois les tranchées, etc.
La délivrance, regardée par les accoucheurs comme faisant partie de raccouchemeni,doit être considérée en médecine légale comme un phénomène à part; en effet, s’il est vrai que dans la plupart des cas l’expulsion du délivre a lieu peu de temps après la sortie du foetus, il arrive aussi que plusieurs heures et même plusieurs jours peuvent s’écouler avant que l’arrière-faix soit
expulsé. Lorsque par suite des contractions de Tutérus le déÜTre est détaché, décollé de la surface interne de la matrice, et qu’il est tombé sur le col de ce viscère, on sent entre le pubis et l’ombilic une tumeur globuleuse qui durcit et diminue de volume à chaque douleur que la femme éprouve par suite des nouvelles contractions de la matrice; si l’on introduit alors le doigt dans le vagin, on trouve le placenta à l’orifice de l’utérus, et l’on voit qu’il affecte la forme d’un cul de lampe ou d’un bec de pot, suivant la partie par laquelle il s’est décollé. Plus tard, le col de Tutérus qui était revenu sur lui-même se dilate, descend dans le vagin et pèse sur la partie inférieure du rectum, ce qui engage la femme à pousser en avant pour chasser le délivre hors de la vulve. Il arrive souvent que le placenta après son décollement s’applique sur l’orifice interne de l’uiérus ét le bouche tellement qu’il empêche l’issue du sang ; dans d’autres circonstances le décollement des bords du placenta se fait assez vite pour que l’écoulement du sang puisse avoir lieu aussitôt après ce décollement, et bien avant l’expulsion du délivre.
Écoulement des lochies. On sait qu’après la délivrance et l’issue du flot de sang qui l’accompagne , tout écoulement est suspendu ; mais bientôt après la femme perd du sang pur ; cet écoulement sanguin d’une odeur fade, dure ordinairement deux jours , quoique la consistance du sang soit moins grande et sa couleur moins foncée à mesure qu’on approche de la fin du deuxième jour : à cette époque la matière prend une teinte roussâtre. Du troisième au quatrième jour elle devient verdâtre ; son odeur est semi-putride , ce qui paraît tenir à la décomposition et à la fonte des lambeaux de la memb.rane caduque (épichor rion de Chaussier) qui étaient restés dans l’utérus ; quelquefois l’odeur fétide dépend aussi de la putréfaction de quelques caillots de sang ; il n’est pas rare alors de voir les lochies prendre une couleur noirâtre. Du quatrième au cinquième jour, l’écoulement acquiert une couleur d’un blanc jaunâtre semblable à celle du pus ou du lait; son odeur, qui provient des mucosités qu’elle entraîne , a été comparée à celle d’un civet de lièvre et à celle de l’huile de poisson, par Loder; d’autres l’ont regardée comme caractéristique de l’accouchement et l’ont désignée sous le nom de
gravis odor puerperii. Cet écoulement diminue par degrés et continue ordinairement pendant un mois ou six semaines ; à la vérité il est difficile de fixer la durée de ces lochies laiteuses ou purulentes^ parce que Ton a souvent de la peine à les distinguer des flueurs blanches auxquelles beaucoup de femmes sont sujettes après l’accouchement , et qui peuvent se prolonger pendant long-temps. La fièvre de lait a le plus souvent lieu quarante-huit heures après l’accouchement ; alors l’écoulement est supprimé ou diminué ; il reparaît lorsque la fièvre a cessé.
Quelquefois les lochies sont sanguinolentes pendant plusieurs jours; souvent dans le cours des premièreê semaines, et même de tout le premier mois, on voit le sang qui avait cessé de faire partie de la matière de l’écoulement reparaître de temps à autre, ce qui tient à des écarts de régime , à la faiblesse des vaisseaux utérins, ou à la largeur contre nature de quelques-uns d’entre eux. On a vu , rarement à la vérité , des femmes n’avoir pas de lochies ; chez d’autres l’écoulement se supprime dès le deuxième ou troisième jour, par suite d’une irritation quelconque , et l’on peut voir, après avoir combattu cette irritation par les moyens antiphlogistiques, du sang pur couler pendant huit ou dix jours, .
Quelque grandes que soient les variétés que présente l’écoulement des ^ochies , il ne doit pas moins être considéré comme un des signes les plus importans de l’accouchement : en effet, il existe le plus souvent tel que je l’ai décrit d’abord; il est doué d’une odeur particulière , et il est en général accompagné d’un afflux de lait aux mamelles; tandis que les pertes en rouge ou en blanc que l’on peut remarquer chez les femmes qui ne sont pas en couches , n’offrent point l’odeur signalée plus haut , et produisent ordinairement le relâchement et la flétrissure des seins.
État des parties sexuelles et des articulations du hassin. On observe après l’accouchement chez une femme primipare , ou lorsqu’il y a une disproportion marquée entre le volume de la tête du foetus et les parties génitales , que la vulve est fort dilatée, que les grandes et les petites lèvres , la fourchette , le vagin , etc., sont tuméfiés , rouges ou violets , contus et foulés : quelquefois on y remarque des déchirures ; le bord antérieur du périnée
peut également être déchiré , et dans des circonstances asseï rares , la lésion est telle , que l’anus et le vagin ne forment plus qu’une seule ouverture; dans le plus grand nombre de cas, U fourchette est rompue après le premier accouchement. Le vagin est dilaté , phénomèue que l’on peut remarquer aussi chez les personnes qui ne sont pas accouchées, et dont les parties sont habituellement abreuvées par des flueurs blanches , ou qui ont un relâchement de matrice. Les articulations du bassin sont douloureuses , et le sommet du coccyx est refoulé en arrière ; aussi la femme éprouve t-elle beaucoup de difficulté à s’asseoir. Huit ou dix jours après l’accouchement la douleur a disparu, à moins que la lésion n’ait été grave ; alors les parties sexuelles sont pâles ou blafardes ; les rides du vagin ont reparu. S’il est vrai que l’expulsioQ d’un débris du produit de la conception, d’un polype, d’uue concrétion sanguine, puisse occasionner un délabrement analogue des parties génitales externes , il est également certain que, dans la plupart des cas, elle ne fait qu’effleurer les organesde la génération sans en changer la forme ni le volume.
Etat de l’utérus^ des viscères abdominaux^ de la peau et' des muscles de V abdomen. On peut, à l’aide d’une main placée sur l’hypogastre, tandis qu’avec le doigt indicateur de l’aiilre on repousse en haut le col de la matrice, sentir, pendant quelques jours après l’accouchement, le corps de l’utérus au-dessus du pubis : ce signe est plus facile à apprécier chez les personnes maigres et chez celles dont la grossesse était plus avancée. Au bout de quelques jours, les parois de l’utérus offrent plus de 27 millim. d’épaisseur; cet organe pèse alors ordinairement de 750 grammes à 1 kilogramme , et reprend sa place dans la cavité pelvienne.
Ce n’est guère qu’au bout de deux mois qu’il a perdu l’excès de son volume, de son poids et de sa mollesse ; il reste même plus gros , plus pesant et plus mou après plusieurs accouchemens. Uorifice est fort dilaté après l’accouchement, et permet l’introduction dans la matrice d’un ou de deux doigts; ses bords, minces et flasques, sont pendans dans le vagin ; il revient ensuite sur lui-même et reprend sa forme labiée; ses lèvres, surtout la postérieure, conservent plus de longueur et d’épaisseur qu’avant
la grossesse; elles sont aussi plus écartées et présentent des iaégalUés ou des échancrures, si elles ont éprouvé quelque dédiirure lors du passage du fœtus. Les changemens de volume et d’épaisseur du col de l’utérus, dont il vient d’êlre fait mention, ne sont pas, il est vrai, tellement caractéristiques de l’accoochemêDl, que l’on puisse d’après eux conclure qu’il a eu lieu ; en effet le squirrhe, les corps fibreux, etc, , peuvent augmenter les dimensions de la matrice ; l’expulsion des débris de l’œuf, deconcrétions sanguines, etc., peut occasionner des changemens dans la forme et dans la structure du col ; mais en général l’altération de cette partie n’est jamais aussi marquée qu’après l’accouchement.
'L'épiploon et les ititestins resxemxml à leur place naturelle. Les deux feuillets du péritoine qui forment les ligamens larges et qui avaient été entraînés avec le fond de l’utérus se rapprochent; les ligamens ronds se raccourcissent; la peau de l’ahdomen^ qui avait été singulièrement distendue se rétracte et se ride , un voit surtout dans l’espace compris entre les aines et l’ombilic, de petites éraillures ou des stries luisantes, d’abord livides, qui ensuite deviennent blanchâtres, et qui ressemblent à des cicatrices; elles sont entrecroisées en différens sens , et ne s’effacent jamais complètement. On remarque aussi une ligne brunâtre quidu pubis se dirige vers l’ombilic. Les muscles droits de V abdomen et la ligne ^nêdiane présentent un écartement marqué. Toutefois je ferai observer que la flaccidité et les plis du bas-ventre peuvent être la suite de l’amaigrissement ou de la déplétion de l’abdomen après une hydropisie, qu’ils seront peu marqués chez des femmes jeunes et robustes, surtout lorsque le fœtus était peu volumineux ou qu’il n’était pas à terme, enfin qu’ils peuvent dépendre d’un accouchement ancien.
La fièvre de lait paraît ordinairement quarante-huit heures après l’accouchement; elle est caractérisée par des élaneemens dans les seins, qui ne tardent pas à se tuméfier et à durcir; ce gonflement, qui n’est jamais plus considérable que vers le déclin delà fièvre, peut être assez marqué pour faire craindre que la peau ne se crevasse, et pour gêner, la respiration. La feifime éprouve une lassitude universelle , des pesanteurs et des dou-
leurs de tête, et des picotemens sur toutes les parties du corps; le pouls est fréquent et fort. La sécrétion du lait s’établit; un fluide séreux s’écoule par le mamelon et inonde la chemise ou k garniture du sein ; cet état se termine par une sueur d’une odeur aigre. La durée de cette fièvre n’est le plus souvent que de vingtquatre ou de trente-six heures; elle se prolonge quelquefois pendant plusieurs jours ; en général, comme je l’ai déjà dit, les lochies sont supprimées ou considérablement diminuées tant qu’elle existe ; enfin il importe de savoir que, loin d’être un phénomène constant de l’accouchement, la fièvre de lait peut manquer chez certaines femmes récemment accouchées.
La sécrétion du lait, considérée isolément, ne peut être regardée comme preuve d’un accouchement récent, car on a vu des filles et des femmes qui n’étaient pas récemment accouchées allaiter des enfans ; on sait même que chez des individus du sexe mâle les mamelles ont pu sécréter du lait. Cependant comme ces exemples sont fort rares, et que d’ailleurs il n’est pas commun de voir les seins gonflés et fournissant une humeur laiteuse, à la suite d’une hémorrhagie et d’une hydropisie utérine, de l’expulsion des débris d’un œuf, etc.^ on ne doit pas regarder le caractère dont il s’agit comme indifférent.
Les tranchées utérines reconnaissent pour cause des caillots de sang placés sur l’orifice des gros vaisseaux, ou la dilatation de l’orifice interne de l’utérus, au moment où ces caillots se présentent pour le franchir. On les distingue des autres douleurs parce qu’elles reviennent à des intervalles assez grands et réguliers, à la dureté qu’acquiert le globe utérin chaque fois qu’elles se manifestent, et à ce qu’elles sont suivies de l’expulsion de quelques caillots ou d’un liquide. Lés femmes qui accouchent pour la première fois en ont rarement, parce que chez elles les contractions de la matrice ayant été plus fortes, cet organe se trouve dégorgé lorsque l’accouchement a eulieu. Chez les autres femmes elles commencent peu d’instans après la délivrance et continuent pendant deux ou trois jours.
On observe quelquefois à la suite de l’accouchement l’hémorrhagie utérine, la syncope, les convulsions, l’introversion de l’utérus, la suppression et l’incontinence d’urine, la chute da
fondement, etc. ; mais ces maladies ne doivent pas m’arrêter, parce qu’elles ne se manifestent pas habituellement.
Après avoir examiné les principaux phénomènes qui suivent l’accouchement, je puis établir, 1° qu’aucun des signes mentionnés, pris isolément, ne suflQt pour affirmer qu’il y a eu ou non accouchement récent ; 2“ que leur ensemble permet d’établir une conclusion parfaitement fondée ; 3“ qu’il est beaucoup plus facile de constater l’accouchement lorsque la femme est primipare et que le fœtus est presque à terme, ou à terme ; 4° que le diagnostic sera d’autant plus facile que l’exploration de la femme aura lieu peu de temps après l’accouchement, parce que plusieurs des caractères indiqués s’affaiblissent et finissent par disparaître au bout de quelques jours; 5° que l’homme de l’art chargé de donner son avis sur une question de ce genre, doit s’enquérir de tout ce qui a précédé : il cherchera, par exemple, à connaître si la femme n’était point réglée depuis long-temps, si le ventre ne s’est pas affaissé tout-à-coup, etc.
Quelle est l’époque où il n est plus permis de trouver des traces d’un accotichement récent ?
Il est inipossible de préciser cette époque , parce que le déla? brement des organes génitaux peut avoir été plus ou moins considérable, et que la constitution de la femme influe singulièrement sur le moment où les traces de ce délabrement disparaîtront. Zaeehias, Albert^ Bolwiet la plupart des médecins français admettent que ce terme s’étend jusqu’au dixième jour ; ils prescrivent de faire la visite au plus tard une semaine après l’accouchement, parce qu’elle deviendrait inutile s’il s’était déjà écoulé plusieurs semaines. Il est vrai que dans la plupart des cas où l’homme de l’art examine la femme après le dixième jour dejaccoucheraent, il ne constate que des signes de peu d’importance ; mais comme il n’est pas démontré qu’il ne puisse pas en être autrement, je me garderai bien d’affirmer que la visite faite après le dixième jour n’est d’aucune valeur ; il peut se présenter telle circonstance où les traces de l’accouchement soient plus sensibles au quinzième jour qu’elles ne l’étaient chez une autre femme au huitième.
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Les recherches faites sur le lait chez des femmes qui allaitaient leurs enfans peuvent-elles fournir quelques documens au-delà du terme dont j’ai parlé? Tout en admettant que ces recherches , qui n’ont pas été tentées sur des femmes qui avaient cessé d’allaiter, seront par cela même rarement applicables à la médecine légale, je crois devoir en transcrire ici les principaux résultats.
Les globules indiqués par Leewenhoeck dans le lait, ont été dans ces derniers temps l’objet des études de MM. Donné, Nodgkin, Lyisler, etc.
Je n’examinerai pas lequel de ces micrographes a tort ou raison relativement aux opinions qu’ils ont émises sur la nature et l’organisation de ces globules. Je me bornerai à donner l’extrait des recherches de M. Donné (^Mémoire sur le lait"), c’est-à-dire de celles qui peuvent être de quelque utilité au médecin légiste.
Le premîerlait fourni par les mamelles après, l’accouchement , et auquel on a donné le nom de colostrum contient une certaine quantité de globules. Ceux-ci sont irréguliers, d’une forme très variable, et ressemblent parfois à de véritables gouttelettes d’huile : c’est la substance butyreuse mal élaborée. De plus, on voit dans le liquide des granules qui ne nagent point librement, mais qui sont liés entre eux par une matière visqueuse et se déplacent sur le champ du microscope par petites masses- agglomérées. Ces globules transparens et irréguliers et ces granules se trouvent ainsi dans le colostrum lusqvik la fin de la fièvre de lait.
Plus tard les corps granuleux diminuent en nombre et finissent par disparaître , tandis que ceux qui sont globuleux se régularisent , se délimitent mieux et coulent indépendans les uns des autres - dans le liquide.
D’après M. Donné, ces modifications ne s’opèrent pas toujours dans le même temps, cependant il croit que généralement :
Le premier jour, le jaunâtre, visqueux, demi-trans¬
parent, alcalin, est composé de globules la plupart* agglomérés, disproportionnés entre eux pour la grosseur, et mêlés de corps granuleux. Ce liquide, traité par l’ammoniaque, se prend tout entier en une masse visqueuse et filante.
Le troisième jour, l’état An colostrum est le même. Cependant le nombre des granules a diminué.
Le sixième jour, le lait est très jaune et bleuit le papier de tournesol. Les corps granuleux sont assez rares, et les globules, mieux définis, sont plus gros.
Le septième jour, la couleur du lait est très jaune, et sa consistance assez grande. Les granules sont très rares ; les globules laiteux sont bien nets , bien circonscrits , bien proportionnés.
Dixième jour. Les globules sont abondans, très serrés, mais d’une grosseurvariable.
Quinzième jour. La couleur du lait est d’un blanc mat, avec une très légère teinte jaune. On voit de loin en loin quelques granules. Traité par l'ammoniaque, le lait devient encore un peu visqueux.
Enfin le vingt-quatrième jour, le lait est tout-à-fait blanc et riche en globules uniformément proportionnés: il ne contiênt plus de granules.
Peut-on éfahlir qu’une femme est accouchée, lorsqu’ il n’êièUté plus de traces d’un accouchement récent?
Le fait suivant prouve que celte question est fondée.
Ünejeünepersonnésirnulela grossesse etse dit enceinte dans l’espoir d’épouser son amant; versleneu'vième mois, elle tachesonlit etle lingequ’fellè avait surlecorps avec du sang de bœuf, et reste couchée pendant plusieuit jours pour faire croire qu’elle est accouchée. Ûne dispute s’élève entré elle et son amant, et auboutde deux ans celui-ci réclame l’enfantdont il croit être le père; la jeune personne refusant dele produire, est aussitôt accusép d.e suppression de part. Appèleè devant le jugé d’instruction du département de la Seine, elle fonde sa défense sur ce qu’elle n’est jamais accouchée, èé ce qui fulco'nstalé par MM. Capuron, Maygrier et I.ouyer-Villermay, qui furent chargés de la visiter (Capuron, Méàecim légale relative à l’art des açcouchemens).
S’il est très difficile dans certains cas de reconnaître un accoüchement récent, combien la difficulté ne sera-t-elle pas grande lorsqu’il se sera déjà écoulé beaucoup de temps ! Les caractères qui pourront servir à résoudre cette question sont, i° les rides du
ventre qui sont ineffaçables ; 2“ quelquefois l’écartement des muscles droits de l’abdomen vers la région ombilicale, ce qui donne une plus grande largeur à cette portion de la ligne médiane ; B“ une ligne brunâtre s’étendant de l’ombilic au pubis ; toutefois cette ligne n’est pas constante chez toutes les femmes ; U° dans certains cas une cicatrice qui atteste la déchirure du périnée, et une ou plusieurs échancrures au col de l’utérus. Mais ces caractères ne permettent point d’affirmer que l’accouchement a eu lieu; ils peuvent seulement le faire présumer : leur absence au contraire sert à établir que la femme n’est jamais accouchée.
Est-il possible qu\ine femme accouche sans le savoir?
Les douleurs produites par les contractions de la matrice, surtout au moment où la tête de l’enfant franchit l’orifice de l’utérus, sont tellement vives, que l’on a de la peine à concevoir que dans aucun cas l’accouchement puisse avoir lieu à l’insu de la femme; il en est pourtant ainsi, et des faits assez nombreux que je rapporterai plus bas, me forcent à admettre qu’une femme peut accoucher sans le savoir si elle est idiote , ou si elle est complètement ivre, ou sous l’influence de poisons stupéfians énergiques; l’apoplexie, rasphyxie,le délire, la syncope, l’hystérie au troisième degré, sont encore des états qui peuvent empêcher la mère de conserver le souvenir de l’accouchement : toutefois, comme les femmes ne manqueront pas, dans plusieurs circonstances, d’établir leur défense sur ces différentes circonstances, il importe que l’homme de l’art n’admette la possibilité du fait qu’autant qu’il sera convaincu que la situation de l’accusée était telle, qu’il lui était impossible de rien percevoir, d’avoir conscience de quoi que ce soit. Voici des observations à l’appui de ce que je viens d’avancer:
t ^ Hippocrate rapporte que la femme d’0?ymp^as, parvenue au huitième mois de sa grossesse, fut atteinte d’une fièvre aiguë, au cinquième jour ; elle était dans un état de mort apparente, et accoucha sans donner la moindre preuve de sentiment.
2° La comtesse de Saint-Géran fut empoisonnée par un breuvage stupéfiant qui détermina un assoupissement profond, pendant lequel elle accoucha d’un garçon ; étonnée à son réveil de se voir baignée dans son sang, de la diminution de volume dn ventre, et de l’épuisement dans lequel elle
était, elle demanda l’enfant qu’on lui avait soustrait ( Recueil de causes célébrés, t. xxvi).
3° Une femme enceinte est regardée comme morte depuis deux heures. Rigaudeaux l’examine, et ne peut parvenir à sentir les pulsations du cœur ni des artères ; la bouche est écumeuse , le ventre très enflé, l’orifice de l’utérus fort dilaté, la poche des eaux formée ; il se décide à retourner l’enfant , et l’amène par les pieds ; on le croit mort ; mais des soins attentife prodigués pendant trois heures et demie environ le raniment ; cependant la mère, examinée une seconde fois peu" Rigaudeaux, ne donne aucun signe de vie; mais, comme les membres ne présentent aucune raideur , quoique sept heures se soient écoulées depuis le moment où l’on croit la femme morte, il défend de l’ensevelir, et prescrit plusieurs moyens. Deux heures et demie après, on vient lui annoncer que la femme est ressuscitée {Jourml des Savons, ianyier il i9).
4“On lit dansBurdach(rmté de physiologie, tome iv, page 204) ; a Ulric a délivré une primipare épileptique , qui ne revint à elle qu’au bout de deux jours. »
5° Haller {Elém. physiol., t.vn, pl. ii, p.64) et B.eiike{FroriepNotizen, l. xxxvn, p. 3t 4) ont rapporté des exemples analogues.
De tous ces faits il est permis de conclure que les forces qui accomplissent le part peuvent être mises en jeu sans la participation de la conscience. D’ailleurs les connaissances physiologiques ne démentent point c'ette proposition, attendu que la contraction utérine appartenant à la vie organique, ainsi que celle de l’intestin, peut s’effectuer même après la mort. Leroux (jDict. des sc. méd., t. XIX, p. 388), a senti la matrice se contracter pendant l’accouchement, quoique la femme eût succombé depuis un quart d’heure,
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UaccoucJiement se fait^l toujours à la même époque de la grossesse, ou bien y a-t-il des naissances tardives et précoces ?
Cette question a été la source de débats célèbres ; les opinions dès niédecins les plus illustres Ont été divisées, et l’on a vu chacun apporter en faveur du parti qu’il soutenait, des faits et des raisonnemens plus ou moins spécieux : aussi, jusqu’à l’époque où la législation nouvelle a adopté la disposition du droit romain et celle des douze tables , les jurisconsultes ont-ils marché d’un pas incertain, et fondé leur jugement sur des considérations sociales, étrangères à la médecine. Ici un enfant est déclaré légitime, quoique né douze mois trois jours après la mort du mari, parce que la conduite de la mère est irréprochable ; là, au contraire, un autre enfant né dix mois quatre jours après la mort du mari, est jugé bâtard à cause de la. mauvaise réputation de la femme ; plus loin, on regarde un enfant commé légitime, quoiqu’il soit né onze mois après l’absénce du mari , parce que celui-ci n’était pas dans l’impossibilité de communiquer avec la mère, etc.
Quel avantage pourrait-on tirer de l’exposition détaillée des argumens et des faits nombreux consignés dans les auteurs, soit en faveur, soit contrôles naissances prématurées et tardives? Qu’il me suffise d’établir, 1® que des enfans peuvent naître nâturellement et sans accident, avant le neuvième mois de la grossesse ; 2“ que la possibilité des naissances, passé le neuvième mois , ne peut plus être contestée , et qu’il est mêmè difficile de ne pas admettre qu’elles aient lieu dans certains cas plusieurs jours après le trois centième jour révolu. Le docteur Merrimaun
a publié dans le lâ® volume des Transactions médico-chirurgicales de Londres, un tableau présentant les données fournies par 114 naissances à terme. Il résulte de ce travail, 1° que 22 enfans sont nés avant le 270® jour, 41 entre le 270® et le 281® jour, 46 entre le 281® et le 300® jour, et 5 entre le 300® et le 305® jour. L’auteur regarde lé 280® jour comme le terme moyen de la durée de la gestation ( Voy. le tahleau de la -page 223); 2° qu’il en est de même pour une foule de femelles d’animaux que Tessier, membre de l’Académie des sciences a soumises pendant plusieurs années à un examen attentif (1). D’ailleurs, la législation actuelle a tranché toutes les difficultés, comme on peut le voir pàr les articles suivans :
« Le mari pourra désavouer l’enfant s’il prouve que pendant le temps qui a couru depuis le trois-cenlième jusqu’au cent quatre-vingtième jour avant la naissance de cet enfant, il était, soit par cause d’éloignement , soit par l’effet de quelque accident, dans l’impossibilité physique de cohabiter avec sa femme » Code civil, art. 312.) « L’enfant né avant le cent quatre-yingtième jour dû mariage ne pourra être désavoué parlé mari daûs les cas suivans ; 1 ° s’il a eu connaissance dé la grossesse avant le mâ^ riage; 2° s’il a assisté à l’acte de naissance, et si cet acte est signé de lui, ou contient sa' déclaration qu’il ne sait signer ; 3° si l’enfant n’est pas déclaré viable » (Code civil, art. 31 4). « La légitimité de l’enfant né trois cents
(1) Vaches, 160 observées.
14 ont donné leur veau du 241® au 266® jour c’est-à-dire dans l’espace du 8® mois au 8® mois 26® jour. .
3 le 270® jour.
50 du 270® au 280® jour.
68 du 280® au 290® jour.
20 le 300® jour.
5 le 303® jour (38 jours au-delà du terme de 9 mois).
67 jours entre Ifes deux extrême.
Jumens, 102 observées.
3 ont pouliné le 311® jom-.
1 a pouliné le 314® jour.
1 /<7e7n le 325® jour.
1 ieteni le 326® jour.
2 ont pouliné le 330® jour, 47 idem de 340 à 350 jours.
25 idem de 350 à 360 jours.
1 idem de 330 à 377 jours, 1 â pouliné à 394 jours.
Ce qui donne une latitude , de gestation de quatre - vingt - toms jours.
L’observation de treize truies et dé Cént trentê-nèüf lapines a fourni dfe résultats analogues.
jours après la dissolutiou du mariage, pourra être contestée » (Code civil, art. 315).
Il est évident d’après les articles 312 et 31U, que les naissances prématurées qui arrivent au moins cent quatre-vingts jours après le mariage ( six mois environ ) sont regardées comme légitimes ; il résulte aussi de l’art. 315, que la naissance sera illégitime s’il est prouvé qu’elle a eu lieu trois cents jours révolus après la dissolution du mariage (dix mois environ).
Cette dernière conséquence ne paraîtra pas d’abord aussi rigoureuse, parce que l’art. 315 n’est pas aussi précis qu’il aurait pu l’être ; en effet, il est dit : que la légitimité -pourra être contestée ; mais il est évident que le législateur a entendu que l’enfant né trois cents jours révolus après la dissolution du mariage, pourrait être considéré comme légitime si personne ne réclamait contre son état, mais qu’on devrait le déclarer illégitime dès qu’il y aurait une réclamation fondée sur des preuves non équivoques: telle est du moins la manière dont cet article a été presque toujours interprété par les tribunaux.
J’admets cependant que, dans certains cas particuliers, les magistrats, s’appuyant de ce que l'art. 315 n’est pas assez clair, soient portés à reconnaître l’enfant né trois cents jours révolus après la dissolution du mariage , l’homme de l’art pourra être consulté pour apprécier la valeur des motifs allégués par la femme. Cette supposition n’a rien de choquant, puisqu’en 1808, dans l’affaire de Catherine Bêrard, veuve de François Crapelet, un tribunal avait reconnu la légitimité d’un enfant né trois cent dix-huit jours après la mort du père, et que la Cour d’appel de Grenoble ne le déclara illégitime qu’à la majorité d’une voix.
Quelle sera la conduite du médecin dans cette circonstance? Adoptera-t-il que les naissances l^tardives les mieux constatées ont si rarement outrepassé un an, que ce terme soit le plus long qui puisse se présenter, ou bien que les femmes d’un tempérament lymphatique , habituellement faibles et par conséquent plus disposées à éprouver des secousses physiques et morales, pourront accoucher plus tard que les autres ; tiendra-t-il compte de l’influence que les passions ont pu exercer sur la mère, et attribuera-
l-il le retard dans l’accoucliement aux chagrins qu’elle a essuyés, ou bien s’appuiera-t-il sur l’existence d’une maladie qui, en dérangeant les fonctions de l’ntérus, recule indéfiniment l’époque de l’accouchement ? Ou sent facilement le vague et l’incertitude de pareilles considérations. Les faits suivans sont les seuls sur lesquels il puisse être permis d’établir quelques conjectures. 1» Il est rare que les femmes qui sont accouchées plus ou moins long-temps après le terme ordinaire de la naissance, n’aient pas éprouvé au neuvième mois des douleurs semblables à celle de l’enfantement.
2° La force et la grosseur du fœtus peuvent venir à l’appui des naissances tardives sans pourtant les mettre hors de doute; car Fodéré (Dict. des sciences médicales , tome xxxv, page 154) a vu trois eufans venus au monde après terme, qui étaient à maturité, mais moins gros, moins forts que d’autres enfans nés à l’époque ordinaire, et qui de plus avaient l’apparence de la vieillesse.
A ces considérations j’ajouterai les suivantes qui prises séparément n’offrent qu’une importance secondaire, et que l’on trouve consignées dans la Physiologie de Burdach (tome iv, page 185 ). Fréquemment aussi les enfans portent les caractères d’un excès de maturité, ils sont plus pesans qu’à l’ordinaire, leurs fontanelles sont plus petites , les bords des os de leur crâne sont plus tranchans, leurs cheveux plus épais et plùs foncés en couleur, leurs muscles plus consistans;.ils ont une voix plus forte, ils éprouvent un besoin plus vif de nourriture , le cordon ombilical et le placenta sont flétris.
Riecke (Burdach, tome iv, page 185) cite un cas dans lequel un enfant de 75 centimètres de long, et pesant 6 kilogrammes; fut amené au monde par le forceps, deux mois après le terme ordinaire, les
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La superfétation est-elle possible , c’est-à-dire doit-on admettre qu'une femme qui a conçu puisse être fécondée de nouveau, ava7it d’avoir expulsé le fruit de la première co7iception ?
Cette question, sur laquelle les médecins les plus recommandables ont émis des opinions qui ne s’accordent guère, me paraît offrir la matière de deux problèmes qu’il importe d’examiner séparément, si l’on veut arriver à une solution satisfaisante.
A. La superfétation est-elle possible l*’ chez les femmçs et les animaux doués d’un utérus double ; 2° dans les cas de grossesse extra-utérine préexistante ; 3'' lorsque la nouvelle conception a lieu quand le premier germe fécondé n’occupe pas encore la cavité de la matrice?
B. La superfétation est-elle possible dans tout' autre cas? Premier prohlètne. Il peut y avoir superfétation dans les
trois circonstances qui font l’objet de la première question. Lés faits suivans déjà cités par le docteur Cassan , qui a soutenu la même opinion, et que j’aurais pu multiplier, mettent cette proposition hors de doute .
4° Superfétation dans un cas d’utérus double. Une femme de quarante ans, déjà mère d’un premier enfant, accoucha le 45 mars 4810, d’ùhë pé-
(4) Cassan, Recherches sur les cas d’utérus d&uble et de superfétation. JAsstXia.tion inaugurale ; Paris, 1S26.
tite fille estimée du poids de 2 kilogrammes. L’abdomen conservant un >&lume assez considérable, après la délivrance, madame Boivin, qui l'assistait de ses soins éclairés, soupçonnant quelque corps étranger resté dans la matrice, m parcourut la cavité déjà très resserrée sans y rien trmver. En agitant doucement cette tumeur, qui se prononçait à droite, etqni était plus élevée que celle qui était formée par l’utérus, le cpl de la matrice suivait les mouvemens qui lui étaient imprimés. Pendant deux mois cette dame éprouva dans celte tumeur des mouvemens qu’il était aisé de saitir. Madame Boivin se livrait aux conjectures d’une grossesse extra-utérine, ou d’une superfétation dans un utérus bilobé, quand le 42 mai, cette femme mit au monde une fille, du poids présumé d’un kil. et demi, faible, décolorée et respirant à peine. Cette personne qui depuis fort long-temps ne cohabitait plus avec son mari, assura madame Boivin qu’elle n’avait eu de rapports que trois fois en deux mois avec son mari, les 45 et 20 juillet 4 809 et le 4 6 septembre suivant. Il est évident qu’ici le produit de la dernière conception était renfermé dans une cavité séparée de la première, puisque après l’entière délivrance du premier produit, la cavité était complètement libre.
2° Superfétation dans deux cas de grossesse extra-utérine. On lit dans le | Magasin des sciences médicales de Rust (Part, histor., 4756, p. 52)rhistoire d’une grossesse extra-utérine abdominale qui dura trois ans, pendant lesquels la femme conçut et mit au monde un enfant bien constitué : des accidens très graves ayant fait reconnaître enfin la présence d’un fœtus dans la cavité abdominale, la gastrotomie fut pratiquée , “- èt donna issue à un autre enfant qui avait été viable, mais dont le séjour prolongé dans le sein de sa mère avait amené la putréfaction partielle : la malade guérit.—
Le numéro de décembre 4 84 0, du Nouveau Journal de médecins, renferme le fait suivant : le docteur Cliet, de Lyon, faisant l’ouverture d’une femme de trente ans, qui avait eu précédemment plusieurs enfans, et qui était morte subitement peu de temps après avoir vomi ce qu’elle venait de manger,' trouva accroupi derrière la matrice, un peu du côté droit, dans l’excavation du bassin et dans la fosse iliaque droite, un fœtus extra-utérin, du sexe masculin, du poids de 4 80 grammes, long de 25 centimètres, et dont l’âge fut évalué à cinq mois. L’utérus contenait un deuxième fœtus, du sexe mâle, d’environ trois mois.
3o Superfétation dans le cas où la nouvelle conception a lieu, quand le premier germe fécondé n’occupe pas encore la cavité de la matrice. Une femme de Charlestown, dans la Caroline méridionale, accoucha de deux jumeaux, l’un nègre et l’autre blanc ; interpellée sur la cause de cette bizarrerie, elle avoua avoir accordé ses faveurs à un nègre un jour que son mari venait de la quitter et de la laisser dans son lit (Parsons, Transactions philosophiques, 47i5). — Une négresse de la Guadeloupe mit au monde deux enfans mâles à terme, l’un nègre, l’autre mulâtre. Elle avoua
avoir eu, dans la même soirée, commerce avec un noir et un blanc (Ch. de Bouillon; Bull, de la Société de méd., 4 82-J) (1). — Une jument poulinière, âgée de cinq ans, est accouchée à un quart d’heure l’un de l’autre , d’abord d’un cheval , puis d’un mulet ; elle avait été saillie par un cheval, et cinq jours après par un âne {Académie royale de médecine,
Deuxième 'problème. 1“ La superfétation est-elle possible chez les femmes dont T utérus n’est pas double; 2“ dans les cas où il ny a pas de grossesse extra-utérine ; o° lorsque enfin, la nouvelle conception ne pourrait avoir lieu que quand le premier germe fécondé occuperait la cavité de la matrice ? Les opinions des auteurs sont loin d’être d’accord sur ce point ; les uns nient que la superfétation puisse avoir lieu dans aucun de ces cas , et le docteur Cassan est de ce nombre ; les autres admettent qu’elle n’est pas impossible. Ceux-ci s’appuient entre autres faits sur les observations suivantes :
1“ Benoîte Franquet, femme mariée, accouche précipitamment d’un enfant de sept mois; il ne se fait aucun écoulement par le vagin : on n’observe ni fièvre ni sécrétion de lait, ni diminution sensible du volume du ventre. Au bout de trois semaines, la femme éprouve des mouvemens sensibles, qui paraissent indiquer qu’il existe un autre enfant; en effet, elle accouche d’un seSbnd enfant bien.portant cinq mois seize jours après le premier accouchement. Or ce dernier enfant n’a pu être conçu après l’accouchement du premier, puisque le mari n’a habité avec sa femnie que vingt jours après l’expulsion du premier enfant, ce qui ne donnerait au dernier que quatre mois vingt-sept jours.
Ce fait que Desgranges, de Lyon, a bien voulu me îrans-
(1) L’authenticité de ce fait et de celui qui a pour objet la fem me de Charlesfown a été révoquée en doute, parce qu’il est difficile lors de la naissance de distinguer un enfant blanc d’un mulâtre. « Les individus des races colorées, dit Itéclard, et même les nègres naissent à-peu-près de la même couleur que les blancs. l.a couleur commence à se manifester dès que l’enfant respire , mais surtout vers le troisième jour après la naissance » {Anat. gén,, § 320). Le D” Cassan a reconnu l’exactitude de cet? citation en suivant les progrès de la coloration d’un enfant nègre qui venait de^j^j.ré; toutefois il lui a été facile d’observer même au moment de la naissance que peau du scrotum était noire. Il est probable, d’après ce qui précède, que dans les deux cas dont il s’agit, on aura pu soupçonner au moment de la naissance que les enfans seraient colorés, mais que ce n’est qu’après quelques jours qu’on en aura acquis la certitude, '
mettre, a été constaté par un acte passé le 19 janvier 1782, p» devant MM. Caillat et Dusurgey, notaires à Lyon.
2“ Marianne Bigaud, infirmière à l’Hôpital militaire de Strasbourg, àjét de trente-sept ans, mariée, mitaumonde le 30 avril -1748, un enfant vivant, viable. L’accouchement fut si prompt et si heureux, qu’au bout d’une heare elle sortitde chez la sage-femme, emportant avec elle son enfant, et regagna son domicile ; les lochies s’arrêtèrent peu de temps après l’accouchetnent, ce dont elle s’étonna d’autant plus, qu’elles avaient été très abondantes dans deux couches précédentes. Au boutde quarante heures ellefit partàla sage-femme des mouvemens qu’elle ressentait dans l’utérus; celle-ci la tranquillisa et la rassura sur une nouvelle couche. Les mamelles, quoique naturellement développées, ne causaient aucune incommodité et ne donnaient pas de lait. Cette femme fut obligée, le quinzième jour, de confier son wfant à une nourrice. Cependant le dégoût pour les alimens, les isausées, tous les signes enfin d’une grossesse l’inquiétaient et la rendaient déplus en plus certaine qu’elle portait un autre enfant dans son sein. Sa santé se dérangea, puis finit parse rétablir. Son ventre augmentant déplus èti plus de volume, un accoucheur distingué l’assura après d’avoir louchéiîvqu’elle était enceinte de plusieurs mois. Le -17 septembre dévia- mème année, elle mit au monde une fille vivante, jugée à terme par la conformation de ses membres et les proportions de son Corps. Les lochies cette fois furent abondantes ; il èh fut dé même du lait. La fille mourut au bout d*an an pendant le travail de la dentition. Le garçon ne vécut que deux mois eKdemi. Eismmann, qui a cité cette observation et qui vit les enfans à leur naissance, dit que le garçon n’était passi grand ni si fort que la fille. Cette femme, qui dans la suite eut encore deux couGhe.s, mais naturelles, étant morte d’une maladie aiguë ën 1 735, son corps fut ouvert publiquement et ï’utêrm trouvé absolument simple (Cassan, Dissert, déjà citée)-
Les adversaires de la superfétation ont objecté 1° que l’on avait admis la superfétation quand il n’y avait que grossesse double, c’est à-dire lorsque deux fœtus, conçus en même temps, s’étaient bien développés , mais que l’un d’eux était sorti de la matrice avant l’autre , 2“ que dans certains cas , deux fœtus ayant été conçus en même temps, l’un d’eux s’était développé jusqu’à terme, tandis que l’autre avait cessé de s’accroître au bout d’un mois ou deux, et que l’expulsion de ces fœtus ayant eu lieu dans des temps différens, on avait pu croire, avec une appareideide raison que le dernier sorti n’avait été conçu qu’après l’autre ^1'};
(i) Il peut même arriver dans ce cas que les deux fœtus soient expulsés en même temps. M. Moreau a vu plusieurs cas de ce genre dans lesquels un des déni
3* qu’il est impossible d’admettre l’imprégnation d’nn second <mile long -temps après la fécondation dn premier germe ^ Fdriflce interne de l’utéros étant alors fenné par la membrane caduque; k° que l’observation rapportée par Desgranges ne prouve rien , puisqu’il n’y a pas eu d’ouverture de cadavre, et qu’il est înfinhnent prohahle qu’il y avait une duplicité de l’utérus; 5“ que le fait relatif à Marianne Bigaud peut être expliqué, en supposant que les deux enfans avaient été conçus en même temps, que le garçon était âgé de sept mois lorsqu’il est venu au monde , tandis que la fille était née onze mois dix-sept jours après la conception (F. l’art, des Naissances tardives, p. 278).
Je ne pense pas qu’il soit possible, dans l’état actuel de la science , de donner une solution satisfaisante de ce problème , tout en établissant que la superfétation dans ce cas me paraît nn phénomène difficile à concevoir, à moins qu’on n’accordé qu’il existe des grossesses dans lesquelles l’orifice de Futértis reste ouvert et les trompes accessibles, après l’arrivée de l’ovulë, ou que la fécondation peut s’opérer sans qu’il y ait absorplîûô du sperme par les -voies connues.
A l’occasion du deuxième problème (p. 285), M. Briand dit qU’il ne peut pas y avoir matière à doute, parce que la superfétation né lui semble pas probable. On se demande ce qui motive une assertion aussi peu fondée. Quelle preuve, en effet, apporte-t-on de la nbnprobabilité d’une superfétation ? Il ajoute que la seconde conception aurait dû avoir lieu, pour ainsi dire, la veille de la mort du premier mari, ce qui, dit-il, est réprouvé parles lois de rorganistiié. J’ai beau chercher en quoi ces lois s’opposent à ce qu’un mari, fort bien portant d’ailleurs, meure un, deux ou trois jours après atôîè fécondé sa femme. Enfin , il dit encore qu’il faudrait que cêttfe seconde grossesse se fût prolongée au-delà du neuvième mois. Or, cela est tellement possible que la loi a été obligée de l’admettré.
Il est permis' de conclure de ces faits que lé médecin consulté sur une question de Ce genre, doit admettre la possibilité de la superfétation y mais il doit déclarer que dans beaucoup de cas,
jumeaux, mort depuis quelques mois, et plus ou moins chétif, s’était conservé dæas les eaux de ranmios comme dans luié saumure, et sans nuire au développement (Je fauire jumeau.
il est extrêmement difftcîle d’ établir qu’elle a eu lieu, U* enfans surrconçus ■pouvant être facilement eonfondm aut les avortons ou avec les jumeaux. Je sais bien que plusieurs auteurs, et notamment Fodéré, ont cherché à éclaircir la question ; mais les bases sur lesquelles ils ont fait reposer la solution de ce problème sont souvent inexactes, et presque toujours insuffisantes. Voici comment s’exprime le professeur de Strasbourg: « La superfétation est sujette à des règles qui en paraissent inséparables , et qu’il pourra être nécessaire d’avoir rencontrées dans des circonstances analogues, pour ne pas être dupe de quelque stratagème : 1° chez les deux femmes qui font le sujet des deux observations précédentes de superfétation, les lochies s’arrêtent bientôt après la venue du premier enfant, quoiqu’elles eussent coulé à l’ordinaire dans les couches précédentes ; 2“ point de lait aux seins, point de fièvre de lait, quoique les mamelles fussent développées ; 3° elles ont senti remuer, et les mêmes mouvemens que durant la grossesse, peu de temps après leur délivrance; 4° la grosseur du ventre et tous les symptômes de la grossesse continuèrent; 5° des gens de l’art expérimentés se sont assurés par le toucher de la présence d’un second enfant ; 6“ à cette seconde délivrance, les lochies ont coulé abondamment, les femmes ont pu nourrir, et elles ont éprouvé d’ailleurs toutes les suites ordinaires de l’enfantement, et pour ainsi dire-le complément des fonctions de la maternité ; 7° en réfléchissant sur l’époque à laquelle sont venus au monde ces seconds enfans doués de viabilité, ainsi que leurs aînés, on voit que leur origine correspond vers la moitié de la gestation de ces derniers ; qu ainsi ce nest guère que du quatrième au sixième mois qu’une sur-eonee-ption peut avoir lieu sans nuire à V existence ni de l’un ni de l’autre fœtus. A part quelques exceptions, il est assez ordinaire que les jumeaux soient delà même grandeur et de la même grosseur; au contraire, dans la superfétation, le dernier conçu e%iplus fort plus vigoureux, parce qu’il a été plus à l’aise, et mieux nourri dans la seconde moitié de la gestation. S’il est vrai que les jumeaux peuvent avoir des enveloppes différentes et des placentas entièrement séparés l’un de l’autre, cela pourtant n’est pas commun, et il est plus ordinaire qu’enveloppés chacun de leurs
membi'anes, ou bien renfermés dans un amnios commun , ils n’aient pour tous qu’un seul et même placenta ; tandis que dans la superfétation, chaque enfant est nécessairement séparé et greffe à un placenta particulier. Enfin le grand intervalle observé entre les deux actes de ces enfantemens, prouve à lui seul que les deux fœtus étaient d’âge different, et n’avaient pas le même degré de maturité. Sans doute, il peut arriver, par la faute de l’accoucheur, que le second enfant jumeau ne vienne au monde que le lendemain ou le surlendemain du premier, etc. >ï (^Dict. des Sciences médicales^ article Superfétation.)
Je ferai remarquer d’abord que Fodéré fixe l’époque où la surconception peut avoir lieu sans nuire à l’existence des fœtiis, entre le quatrième et le sixième mois. La Glosse, au contraire, indique le terme de quarante jours depuis la première conception. Zacchias prolonge ce terme jusqu’au soixantième jour. Hippocrate et Mauriceau estiment que le second enfant ne peut être conçu que six ou sept jours après la prem ière conception.
Toutes ces observations sont vagues et démenties par les exemples cités à la page 285. L’opinion de Fodéré s’accorde encore moins avec celle de plusieurs auteurs, lorsqu’il dit que l’enfant sur-conçu est plus fort et plus vigoureux que Fautif ; d’ailleurs, I en supposant qu’il en fût ainsi, ce caractère ne serait applicable qu’au cas où la sur-conception, aurait eu lieu à une époque très éloignée du commencement de la grossesse. Comment admettre avec Fodéré, que le /grand intervalle qui sépare les deux naissances suffit pour prouver la superfétation, lorsqu’on sait que des jumeaux peuvent naître à un ou deux jours d’intervalle, soit par la faute de l’accoucheur, soit par toute autre cause, taudis que chez les femmes de Charleslown et de la Guadeloupe, la naissance des enfans sur-conçus a eu lieu en mêm e temps que Celle des premiers enfans? J’adopterai, avec le professeur de Strasbourg, que le fœtus sur-conçu a un placenta particulier et des membranes differentes, et que pareille chose ne s’observe pas communément chez les jumeaux; mais quelle peut être la valeurdece caractère, dès que l’on est obligé d’admettre que chaque jumeau peut avoir son placenta et ses membranes (1)?
(t) Madame Boivin et le Cassaii ont encoi-e coiisjaîé l.a sépai-atiou entière dei
Comment le médecin appelé pour juger un cas de ce genre, pourra-t-il j>résiinier dans un accouchement double, où chacun des enfans a son placenta, qu’il y a eu sur-conception plutôt que grossesse double?
Voyons maintenant quels sont les cas où la question de supet fétation pourra être agitée. Ici, c’est un mari qui élève des doutes sur la vertu dosa femme, parce que peu de temps après un premier accouchement, elle met au monde un second enfant dont il ne croit pas être le père. Plus loin, c’est une veuve qui vient d’accoucher, et qui peu de temps après accouche d’un second enfant à terme et viable, que l’on veut faire passer pour illégitime; cette question rentre dans celle des naissances tardives ( Voyez page 278 ) , c’est-à-dire que l’enfant sera légitime d’après la loi, s’il est né dans les trois cents jours qui suivent la mort du mari, et qii’il pourra être déclaré illégitime dans le cas contraire. Enfin, il n’est pas impossible qu’une veuve qui vient d’accoucher se marie bientôt après ses relevailles , malgré l’art. 228 du Code civil (1), et qu’elle accouche quelque temps après ce second mariage, d’un enfant à terme et bien portant ; auquel des deux maris appartient celui-ci? Établissons un exemple pour mieux faire comprendre la question. Une femme enceinte perd son mari dans le courant du neuvième mois dé la grossesse ; elle accouche au bout de quelques jours, et se remarie vingt jours après l’accouchement; huit mois après ce second mariage, elle met au monde un enfant biep portant ; on demande si cet enfant n’appartient pas au premier mari (dans lequel cas, il y aurait eu superfétation), ou bien s’il est fils du dernier époux. Cette question sera examinée à l’article de la Paternité et de la Maternité.
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Je pourrais encore rattacher à Thistoire de i’accouchement les problèmes suivans : 1° une femme qui accouche ou qui vient d’accoucher est-elle en état de prévoir et de donner à son enfant tous les soins nécessaires ; 2° quelles sont les causes innocentes qui peuvent faire périr l’enfant pendant l’accouchement ; 3° lorsque la mère et l’enfant meurent pendant l’accouchement , lequel des deux a succombé le premier? Je préfère cependant ne traiter cette dernière question qu’à l’article SunviE, et renvoyer les au-» très à l’article Infanticide.
RAPPORTS SUR l’ ACCOUCHEMENT .
Premier rapport. Nous soussigné, etc. (7^. page 262 pour le préamhulé). Arrivé dans la chambre, nous avons trouvé la demoiselle R., âgée de vingt ans, que l’on présumait être accouchée depuis trois ou quatre jours.
Nous avons procédé à la visite, et nous avons reconnu que la face était pâle, l’œil vif et nullement cerné, la peau légèrement chaude, souple et moite ; la moiteur offrait une odeur aigrelette assez marquée ; le pouls paraissait un peu plus fréquent que dans l’état naturel ; il était ample et onduleux. Les seins étaient douloureux, durs et excessivement tuméfiés; le gonflement s’étendait jusqu’aux aisselles ; il s’écoulait par le mamelon un fluide laiteux qui avait déjà taché la chemise dans la portion correspondante" aux mamelons, et que l’on pouvait faire sortir en plus grande abondance, en pressant légèrement les mamelles. Ce liquide était jaunâtre, un peu visqueux, demi- transparent, alcalin ; il devenait considérablement visqueux par l’ammoniaque ; vu au microscope, il nous a présenté des globules la plupart agglomérés, irréguliers, quelques gouttelettes oléagineuses et des granules réunis en petites masses. La peau de l’abdomen était souple et ridée ; on voyait surtout dans l’espace compris entre lés aines et l’ombilic, des petites éraillures ou stries luisantes, livides, semblables à des cicatrices s’entrecroisant en différens sens. La ligne qui du milieu du pubis se porte à l’ombilic était brunâtre. Les
muscles droits de l’abdomen et la ligne blanche présentaient un écartement remarquable, surtout dans la région de l’ombilic, ce qu’il était facile déjuger en parcourant cette portion de l’abdomen avec les doigts. La main gauche étant placée sur l’hypogastre, tandis que le doigt indicateur de l’autre main était introduit dans le vagin , on sentait en repoussant en haüt le col de la matrice , que le corps de cet organe était assez volumineux, et placé audessus des pubis, qu’il était solide, arrondi, et qu’il se contractait lorsqu’on pressait avec la main ; l’orifice était assez dilaté pour permettre l’introduction dans la matrice de deux doigts : les bords de cet orifice étaient minces et flasques ; il n’y avait aucune trace d’écoulement parles parties génitales ; mais nous avons pu nous assurer par ce qui nous a été rapporté et par l’inspection des linges avec lesquels la femme avait été garnie les deux jours précédons, qu’il était sorti par le vagin une quantité considérable de sang et d’un liquide sanguinolent, dont l’écoulement n’était supprimé que depuis vingt-quatre heures, c’est-à-dire depuis l’invasion de la fièvre. Les parties génitales externes étaient légèrement tuméfiées, et très dilatées , la fourchette était déchirée. Le bassin était large, bien conformé et disposé pour un accouchement nullement laborieux.
Nous pouvons conclure de ce qui précède, que tout porte à croire que la demoiselle R. est accouchée depuis deux ou trois jours , et que l’accouchement a été facile ; que cepèndant nous désirons avant de prononcer affirmativement la visiter encore lorsque la fièvre sera tombée et que l’écoulement par la vulve aura reparu. En foi de quoi, etc.
Nous soussigné, etc. Nous, étant transporté de nouveau chez la demoiselle R., deux jours après avoir fait la première visite, nous avons reconnu que le gonflement des seins était considérablement diminué, et qu’il n’y avait plus de fièvre ; que le liquide excrété par le mamelon présentait les mêmes caractères. Seulement la couleur jaunâtre était plus prononcée, et le nombre des granules avait considérablement diminué ; il s’écoulait par les parties génitales un liquide d’un blanc jaunâtre, offiant l’odeur caractéristique des lochies, comme il était aisé de s’en convaincre en examinant les linges qui étaient sous la malade.
Ce 'qui nous peraiet d’établir que la demoiselle R. est accouchée à l’époque indiquée dans le premier rapport. En foi de quoi, etc.
Deuxième r apport. '^on% soussigné, etc. Arrivé dans la chambre n° 2 de la prison X, nous avons trouvé la dame V., âgée de trente ans, qui nous a paru bien portante ; bn croyait qu’elle était accouchée quatre mois auparavant.
Nous avons procédé à la visite , et nous avons reconnu que les parties génitales n’étaient point tuméfiées , et n’ofiraient aucune trace de déchirure , de cicatrice ni d’écoulement ; la forme , le volume et la situation de l’utérus nous ont paru tels qu’ils sont chez les femmes qui ne sont jamais accouchées; le col de cet organe n’était pas échancré ; la peau du ventre lisse et ferme , n’était le siège d’aucune éraillure , ni d’aucune ligne brunâtre. On ne remarquait point d’indice d’écartement de la ligne blanche ni des muscles droits de l’abdomen. Les mamelles , d’un volume médiocre , étaient fermes et ne fournissaient aucun liquide par la pression.
Ces faits nous permettent de conclure que rien n’annonce que la dame V. soit accouchée d’un enfant à terme (1). En foi de quoi, etc.
Troisième rapport. Nous soussigné, etc. Arrivé dans la chambre , nous avons trouvé la dame F., âgée de vingt-cinq ans, que l’on croyait être accouchée depuis quinze jours ; elle était assise sur une chaise longue, et nous a déclaré n’avoir jamais été enceinte.
Nous avons procédé à la visite après l’avoir fait coucher, et nous avons reconnu que les parties génitales n’étaient point tuméfiées, qu’elles paraissaient dans l’état naturel, qu’il n’y avait aucune trace de cicatrice au périnée , qu’il s’écoulait par la vulve un liquide épais de couleur blanche, ayant une odeur faible, semblable à celle des lochies, ce que nous avons vérifié
(1) Je dis , rien n’annonce ce qui est loin de signifier que la femme nest pas accouchée , et j’ajoute d’un enfant h terme : on conçoit en effet que cette femme pourrait être accouchée à l’époque présumée, d’on fœtus de trois à quatre mois peu volumineux ; alors les traces de son séjour dans l’utérus et de son expulsion auraient été peu sensibles, et auraient promptement disparu.
en examinant les linges dont madame F. était garnie. La peau de l’abdomen était ridée , et présentait surtout entre l’ombilic et les aines un très grand nombre de stries luisantes , blanchâtres ; les muscles droits de l’abdomen et la ligne blanche étaient sensiblement écartés dans la région ombilicale. On ne voyait aucune trace de ligne brune se rendant des pubis à l’ombilici' Les seins, d’un volume ordinaire , ne laissaient écouler aucun liquide parla pression. La main gauche étant placée sur l’hypogastré , tandis que le doigt indicateur de l’autre main était introduit dans le vagin , si on repoussait en haut le col de la matrice , il était impossible de sentir distinctement le corps de ce viscère au-dessus des pubis ; son orifice , légèrement échâncré à gauche , était entr’ouvert ; ses bords minces et moyennement flasques , offraient la forme labiée. En faisant marcher madame F., oh vit qu’elle éprouvait de légères douleurs dans les articulations du bassin.
Nous croyons pouvoir conclure de ce qui précède : 1° que si la dame F. est accouchée à une époque quelconque , comme cela paraît probable , il est permis de supposer que l’accouchement a eu lieu depuis quinze ou vingt jours ; 2° qu’il aurait fallu, i)our pouvoir donner une réponse afiirmatîve , visiter cette dame dis ou douze jours plus tôt. En foi de quoi , etc.