DE LA VIABILITÉ DU FOETUS
Le mot viabilité , dérivé de via , voie , chemin , et non de vita, vie , s’emploie pour exprime^ la possibilité de parcourir aussi long-temps que le commun des hommes la carrière de la vie extra-utérine; ainsi un enfant peut avoir vécu et ne pas avoir été regardé comme viable , parce qu’il offrait , dans son organisation , quelque vice qui s’opposait à ce que la vie se prolongeât; un autre enfant , né vivant , peut périr dans les premières heures de sa vie , quoiqu’il soit né viable. Y oic\ les articles du Gode civil relatifs à la question de viabilité du fœtus.
te L’enfant né avant le cent quatre-vingtième jour du mariage ne pourra être désavoué par le mari dans les cas suivons : 4 “ s’il a êù connaissance de la grossesse avant le mariage ; s’il à assisté à l’aetë dë naissance, et si cet acte a été signé dè lui, ou contient sa déclaration qii’ il ûè sait Signer, 3° si l’enfant n’est pus déclaré viable (Code civil, art. 3'i 4).
ï Pour succéder, il faut nécessairement exister au moment de l’ouverture de la succession. Ainsi sont incapables de succéder: 4° celui qui n’est pas encore conçu; 2° celui qui n’est pas né viable; 3“ celui qui est mort civilement » (Code civil, art. 725).
« Pour être capable de recevoir entre-vifs, il suffit d’être conçu au moment de la donation. Pour être capable de recevoir par testament, il suffit d’être conçu à l’époque du décès du testateur. Néanmoins, la donation et le testament n’auront leur effet qu’autant que V enfant sera né viable » (Code civil, art. 906).
« La recherche de la paternité est interdite. Dans les cas d'enlèvement, lorsque l’époque de l’enlèvement se rapportera à Celle de la conception, le ravisseur pourra être, sur la demande des parties intéressées, déclaré père de l’enfant » (Code civil, art. 340). Il est évident, d’après cet article, qu’on ne devrait attacher aucune importance à la déclaration d’une fille enlevée, qui serait accouchée au cent quatre-vingtième jour de l’enlèvement ou plus tôt, et qui aurait mis aü monde un enfant viable,, dont elle ferait cpirespondre la conception au jour de l’enlèvement.
Ces diverses dispositions ne laissent âiïcun doute sur la nécessité où l’on peut être de résoudre la question de viabilité lorsque l’enfant est mort, ou lorsqu’il est encore vivant ; je rexanaiùèrài sous ce double rapport ; il est également indispensablé d’établir une distinction entre la viabilité des fœtus monstrueux et de ceux qui ne présentent aucun vice de conformation. Mais avant d’étudier ces différons points, qu’il me soit permis de faire connaître les développemens donnés par les plus habiles jurisconsultes aux différens articles du Code dont j’ai fait mention ; j’espère par là mettre le médecin à même de saisir exactement l’esprit de la loi.
a L’enfant, dit Bigot de Préameneu à l’occasion de l’article 725, vivait dans le sein de sa mère ; cette existence peut se prolonger pendant un nombre de jours indéterminé, sans qu’il soit possible qu’il la conserve : et c’est cette possibilité de parcourir la carrière ordinaire de la Vie, qu’on entend par l’expression être viable, et il faut à cet égard que lés gens de l’art prononcent. »
Le rapport fait au Tribunal par Chabot ( de l’Ailier), contient les passages suivans :
« Il n’est pas nécessaire que l’individu soit né pour être habile à succéder; il suffit qu’il soit conçu, parce que l’enfant existe réellement dès l’instant de la conception, et qu’il est réputé né dès qu’il y va de son intérêt. Cette présomption de naissance, qui équipolle â la naissance elle-même
pour déférer le droit d’hérédité, cesse d’avoir lieu si Tenfant ne naît pas, ou s’il ne naît pas viable.
«c Lorsqu’un enfant n’est pas vivant en sortant du sein de sa mère, il èst censé n’avoir pas vécu pour succéder; car c’était dans l’espoir de la naissance qu’on le regardait comme vivant dès l’instant de la conception, et si cet espoir est trompé, la présomption qui le faisait regarder comme vivant ne peut plus être fondée sur la réalité.
« Lorsqu’un enfant n’est pas né viable, il est aussi réputé n’avoir jamais vécu, au moins pour la successibilité. En ce cas, c’est la même chose que l’enfant soit mort ou qu’il naisse pour mourir. La loi 3 du Code de posthu^ mis exige que l’enfant naisse parfait, c’est-à-dire qu’il ait atteint le terme auquel il est possible qu’il vive. »
De la viahilité des fœtus no7t monstrueux.
A quelle e’poque de la grossesse ces fœtus sontAls viahles ? C’est lorsque les organes de la digestion , et surtout ceux de la respiration, sont en état d’exercer leurs fonctions. Il n’y a que la respiration complète qui constitue la vie, d’après Merlin (\^oyez Questions de droit, t. vi, au mot Vie). Ce célèbre jurisconsulte appuie son opinion sur le passage suivant d’Alphonse Leroy :
« On a jugé dans les tribunaux qu’un enfant venu à terme avait vécu, parce que la sage-femme attestait qu’il avait agité ses membres, même sa poitrine, qu’elle avait vu de petites inspirations et des soupirs, et senti des palpitations du cœur et des artères; mais tous ces mouvemens ne peuvent pas constituer véritablement la vie acquise hors du sein de la mère. Un enfant nouvellement venu au monde, et non encore séparé de sa mère, a quelquefois des mouvemens convulsifs; et, s’il est faible, il a des respirations incomplètes, accompagnées de soupirs. Un tel enfant n’a point acquis ses droits civils, parce qu’il n’a pas respiré complètement, et que c’est la respiration complète qui lui acquiert sa vie propre, indépendante de celle de sa mère. Hippocrate prescrit de ne pas couper le cordon ombilical tant que l’enfant n’a pas respiré complètement et crié. Par la respiration complète, la circulation. du sang s’établit dans les poumons; alors il puise dans l’air le principe d’une vie qui lui devient propre ; il vit de la vie commune, différente de celle qu’il avait dans le sein de sa mère, où il ne respirait pas, et où le sang ne circulait pas dans son poumon r il vivait en commun avec sa mère. Mais dès qu’un enfant a respiré complètement, il a vécu de sa vie propre, à Pair et à la lumière, etidevant la loi il a vécu civilement. C’est donc la respiration, mais la respiration complète, qui constitue la vie ; les pulsations, le mouvement des membres, du diaphragme, des artères, peuvent durer sans la vie complète jusqu’à une et deux heures. »
D est impossible d’élever le moindre doute sur la viabilité du fœtus à terme. On s’accorde aussi à ne pas regarder comme tel celui qui naît avant le commencement du sixième mois , c’est-àdire avant le cent quatre-vingtième jour, et l’on considère comme apocryphes ou comme mal faites les observ^ations de fœtus qui, étant venus au monde à quatre mois et demi , et même à cinq mois, ont pu vivre pendant plusieurs années; c’est ainsi qu’on a voulu faire croire que Fortunio Lieetti,' qui naquit à quatre mois et demi , et qui fut placé pendant plusieurs mois dans un four dont la température était fort douce , ne mourut qu’à l’âge de quatre-vingts ans ; on sentira combien il eût été nécessaire , avant d’ajouter foi à de pareils miracles, de s’assurer de l’époque précise de la conception (ce qui n’est pas facile), de l’âge du nouveau-né, etc. Méli a rassemblé plusieurs cas analogues , sur lesquels je crois devoir porterie même jugement (^Jurisprudence médicale sur la viabilité, etc., par Domenico Meli, in-8“. Ravenne, T édition).
Mais que doit-on penser de la viabilité des fœtus qui naissent entre le commencement du sixième mois et la fin du neuvième? Il est rare de voir vivre, pendant un assez long espace de temps, ceux qui n’ont pas sept mois accomplis ; la plupart d’entre eux périssent au bout de quelques jours, parce qu’ils sont imparfaits ; toutefois, il existe un très petit nombre d’exemples d’enfans nés à six mois et six mois et demi qui ont vécu pendant plusieurs années. A dater de la fin du septième mois, la viabilité ne saurait plus être contestée ; depuis cette dernière époque jusqu’à terme, les chances sont d’autant plus grandes , tout étant égal d’ailleurs, que le fœtus est plus près de la fin du neuvième mois. On conçoit avec peine que les gens de l’art aient soutenu pendant longtemps l’opinion contraire , d’après l’autorité d’Hippocrate , qui établissait qu’il y avait deux termes pour la viabilité, l’un à sept, l’autre à neuf mois ; les enfans de huit mois étaient censés moins, viables que ceux de sept. Je m’abstiendrai de rapporter en détail les raisonnemens qui semblaient étayer cette opinion , que l’expérience journalière détruit; je dirai seulement que l’on a été sans doute induit en erreur, parce que des fœtus de sept mois, dont la naissance n’avait été sollicitée par aucune violence.
avaient vécu , tandis qu’on voyait périr la plupart de ceux, qui naissaient au huitième mois, à la suite d’une chute de la mère, de coups qu’elle aurait reçus, etc. ; la viabilité, dans ce cas, ne tenait pas à ce que le fœtus était moins âgé, mais bien à ce que l’acconchement avait été naturel.
Si par une cause quelconque, disait Antoine Dubois, l’accouchement a lieu avec la dilatation convenable du col de l’utérus au septième mois, l’enfant sort sans peine et peut vivre. Si la femme accouche au contraire à huit mois, à la, suite d’un choc, d’une violence, etc., l’accouchement sera plus laborieux, parce que le col de l’utérus ne sera pas convenablement dilaté, etfenfaht pourra périr : c’est ainsi qu’on peut expliquer, pourquoi certains enfans de sept mois sont plus viables que d’autres de huit mois (^Leçons orales').
Il résulte de ce qui précède, que les fœtus sont en général d’autant plus viables , qu’ils approchent davantage du terme de la grossesse ; 2° qu’il est impossible d’assigner au juste l’époque de la gestation où ils jouissent de cette faculté, puisque la viabilité est entièrement subordonnée au développement et à la perfection des organes, et surtout à ceux de la respiration; 3“ que c’est , par conséquent , à tort que l’on a établi en principe que l’on doit considérer comme mort-nés les enfans qui naissent avant la fin du septième mois, les dispositions législatives n’étant nullement d’accord avec cette assertion ; 4° qu’il n’est pas vrai non plus, comme on l’a publié , que l’on doive admettre que l’enfant est constamment viable à la fin du septième mois; 5° qu’il est indispensable , lorsqu’on est appelé à décider une question de ce genre, d’appuyer son jugement sur la structure, l’organisation et la maturité des parties qui peuvent permettre ou ne pas permettre l’exercice des fonctions les plus importantes; 6“ que l’homme de l’art ne doit jamais hésiter à déclarer viable un enfant de sept mois, lorsque sa décision peut tranquilliser un époux inquiet et conserver la paix dans une famille pour laquelle un jugement contraire serait le signal de dissensions fâcheuses ; d’ailleurs il pourrait être taxé d’impéritie s’il contestait la possibilité du fait, puisqu’on a vu, rarement à la vérité, vivre pendant long-temps des fœtus de sept mois.
Je ne terminerai pas ce sujet sans applaudir à l’idée émise en 1826 par Chaussier, de compléter, par im certain nombre d’articles additionnels, la législation sur la viabilité ; ce serait le seul moyen de terminer et de prévenir des discussions qui intéressent essentiellement l’ordre social et la tranquillité des familles. Voici les dispositions proposées par eè médecin {Mémoire médico-légal sur la viabilité ^ présenté à monseigneur le garde des sceaux).
Art. 4 «>■. Est réputé non viable l’enfant qui naît avant les trois derniers mois de la grossesse, et qui meurt aussitôt ou peu d’heures apièssa naissance.
Art. 2. Est également réputé non viable, l’enfant qui, parvenu au terme de la grossesse, naît anencéphale, c’est-à-dire avec privation totale ou partielle du cerveau et du crâne, quand même il serait constaté qu’il a crié; et celui qui a quelque autre vice de conformation, tel qu'il ne puisse conserver la vie, en exécuter les fonctions, et que l’on ne puisse y remédier.
Art. 3. Est également réputé non viable tout enfant qui, attaqué d’une maladie dans le sein de sa mère, meurt dans lés vingt-quatre heures qui suivent sa naissance, quelle qu’èn soit la cause.
Art. 4. Est aussi réputé non viable l’enfant qui, par la longueur ou la nature de l’accouchement, éprouve dans sa circulation une gêne telle qu’il naisse mourant et attaqué d’un épanchement de sang dans le cerveau, et d’un véritable état d’apoplexie et de paralysie dans tous les membres, que les secours de l’art ne peuvent rétablir, et qu’il meurt quelques heures après sa naissance.
Art. O. Est reconnu et- déclaré viable, apte à jouir des privilèges de la société, l’enfant dont la tête est bien conformée, qui, au plus tôt, trente-six heures après sa naissance, est présenté vivant et vigoureux à l’officier de l’état civil qui l’inscrit aussitôt sur ses registres avec les prénoms qu’on lui donne, et les qualités des parens et des personnes qui le lui présentent.
Les articles 1, 2 et 4, qui, au demeurant, ne sont qu’une-appiicâtion des idées de Bigot de Préameneu, de Chabot (de l’Aliier) , d’Alphonse Leroy, etc. , me paraissent heureusement conçus. Les articles 3 et 5 doivent être rejetés,- en effet, pour ce qui concerne l’article 3, comment juger dans beaucoup de cas, si un enfant qui meurt dans les vingt-quatre heures qui suivent la naissance, était attaqué avant de naître de la maladie qui l’a fait périr, ou bien si cèttè maladie, ne s’est déclarée qu’après la naissance, l’enfaiit étant d’ailleurs parfaitement constitué? Quant à
l’arlicle 5, je pourrai me borner, pour en faire ressortir les inconvenions, à signaler les exemples d’enfans à terme atteints d’uae oblitération de quelque point du canal intestinal, d’un anévrysme du cœur, des gros vaisseaux et même du canal artériel, quin’ea offrent pas moins un aspect vigoureux pendant trente-six heures, et qui pourtant ne sont pas viables. Je crois cependant devoir consigner un fait important, qui commande impérieusement le rejet de cet article.
Noblet, né le 4 0 mars 4 826 au matin, entré aux Enfans-Trouvés le 4 1 au matin, esi vigoureux, très vermeil, crie auec /brce, quoique son cri soit peu soutenu, suce le doigt qu’on lui met dans la bouche, et prend le mamelon de la nourrice ; il est visité le 4 2 au matin, et destiné à partir pour la campagne; il meurt dans la journée du 4 3 au soir. Ouverture du cadavre. Le corps a de l’embonpoint, et ne présente extérieurement aucun vice de conformation ; sa taille est dé 52 centimètres. Le crâne est développé comme à l’ordinaire, et pourtant il y a anencéphalie. Je décrirai en détail l’état de ce sujet en parlant de l’infanticide {Voy. t. ii').
Cet enfant aurait pu être présenté au bout de trente-six heures à l’offlcier civil, qui d’après sa constitution, ses cris, etc. ; l’aurait déclaré viable, quoiqu’il ne le fût pas réellement ; il a vécu trois jours, parce que la moelle allongée, les pédoncules du cerveau, et la moelle épinière étaient dans toute leur intégrité.
En admettant l’article 5 proposé par Chaussier, on s’exposerait donc à déclarer viable un enfant qui périrait quelques jours après la naissance, et que l’ouverture du cadavre démontrerait ne pas l’être, et ce qui est encore pis, on pourrait inscrire comme viable un enfant qui ne le serait pas, et dont on aurait négligé d’ouvrir le cadavre, et de constater par conséquent le vice de conformation qui l’aurait empêché de vivre.
Signes de viabilité d’un fœtus vivant. On devra déclarer un enfant viable, s’il pousse des cris forts en naissant ou peu de temps après la naissance , ce qui annonce que la respiration est bien établie {^Voy. Infanticide, tome ii®); s’il exécute facilement des mouvemens assez étendus; s’il saisit bien le mamelon ou s’il suce le doigt que l’on introduit dans sa bouche ; s’il rend aisément l’urîne et le méconium ; si les os du crâne sont solides, prêts à se toucher par leurs bords ; si les fontanelles
sont peu èvïsées ; si les cheveux, les poils et les ongles sont bien formés ; si la peau est légèrement rosée ; si les proportions de la tête, des membres abdominaux et thoraciques sont telles que je les ai indiquées en parlant des fœtus à terme; si l’insertion du cordon ombilical ne répond pas à un point fort au-dessous du milieu du corps. Enfin, on devra considérer l’état de l’enduit sébacé, la production de graisse dans le tissu cellulaire. Le médecin fixera également son attention sur l’état de la respiration ; l’auscultation pourra apprendre si toute l’étendue du poumon i-eçoit de l’air. On devra avoir égard à l’état du pouls qui, chez un nouveau-né, donne de 140 à 160 pulsations par minute , à sa force, à sa dureté plus ou moins grande. Il faut aussi remarquer quelles sont l’étendue et la facilité des mouvemens des membres, quel est le degré de développement du système musculaire. Ces caractères auront encore plus de valeur, si la longueur du fœtus est de 50 à 60 centimètres, et son poids de 2 à 3 kilog.; toutefois des enfans doivent être déclarés viables s’ils réunissent les conditions mentionnées, lors même que leur poids et leur longueur seraient sensiblement inférieurs à ceux que je viens d’indiquer.
On regardera le fœtüs comme non viahle, s’il est muet ou qu’il ne pousse que des plaintes continuelles , s’il ne remue pas les membres ou s’il n’exécute que des mouvemens excessivement faibles ; s’il ne tète pas et s’il ne suce pas le doigt qu’on lui met dans la bouche ; si les excrétions de l’urine et du méconium ne se font pas ou se font mai ; s’il dort presque continuellement ; si les os du crâne sont mous ou assez peu solides pour ne pas résister à la plus légère pression ; s’ils sont trop écartés les uns des autres ; si les fontanelles sont très larges ; si les cheveux et les poils sont rares, courts et d’une couleur peu foncée ; si, au lied d’ongles, on ne voit que des lames minces qui ne recouvrent pas les doigts; si la peau est d’un rouge pourpre, surtout aux mamelles, aux oreilles, etc., ou bien si elle est marbrée, parsemée de vaisseaux bleuâtres; si la tête est beaucoup trop volumineuse, par rapport aux autres parties du corps ; si la longueur des membres thoraciques dépasse de beaucoup celle des membres abdominaux; si le cordon ombilical s’insère près du pubis ; si les paupières
sont collées ; si la membrape pupillaire existe : s’il n’y a pas de graisse dans le tissp cellulaire spus-cutané; si la respiration fôt très laborieuse, diaphragmatique ; si le poumon est à peine pénétré d’air dans quelques points de son étendue , en un mot si l’enfant est tellement chétif que les fonctions les plus importantes aient de la peine à s’exécuter. Ces caractères acquerront beaucoup plus de valeur, si la longueur et le poids du corps annoncent que le fœtus est à peine âgé de cinq à six mois. Les enfans qui offriraient l’ensemble des signes que je viens de faire connaître devraient être déclarés non niahles, lors même qu’ils pèseraient (le 2 kilpg. à 2 kilog. 1/2, et que la longueur de leur corps serait de 50 centimètres.
S’il arrivait qu’un enfant chétif, vivant déjà depuis plusieurs semaines, fut l’objet d’un rapport médico-légal , l’homme de l’art ne prononcerait sur sa viabilité qu’avec réserve, lors même qu’il aurait pu constater la plupart des caractères mentionnés dans le paragraphe précédent : il devrait suspendre son Jugement et demander à faire un second rapport plus tard .
Signes de viabilité d’nn fœtus mort. Si, comme il peut arriver dans certaines questions de droit civil, le médecin était appelé pour juger si un enfant mort était né niable, il devrait s’attacher d’abord à reconnaître s’il est né vivant (/F. Infanticide, t. Il ) j il éviterait de confondre avec les phénomènes qui caractéfy risent la vie extérieure, certains mouvemens des membres^ des cris faibles, des battemens de cœur, etc., que l’on dirait avoir aperçus ou sentis, et qui ne sont que les derniers traits de la vie fœtale; il constaterait ensuite l’état, les proportions et les rapports des parties extérieures indiquées dans les deux paragraphes préeédens, et qui sont les cheveux, les poils, les ongles, la peau, la tête, le cordon ombilical, etc.; il faudrait ensuite procéder à l’ouverture du cadavre, et examiner attentivement si le dévelopr pement du système osseux, du cerveau, du cœur, des poumons, du foie, de l’estomac et des intestins, des reins et de la vessie, etc., annonce que le fœtus est âgé de six, de sept, huit ou neuf mois l^J^ogez p. 68), et si ces organes semblaient avoir atteint le degré de perfection nécessaire pour exercer les fonctions sans lesquelles la vie extra-utérine ne saurait se prolonger.
Il ne perdrait pas de vue, pon plus, que les organes parvenus à l'état de maturité peuvent être malades, et leurs lésions pathologiques être incompatibles avec la vie. Il devrait donc prendre ce fait en considération, sans oublier que ces données peuvent soulever bien des incertitudes.
Je ne terminerai pas cet article sans faire observer que, si la solution des questions relatives à la viabilité des foetus doit être fondée sur l’état plus ou moins parfait de leurs organes, il importe aussi d’avoir égard à d’autres caractères que l’on pourrait appeler secondaires : ainsi tout étant égal d’ailleurs, on sera d’autant plus disposé à admettre la possibilité de vivre, qne la mère de l’enfant aura joui d’une meilleure santé pendant la grossesse, que l’accouchement n’aura-pas été provoqué, qu’il se sera ternainé avec facilité, que l’arrière-faix sera dans l’état naturel, etc.
De la viabilité des fœtus 'monstrueux. \
Parmi les nombreuses classifications des monitru^si?és proposées par les auteurs, celle de Bresehet me paraît Iq plus prapr^ê à faciliter la solution du problème qui va na’ocenpep. Les monstPaosités y sont distribuées en quatre ordres» savoir : les agemèses, les hypergénèses,^ les diplogénèses etleu hétérogéuMes.
Premier ordre. J^génèsesy ou déviation organique aveo diminution de la force formatrice.
Premier genre. Déviation organique par absence des orgaueSî ou défaut dans leur développement. Ce genre comprend plusieurs espèces.
1° Vacéphalie (de % priy. et de tête)- Qn désigne ainsi
la monstruosité dans laquelle il y a abaeuçe totale des parties qui composent la tête, et quelquefois même de celles qui constituent une portion du tronc; suivant une remarque fort importante faite par Béclard, on voit canxtamtnent 'Uha'nq'uer che;z ee§ iur dividus toutes les parties externes et internes qui r^qivput leurs 'nerfs des centres 'ixerveux qui siègent dans la partie du corps gui mangue 2 ainsi, comme le cerveau, le cervelet et la moelle allongée n’existent jamais chez les'acéphales, on ne trouve aucun des organes auxquels ils envoient des nerfs ; et, par la
aaème raison, plus la moelle épinière a perdu de sa longueur par en haut, plus il manque de parties supérieures du corps. En général, les monstres dont je parle sont dépourvus de poumons, et jusqu’à ce jour on en cite à peine quelques-uns où l’on ait trouvé le cœur. Il résulte évidemment de ce qui précède, que les acéphales ne sont pas viables.
2" JJanéncéphalie (de « priv. svxsMaXov encéphale). Elle consiste, d’après la plupart des anatomistes, dans l’absence du cerveau, du cervelet et du crâne, et plus souvent dans l’absence plus ou moins complète du cerveau et de la partie supérieure du crâne; on doit admettre aussi que chez certains anencéphales, l’extérieur du crâne peut n’être le siège d’aucun vice de conformation {Foy. Infanticide, t. ii®). La moelle allongée existe : aussi trouve-t-on le cou, les viscères thoraciques, les organes des^sens, le pharynx, le larynx et toute la face. Les anencéphales ne peuvent pas être déclarés viables : toutefois ils peuvent vivre pendant quelque temps ; on en a vu qui n’ont péri que vingt jours après la naissance, parce que le bulbe supérieur du prolongement rachidien, d’où naissent les nerfs qui se distribuent aux appareils digestif et respiratoire, n’était point détruit chez eux; lorsque ce bulbe est attaqué, la mort suit de près la naissance.
U hydrocéphalie congénitale: En général, les hydrocéphales ne vivent que peu de jours : il existe cependant des exemples rapportés par Goelis, Harteu, Malacarne, Loder, Michaelis, Scheider, Auriville, Schomberg, Gall, Breschet, etc., d’individus atteints de cette maladie, qui ont vécu pendant dix-sept, vingt-huit, trente-et-un, quarante-huit et même soixante-dix-neuf ans. Ces faits, en apparence contradictoires, se concilient très bien avec les résultats fournis par l’anatomie pathologique, qui nous apprend que dans l’hydrocéphalie les altérations peuvent être rapportées à trois chefs principaux : 1“ l’encéphale est imparfaitement développé, et le plus souvent quelques-unes de ses parties manquent; on dirait que les rudimensde cet organe baignent dans de la sérosité : tous les hydrocéphales qui meurent dans le sein maternel, à leur naissance ou peu de temps après, appartiennent à ce premier ordre ; 2° l’encéphale existe dans toutes ses parties, quoique chacune d’elles ne soit pas encore parvenue à son com-
plèment de développement ; du reste cet organe, et surtout ses cavités, sont distendues et agrandies par une quantité plus ou moins considérable de liquide : dans ce cas, l’hydrocéphale peut vivre plus ou moins long-temps j il périra d’autant plus vite que l'augmentation du fluide se fera plus rapidement : nul doute que chez les individus dont j’ai parlé, qui ont vécu de longues années, l’accumulation de la sérosité ne se soit faite très lentement; 3° l'espace qui sépare les membranes contient un liquide séreux, sans qu’il y en ait dans les cavités de l’encéphale ; cet organe est com- ■plétement développé., ce qui démontre que l’origine de la maladie ne remonte qu’aux derniers temps de la vie fœtale, et plus souvent encore aux premières années de la vie de l’enfant : ces hydrocéphales peuvent vivre pendant plusieurs années.
3° U absence OM-Vimperf ection de la face. La première de ces monstruosités est désignée sous \enom à! aprosopie (de « priv. et irpcfforov, face), tandis qu’on donne à l’autre le ateloprosopie; celle-ci est moins rare que l’aprosopie ; elle est souvent accompagnée d’une imperfection plus ou moins grande des os du crâne. Les fœtus atteints de ce genre de monstruosité manquent de cerveau, et doivent par conséquent être assimilés aux anencéphales sous le rapport de la viabilité.
4° h’ absence des y eux, des paupières oxide F iris, ne saurait être considérée comme un motif de non-viabilité. L’absence de la AoMcAe n’a lieu que lorsque la face manque; d’où il suit que les enfans atteints de ce vice de conformation ne sont point viables. L’absence des lèvres est excessivement rare, et n’entraîne point par elle-même la mort du fœtus. Les enfans qui n’ont point de luette vivent aussi long-temps que ceux qui sont bien conformés. La langue ne mdxnqxxe le plus souvent que lorsqu’il y a absence de la face ; toutefois le défaut de cet organe, la face étant dans son intégrité, n’exclut point la possibilité de vivre : ce n’est que loi’squ’il y a absence ou imperfection de la face, que la mâchoire in férieure manque (Voy. Absence de la face'). On n’a encore observé le défaut complet de l’oreille que dans l’acéphalie vraie ; s’il ne manque que l’oreille externe, l’individu est viable.
5° L’absence de l’épiglotte, du pénis, du scrotum, des testicules , des vésicules séminales , de l’utérus et de ses annexes , ' I. ÎO
du vagin, de quelques vertèbres , de quelques côtes , de la totalité ou d’une partie des membres , n’influe pas sensiblement sur la vie de l’individu; il en est de même de l’absence d’un des reins ou de la vessie : on a vu, lorsque ce dernier organe manquait, les uretères s’ouvrir dans le rectum ou aboutir au vagin , ce qui obligeait l’individu à uriner souvent.
6° L’absence de l’oesophage, de l’estomac , du foie,ducœui et des poumons, qui peut avoir lieu quoique la tête soit bien développée, malgré l’assertion contraire , des auteurs , entraîne nécessairement la mort dans un court espace de temps.
7“ Si les cloisons auriculaire et ventriculaire du cœur permettent le mélange du sang artériel et du sang veineux , l’individu est viable ; mais alors il est atteint de cyanose : c’est probablement à ce vice de conformation qu’il faut rapporter ce que l’on a publié sur des cœurs uniloculaires. L’absence de la totalité ou d’une grande partie du diaphragme suffit pour ranger l’individu parmi les êtres non viables.
8“ Je ne parlerai pas des nains, des ragots et des crétins, qui sont tous viables , parce qu’il est très difficile de donner des caractères qui puissent les faire reconnaître aux premières époques de la vie.
Deuxième genre. Déviation orgahique avec fissure ou fente sur la ligne médiane du corps. Ce genre comprend un assez grand nombre d’espèces.
Les fœtus chez lesquels les lèvres, les os maxillaires, la langue , le voile du palais , la vessie , la verge , l’urètre la matrice QU le vagin sont fendus à la partie moyenne , sont viables. Ceux dont le crâne est divisé à la partie moyenne par suite de la lenteur avec laquelle l’ossification s’ëst opérée , sont atteints d’un micéphalocèle qui peut guérir par les moyens compressifs, s’il est léger, et qui est presque toujours mortel , s’il est volumineux. Il en est de même pour la hernie du cervelet. Ceux qui sont affectés àèhydrorachis (spina bifidci) peuvent vivre non-seulement quelques jours , mais quelques mois et même plusieurs années; en effet, il résulte des observations rapportées par Bonn , Warner, Camper et Swagermann , qne des malades atteints d’hydrorachis ont vécu pendant dix , vingt , vingt-huit
et même cinquante ans. En général plus la tumeur est élevée et volumineuse , plus l’individu succombe rapidement.
La division du sternum n’entraîne point la mort. Celle de l’abdomen détermine la hernie des viscères abdominaux, et peut être promptement mortelle si le déplacement est considérable. On doit rapprocher de ce vice de conformation Vexomphale ou la hernie ombilicale dans laquelle se trouvent quelquefois , nonseulement les organes abdominaux, mais encore les viscères thoraciques. Béclard a décrit un exemple de cette monstruosité , où la tumeur renfermait en outre le front et la face de l’enfant. Il est évident que ces êtres ne peuvent pas vivre. exstrophie de la vessie est loin d’entraîner la mort du fœtus, puisqu’on possède plusieurs exemples de ce vice de conformation chez des personnes qui avaient dépassé vingt et trente ans.
Troisième genre. Déviation organique avec imperforation.
La persistance de la membrane pupillaire, l’union des paupières, l’imperforation de la bouche , de l’anus , dp l’urètre, du vagin et de la matrice, ne sauraient être regardées comme des motifs de non-viabilité, à moins qu’il y ait oblitération de l’œsophage ou du gros intestin.
Quatrième genre. Déviation organique avec union ou confusion des parties.
Monopsie (de p.(;voç seul, et ai œil). On désigne ainsi les fœtus chez lesquels il y a eu rapprochement ou fusion plus ou moins complète des deux yeux, par suite de l’absence totale ou. partielle des parties qui composent l’appareil olfactif. Il existe plusieurs degrés de monopsie ; 1° les deux orbites communiquent entre eux, et chacun contient un œil distinct; 2*^ il n’existe qu’une cavité orbitaire dans laquelle on voit deux yeux qui se touchent sans se confondre ; 3%Ies yeux sont confondus, mais on peut encore reconnaître toutes les parties qui les constituent ; 4“ il n’y a qu’un seul œil qui est ordinairement très volumineux. La face des monopses est presque toujours plus courte et moins large que celle des fœtus bien conformés ; on ne trouve à la place du nez qu’ime surface lisse qui sépare l’œil de la bouche : l’ethmoïde,,les os propres du nez, les os palatins, les os unguis et les nerfs olfactife manquent toujours. Le cerveau est excessivement
petit, où réduit en une sorte de bouillie claire ; ott né voit qu’mi hémisphère cérébral. On doit assimiler ces êtres, sous le rapport de la viabilité, aux anencéphales, quoiqu’il soit avéré qu’un poulain monopse ait vécu quatre mois.
La réunion des membres abdominaux, des doigts ou des orteils, ainsi /jue l’inversion des extrémités des membres pelviens et thoraciques, n’est pas une cause de non-viabilité.
Deuxième ordre. Hypergénèses. Déviation organique avec augmentation de la force formatrice. Cet ordre comprend deux genres, dans lesquels viennent se ranger les géans.et les fœtus dont la tête, la face et les membres sont gros, ou qui offrent plusieurs membres, plusieurs doigts, plus de vingt-quatre vertèbres ou de vingt-quatre côtes, ou de trente- deux dents, des muscles doubles, plus d’un mamelon à chaque mamelle, ou plusieurs mamelles, deux ou trois coeurs, deux duodénum , trois reins, deux vagins, deux utérus, trois oreilles ou cinq yeux, etc. Tous ces fœtus sont viables.
Troisième ordre. Diplogénèses. Déviation organique avec réunion des germes.
Premier genre par fusion ou par adhérence; ce genre renferme quatre espèces : 1° deux individus sont accolés, par quelque point de la surface de leur corps , et présentent chacun en apparence, du .moins, toutes leurs parties distinctes. Ces fœtus sont viables, comme le prouve l’histoire si généralement connue d’Hélène et de J udith, qui vécurent vingt-et-un ans, et qui étaient unies seulement par la partie inférieure de la région lombaire. 2“ Deux ou trois individus sont accolés, mais il y a eu fusion profonde et disparition de quelques-uns des membres (1) ; ainsi on ne trouve que trois bras bu trois jambes , ou quatre bras et deux membres inférieurs, ou quatre jambes et deux bras, ou bien deux bras et trois jambes; la viabilité de ces êtres ne saurait être contestée. 3“ Deux individus peuvent être séparés dans leur partie supérieure et réunis dans leur partie inférieure, et, dans ce cas, il peut n’y avoir que trois membres supérieurs : ces fœtus
(1) Fattori obsérva, eu 1810^ uu fœlus dans lequel on voyait manifestement les débris de deux autres fœtus : l’existence de trois individus de l’espèce humaine réunis, doit donc désoi-mais être regardée comme possible.
sont viables. h° Le inousire est viable lorsqu’il est simple supérieurement, et double inférieurement : c’est-à-dire lorsqu’il offre une tête et deux corps.
Deuxième genre : par pénétration. Ce genre comprend deux espèces : 1° un des individus est en partie détruit, et la portion restante fait saillie hors du corps de l’autre individu, aux dépens duquel il est nourri. Les exemples de cette monstruosité ne sont pas rares et l’on sait que le foetus contenu n’est jamais viable, mais que celui qui le renferme peut vivre pendant plusieurs années. 2° Un des fœtus est totalement contenu dans l’autre, comme on peut s’en convaincre par les faits suivans :
A. Bissieu s’était plaint, dès qu’il avait pu balbutier, d’une douleur au côté gauche qui était tuméfié ; à l’âge de treize ans, il fut pris tout-à-coup de fièvre ; sa tumeur devint volumineuse et très douloureuse ; il ne tarda pas à rendre par les selles des matières puriformeset fétides, et à éprouver la plupart des symptômes de la phthisie pulmonaire ; peu de temps après, il rendit par les selles un peloton de poils et mourut au bout de six semaines dans un grand état de consomption. A l’ouverture du cadavre, on vit que la tumeur était renfermée dans un kyste situé dans le mésocolon transverse, près du colon et hors des voies de Indigestion. La masse qui remplissait ce kyste contenait évidemment quelques organes des sens, un cerveau, une
* moelle de l’épine, des nerfs, des muscles, un squelette, un cordon oïfibilical composé d’une artère et d’une veine; les organes de la digestion, delà respiration et de la sécrétion de l’urine et de la génération manquaient [Bulletin de la Société de Médecine, r ® année, page 4).
B. Higmore rapporte qu’un jeune homme, âgé de seize ans, périt après avoir éprouvé des douleurs atroces dans l’abdomen. L’épigastre, la région ombilicale et les hypochondres étaient occupés, par une tumeur de forme irrégulière, contenue dans un sac qu’enveloppait l’épiploon, et dans lequel on voyait un fœtus imparfait {Case of fœtus found in the abdomen ofa young man, 1815).
Ces observations ne sont pas les seules'que je pourrais citer : ou en connaît encore plusieurs autres, que le docteur A. Lacheze, d’Angers, a rassemblées avec soin dans sa dissertation inaugurale intitulée : de la Duplicité monstrueuse par inclusion (Paris, juillet 1823). Ollivier (d’Angers) en a rapporté d’autres exemples dans un mémoire sur la monstruosité par inclusion, inséré dans les Archiv. gén. de méd., tome xv, pages 355 et 539. Le docteur Mayor en a consigné un nouveau cas dans un mémoire sur
les monstruosités parduplication (^Journal eovwplém. du Diet. des scienc. méd., mars 1828). En 1842, M. Velpeau a extirpé une tumeur testiculaire, débri d’un fœtus inclus chez un jenne homme d’une vingtaine d’années {Areh. gén. 1842).Ici,
comme dans les espèces précédentes, le fœtus contenu n’a jamais été viable, tandis que celui qui le contient peut l’être.
Quatrième ordre. Hétérogénèses. Déviation organique avec qualités étrangères du produit de la génération,
Breschet range dans cet ordre ; 1° les fœtus extra-utérins : ils ne sont pas viables ; 2° ceux qui naissent à la suite des grossesses multiples : on sait que les jumeaux sont viables lorsqu’ils sont au nombre de deux, qu’il est rare de les voir vivre quand il y en a trois, et qu’il n’y a point, d’exemple qu’ils aient vécu quand ils étaient quatre; 3° les albinos et les chacrelats (albinos des nègres ) : ils sont viables ; 4° ceux qui sont atteints de cyanose ; ils peuvent vivre ; 5° ceux qui sont atteints de jaunisse ou de l’induration du tissu cellulaire : les uns et les autres sont viables, mais les derniers périssent souvent quelques jours après la naissance ; 6° ceux dont les organes sont renversés , par exemple , lorsque le cœur est à droite , le foie à gauche , etc.; ils peuvent vivre en général aussi long-temps que les autres ; il est pourtant des cas de déplacement du cœur dans lesquels l’enfant n’est point viable ; les considérations suivantes mettront cette vérité hors de doute.
Ectopie du eceur'{Ectopia dérivé de sit, de; totîoç, lieu, déplacement), H existe trois genres ^ectopie du emur : 1° Y ectopie thoracique dans laquelle le cœur est déplacé tantôt sans fissure des parois thoraciques , tantôt avec fissure de ces mêmes parois, tantôt enfin avec absence de quelques pièces aux parois du thorax : 2’’ Y ectopie abdominale dans laquelle le cœur sort de la poitrine par une ouverture du diaphragme ; 3° Y ectopie céphalique dans laquelle le cœur est en rapport avec quelque partie de la tête (1). Des enfans dont le cœur est logé dans la cavité droite du thorax, qu’il soit vertical ou horizontal, que sa pointe soit dirigée en bas,
(1) Voyez le Mémoire sur Veetopîe de Y appareil de la circulation, et particulièrement sur celle du cœur, par G. Breschet, 1827.
en haut ou en avant, sont viables; il en est de même lorsqu’il y a ectopie abdominale simple , c’est-à-dire sans éventration ; car il n’y a pas d’exemple de fœtus viables, quand avec une ectopie semblable, les viscères abdominaux étaient à nu, ou couverts seulement par une membrane mince. Les fœtus atteints Sectopie thoraeique avec issue du cœur par ime fente du sternum ou audessus de l’appendice xyphoïde, ou ÿectopie céphalique ne sont point viables. Pour pouvoir prononcer sur la viabilité d’un fœtus affecté d’ectopie du cœur, dit Breschet, et qui serait encore vivant, ou dont le cadavre serait soumis à un examen juridique, il faudrait non-seulement tenir compte de l’âge du fœtus , mais encore de la coexistence d’autres vices de conformation. Les faits rapportés dans ce mémoire démontrent jusqu’à l’évidénce que l’ectopie du cœur est fréquemment accompagnée d’anencéphalie, de diastérachie, etc. On a'vu également les poumons être à peine développés, l’artère pulmonaire manquer ou être imperforée, quoique à l’extérieur l’apparence de l’enfant fût régulière, et toutes ces dispositions suffisent pour établir la non-viabilité. On peut avancer d’une manière générale que Veetopie du éœur est rarement seule , et lors rnême que ce vice de conformation est à un degré peu marqué, il peut être accompagné d’une disposition vicieuse dans la structure du cœur ou dans l’origine des gros troncs vasculaires (page 31 du Mémoire cité).
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VIABILITÉ nu FOETÜS. ’
§ier.
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