DES MALADIES SIMULÉES PAR IMITATION
On désigne ainsi, comme je l’ai déjà dit, les maladies qui n’existent pas et que l’on feint d’avoir ; les principales de ces maladies sont l’amaurose, la myopie, le strabisme , l’écoulement fétide des oreilles, la surdité, le mutisme, le bégaiement, l’ozène, la paralysie, la claudication, la contracture, l’obstipation, le tremblement, les convulsions, les douleurs, la nostalgie, la folie, l’épilepsie, la dysphagie, le vomissement, la fistule, le renversement de l’anus, l’anévrysme du cœur, la phthisie pulmonaire, certaines hémorrhoïdes, l’incontinence d’urine, la perte des testicules, lïctère, les dartres, la teigne, les ulcères, l’enflure, la rage, le scorbut, les scrofules, etc.
Amaurose ovi goutte sereine. Cette maladie a été souvent si-
mulée par les militaires qui désiraient se faire réformer. Le fait suiYant, consigné dans l’ouvrage de Mahon, prouve combien les fourbes ont porté quelquefois loin leur audace.
Un jeune militaire, après avoir passé la nuit aux avant-postes, dit toutà-coap qu’il est aveugle. On ne tarda pas à se convaincre qu’il simulait la cécité, quoiqu’il assurât ne pas voir. On lui appliqua vésicatoires, sétons, etc.; il endura tout avec une constance étonnante, en remerciant toujours des soins qu’on lui donnait. On le mit sur le. bord de la rivière et on lui dit de marcher : deux bateliers étaient tout prêts pour le retirer dé Teau. Il marcha devant lui, et se laissa tomber dans l’eau, dont il fut rê^ tiré bientôt. Convaincus de son aveuglement, mais ne pouvant expliquer la dilatation et la contraction de la pupille, les officiers de santé lui donnèrent son congé, mais l’avertirent que, s’il feignait, ce congé lui serait inutile, puisque dans son pays on s’apercevrait facilement qu’il n’était pas aveugle ; que s’il avouait la vérité, on lui en donnerait un autre. Il nia d’abord sa fourberie, mais, assuré qu’on ne lui manquerait pas de pafolê, ■ il prit un livre et lut (.t. i, page 360).
Dans la plupart des cas, les individus disent qu’ils n’y voient pas de l’œil droit : il faut alors se rappeler que presque toujours, dans l’amaurose véritable, l’iris est immobile, même lorsqu’on en approche une lumière vive, et que son cercle est très élargi et quelquefois presque effacé : l’œil malade devient saillant; on dirait qu’il est surmonté d’un autre œil, tant la cornée transparente est poussée en dehors par l’humeur aqueuse. A la vérité, il est des exemples de goutte sereine dans lesquels l’iris se contracte, et son cercle diminue par l’action de la lumière, ce qui paraît tenir à ce que les nerfs qu’il reçoit de la troisième et de la cinquième paires ne sont point lésés ; mais dans ces cas, le resserrement de la pupille s’opère lentement et n’est point durable, tandis que le contraire a lieu dans l’œil qui n’est pas affecté d’amaurose; le cercle de l’iris est loin de diminuer autant que dans un œil sain soumis tout-à-coup à l’action d’une vive lumière. Si l’individu se dit atteint d’amaurose de l’un des deux yeux seulement, ces différences seront d’autant plus faciles à saisir, que l’on pourra faire agir à-la-fois la lumière sur les deux yeux. J’ajouterai que dans les amauroses qui sont consécutives à une inflammation de l’œil, on peut voir la pupille déformée, et des adhérences ou des fausses
membranes à la surface de l’iris, toutes particularités que ne présentera pas une amaurose simulée.
L’application sur l’œil de l’extrait et du suc récent de belladone, de l’extrait de jusquiame et d’eau distillée de lauréole, prodoit des phénomènes qui pourraient faire croire à l’existence d’une amaurose chez un individu qui serait intéressé à feindre cette maladie : en effet, l’iris se contracte et reste immobile, la dilatation delà pupille est assez considérable pour que l’anneau de l’iris devienne presque linéaire ; enfin la lumière la plus vive ne produit aucun changement sur l’iris ni sur la pupille. Mais je ferai remarquer que souvent l’œil est légèrement rouge et larmoyant à la suite dépareilles applications; que l’action de l’extrait de jusquiame ne se prolonge guère au-delà de vingt-quatre heures, tandis que celle de l’extrait dè belladone cesse dans les six premières heures, et que celle de l’eau distillée de lauréole est passagère : il sera donc aisé de reconnaître la supercherie, en examinant attentivement l’individu trente-six ou quarante-huit heures après la première visite.
Il est encore important de se rappeler qu’il existe des amauroses qui se dissipent d’elles-mêmes au bout de quelques semaines ou de quelques mois, comme on le voit à la suite d’une chute, de coups à la tête, de blessures du nerf sus-orbitaire, de convulsions, d’une fièvre grave, de l’ivresse, etc.; il en est de même de celles qui sont dues à des congestions sanguines vers la tête, ou à l’anémie.
Cataracte (Voyez Maladies simulées 'par provocation, page 344).
La myopie est une cause de réforme absolue; dès-lors on concevra qu’elle ait été souvent simulée. Le véritable myope lit distinctement dans un livre ouvert dont on applique le feuillet contre le nez; il peut lire à 36 cent, de distance avec un verre numéro 3, et il distingue les objets éloignés à l’aide d’un verre numéro 5. Toutefois, le fourbe peut en imposer s’il a contracté l’habitude de lire avec toutes sortes de lunettes, comme Pcrcy et Laurent disent l’avoir vu.
Ophthalmie (Voyez Maladies simulées par provocation page 344).
Strabisme. Ce&t à torl que l’on a regardé le strabisme simple comme un motif d’exemption, puisque l’homme qui n’est point affecté de cette maladie et qui tire un coup de fusil, n’y parvient qu’en louchant momentanément à gauche, c’est-à-dire en fermant fœilde ce côté et en dirigeant l’œil droit sur le point de mire.
II u’en serait pas de même si le strabisme était assez grave pour que l’individu n’aperçut les objets que loin du point où ils sont placés.
Oreilles. On est réformé du service militaire lorsqu’on est atteint d’un écoulement muqueux, purulent et fétide parles oreilles; aussi voit-on souvent les jeunes conscrits chercher à enflammer et ulcérer le conduit auditif, en y introduisant de la poudre de cantharides, de l’emplâtre épispastique, qu’ils remplacent, quelque temps après, par un mélange de suif rance, d’huile empyreumatique, d’asa-fœtida ou de vieux fromage. Il suffît, pour reconnaître la fraude, d’examiner attentivement les deux oreilles, et surtout de s’assurer que la maladie résiste à un traitement méthodique et bien suivi. N’a-t-on pas vu, dans un cas de ce genre, le conduit auditif contenir, au lieu d’un mucus purulent, du miel dont le conscrit avait fait usage pour faire prendre le change?
Surdité. La surdité est une des maladies que l’on simule le plus souvent, parce qu’elle exempte du service, qu’on peut la feindre avec facilité, et qu’il n’est pas toujours aisé de distinguer si elle est vraie ou simulée. Rien ne me semble plus propre à faire connaître les moyens que l’on doit mettre en usage pour démasquer la fourberie, que le récit d’un certain nombre d’observations de faux sourds dont on n’a pas été la dupe. On sait d’ailleurs que la plupart des vrais sourds offrent une physionomie particulière, que présentent rarement ceux qui simulent cette maladie.
■ \° Un conscrit veut se faire passer pour sourd ; on laisse tomber adroitement à ses pieds une pièce de monnaie, et il fait un mouvement qui le trahit. 2" Avez-vous encore votre père ; combien avez-vous dé frères , demande-t-on à d’autres; et l’on a soin de baisser successivement la voix à mesure qu’on leur adresse de nouvelles questions ; les fourbes donnent dans le piège, et répondent même lorsqu’on leur parle à voix basse. 3° Un autre, que des moyens analogues n’avaient point démasqué, voit entrer dans la salle où il était détenu, et sans s’y attendre, un gendarme qui s’annonce comme ayant l’ordre de l’arrêter, parce qu’il est prévenu da
meurtre et de vol : aussitôt le faux sourd, qui avait parfaitement entaidü, proteste contre cette mesure, et pleure parce qu’il est innocent. 4“ On en a vu qui avaient introduit dans leurs oreilles des pois, des fèves, de la moelle de jonc, et qui se plaignaient considérablement lorsqu’on cherchait à explorer le conduit auditif avec une curette : « Dans un cas de ce genre, disent Percy et Laurent, à qui j’ai emprunté ces faits, nous fûmes curieui de voir un exemple de ces caroncules qui naissent quelquefois dans le conduit auditif; nous prîmes un canif qui se trouvait sur la table, et en piquant le corps étranger, nous n’en fîmes point sortir de sang, et il nous fit éprouver une impressioii singulière qui éveilla nos soupçons : nous demandâmes alors une curette, et nous fîmes, non sans peine, l’extraction d’un pois qui y avait été introduit dans l’espoird’en imposer à des examinateurs superficiels. » 5° Victor Foy, soi-disant Victor Travanait, passait pour sourd et muet depuis plusieurs années, et voyageait pour éviter le service militaire : toutes les épreuves faites en Allemagne, en France, enEspape et en Italie, dans le dessein de savoir si la maladie était réelle ou simulée, avaient été infructueuses, lorsque l’abbé Sicard reconnut la fourberie, ■parce que les fautes d’orthographe du faux sourd-muet étaient en parfaite harmonie avec la ponctuation ; ainsi il écrivait pin pour pain, massu pour massue, etc.; : ;■ La raison que j’en dpnne, dit Sicard, c’est qu’il orthographie comme le peuple ; qu’il écrit comme on entend ; au lieu que les sourdsmuets ne peiivent écrire que comme ils voient. Celui-ci est même si ignorant, qu’il partage les mots, et que souvent il lie les prépositions aux mots, imaginant sans doute qu’ elles jen font partie, et cela parce que la métaphysique des rapports est trop subtile pour être remarquée ou même soupçonnée par les gens de la classe ignorante. Vous remarquerez dans le mot conduit, qu’il écrit quhonduit, la lettre q mise à la place du e,^Ge qui prouve de la manière la plus évidente que celui qui met l’une à la place del’autre a entendu, et qu’il a appris que le son de ces deux gutturales est le même» {Moniteur de \ 806, n“ 1 37).
Mutité QU mutisme. On a eu quelquefois recours, pour simuler momentanéinent la mutité, au datur a stramonium; plus souvent encore on a feint d’être muet en cessant volontairement de parler. L’homme del’art doit se rappeler que dahsla mutité réelle, produite par la paralysie du nerf grand hypoglosse, la langue est mince, émaciée, ramassée, comme pelotonnée, et qu’elle sort difficilement de la bouche. Si elle lient à la paralysie du larynx, l’individu qui en est affecté ne peut faire entendre aucun son, même en toussant; on a beau lui serrer la gorge et le faire éternuer, le mouvement qni en résulte n’est point sonore. On doit encore chercher à déterminer si l’affeeiion n’est pas le résultat d’une blessure au cou, à lapoi-
trine, de la perte d’une portion de la langue, ou si elle n’est pas eongéniale ; ce que l’on peut savoir à l’aide de certificats parfaiteraent auiheniiques. « Tout muet qui lire la langue et la meut, disent Percy et Laurent, s’il n’est pas né sourd, est un imposteur. « La réclusion, la privation des alimens, etc., tels sont les moyens employés parles chirurgiens militaires pour découvrir la ruse.
Bégaietnent. Ce vice de conformation tient à une action irrégulière et imparfaite du cerveau sur le système musculaire des organes de la prononciation , ou à des habitudes vicieuses contractées dès l’enfance dans l’articulation des sons. Tout le monde sait combien il est facile d’imiter les bègues , aussi a-t-on été obligé, pour démasquer les fourbes qui voulaient se faire passer pour tels, de les enfermer dans une chambre, et de ne leur donner des alimens que lorsqu’ils auraient cessé de bégayer.
Ozène. Les punais , car c’est ainsi que l’on désigne les individus dont l’haleineest repoussante, sont impropres au service miliiaire. Cette maladie a été souvent simulée, en introduisant dans une des narines un bourdonnet de charpie préalablement trempé dans du fromage mou et vieux, dans des sucs fétides, etc. Les considérations suivantes pourront faire reconnaître si la maladie est réelle : l’ozèneest commune chez les personnes dont le nez est écrasé, vice de conformation d’autant moins rare qu’il semble héréditaire. Le vice vénérien, les dartres, un état scorbutique ou cancéreux, produisent souvent cette maladie, qui peut également être le résultat de la contusion ou d’une plaie au nez. On remarque d’abord tous les symptômes du coryza; bientôt après la membrane muqueuse fournit un pus içhoreux-, corrosif, d’une odeur fétide, et qui devient de plus en plus consistant ; Tozène vénérienne est presque toujours un symptôme d’une infection générale. Quand la maladie a son siège dans le sinus maxillaire , il paraît , entre l’os malaire et la fosse canine, une tumeur duré, incolore, offrant quelquefois une petite ouverture fistuleuse audessus des dents molaires, par laquelle s’écoule un pus fétide ; la douleur est d’autant plus vive que la suppuration est moins abondante.
Perte des dents (Voyez Maladies simulées par provoca^ tien, page 344).
Paralysie. Je dirai, eu parlant des blessures, que la paralysie d’un membre ou d’une partie d’un membre peut être la suite de la blessure du nerf qui se distribue aux muscles chargés de le mouvoir. Il faudra donc examiner attentivement, dans un cas de paralysie que l’on soupçonnera être simulée , si l’on ne découvre pas une cicatrice sur quelque partie du membre, si celui-ci n’a pas été fortement contus à une époque plus ou moins éloignée, si la paralysie est récente ou ancienne, car, dans ce dernier cas, l’état de sécheresse de la peau, l’atrophie du membre ne permettront d’élever aucun doute, à moins que ce dernier n’ait été condamné depuis long-temps à l’inaction par des ankylosés ou des adhérences des parties molles entre elles. Si tout porte à croire qu’il y a simulation, on n’hésitera pas à.proposer l’épreuve du feu , à laquelle les individus veulent rarement se soumettre lorsqu’ils ne sont pas malades. On a de la peine à imaginer jusqu’à quel point les imposteurs peuvent pousser l’audace ; le fait suivant est propre à en donner une idéei
« On amena un jour à la visite, sur une charrette, un jeune homme ayant la tête enveloppée de linges, comme Agnelet, se disant paralytique du côté gauche. On le descendit avec peine, et on le conduisit à la salle de visite, soutenu par ses parens. Il avait la figure décomposée, la bouche tournée à droite, et la salive s’échappait par la commissure droite des lèvres ; il bégayait, avait l’air hébété, tenait ses bras appuyés contre la poitrine, la main fléchie etle pouce en dedans; il marchait en traçant un demi-cercle. Ses camarades le plaignaient, et tout le monde parut touché de son sort. On racontait qu’il avait fait une chute de plus de iO mètres de haut sur le côté droit de la tête, et qu’on avait été sur le point de le trépaner : des chirurgiens attestaient cette circonstance, et ajoutaient qu’il avait été saigné cinq fois. Il fut réformé. Nous l’avions examiné attentivement, suivi tous ses mouvemens, et nous avions remarqué qu’il y avait peu d’accord entre ses yeux et le reste de la face. Nous le vîmes sourire malignement à sa mère, lorsqu’on lui eût dit de passer au bureau pour avoir une expédition de sa réforme » (Art, Simulation du Dictionnaire des sciences médicales).
Paralysie des paupières (Voyez Maladies simulées par provocation, page Sû4).
Claudication. Il est ordinairement aisé de reconnaître si la claudication est simulée , en comparant attentivement les deux membres, ainsi que les articulations, et en faisant quelque’s ten-
taiives pour allonger celui qui a été raccourci ; car alors l’indi- Tidu avoue son imposture pour éviter la douleur. Il est arrivé pourtant que les chirurgiens les plus habiles ont été dupés par des hommes qui, à la suite d’une chute, se sont dits boiteux, et ont simulé la claudication pendant plusieurs années , quoiqu’on eût employé auprès d’eux les moyens que j’ai conseillés.
Contracture. Il n’est pas rare de voir les personnes qui veulent s’exempter du service militaire simuler la contracture des doigts, de la jambe et du rachis. — Contracture des doigts. On peut parvenir à recourber un ou plusieurs doigts en les tenant pendant long-temps dans un état continuel de flexion, au moyen d’un bandage approprié ; quelquefois même, pouf mieux faire prendre le change, on brûle une portion de la peau sur le trajet des tendons des muscles fléchisseurs. On peut soupçonner la ruse, si on trouve les muscles de l’avant-bras tendus et contractés , et si le membre est bien nourri. Alors on peut avoir recours au moyen proposé par Percy et Laurent , qui leur a parfaitement réussi dans deux circonstances. Après avoir appliqué un bandage roulé et très serré autour de l’avant-bras, on fit passer le membre par l’un des trous d’une guérite, et, à l’aide d’une sonde à séton, on passa sous les doigts contractés un ruban auquel on suspendit un poids de 3 kilog. ; la main et le bras ne tardèrent pas plus de six minutes à trembler ; et au bout de quatre heures le poids tomba, et les doigts furent redressés. Il y aurait de l’inhumanité à faire de pareilles tentatives dans le cas où la contracture serait évidemment l’effet d’une brûlure ; les suites de cet accident seraient facilement reconnues à la maigreur de la main et des doigts, aux cicatrices, au soulèvement et à la tension des tendons , etc. — Contracture de la jamhe. On a vu des hommes faire usage pendant long-temps d’un talon très élevé , pour que le genou fût porté en avant , exercer ensuite une compression prolongée sur la jambe, pour en déterminer l’amaigrissement, et simuler ainsi une maladie dont ils attribuaient la cause à une fracture ancienne, à un rhumatisme , etc. Souvent on a découvert la supercherie en mesurant comparativement les deux membres, depuis l’os des îles jusqu’au gros orteil, et en redressant celui qui paraissait courbé au moyen d’une forte pression
exercée sur le genou ; d’autres fois il a suffi de dire aux assistaw qu’il était facile d’étendre la jambe, mais que rien ne la poovait empêcher de se contracter de nouveau pour que le fourbe qui avait été dupe de ce propos étendît sa jambe aussitôt qu’on pressait sur le genou. Il est des circonstances où l’individu contractait les muscles avec une telle force , qu’il a fallu appliquer sur la cuisse un bandage roulé bien serré et mouillé, pour empêcher les fléchisseurs de la jambe de se contracter; enfin, il a été souvent possible de démasquer l’imposture en plaçant l’individu sur un piquet un peu élevé, et en le forçant de se tenir en équilibre sur la bonne jambe; le membre contracté ne tardait pas alors à trembler et à s’allonger. « Douze hommes soumis à cette dernière épreuve, disent Percy et Laurent, n’oni pu y résister. — Contracture du rachis. Les chirurgiens militaires ont été souvent trompés par des personnes qui simulaient un lumbago avec courbure du rachis, et qui avaient enduré des vésicatoires , des moxas, etc., sans avouer leur stratagème. On est parvenu quelquefois à redresser ces fourbes en les piquant par derrière avec une longue aiguille au moment où ils s’y attendaient le moins.
Obstifation , c’est-à-dire tête penchée d’un côté. Si elle est simulée , le muscle sterno-cléido-mastoïdien du côté opposé à celui qui est penché est tendu ; il ne l’est pas, au contraire, dans l’obstipation réelle ; d’ailleurs il est difficile que l’imposteur puisse tourner les yeux du côté opposé à la courbure, ce qui n’a pas lieu lorsque la maladie n’est pas simulée. Il suffit de faire quelques légers efforts pour ramener la tête à sa position nalurélle, dans les cas de stratagème. J’ajouterai que, lorsque cètte déviation de la tête existe depuis très lortg-temps, la face s’est développée d’une manière vicieuse ; le côté incliné paraît atrophié, tandis que l’autre présente un grand développement.
Convulsions. On^ distingue facilement les convulsions simulées de celles qui sont réelles, parce que dans les premières les muscles ne se raidissent pas, et qu’ils sont loin de se contracter avec la même énergie et la même promptitude que dans les autres; il suffira donc, pour découvrir la fraude, d’agir avec force sur les muscles anagonistes.
Tremblement. Il est extrêmement aisé d’imiter cette affec-
don, mais il est facile de découvrir la ruse en surveillant âttêntivemeot les individus au moment où ils croient être seuls.
Douleurs nerveuses^ rhumatismales, etc. Il est diflBcile d’en imposer à un observateur attentif, lorsqu’on dit éprouver des douleurs dans les poumons , dans la plèvre , dans l’estomac ou dans tout autre viscère important , parce que les prétendus malades ne simulent aucun des autres symptômes dont les lésions de ces organes s’accompagnent presque constamment, tels que la toux, la difficulté de respirer, l’expectoration, les nausées, la fièvre, etc. Il n’en est pas de même des douleurs rhumatismales, de la sciatique, etc., qui peuvent ne pas déterminer de changement sensible dans les fonctions de l’économie animale : aussi combien de fois la sagacité des gens de l’art n’a-t-elle pas été mise en défaut par les imposteurs !
Un homme simule une douleur fixe et profonde au genou gauche ; il supporte à plusieurs reprises le vésicatoire et le moxa ; la jambe se contracte peu-à-peu ; on l’envoie aux eaux, et il n’oblientsa réforme qu’après avoir été infructueusement secouru dans les hôpitaux pendant quatre ans; à peine voit-il que son but est rempli, qu’il jette au feu la jambe de bois dont il avait fait, usage pendanit trois ans, et il se vante d’avoir trompé ceux qui l’avaient soigné (Percy et Laurent).
On ne saurait donc être trop sur ses gardes; c’est ici le cas de ne négliger aucun des moyens propres à intimider le plaignant lorsqu’on a des motifs ^de le soupçonner d’imposture.
Nostalgie. Cette maladie n’ést point considérée comme un cas de réforme, quoiqu’il soit avéré que ceux qui en sont profondément atteints périssent si on ne les renvoie près des personnes et des lieux qu’ils regrettent ; elle est pourtant simulée assez souvent par les militaires qui espèrent sans doute obtenir un congé. Le faux nostalgique affecte toujours de demander à revoir son pays, et il ne parvient jamais à feindre l’ensemble des phénomènes que l’on observe dans la vraie nostalgie -. savoir, une tristesse profonde, à laquelle succède une mélancolie sombre, la laciturniié et un désir extrême de rester seul, une grande indifférence pour tout ce qui ne rappelle pas les objets qu’il regrette, un serrement spasmodique de l’estomac, l’anéantissement du corps et‘ de l’esprit , le marasme, etc. {F oy. la descrip-
tion de la nostalgie, dans les ouvrages de 'pathologie interne'). D’ailleurs les médecins peuvent soumettre les malades à des épreuves auxquelles ils résistent difficilement. «Vous reconnaîtrez le faux nostalgique, dit Sagar, qui avait été atteint de cette maladie, à la force et à l’égalité du pouls, à la bonne couleur du visage , et à l’aversion pour une diète sévère et pour les sétons. » Les chirurgiens ordonnent à ces individus , et à prendre souvent, une poudre composée d’aloès, de chamœpitis et d’absinthe ; et comme ils ont de la répugnance à en faire usage, ils demandent à sortir de l’hôpital et se disent guéris (^Syst. morb.)
Folie oyez page 351).
'U épilepsie est une des affections que l’on simule le plus souvent, soit que l’on veuille exciter la commisération publique, soit que l’on cherche à se soustraire au service militaire. Lorsqu’on est témoin de l’accès, on parvient à découvrir, la ruse en ayant égard à l’ensemble des caractères suivans : 1° dans l’épilepsie vraie, le malade n’est presque jamais averti de l’invasion de l’attaque, et tombe indistinctement sur tous les corps, tandis que le fourbe a soin de se préparer à la chute pour se faire le moins de mal possible ; il évite tout ce qui pourrait le blesser, et il choisit rarement pour lieu de la scène l’endroit où se trouvent les médecins qui sont chargés de l’examiner : toutefois, comme certains accès d’épilepsie vraie s’annoncent par des prodromes, ce caractère est insuffisant pour décider la question, vu qu’alors les malades ont le temps de prendre les mêmes précautions que les prétendus épileptiques. 2" La sensibilité est complètement éteinte lorsque la maladie est réelle ; on a beau faire du bruit, mettre en usage les substances lès plus odorantes , chercher à exciter la douleur au moyen de caustiques, etc., le malade n’aperçoit rien; aussi conseille-t-on avec raison d’intimider celui que l’on soupçonne d’imposture , soit en déchargeant une arme à feu sans qu’il en soit prévenu', soit en proposant de le cautériser avec un fer rouge, ou en annonçant qu’on va mettre le feu aux quatre coins du lit.
On trouve dans l’article SmcnoATioNdéjà cité, qu’un villageois fut effrayé, pendant qu’il simulait un accès d’épilepsie, d’entendre le chirurgien de-
mander les instrumens nécessaires pour opérer la castration, moyen qu’il r^ardait comme infaillible pour guérir radicalement l’épilepsie ; le fourbe ne tarda pas à se réveiller et à demander pardon.
L’action inattendue sur les narines , du gaz acide sulfureux, de l’ammoniaque, le chatouillement imprévu de cette partie et de la plante des pieds, ont été quelquefois sufflsans pour trahir les faux épileptiques, parce qu’ils ont donné des marques de sensibilité. Quant à l’emploi réel des caustiques, je pense qu’il doit être proscrit, parce qu’il est inhumain, et qu’il a souvent été infructueux.
On lit dans Mahon qu’une femme de vingt ans, dont parle de Haen, avait soutenu l’épreuve du feu sans que cela eût pu la forcer à se démasquer ; mais depuis, étant détenue en prison pour meurtre, elle avoua sa simulation, et imita si bien l’accès en présence deYan-S.wieten et de Haen qu’ils crurent que ces accès de commande étaient devenus réels.
3“ Lapu‘^ille est dilatée et Viris immobile dans V épilepsie traie, comme on peut s’en assurer en approchant soudainement de l’œil une bougie allumée ; toutefois il est difficile de constater ce caractère lorsque les yeux sont roulàns dans l’orbite, chez un malade agité de mouvemens convulsifs. \k° La face est gonflée, violette ou noirâtre pendant l’accès -, la bouche est assez souvent écumeuse , et la langue poussée jusqu’au dehors et serrée entre les mâchoires. Il est vrai que les faux épileptiques cherchent à imiter la turgescence et la couleur rouge de la face en appliquant autour du cou une ligature serrée qu’ils ont soin de cacher ; mais il suffit d’être prévenu pour découvrir la ruse : d’ailleurs comment simuleront-ils la pâleur qui remplace l’état dont je parle, dès que les convulsions cessent? On sait également que l’écume est souvent imitée à l’aide d’un morceau de savon placé dans la bouche. 6^ Les dents sont quelquefois usées par l’effet du grincement convulsif qui accompagne l’épilepsie ; cette usure se remarque plus souvent sur la face antérieure des incisives inférieures ; elle peut devenir un caractère important, si le sujet de l’observation est encore assez jeune pour qu’on ne puisse pas raisonnablement la faire dépendre des progrès de l’âge. 6° Dans l’épilepsie vraie, la respiration est gênée , ei les batteraens du cœur sont tumultueux et forts, phénomènes
qa’il n’est pas facile de feindre. 7° Les poignets et le pouce sont fléchis pendant l’attaque ; et si l’on parvient à les étendre, ils ne se fléchissent plus , tandis que, suivant Marc, l’imposteur cède au plus léger efibrt, et croit n’avoir rien de mieux à faire que de fléchir de nouveau ces parties lorsqu’il ne sent plus de résistance. 8° A la fin d’une attaque réelle , on observe un ronflement soporeux, beaucoup de lassitude, des vertiges, une altération de l’intelligence, et un état d’étonnement et d’hébétement qu’il suffit d’avoir vu pour être convaincu qu’il ne peut être simulé qu’avec la plus grande difficulté.
A ces caractères, qui me paraissent d’une grande importance pour résoudre la question dont il s’agit, plusieurs auteurs en ont ajouté d’autres d’une valeur moindre. Les yeux, a-t-on dit, sont entr’ouverts dans l’épilepsie vraie, de manière à ne laisser apercevoir que le blanc, ou ils sont entièrement ouverts : dans ce dernier cas, ils sont fixes ou d’une mobilité effrayante ; on observe enfin des clignotemens des paupières, qu’il est diffimle d’imiter sans que l’iris ne paraisse. — Le pouls est ordinairement petit, spasmodique et irrégulier à la fin d’un accès d’épilepsie, et lorsque la maladie est feinte, il est tout au plus accéléré, à moins que des ligatures appliquées sur quelque partie du bras n’aient apporté des modifications dans le battement de l’artère. — La peau des faux épileptiques est chaude et couverte de sueur à la fin de l’attaque, tandis qu’elle est ordinairement froide si la maladie est réelle. — L’urine est pâle et aqueuse après un accès d’épilepsie vraie. — - Les attaques simulées sont en général de longue durée, ce qui n’arrive pas souvent dans l’épilepsie réelle.,
Marc dit avoir déterminé des accès d’épilepsie chez trois malades, en mettant sous les narines un morceau d’asa fœtida ; ce moyen, qui avait déjà été mis en usage par quelques médecins allemands, serait précieux pour découvrir la ruse, si ses effets étaient constans ; mais des observations faites postérieurement par Hébréard, sur l’invitation de Marc, n’ont point fourni les mêmes résultats, en sorte qu’il est nécessaire de recueillir de nouveaux faits ayant d’accorder à cette épreuve la valeur que les premiers essais semblaient devoir lui donner.
L’homme de l’art sera beaucoup plus embarrassé pour distin-
gær répilepsie vraie de celle qui est simulée, lorsqu’il n’est pas témoin de l’accès. Des questions adroitement posées sur les causes qui ont pu déterminer la maladie, sur l’époque où elle a parti pour la première fois, sur l’état qui précède et qui suit les accès, sur la durée de ceux-ci, sur les moyens mis en usage pour les faire cesser, la recherche scrupuleuse des motifs qui pourraient porter l’individu à feindre cette affection, la physionomie et l’état du malade 5 tels sont les principaux objets auxquels il est nécessaire de faire attention. Les vrais épileptiques présentent, en effet, un ensemble de caractères que l’on ne doit point dédaigner : si les accès ont été fréquens, la tête est penchée en avant ou sur les côtés, par suite de l’affaiblissement des muscles qui doivent la soutenir ; les paupières supérieures tendent à s’abaisser par la même raison, tandis que lé malade semble faire des efforts pour les relever ; la peau du visage, d’une couleur terne, offre souvent des cicatrices, résultat des chutes précédentes ; il n’est pâs rare aussi de la voir parsemée, en diflférens sens, dé rides produites par les mouvemens convulsifs; les veines jugulaires et temporales sont gonflées, les ailes du nez élargies, les lèvres et quelques parties des pommettes plus colorées que chez les autres hommes; la pupille est dilatée, la conjonctive blanchâtre et humide ; les dents incisives inférieures sont usées en biseau à leur face anté* rieure ; l’ensemble de la physionomie annonce la tristesse et la timidité.
Rapport sur uncas âf épilepsie chez un accusé^ par le docteuT Varéliaud, 'médecin de la Maison de justice.
Lé k mars 1830, le docteur Varéliaud fut requis par le procureur général de la cour royale de Paris, pour examiner à plusieurs reprises si le nommé Cl, qui devait être jugé aux assises, était ou non épileptique. L’accusé, après avoir été surveillé nuit et jour pendant un mois environ, fut l’objet d’un rapport remarquable, que je crois devoir transcrire :
C. est âgé de vingt-deux ans ; son tempérament est sanguin et nerveux; son système musculaire est très développé; il est turbulent et quere Heur; il souffre impatiemment les plaisanteries de ses compagnons de captivité.
liest entré à la Conciergerie le 24 février 4 830, et a été placé le même jour dans l’infirmerie- Le lendemain il a eu une attaque d’épilepsie. A partir du 27, il a éprouvé presque cliaque jour un accès, quelquefois tÆux, lepîui souvent le matin, mais plusieurs fois le soir. Le plus long intervalle entre les accès a été de trois jours ; tous les autres n’ont été suspendus que pendant vingt-cinq ou vingt-six heures. Leur plus forte durée a été de deux heures un quart; la plus courte de vingt minutes ; la durée moyenne de trente-cinq minutes. Ils ont tous eu à-peu-près la même violence, et présenté les mêmes symptômes.
Us s’annoncent par un malaise particulier. C. se hâte , d’avertir les personnes qui l’entourent; celles-ci s’empressent de le porter sur son lit, où sont disposés les liens qui doivent le maintenir. Il est couché sur le dos; on l’attache. Ses membres sont encore flexibles, ses yeux hagards et sans mouvement ; Vins reste immobile quelle que soit l’intensité de la lumière qui le frappe, ou bien la pupille est cachée sous la pappière supérieure. Son front se crispe ; il pousse un cri ; ses cheveux se hérissent ; les paupières sont agitées par un tremblement continuel. Le visage se gonfle et devient livide : tous les muscles de cette partie, en se contractant, produisent d’horribles grimaces. Ses lèvres se couvrent d’une salive écumeuse abondante ; leurs commissures, en s’éloignant, donnent à la bouche une largeur démesurée. Le grincement des dents est si fort, qu’on croirait qu’elles broient des cailloux ou qu’elles se brisent. Tous les muscles sont contractés ; les mains, les doigts, les pieds, les orteils participent à ces contractions, qu’aucune force ne saurait vaincre. Le pouls est petit et inégal. C. est silencieux, et ne fait entendre que de sourds gémissemens, mêlés de quelques cris aigus qu’accompagne une violente agitation convulsive. Bientôt il parle, mais avec une véhémence extrême, et ne dit que des choses extravagantes. Tout-à-coup il se tait ; la scène change, il a poussé un profond soupir; le calme est revenu. C. demande que ses liens soient ôtés; il se lève, mais horriblement fatigué, et portant encore sur sa figure décomposée, les empreintes des convulsions qu’il vient d’éprouver.
Y a-t-il réalité ou simulation dans ces attaques d’épilepsie? C. est réellement épileptique. S’il y avait simulation, la force et la durée des attaques seraient à-peu-près les mêmes. C. en choisirait le moment, le lieu et même les témoins ; il se croirait dispensé de donner chaque jour à ses compagnons de captivité, le spectacle d’un ou de deux accès fatigans, pénibles, pendant lesquels ses membres et tout son corps sont étreints par des liens qui les compriment douloureusement. Il ne pourrait commander à-Ia-fois à tous les muscles de la vie animale, des actions si diverses et si désordonnées. Comment, par la seule force de la volonté, imprimer à la face cet aspect hideux, cette teinte livide, ce boursouflement que ne provoque aucune ligature? Le pouls serait le même avant et pendant les accès ; la rétine serait sensible à T impression de la lumière. C. n’a que vingt-deux ans ; ses dents sont usées sur presque tous les points ou celles de la mâchoire supé-
rienre peuvent être en contact avec celles delà mâchoire inférieure; les incisives d’en bas sont usées en biseau à leur face antérieure; l’usure de ces 03 dans un âge aussi peu avancé, est l’effet de leur grincement convulsif, et une preuve certaine que la maladie existe depuis plusieurs années.
C. peut-il être mis en jugement, et à quelle époque? De légères contrariétc , l’ont jeté plusieurs fois dans les convulsions épileptiques; la moindre secousse morale les fait naître à l’instant. C. ne peut donc être mis en jugement dans ce moment. Pourra-t-il l’être plus tard*? Il est dans un état voisin de la démence; il finira probablement par y tomber tou t-à -fait.
Le soussigné pense que C. est réellement épileptique ; qu’aucune des attaques qu’il a observées n’était feinte, et que l’épilepsie dont il est atteint est incurable, quoiqu’il soit possible d’améliorer sa situation, en le plaçant dans une infirmerie {Annales d’hygiène publique et de médecine légale, numéro de juillet 1830). ' , .
Déglutition difficile. On a vu des personnes qui se plaignaient de ne pouvoir avaler, rendre par le nez les boissons qu’elles venaient de prendre; cependant on est parvenu à découvrir la ruse, parce qu’il n’y avait aucun signe de dépérissement, ce qui n’aurait pas manqué d’arriver si la déglutition eût été difficile, et surtout en les surveillant attentivement et en les surprenant à table. Si des tumeurs placées sur le trajet ou dans les parois de l’œsophage causaient la dysphagie, il serait facile d’en constater l’existence par la simple exploration avec les doigts ou la sonde œsophagienne. On sait encore qu’une affection du cerveau peut causer la paralysie des nerfs qui se rendent au pharynx ; mais dans ce cas, la source de la dysphagie est reconnue aux signes de la lésion cérébrale.
Vomissement. Il n’est pas rare que des individus simulent le vomissement ; assez souvent ils se bornent à rejeter les matières alimentaires peu de temps après les avoir prises ; on a vu une femme avaler des excrémens et les vomir ensuite. Un examen attentif de l’état d’embonpoint ou d’amaigrissement du corps, la présence ou l’absence des symptômes qui devaient caractériser une maladie de l’estomac, et surtout une surveillance extrême, finissent par prouver que tous ces fourbes abusent de la faculté qu’ils ont de vomir à volonté.
Maladies de l’a7ius. On a simulé la fistule, en pratiquant une incision à la marge de l’anus et en introduisant dans la plaie un fragment de racine de tiihymale ou d’ellébore, dans le dessein I, 22
de développer quelques callosités et d’arrondir l’ouveriore : la présence de ces racines suffit pour découvrir l’imposture. Il est des cas où des simulateurs moins habiles ne présentent qu’une légère cicatrice ou un trajet sans callosités, ce qui ne peut en imposer qu’à ceux qui n’ont jamais observé la maladie.
Renversement du rectum. On a vu des mendians et des conscrits chercher à imiter celte maladie, par des moyens qu’ilsnffira de faire connaître pour que Ton n’en soit pas dupe.
Une femme grasse et bien portante, du fondement de laquelle pendait un boyau de t8 centini. dé long, demandait l’aumône : le docteur Flécelfe l’accueillit â coups de pied, et fit tomber le boyau qu’elle avait introduit dans le rectum par un bout, et qu’elle avait rempli de sàug et de lait qui s’écoulaient parles petits trous pratiqués à l’extrémité de ce boyau {Ambroise Paré, liv. xxv, chap. 2.3). Un soldat employait un canal contenant une petite vessie d’agneau qu’il retirait au moyen d’un piston; il introduisait cè canal dans le rectum, en faisait sortir là vessie, qu’il laissait pendre hors de l’anus, puis il retirait le canal (Art. SimülatiÔx déjà cité).
Anévrysme du cœur 'phthisie pulmonaire. On quelquefois, à l’aide des ligatures serrées appliquées autour du cou, à imiter le gonflement et la coloration des lèvres et de la face, que l’on remarque souvent dans l’anévrysme du cœur; mais il faut ignorer complètement l’histoire de celte maladie pour ne pas apercevoir au plus léger examen qu’elle est simulée. J’en dirai autant de la phthisie pulmonaire : qu’importe que des personnes dont le dos était voûté, et dont la conformation extérieure était semblable à celle de la plupart des phthisiques, aient présenté, comme preuves de la réalité de la maladie, l’amaigrissement déterminé par une abstinence volontaire, des cautères établis dans le dessein d’en imposer, des crachats dans lesquels on voyait nager des fragmens de poumons de veau qu’elles avaient avalés? Quel est le médecin assez peu clairvoyant pour se laisser tromper par de pareilles apparences, surtout lorsqu’il s’agit d’une maladie dont les caractères doivent être d’autant mieux connus, quelle devient de plus en plus commune , et que les modes d’exploration approchent de plus en plus de la perfection?
Hémorrhagies . Hémoptysie, etc. On cherche à simuler cette maladie, qui exemple du service militaire, en se piquant le fond du
gosier, les gencives, les doigts, etc. : on suce le sang des plaies Caiies ailleurs que dans la bouche, puis on le rend mêlé avec de la salive, après avoir toussé pendant quelque temps : d’autres mettentdans la bouche des pastilles colorées par le carmin et préparées avec des substances âcres qui excitent la salivation, telles que la racine de pyrèthre; il en est, comme l’indique J. -B. Sylvaticus, qui prétendent imiter cette maladie à l’aide d’un morceau de bol d’Arménie, mis sous la langue; on en a vu, enfin, qui avaient introduit dans la bouche un instrument en argent contenant une éponge imbibée de sang. Aucun de ces individus ne présente les véritables symptômes de l’hémoptysie ; il est d’ailleurs facile de reconnaître l’imposture en les forçant de cracher sans tousser, car alors la salive sera colorée en rouge, tout comme s’ils avaient toussé ; on doit aussi leur faire rincer la bouche avec de l’eau et du vinaigre, et examiner si le bol d’Arménie ou les pastilles dont j’ai parlé ne se trouveraient point dans ce liquide. — Hématêmèse. Le vomissement de sang a été simulé en introdVtisant dans la bouche ou dans l’estomac, dés matières rouges, du sang de bœuf, etc.
Haguenota vu une jeune fille qui avait envie de sortir, à quelque prix que ce fût, du monastère où elle était détenue, feindre d’avoir un votoissèment de sang violent, et rendre même quelques kilogrammes de ce liquidé en sa présence, et pendant plusieurs jours ; on découvrit enfin qu’elle buvait tous les jours du sang de bœuf qu’on lui apportait en cachette (Sauvage, Nosol. méthodique, t. Viii, page 84, édition de 1772).
Il suffit de l’absence des symptômes qui caractérisent l’hématémèse, et de connaître les moyens que les simulateurs mettent en usage, pour ne pas s’en laisser imposer. — Hématurie. Si l’urine a été rougie par des betteraves, du figuier d’Inde, de la garance, etc., substances que l’on aurait pu avaler dans le dessein de colorer ce liquide, on reconnaîtra qu’elle ne contient pas de sang, en la faisant bouillir ; car l’urine mêlée de sang fournît alors un caillot brun et reprend sa couleur jaune ; mais si, comme il est arrivé quelquefois, on avait injecté du sang pur dans la vessie, il faudrait examiner si le malade douteux présente les divers symptômes qui caractérisent l’hématurie i dans tous les cas, le médecin devrait exiger que l’individu uriuât en sa présence.
Hêmorrhmdes. On a quelquefois imité les tumeurs hémorrhoïdales en introduisant dans l’anus un ressort auquel on avait attaché quelques petites vessies de rat, pleines d’air et colorées avec du sang : il suffit de piquer ces prétendues hémorrhoïdes avec une aiguille fine pour les affaisser.
Incontinence d'urine. Lorsqu’on sait combien cette maladie est rare chez les adultes, on doit être convaincu qu’elle est souvent simulée, puisque les conscrits s’en plaignent souvent. Dans l’incontinence vraie, la verge et le gland sont pâles et comme macérés par l’urine qui sort goutte à goutte; et lorsqu’on essuie l’orifice de l’urètre avec un linge, on voit sortir une goutte de ce liquide, ce qui n’a pas lieu quand la maladie est feinte, à moins que le fourbe ne fasse beaucoup d’efforts. On peut d’ailleurs observer ces prétendus malades pendant la nuit, essayer de leur mettre une sonde dans la vessie, exercer sur la verge une compression plus ou moins forte, et ils ne tarderont pas à avouer leur stratagème.
On administra une vingtaine de coups de nerf de bœuf à Un homme qui disait avoir une incontinence d’urine, et lorsqu’il apprit que ce moyen devait être mis en usage pendant plusieurs jours pour fortifier les reins, il se déclara guéri (Percy et Laurent). Dans une épidémie d’incontinence d’urine simulée, Fodéré fit lier la verge à tous ceux qui s’en plaignaient, et ordonna qu’on mît sur les nœuds un cachet que le gendarme de garde devait rompre chaque fois que les malades voulaient uriner : cet expédient réussit à merveille ; la verge, qui se serait gonflée rapidement si l’incontinence eût été réelle, n’augmenta presque pas de volume, et l’on ne fut obligé d’ôter les ligatures que pour uriner au temps ordinaire (Tome ii, page 482).
M. Bégin cite d’autres faits dans lesquels on voit que la peur de l’application d’un cautère actuel au périnée avait complètement démasqué l’imposture.
Perte des testicules. On a vu des individus dont les testicules rentraient à volonté dans l’abdomen , faire valoir leur absence comme un motif de réforme. J’ai exposé ailleurs les caractères à l’aide desquels on pourra reconnaître les eunuques, les crypsorchides, et les personnes qui ont été châtrées à l’âge adulte (/^oy. p. 178).
Coloration insolite de la peau. L’ictère a été simulé en ap-
pliquant sur la peau une décoction de racine de curcuma, une teininre de rhubarbe, les fleurs de genêt, les graines de carthame, les étamines de lis, etc.; il est aisé de reconnaître la fraude, parce que les fourbes ne songent pas à jaunir la conjonctive et Turine, et si quelques-uns ont voulu colorer les yeux avec du tabac, ils n’y sont jamais parvenus ; d’ailleurs, il sufiit assez souvent de faire de légères lotions avec de l’eau et du savon, pour enlever ces matières colorantes. On peut en dire autant des ecchymoses factices obtenues à l’aide d’un mélange de suie et d'huile. La ■pâleur de la peau produite par le soufre qui brûle, par la fumée de cumin, par la digitale pourprée, par l’habitude que contractent certains individus de s’évanouir, par l’abus de l’émétique et des purgatifs, par des fatigues excessives, etc., peut quelquefois en imposer au point de faire croire que la personne est réellement malade ; mais il suffit de l’observer pendant quelques jours, et de la soustraire à l’action de ces causes, pour mettre la vérité dans tout son jour.
Dartres, teigne et ulcères. Il est des individus chez lesquels l’ingestion de quelques alimens, tels que le fromage salé, les moules, les huîtres, etc., est bientôt suivie d’une éruption qui ressemble souvent à une afleclion herpétique ; mais presque toujours cette éruption est- de courte durée, tandis que les plaques et les pustules dartreuses persistent pendant long-temps ; il faudrait donc , s’il était difficile de constater la supercherie à l’aide des symptômes, faire surveiller attentivement le malade douteux. On a également cherché à imiter la teigne en faisant tomber quelques gouttes d’acide azotique sur les cheveux, dans le dessein de les détruire ; on ne tarde pas, dans ce cas, à voir paraître des croûtes jaunes : mais il n’est guère possible de s’en laisser imposer, parce que dans la teigne véritable, la tête exhale une odeur nauséabonde qui lui est particulière, les cheveux, rares au front, sont menus et clairsemés partout ailleurs, et la physionomie porte ordinairement l’empreinte de la cachexie. Quant aux ulcères, on sait qu’ils ont été souvent le produit de l’application des vésicatoires, des sucs d’euphorbe, de clématite ou de renoncule, de l’écorce de garou, de la thapsie, etc.; quelquefois des mendians ont cru devoir faire [usage de peau de grenouille,
d’un morceau de rate, dont ils recouvraient la jambe ; il en est qui, pour aggraver l’ulcéralion dont ils étaient véritablement atteints, employaient le tabac mâché, la cendre de celte plante, on d’autres irritans. Il importe, lorsqu’on soupçonne la ruse, de retenir les malades au lit, et de les empêcher de porter les mains sur la partie affectée, soit en les enfermant dans une bottine on dans une boîte de bois, soit en appliquant un bandage roulé dont les doloirs seraient marqués avec de l’encre pour s’assurer qu’il n’a pas été dérangé. « Dans les vieux ulcères, disent Percy et Laurent, si l’épiderme est glabre, luisant et violet, sa couleur se fond peu-à-peu avec celle de la peau saine, au lieu qu’après l’application réitérée des vésicans, elle est circonscrite et bornée par un cercle facile à reconnaître ; si le sujet a une bonne carnation, de l’embonpoint, l’œil bon, les dents saines, point de glandes engorgées au cou, et que les bords de l’ulcère soient ronds, bruns, le fond ardent, violet, les environs enflammés avec des taches ou des ampoules , on devra soupçonner de la fraude, car les hommes attaqués de ces ulcères rebelles sont cachectiques, leur peau est sèche et écailleuse, et la jambe malade presque toujours atrophiée » (Art. Simulation).
Transpiration pilante. Lorsqu’on se frotte la peau avec du cambouis dans lequel on a incorporé du vieux fromage très fétide, avec du poisson pourri, l’huile de Dippel, etc., on répand une odeur infecte que l’on peut faire disparaître en lavant avec soin les parties enduites de ces matières ; il est rare que l’on ne parvienne pas à découvrir la supercherie par ce moyen, à moins que le corps ne soit imprégné de ces odeurs, par suite de frottemens réitérés auxquels l’individu serait soumis depuis longtemps.
Enflures. On sait que, pour exciter la commisération publique, des mendians ont acquis un volume monstrueux en injectant de l’air entre les tégumens et les muscles 5 d’autres ont voulu imiter des hernies ou Vhydrocèle^ en insufflant de l’air dans la région inguinale ou dans le scrotum; il suffit, dans ces différens cas, d’examiner attentivement la surface du corps; on ne tardera pas à découvrir la petite plaie par laquelle l’air a été introduit; elle est ordinairement bouchée par un emplâtre qui,
étaat enlevé, permet à l’air de s’échapper, et le prétendu malade est gnéri. Il est des individus qui, à fioree de tiquer, déterminent un hallonnement énorme du ventre; une fois réformés, ils ex^puisent l’air par haut et par bas, et se félicitent d’avoir trompé les hommes de l’art chargés de les visiter : cette fourberie ne peut être soupçonnée qu’autant que l’individu ne présente aucun symptôme qui puisse faire croire qu’il n’est pas atteint de la ma.ladie qu’il simule. Dans d’autres circonstances, les jeunes conscrits appliquent un lien plus ou moins serré à la partie supérieure de la jambe, qu’ils laissent pendre hors du lit pendant la nuit, pour feindre un gon^ement qui les. exempterait du service s’il était réel : on doit chercher alors à découvrir l’empreinte dti lien, et faire usage d’un bandage en prenant les précautions Inr diquées à l’occasion des faux ulcères (>Foy. page Ml).
Rage. On concevra difficilement que l’on ait porté l’audace Jusqu’à simuler la rage pour se faire réformer : ce stratagème n’a jamais réussi, lorsqu’on a donné l’ordre d’étouffer le faux en^ragé entre deux matelas: on conçoit, en effet, que le fourbe s’est trouvé guéri comme par enchantement. Il y a quelques années un charlatan , qui prétendait guérir la rage, parvint à faire nommer uqe Gpmtnissipn de professeurs de la jFaciiUé de médecine pour examiner l’efficacité de l’arcane de son invention ; on imagine bien que l’occasion de faire des expériences ne tarda pas à se présenter: un drôle, qui était sou complice, simule la rage ; on l’amène à l’hôpital de la Charité ; mais on veut examiner le breuvage qui jouit de la propriété de guérir miraculeusement la rage : on reconnaît qu’il contient de l’ail, du vinaigre, etc.; aussitôt on préparé une composition analogue avec l’asafœtida, du vinaigre, de l’exiraif. de quinquina, de l’absinthe, etc., et on l’administre adroitement, le lendemain, au lieu de donner celle du prétendu guérisseur ; le simulateur, après avoir fait mille grimaces, semble éprouver du bien-être, et ne larde pas à être guéri. Fier du succès qu’il crut avoir obtenu, le médicastre ne savait comment exprimer sa joie, lorsque l’autorité jugea convenable d’en arrêter les élans en le faisant enfermer ainsi que son complice : Biseite mouiti.
Seerhut. Parmi les symptômes du scorbut, ceux qui ont rap-
port à Tétât des gencives peuvent être parfaitement simulés, et l’ont été souvent par de jeunes conscrits qui avaient appliqué sur cette partie des caustiques plus ou moins actifs : le meilleur moyen de découvrir la ruse consiste à attendre pendant quelque temps et à visiter Tindividu inopinément au bout de quelques jours; probablement on trouvera les gencives dans un très bon état.
Scrofules. C’est encore à Taide de caustiques, que Ton a souvent voulu imiter les cicatrices et les ulcères scrofuleux que Ton remarque particulièrement au cou ; et, pour mieux faire prendre le change, on a déterminé le gonflement et la rougeur des paupières, du nez et des lèvres,; en appliquant sur ces parties du suc d’euphorbe. On parviendra à démasquer Timposteur, en se rappelant que le fades des véritables scrofuleux présente presque toujours un caractère particulier, généralement connu, et que les cicatrices qui succèdent aux ulcères dans cette maladie sont profondes, ordinairement adhérentes, violettes, inégales, calleuses et à bords arrondis.