‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiquesChapitre 35 sur 55 · DES MALADIES SIMULÉES PAR PROVOCATION · texte numérisé non relu

DES MALADIES SIMULÉES PAR PROVOCATION

On désigne ainsi les maladies qui sont l’effet de l’artifice, et qui ont été provoquées dans le dessein d’en imposer, et de faire croire à l’existence d’une affection dont la durée est plus ou moins longue : les principales de ces affections sont, la cataracte, Vophthalmie, la paralysie des paupières, la perte des dents, des blessures, et quelquefois Xëpilepsie.

« Ici, dit Ollivier (d’Angers) {Annales d’hygiène publique et de médecine légale, tome xxv, page 102), le problème qu’il s’agit de résoudre est le plus souvent une question d’étiologie j en effet, dans les cas de ce genre, une lésion matérielle existe, il y a un état morbide manifeste, et la mission du médecin-expert est de rechercher si la cause de cet état ne réside pas dans des manœuvres coupables. » >;

Cataracte. L’acide azotique étendu d’eau a été appliqué à plusieurs reprises sur la conjonctive, et a fini par déterminer une

légô^ opacité du cristallin, qui ne pouvait en imposer qu’à un observateur inattentif : il suffit d’adresser au malade quelques questions sur la marche de la maladie depuis son invasion, sur ce qu'il éprouve actuellement, etc., pour reconnaître la véritable nature de l’affection ; on sait, par exemple, que dans le début de la cataracte vraie, le malade aperçoit mieux les objets à une lumière faible qu’au grand jour, et que l’inverse a lieu lorsque la maladie a déjà fait des progrès, etc. <

Ophthahnie. L’application Volontaire de poudres irritantes sur la conjonctive est constamment suivie d’une ophihalmie , et l’on a souvent vu des conscrits qui, pour mieux simuler cette affection, s’arrachaient encore les cils et cautérisaient les bords des paupières. La cautérisation de la conjonctive oculaire (Ollivier (d’Angers), loe.cit.) a été pratiquée par un misérable sur un conscrit qui voulait s’exempter du service militaire, et qui perdit la vue presque complètement. La ruse est difficile à démasquer. Dans les premiers cas, toutefois, on doit se rappeler que, dans l’ophthalmie ancienne, que l’on a principalement en vue de simuler, les paupières sont ridées, de couleur naturelle, relâchées et boursouflées ; bn remarque aussi la patte-d’oie qu’a produite le clignotement souvent répété des yeux.

Clignotement. Un corps étranger placé sous la paupière supérieure peut causer ce phénomène ; mais dans ce cas, la rougeur de la conjonctive annonce que la maladie est provoquée et non spontanée.

Paralysie des paupièn^es. On a des exemples d’individus qui se sont coupés ou à qui on a coupé le nerf sus-orbitaire, dans le dessein de déterminer la paralysie de la paupière supérieure : il est facile de reconnaître le stratagème, caria section de ce nerf ne peut pas occasionner la chute de la paupière supérieure ; en sorte que cette chute ne peut être dans cette hypothèse que simulée. Il faudrait, pour donner lieu à cette paralysie, que l’instrument pénétrât dans l’orbite et atteignît le muscle releveur de la paupière supérieure ou le nerf qui l’anime ; toujours est-il que , dans la chute de la paupière supérieure, quand elle est simulée , on ne voit pas le strabisme en dehors qui en est presque toujours inséparable.

La paralysie de la paupière inférieure peut être provoqnée par la lésion du nerf facial, et il serait toujours facile de constater i’afiection sur un point du trajet de ce nerf.

Taieg de la cornée. L’azotate d’argent a été souvent employé à les produire. L’œil est privé du brillant et du poli qu’il offre dans l’état sain; mais dans l’espace de quelques jours la taie disparaît, à moins qu’une kératite intense ne se soit développée, que des ulcérations se soient produites, et qu’elles se soient terminées par des albugo ou des leucoma.

Alopécie. On sait que l’application de pommades dans lesquelles entrent certains acides ou certains alcalis provoque la chute des cheveux ; mais cette alopécie ne peut être que passagère.

Gale. Souvent des prisonniers simulent la gale, afln d’être envoyés dans les infirmeries ; c’est au moyen de piqûres qu’ils obtiennent de petites plaies dont l’apparence est à-peu-près celle des vésicules écorchées. Mais jamais on n’aperçoit de véritables vésicules, et d’ailleurs on n’en pourrait point retirer l’acarus.

Perte des dents. Plusieurs conscrits se sont fait arracher des dents, d’aqtres les ont détruites à l’aide de caustiques, il en est enfin qui les ont fait limer; dans ce dernier cas, on voit, en portant le doigt sur les gencives, que la racine des dents est au niveau de l’alvéole.

Épilepsie, ûn sait que des personnes ont fini par être épileptiques, à force de simuler les accès de cette maladie. Meizger et dp Haen en rapportent des exemples*. On conçoit qu’il serait impossible de découvrir en pareil cas la véritable cause de la maladie, si l’on n’avait aucun renseignement sur ce qui a précédé.

Ttfmpanite. On cite des individus qui ont la faculté d’avaler de l’air et parviennent ainsi à distendre leur estomac et leurs intestins. Cette tympanite est distincte de celle qui est réelle, en ce que celle-ci est liée à un état morbide du tube digestif, qui donne lieu à une sécrétion de gaz très abondante, et à un état général qui présente les phénomènes d’une nutrition incomplète. La tympanite provoquée aurait lieu malgré l’embonpoint et la parfaite santé de l’individu. Quoi qu’il en soit dans certains cas, il paraît difficile de pouvoir distinguer l’affection réelle de celle qui est simulée.

Gastrite. Gette affection est produite habituellement par des substances irritantes , des liqueurs stimulantes. Elle disparaît avec la cause qui lui a donné naissance.

DES MALADIES PRÉTEXTÉES.

On désigne sous le nom de maladies 'prétextées.^ celles que l’en veut faire servir à l’accomplissement d’un but qui consiste ordinairement à se décharger d’une fonction plus ou moins pénible, ou à obtenir un avantage quelconque. Ainsi, un homme est appelé par l’autorité à remplir un devoir, il refuse le service, en donnant pour prétexte la maladie dont il est atteint ; le médecin requis pour juger le fait déclare que l’affection est trop légère pour servir d’excuse. Un autre individu attribue la maladie plus bu moins grave dont il est actuellement attaqué , à une légère violence exercée contre lui, à la terreur que lui a inspirée Tannonce d’un événement fâcheux, à la mauvaise nourriture à laquelle il a été soumis par les personnes chargées de veiller à sa subsistance, aux travaux excessifs auxquels on Ta forcé de se livrer, à l’action des médicamens dont il a fait usage par ordre du médecin, etc.; et si quelquefois il ne rapporte pas la maladie à ces causes, du moins leR considère-t-il comme ayant aggravé singulièrement son état ; en conséquence, il demande des dommages-intérêts. Ici, le médecin devra juger la valeur du prétexte allégué par le plaignant.

« Un ramoneur atteint d’un treinblement mercqriel, dit Marc, accusa un doreur dont il avait ramoné la cheminée, d’avoir, en profilant de son ignorance, occasionné sa maladie. Bien que le rapport entre la cause et l’effet nous parût très plausible, nous crûmes néanmoins devoir nous assurer si de pareils résultats s’étaient déjà rencontrés, et nos recherches dans les hôpitaux confirmèrent amplement la yplidité de la cause alléguée par le rar moneur » (Art. DécEPTipN du picUonnaire de Médecine, en 30 vol.).

Les difficultés de la constatation des maladies prétextées, dit OU iyier (d’Angers) (^Annales d'’ hygiène publique et de méde~ ehie légale, tome xxv, p. 102), proviennent de ce que les symptômes supposés sont ordinairement de ceux qui peuvent exister sans aucun résultat apparent, sans modification matérielle dans la région indiquée comme étant le siège du mal.

Ces maladies sont habituellement des névralgies, des douleurs articulaires ou musculaires, sans trace d’inflammaiion locale. Quelquefois des individus allèguent des affections qui sont des symptômes conséculifs à une maladie qui peut avoir exisfé antérieurement, ou bien c’est une impossibilité plus ou moins complète des mouvemens de la totalité ou d’une partie d’un membre, ou des douleurs plus ou moins vives déterminées dans certains mouvemens.

Voici les préceptes généraux propres à servir de guide aux gens de l’art :

1“ On comparera avec soin la cause prétextée avec l’effet, c’està-dire avec la maladie. Dans un très grand nombre de cas, le plus léger examen suflBra pour établir qu’il n’existe aucun rapport, et que la réclamation du plaignant ne mérite aucune considération : ajouterait-on foi, par exemple, à la déclaration d’un homme qui attribuerait la fracture du tibia et du péroné à un coup de badine qu’il aurait reçu sur la jambe?

2° On aura égard aux causes prédisposantes. L’âge, la saison, le sexe, le tempérament, le climat, l’état de grossesse, etc., doivent être regardés comme des motifs capables de développer ou d’aggraver quelquefois certaines maladies que l’on n’aurait pas observées dans des circonstances opposées : ainsi, personne ne révoque en doute les effets funestes de la frayeur chez les femmes enceintes, chez celles qui sont récemment accouchées ou qui ont leurs règles , tandis que la même cause peut à peine produire quelques désordres chez une personne qui n’est pas dans les mêmes conditions.

3° On tiendra compte de la moralité de l’individu, des motifs qu’il peut avoir pour induire les médecins en erreur, des témoignages rendus par des personnes impartiales.

4° On examinera avec soin la nature des maladies régnantes ; on conçoit, en effet, que si l’affection qui fait le sujet de l’observation est semblable à celle qui sévit épidémiquement depuis quelque temps, tout portera à croire que la cause prétextée par le malade peut bien avoir été V occasion du développement de la maladie, ou des accidens qui sont survenus, mais qu’ils ne doivent pas lui être attribués. On sait que Rémer, chargé de prononcer

ii nn coup de bâton donné à une servante était la cause d’une pneumonie violente qui se manifesta trois jours après, déclara que ce coup ne pouvait être considéré que comme une des causes occasionnelles , fondé sur ce qu’il régnait alors une épidémie pneumonique très intense, dans le pays qu’habitait la malade.

5° Enfin, on ne prononcera qu’après avoir bien étudié les différentes circonstances relatives au régime, à l’état particulier de l’atmosphère, etc., qui ont pu influer d’une manière nuisible sur le plaignant.

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