DES MALADIES DISSIMULÉES
On désigne ainsi les maladies et les infirmités que l’on cache. Ces maladies, beaucoup plus nombreuses qu’on ne le croirait au premier abord, sont: la syphilis, les dartres, la gale, la teigne, phthisie pulmonaire, X épilepsie, la folie, etc. On a quelquefois, aussi le plus grand intérêt à dissimuler certains états qui ne constituent pas, à proprement parler, des maladies; tels sont la menstruation,. la déflora lion, la grossesse, l’alactie (manque de lait), l’impuissance, etc. Il doit être maintenant aisé de deviner les motifs qui portent à cacher de pareils étals ; il est des individus qui se croiraient déshonorés en avouant des maladies que le vulgaire regarde comme honteuses; on conçoit aussi que la pudeur empêche souvent de déclarer des affections dont on ne saurait constater la nature qu’en visitant les organes de la génération ; mais, ce qui paraîtra beaucoup plus naturel , c’est qu’une personne cherche à cacher le fruit d’un amour illicite , surtout lorsqu’elle est entourée de parens dont elle ambitionne l’affection. La cupidité est un des motifs les plus communs de dissimulation ; ne voit-on pas, en effet, tous les jours, des femmes qui se proposent comme nourrices, cacher artificieusement tout ce qui pourrait déceler leur inaptitude ; des jeunes gens ne se présententils pas comme remplaçans, lorsqu’ils sont atteints d’une maladie ou d’une infirmité qu’ils n’accusent pas, et qui les rend impropres au service? II serait facile de citer encore quelques exemples , si ceux que je viens d’indiquer n’établissaient point d’une manière irrévocable que la dissimulation de certaines maladies est contraire à l’ordre social et doit être réprimée;
L’homme de l’art chargé de découvrir que l’on cache une maladie, doit avoir égard, 1“ aux motifs qui peuvent porter la personne à dissimuler; 2° aux manœuvres que l’on sait avoir été mises en usage jusqu’à ce jour pour atteindre ce but; 3° aux symptômes de l’affection que l’on veut dissimuler, et dont il peut coastater l’existence sans l’aveu du malade : admettez, par exemple, qu’une femme chez laquelle la sécrétion du lait se fait à peine se propose pour nourrice, et dissimule l’alaclie dont elle est atteinte : on se rappelle qu’en pareil cas, pour mieux en imposer, on se garde bien de présenter son enfant s’il est faible et chétif, pour en montrer un autre bien constitué ; on le dit plus jeune qu’il n’est, afin qu’on ne trouve pas le lait trop ancien; on mouille les langes pour faire croire que l’enfant urine continuellement, et qu’il est par conséquent bien nourri ; et, pour que le volume des seins paraisse plus considérable qu’il n’est réellement, on ne donne pas à téter pendant les vingt-quatre heures qui précèdent le moment de la visite, etc. La connaissance de ces manœuvres ne suffirait pas pour déceler l’imposture ; on doit alors visiter la femme, et recueillir soi-même les caractères propres à mettre la vérité dans tout son jour : si le sein est mal conformé, la glande mammaire d’un petit volume, le mamelon peu ou point érectile; si par la pression le lait ne jaillit pas abondamment en plusieurs rayons; si, au lieu d’être légèrement sucré, inodore, d’un blanc bleuâtre et assez consistant, ce liquide présente des caractères opposés ; si, par exemple, il ne forme point une gouttelette lorsqu’on le reçoit sur l’ongle que l’on incline légèrement, on déclare que la femme ne réunit point les qualiiésvoulues. Je suppose maintenant qu’il s’agisse d’un phthisique qui se destine à remplacer un conscrit, et qui cache soigneusement sa maladie, quel est le médecin qui ne découvrira pas la dissimulation, en ayant égard à la conformation du col, des épaules et de la poitrine, à la couleur rouge des pommettes, au son de la voix, à la chaleur de la peau, et surtout de la paume des mains, à la fréquence du pouls, à l’amaigrissement du corps, aux signes fournis par l’auscultation et la percussion, etc. ? Sans doute qu’on n’aura pas toujours occasion d’observer l’ensemble des symptômes qui caractérisent la maladie que l’on dissimule ; mais on pourra souvent rassembler
asset de données pour soupçonner au moins qu’eUe existe. Il faut également être prévenu que, dans certaines circonstances, les malades ne dissimulent qu’une partie des signes de l’afFeciion dont ils sont atteints, dans l’espoir que la maladie sera Jugée moins grave.