‹ Traité de médecine légale, contenant le traité des exhumations juridiquesChapitre 46 sur 55 · DE LA MORT · texte numérisé non relu

DE LA MORT

Tout être organisé à une fin. La durée de l’existence, variable suivant les espèces et les individus, a donc un terme, et ça terme, c’est la mort. Je ne m’arrêterai pas ici à çhercfier une définition. Dire que la mort est la cessation des conditions qui entretenaient la vie, c’est reculer' la difficulté qui se présente dans la définition de la yie. Je ne vois pas d’ailleurs l’intérêt direct nui se rattache à ces questions dans un traité de inédecine légale. Quelques considérations physiologiques dont l’importance est grande pour le médecin légiste, doivent seules m’occuper ici.

La mort est nécessaire ou accidentelle. La première, appelée aussi normale ou naturelle, est celle qui a lieu en vertu d’une loi générale de la nature, et qui ne dépend point de circonstances fortuites. Elle a, dit Burdach, son fondement dans l’essence de l’organisme, de manière qu’ après une certaine durée de la vie individuelle, elle arrive, même ayi milieu, des conditions extérieu-

res les plus favorables. La seconde est celle qui, amenée par des circonstances particulières, frappe l’individu plus tôt que ne le comporte le caractère de l’espèce.

Deux ordres de causes peuvent produire la mort ; celles-ci, en effet, sont extérieures ou intérieures ; leur variété, leur nombre expliquent pourquoi chez l’homme la mort accidentelle arrive à des époques si différentes : de là des morts accidentelles qui surviennent après quelques jours, quelques semaines, quelques mois ou plusieurs années de maladie ; de là aussi cette variété désignée sous le nom de mort subite, qu’il ne faut pas prendre comme entièrement synonyme de mort accidentelle.

Dans les morts subites la cause qui a agi réside nécessairement dans les organes centraux qui président aux conditions fondamentales de la vie, tels que le cœur, le poumon ou le cerveau. Supposez une altération quelconque dans l’un de ces organes ; les divers appareils ne recevront plus le sang, ni l’innervation nécessaire à l’exercice de leurs fonctions, et celles-ci seront immédiatement suspendues. Aujourd’hui la physiologie est parvenue à spécifier quelles sont les conditions organiques et matérielles de la vie, et la part què prend à leur établissement chacun des trois organes centraux qui y président, et qui forment, suivant l’expression ancienne, le trépied de la vie; aussi distingue-t-on ces morts subites suivant qu’elles arrivent par une altération du poumon, du cœur ou du cerveau. Les lésions observées à l’ouverture du corps sont les suivantes :

Mort subite par défaut d’action des poumons. Souvent la langue est engagée entre les arcades dentaires ; souvent aussi les deux mâchoires sont croisées, l’inférieure sous la supérieure. Les ,tégumens et la face sont livides ; toutes les parties regorgent de sang, et ce sang, qui est ordinairement noir, fluide, non coagulé , est surtout accumulé dans le système vasculaire à sang noir. Le système artériel est, au contraire, vide ou ne contient qu’une petite quantité de sang. La membrane muqueuse laryngienne, trachéale et bronchique, est fort injectée, et quelquefois d’un rouge intense.

Les poumons remplissent complètement la cavité des plèvres ; leur surface extérieure est ardoisée; on Voit une arborisation vas-

calaire à leur périphérie 5 le parenchyme est d'un rouge brique de plus en plus foncé d’avant en arrière. Les vaisseaux veineux étant coupés, il en coule en nappe un sang noir épais de plus en plus abondant, à mesure que l’instrument atteint plus profondément le parenchyme du poumon. Les cavités droites du cœur contiennent toujours une quantité beaucoup plus considérable de sang que les cavités gauches, et ce sang y est presque toujoura liquide, tandis qu’il est plus épais dans ces dernières. Les veinescaves et les vaisseaux qui s’y rendent sont gorgés de sang; l’aorte et ses premières divisions en renferment peu.

Mort subite par défaut d'action du cœur. Les morts subites par défaut d’action du cœur comprennent celles qui résultent : 1° de plaies et de ruptures de cet organe; 2° d’anévrysmes terminés par rupture ; 3“ de syncopes hémorrhagiques ou de syncopes purement nerveuses ; h° enfin de l’introduction de l’air dans le système circulatoire. Le médecin- expert reconnaîtra facilement les plaies, les ruptures du cœur et les anévrysmes, qui ont pu déterminer la mort. Quant aux caractères anatomiques de la mort par syncope nerveuse admise aujourd’hui ils sont assez tranchés pour que dans les recherches médico-légales ils doivent être pris en considération. Aux trois observations rapportées par M. Devergie, on pourrait ajouter celle dont la femme M... a été l’objet, et qui a été insérée dans l’article Mort du Dictionnaire en 30 volumes (page 240).

Ces caractères sont surtout l’absence de congestion dans les organes , l’existence d’une grande quantité de sang dans les cavités droites et gauches du cœur, et la distension de ces cavités par des caillots.

Dans le cas où la mort est due àl*î!ltroduction de l’air dans les veines, on a pu constater sur desTmimaux soumis à des expériences la distension de l’oreillette et du ventricule droits du cœur, et la présence dans les cavités de cet organe d’un sang rouge mêlé à une grande quantité d’air et complètement mousseux.

Mort subite par défaut d’action du cerveau. La cause de la mort est ici la cessation de l'innervation. Dans ee cas, l’au — lopsie révèle souvent une congestion ou une apoplexie, soit cérébrale, soit méningée. Il existe en même temps ime congestion

pulmonaire, mais beaucoup moins prononcée que lorsque la mort a lieq p&r le poumon. Les cavités droites du coeur reufierment plus de s^pg que les cavités gauches ; mais celles-ci en contiennent, et il en existe aussi une certaine quantité dans les principaux trpnçs artériels.

Les questions mé^iC0’-léga}es que l’on peut rattacher à l’histoire de la mort sont aussi variées qu’importantes j en effet, elles spnt relatives ; 1° aux moyens propres à faire distinguer si la mort est réelle ou apparente j 2“ aux maladies qui peuvent produire la mort apparente et exposer aux inhumations précipitées; â° aux épreuves que }’on a proposées ponr constater si la mort est réelle ; 4° altérations des tissus et des dwides qui sont le résultat de la mortj et qui pourraient être attrihuées à des vIot- Jences exercées spr les individns yivansj on à des maladies antécédentes ; ê°anx prépantions que Von droit prendre avant, pem daut et après l’ouverture des cadavres; 6° aux exhumations juridiques; 7°à l’infanticide ; 8*» à ravortement? à l’exposition, à fa suppression, à la snhstiîution et à la supposition du part ; 9“ à l’asphyxie par suhmersion, par strQngnlatiop, etc, ; 4^° à la mort par abstinence^ etc,; aux blessures; %%° aux; prcsnmptions de survie j 43° à l’empoisonnement.

S’il est vrai qnC} dans quejques-nns des cas énoncés * la mort n’est pas tonjonrs nue suite nécessaire de l’acte qui aurait pu la déterminer, comme on le voit dans certaines blessures » daps quelques empoisonnemens, etc.? ü ne re§t pas moms de dire que presque toujours la solution médico-légale des problèmes qui S® rapportent à ces cas repose sur l’examen des cadavres , tandis que le contraire a le plus souvent lieu pour les questions dont j’ai parlé jusqu’ici.

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