‹ Traité de médecine légaleChapitre 100 sur 167 · MONOMANIE , MONOMANIE HOMICIDE · texte numérisé non relu

MONOMANIE , MONOMANIE HOMICIDE

La folie est donc le privilège des aduls : elle se divise en manie et en déence , selon que les facultés sont habiellement exaltées ou allais ées. La déence peut être primitive, mais plus uvent elle n’est que la terminaison ou dégénération de la manie. La démence t occasionée parfois, par les progrès ' Page; et suivant l’idée de M. Rostan, le semble dépendre de l’usure du eer- ;au. Le parallèle suivant de la manie ue la démence est emprunté au Traite ? C aliénation de Pinel. « Dans la manie tirante, la perception des objets, l’iïgination, la mémoire, peuvent être ;ées; mais la faculté du jugement subte souvent, c'est à-dire l’association s idées. Le maniaque par exemple qui croit Mahomet, et qui coordonne tout qu’il fait, tout ce qu'il dit, avec cette ce, porte en réalité un jugement, mais tliedeux idées sans aucun fondement, st à-dire, que son jugement est faux ; contraire, dans la démence, il n’y joint de jugement ni vrai, ni faux ; idées sont comme isolées et naissent a suite les unes des autres , mais elles sont nullement associées, ou plutôt acuité de la pensée est abolie. » Pour phénomènes de l’intelligence, le dé- •nt diffère peu île l’imbécille. Mais au vers des ruines île sa constitution y^ique, on retrouve les vestiges de son cien état. Si physionomie annonce irement l’homme déchu. J1 peut tom- • jusqu’au niveau de l’idiot, et comme peidre tout-à-fait ou pervertir sa sendité, porter machinalementà sa bouche t ce qu’on lui présente, pierres, ali— uts ; il y porle même parfois ses pros excréments- Cette alïïigeanle dégraion finit ordinairement par la paraie.

-a inanic se divise en générale et en tieiic , poly manie ou monomanie. La aie pouvant atteindre les intelligences plus distinguées , les plus cultivées, figure et la tète des maniaques ne sentent pas nécessairement des signes uperfection ou de dégradation. Le polaniaqueest remarquableparun besoin peluel de mouvement , par une exciiide eL une irritabilité très-vives j il nonce continuellement des paroles * in- (■rentes , mais qui dans le point de vue tiewiier où ilest placé sont enchaînées re elles et avec les objets qui l’en- (cnt et le Irappent actuellement. 8a est un chaos ou ramas d’idées qui se sent , sc heurtent , s’interrompent

sans cesse. L’ivresse, quand elle est arrivée à l’exaltation, donne une idée assez juste de la manie: la fureur, qui est plus fréquente dans la manie que dans aucune autre espèce de folie, peut cependant se montrer parfois et dans la monomanie et même dans la démence. Mais l’exacerbation que la fureur constitue est beaucoup plus rare depuis qu’on a renoncé à enchaîner et à battre les fous, et qu’on a adopté à leur égard un régime plus conforme à l’humanité.

Nous avons exprès interverti l’ordre qui aurait voulu que la manie fût placée avant la démence. Nous avons voulu placer la manie à la fin de cette leçon, et afin d’etre conduits naturellement à la monomanie qui est assez importante pour que nous lui consacrions une leçon tout entière.

MONOMXNIE; MOXOMANIE HOMICIDE.

Comme la monomanie ou délire exclusif s’accompagne souvent d’une teinte sombre d'idées, elle a été long-temps confondue avec la mélancolie. C’est à tort ; la disposition morale peut exister indépendamment de toute folie, et la monomanie n’est pas nécessairement tournée vers les idées fixes du genre triste. Le fou du Pyrée qui se croyait maître de tous les vaisseaux qui entraient dans ce port était très-heureux et très-gai. M. Esquirol et Al. Chambgros, son élève, ont proposé les noms de lypnnumie pour la moncmanie sombre et de charomanie pour la monomanie gaie. Ils ont observé avec raison due le monomaniaque doit être toujours ou gai ou triste ; une idée indifférente ne saurait jeter un homme dans la folie ; ajoutons que la valeur de cette idée est jugée par l’abené lui-même, et non par l’etranger. Une chose plus importante a considérer que le caractère du monomaniaque est la réalité ou la fausseté de l’idée qui le possède : les chances de guérison sont plus grandes quand celle idée est viaie que lorsqu’elle est fausse. Quand 1 idée est fausse, l’erreur existe ou da n s le j u geme n t o u dan s le sen ti me n t ; un homme relient son urine parce qu’il craint de noyer la terre par un nouveau déluge : voilà une erreur de jugement ; un Anglais dont Harrison a raconté l’histoire, s’imagine avoir la face tournée vers le dos, voilà une erreur de sensation.

Sensation est l’une des significations de sentiment , ce mot a aussi une signification dans l’ordre moral : il désigne les

phénomènes de l’ordre affectif. L’erreur de sentiment peut porter sur ces deux ordres de phénomènes. Ailier, quelque temps avant sou suicide, parlait à tout le monde des voluptés qu’il savourait dans les bras de sa femme ; d’autres fous se croient toujours dénoncés ou poursuivis par des ennemis, voilà des erreurs affectives. D’autres ont cru sentir remuer dansleur ventre un serpent ouun démon, ont cru entendre distinctement des voix qui les insultaient. Le même Auger, se trouvant un jour en plein midi dans la cour du Louvre, croit voir toutes les portes de ce château se fermer pour le retenir prisonnier, voilà des erreurs de sens : M. Esquirol divise en trois espèces les résultats erronés que peuvent donner les fonctions des sens : la première tient à une lésion de l’organe extérieur indépendamment de toute affection cérébrale:

telle est la vision double dans le strabisme , la coloration des objets en rouge dans l’ophthalmie. Une maladie cérébrale non compliquée d’aliénation mentale peut être la cause de la même espèce d’erreur: ainsi, certains paralytiques croient marcher sur du coton ; la goutte sereine commençant fait voir les objets parsemés de taches noires Dans ces cas, le malade tout en percevant la sensation en reconnaît l’erreur. Les deux autres espèces d’erreur de sens n’ont leur siège que dans le cerveau. Dans l’une, le malade transpose, altère ou transforme les sensations qu’il éprouve. Dans l’autre , il crée de toutes pièces les sensations qui n’existent pas. Cette dernière erreur est celle à laquelle M. Esquirola réservéspécialement le nom d hallucination. INous verrons que les hallucinations sont fort communes dans la monomanie la plus tenace et la plus incurable. M. Esquirol rapporte aussi aux erreurs de sens les appétits dépravés , le désir immodéré de certaines substances alimentaires ou non, la nymphomanie , les envies de femmes grosses , etc.

Ainsi , la monomanie ou loue partielle n’a pas toujours pour caractère l’altération de l'intelligence; quelquefois , les facultés affectives sont seules lésées , quelquefois on n’observe le désordre que dans les actions, alors tes individus malades coordonnent leurs idées , tiennent des discours sensés , défendent leurs opinions avec finesse et même avec une logique sévère ; ils donnent des explications raisonnables et justifient leurs actions par des motifs très-plausibles : la

folie est raisonnante comme on disait autrefois. Cette aliénation partielle a été observée dans tous les temps , dans tous les lieux , décrite par les poètes , les légistes , les médecins, les philosophes; on l’avait vue s’allier à toutes los idées, à tous les soucis, à la crainte des maladies comme dans l’hypocondrie, à l’amour, à la religion , au penchant au suicide ; on l’avait aussi vue s’allier au penchant homicide , mais alors on avait cru qu’elle s’accompagnait toujours de fureur , elle était une espèce de manie. On ne croyait pas qu’un individu, raisonnable sur tous les autres sujets, d’une tenue calme et tranquille , pût éprouver des penchants assez violents pour lui faire oublier et le sentiment naturel qui fait épargner autrui, et l’intérêt personnel toujours compromis soit par la résistance que peut opposer la victime, soit par les représailles üe la loi. On avait vu des fous partiels se suicider; mais le suicide semblait plus facile parce que la responsabilité immédiate était nulle ; une attention plus grande et plus charitable, née dans la juslice criminelle par l’intervention d’hommes que l’ habitude n’avait pas endurcis comme les juges de profession, a forcé depuisquelque temps à admettre la monomanie homicide au nombre des autres infirmités qui affligent notre espèce. Cette conclusion déjà plusieurs fois sanctionnée par des jurés, avait été provoquée par les travaux de Gall et de Georget , de MVI. Esquirol , Marc , etc. ; l’opinion de ces savants a rencontré de vives oppositions parmi les jurisconsultes, et les magistrats qui malheureusement ont entraîné le vole des jurés dans quelques-unes des nombreuse!

affaires de monomanie homicide qui on occupé les cours d’assises dans les di: dernières années. Cette dissidence entr< les hommes de loi et les médecins, tient l’obscurité des signes de la folie autre que les actions chez presque tous les mo nomaniaques , obscurité qui existe sur tout pour les yeux inaccoutumés à obsen ver les aliénés. Nous verrons en traitait la question des maladies simulées, que le jurisconsultes sont partis toujours du prie cipe erroné que l’aliénation , quelle qd fût son espèce , se manifestait toujouf clairement pour toute personne douée d bon sens, et non pas seulement pour H médecins iniliés à ses mystères. M. E quirol , après avoir rapporté un graû nombre de faits particuliers de mono manie homicide , en tire les conclusion suivantes $

Page 1