MONOMANIE HOMICIDE
elle était l’effet des efforts de la puberté. Dans quatre , le désir de tuer s’est manifesté après avoir entendu l’histoire d’une femme qui avait égorgé un enfant et séparé la tète du tronc (Henriette Cornier). Cette puissance de l’imitation est une cause irequenle de iolie. Quelques individus, dit île La p lace, dans son livre sur les probabilités, tiennent de leur organisation on de pernicieux exemples , des penchants funestes qu’excite vivement le récit d’une action criminelle devenue 1 objet de l’attention publique ; sous ce rapport la publicité des crimes n’est pas sans danger.
Lorsque cet élat a persisté assez longtemps et que les individus dominés par 1 impulsion au meurtre ont pu être observés, on a constaté que cet état, comme Je dehre chez les fous, était précédé et accompagné de maux d’estomac, de douleurs abdominales ; que ces symptômes précédaient l’impulsion au meurtre, et quils s’exaspéraient lorsque cette funeste impulsion était plus énergique.
Ea presence des objets choisis pour victimes, la vue des instruments propres à accomplir cet horrible désir, réveillaient et augmentaienl l’impulsion à l’homicide.
■Presque tous ont fait des tentatives de suicide, tous ont invoqué la mort, quelques-uns ont réclamé le supplice des criminels ; aucuns des sujets de ces observations n’avaient de motifs quelconques pour vouloir la mort de leurs victimes, ja ns choisissaient ordinairement parmi pS 0 ,JtT T le“rs Plus chères affections, fendant 1 intermittence ou lorsque le désir du meurtre a cessé, ces malheureux
"i?°re dcS l)1,,s Petits détails.
Aul motif ne les excitait, ils étaient entraînes, disent-, ls, emportés, poussés par une idee, par quelque chose, par une voix intérieure. Plusieurs disent n’avoir pas succombé, parce que leur raison a triomphe ou parce qu’ils ont fui ou éloigne les instruments et les objets du meurtre. Chez oes individus , l’idée de tuer est une idée exclusive dont ils ne peuvent pas plus se débarrasser que 1rs aliénés ne peuvent se défaire des idées qui les dominent. (Esquirol, note sur /a
bauer)lHie ‘ nni l’0lwrab'e d'Hoff-
Un avocat a essayé de combiiltre le travail de M. Esquirol : il }*« fait, selon nous, avec îles
'"*• i/e» causes pliysiniicq nn ,,.VV'VJ utr8 ra|sons plus spécieux.*
ignables ont presque toujours dé- di'^Fr ‘ ,d|f ' " La, |,réten‘1,,e monomanie,
é CCUC affeeÜ0n' ^ana deux cas , ven \ en iln ‘ déT ’ COi,,sisle lc Ph,s so«“
» vent en un délire portant à la fois sur
plusieurs idées erronées, et dès-lors le nom que vous lui donnez est impropre. » Les idées ne se classent pas et ne se comptent pas comme des chiffres ; au lieu d’une idée unique, ce sera, si vous voulez, sur une seule tamille d'idees que le délire portera. « Le délire consiste dans une seule idee anterieure au meurtre, et «lors il n’est pas la monomanie homicide, parce que l’idée du meurtre n a été que la conséquence d’une idée erronée préexistante : l’idée homicide ne constitue donc pas la maladie , elle n en est qu’un symptôme et qu une suite. »
Encore ici une chicane de mots :
pour nous, le fait de 1 homicide est assez important pour que nous lui subordonnions l’idée antérieure qui y a conduit, quelle que soit celte idée : soit une exaltation religieuse comme chez le vigneron qui veut préserver ses < nfants des peines de l’autre vie par le baptême de sang (Pinel), ou comme chez le nouvel Abraham dont parle Hufeland, ou comme chez les momiers de Zurich; soit un sentiment de jalousie comme chez le soldat prussien Prohetta (Gajil). Pour l’aliéné aussi, celte subordination ne peutelle pas se supposer avec vraisemblance. L’instinct meurtrier ne peut-il pas arranger son thème avant dagir.1 Vous avez comparé l’aliéné à 1 homme qui songe ; or dans un songe une sensation positive, celle du froid par exemple, est arrangée par l’imagination de cent laçons diverses dans lesquelles pourtant la circonstance principale aboutira toujours au froid. Enfin si votre objection s applique aux faits de la première série mentionnée par M. Esquirol; elle est impuissante contre ceux de la seconde et de la troisième. Là l'homicide est tout a la fois le moyen et le but. Le monomaniaque veut tuer sans motifs et partais il est assez subjugué parce Pe“Çh“nt P°u^ y céder. « Mais dans ce cas, dit - • ia Régnault , le délire ne s’est manifeste que par l’acte homicide, et il est contre toute logique d’invoquer l’acte açcusa-
teur pour démontrer la non-culpabilite. >> Nous n’avons pas besoin d’apprendre a un avocat les distinctions faites par tous les criminalistes entre le fait et le dol. Le meurtre, a dit le défenseur d Henriette Cornier, est un moyen et no but. Un pareil acte suppose une gran < passion, un grand interet °u Sans le dol point de crime : c est 1 inten tion de méfaire qui constitue le •elon notre code; or, où trouver les
LÉGALE
preuves de l’intention autre part que dans les motifs? Dans le meutre commis sans préméditation, la peine est moindre que lorsqu’il y a eu guet-apens : la loi suppose que l’intention a clé moins formelle parce quelle a élé moins pesée, c cependant le fait est la conséquence lo gique de l’intention, et celle-ci l’inductioi logique du fait. Le premier terme di syllogisme est la passion soulevée dan le cœur du meurtrier par un acte de I victime. Dans la folie ou monomanie, 1 libre arbitre est autrement opprimé qu dans la passion; il l’est plus profondé ment et d’une façon plus continue, ca souvent l’homicide a élé commis aprè mie longue préméditation. Le dol est év dent, mais les motifs rationnels man quent pour conslituer sa criminalih L’apparente lucidité de la raison d meurtrier sur tous les autres sujets n peut embarrasser que les gens peu accot tumés à voir des aliènes : « Lisez h traités sur la folie, venez dans nos hôpi taux de fous, et vous y verrez des aliém qui parlent très-sensément, qui tiennei des discours très -suivis, qui disculei sur des matières très-difficiles, qui oui dissent un complot avec beaucoup de f nesse , mais dont les actions sont tout désordonnées, dont les affections so perverties, qui sont dangereux pour 1 autres et pour eux-mêmes s’ils sont rei dus à la liberté. » M. Pinel nous parle < sa surprise lorsqu’il eut vu des fous tre dangereux qui ne déraisonnaient pas, Hippocrate avait averti les praticie qu’il n’est pas toujours nécessaire qu y ait désordre de l’intelligence dans délire, qu’il suffit que les caractères, goûts des malades aient changé, q« suffit qu’ils repoussent avec obstinati les secours qu’on leur prodigue pc qu’ils soient délirants. » (Esquirol, not M. Régnault , qui a l’air de croin l’omnipotence de la société sur ses ( fants, est peu inquiet de l'idee qu innocent serait puni de mort. La n nière dont l’administration prévient actes dangereux d’un aliéné, le confh ment dans un hôpital, ne lui parait « férer en rien de la réclusion dans i prison véritable : dans les deux cas, i il il y a pour l’individu privation d( liberté. M. Brière de Boismont lui observer avec quelque raison que ü; la peine de mort et dans la réclusion avait autre chose que perte de la v' de la liberté: l’infamie ne s arrête u l’individu ; clic rejaillit sur sa iauu
MONOMAME MONOMANIE HOMICIDE. 247
que les débats du procès d’Henriette Cornier aient retenu les bras des aliénés qui leur ressemblaient, les exemples de monomanie homicide se sont propagés depuis avec une effrayante rapidité : le trouille que la connaissance de ces procès a jeté dans beaucoup d’esprits faibles, a rendu un moment la monomanie comme
II. Régnault , qu’aucun paradoxe n’é- )ou vante, dit que c’est invoquer un iréjugé gothique et qu’aujourd’hui cbauin doit être le lils de ses œuvres; que infamie héréditaire ne peut pas subsiser quand la noblesse héréditaire croule 'e toutes parts. IM.. is les préjugés qui
>nt duré plusieurs milliers d’années ne ... .... ........... .„ .,Iu.,ullllluie cumme
e dissipent pas aussi rapidement que les épidémique, selon la judicieuse remarque aiseurs d’utopies sociales se l’imaginent, de Georget.
t en fout cas , lorsqu’on touche à des [(testions aussi délicates que celles de la ie et de l’honneur, il faut tabler non •as sur ce que sera la société demain, îais sur ce qu’elle est aujourd’hui même;
Depuis la publication de l’ouvrage de M. Régnault, des médecins aussi se sont laissé entraîner par ses sophismes : un docteur D. recommande aux jurés de ne pas condamner un monomanc à une
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r je ne demande pas mieux que de croire peine légère , comme huit ans de réciu-
ue te préjugé sur la noblesse hérédi- sion. Les docteurs Humbert Perret et a.reest entièrement tombé mais le pré- Burnier, médecins de Villefra’nche, nient Jge sur la communication de 1 infamie la monomanie homicide, ils font conubsiste encore. damner la femme Jeanne Detroches
Le livre de M. Régnault s appuyait Mais l’évidence arrête les jurés, qui
ir quelques précédents. Nous avons vu oftmann dire dans le Journal dus Doits, que si ou ne pouvait condamner le onomane comme homicide, on devait i moins le tuer comme une bête féroce ; olnet, dans la Gazelle de France, criait ie les fous et dent trop embarrassants, l’il en fallait délivrer la société. Un ré-
«“ Journal commentaire Hu déjà éléaZZ “pS l“
“entes di- étrangers, à Coblentz, dans le H nt ffu il y avait peu d inconvénient à en Bavière.
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épargnent le dernier supplice à l’accusée et des remords à eux-mêmes, en admettant des circonstances atténuantes. Il est consolant de trouver une Cour royale française, celle de Riom, qui (dans l’affaire Monnin) a reconnu la monomanie et renvoyé l’aliéné à l’autorité civile.
Cette jurisprudence sage et humaine a
tribunaux Hanovre,
>n damner un aliéné : la violation d’élifé qui a lieu à son égard ne lui est 'S f ürt préjudiciable, puisque l’effet irai exercé sur son esprit par la conmnation, est nul ou faible. Il estsureriant que ce journaliste n’ait pas >ute que souvent tuer l’aliéné, était ac-
ni Ute!m m^decin aussi qui lança tl. Ruas R. dans la thèse qu’il a soutenue. Urbain Coste, esprit frondeur, paradoxal, incohérent, avait accusé les médecins de substituer aux lumières nat ure lies de la raison les ignorances
mplir un de ses désirs les plus ardents avait ' l eco!e‘ Sans do,lte s’ü
v conséquent lui rendre un véritable tribunaux dan l uSTff* P U' ,GS
rvice. Les supplices de Lé^er de Pa i, , • , affalre de monoina-
voine, de LecSuffe, répondant à c^ car H “S’eu f" • " T*1-!* ^Cüsé>
rr.bles appels.* Le but que lasociélé se relies de sa raison hlm,erclfl natu~
opose par la peine de mort a I il Ani l\ üe sa ?a,80n, lumières que l’homme
îompli? Le bu'. s„éci„, . ég s » e. 1“’» soit ">*-
Hom»«cr, est d’empêcher p'r la Sei,“ Z *".,re CXpe.rl «•«
mite de la peine les actes contraires •- . )^)n ^ol,rgéois par
* ,0,s sociales, et d’obtenir ainsi par la ce morale ce qu’il n’atteindrait par la ce physique qu’en détruisant la liberté
in .Tf Ce u,„quc la crainlc de la - deto.irnc d une action criminelle,
H'brc aux yeux de la loi. Celui-là, au aire, n est pas libre, sur qui cette unie ne saurait agir, soit parce qu’il ' pas la faculté de concevoir la peine Time une suite nécessaire de son ac-
coi.m ’l l!'”." «PPlice de
» Léger, I apavoine, bien loin
t « - "“iiijutis par
exemple, avait argué des lumières naturelles de sa raison à lui, pour contredire scs opinions, sûrement la vanité d’Urbain Coste l’aurait porté à mettre en avant ses études médicales comme augmentant sa compétence pour juger la question, et non pas comme l'obscurcissant par les ignorances ambitieuses de 1 école. Mais parmi ses confrères, Urbain se faisait laie a plaisir, il reniait sa science minimale pour avoir l’occasion do se faire toujours une place à part comme esprit distingué et ayant résisté
aux ignorances ambitieuses. Comment M. Régnault a-t-il pu être dupe de ces tergivers itions de l'amour-propre d’un liomme aigri par l’ambition déçue et par la maladie, ne pouvait-il pas savoir par l’histoire de la civilisation, histoire qu’il a étudiée au moins autant que la médecine? Ne pouvait-il pas savoir que les médecins ont toujours été à la tète du progrès social, en tant que protestant contre tous les préjugés honteux pour l’humanité? [Vont-ils pas été les premiers à nier la possession et la sorcellerie? Pigruy, IMarescot, Durci, n’ont -ils pas enlevé au bûcher des malheureux qui sc croyaient en commerce avec le démon?
Alors sans doute il y eut des gens qui crièrent que c’était nier l’évidence; d’autres qui frémirent et accusèrent les médecins d’impiété parce qu’ils niaient ce qui avait été consacré par la croyance de tous les temps. Aujourd'hui la position des médecins est à peu près pareille ; les casuistes les accusent de fatalisme et d’athéisme, parce qu’ils surprennent des cas où le libre arbitre est opprimé: les magistrats et les avocats, partisans de la forme conservatrice, se refusent à admettre en matière criminelle une excuse qui n’a pas été prévue par la loi.
CHAI*. XLV. — DF. QUELQUES AUTRES ETATS QUI OPPRIMENT LA LIBERTE MORALE.
Sans donner desa présence des preuves aussi graves que l'homicide , l’aliénation partielle peut occuper l'expertise médicolégale tant au civil qu’au criminel. Dans ce dernier cas, la preuve de l’absence de liberté morale sera plus difficile à établir si le méfait est le premier acte par lequel elle se signale. Un vol , une rixe, un faux , un altent.it à la pudeur ont des profits immédiats qui peuvent faire supposer des motifs. Dans un homicide, outie que l’intérêt immédiat manque, l’action elle-même, quand elle est reconnue sans motif, est une preuve plus décisive de l’aliénation. Au civil, la folie partielle peut durer plus long-temps sans avoir provoqué l’interdiction, soit parce q ue ses signes extérieurs sont faibles, soit p ucoque l’ordre particulier d’idées sur lequel elle porte est plus aisément et plus habituellement dissimulé dans les détails de la vie ordinaire. Telle serait, par exemple, uno monomanie érotique, ou religieuse tranquille. Cet aliéné non interdit peut donc tester, vendre , acheter, etc. Ces actes seront valables , à moins que des
preuves évidentes de folie ne se trouvent dans l’acte lui-mèine. Nous aurons bientôt l’occasion de traiter cette question plus au long.
Il en sera de même des actes passés pendant les intervalles lucides d'unaliéné sujet à des accès intermittents ou périodiques de folie. Les actes passés par lui dans un de ces intervalles et bien entendu avant son interdiction par les tribunaux, sont reconnus valables par la loi , pourvu que l’acte atteste la sagesse temporaire de celui qui l’a fait. Doit-on juger de lamême façon un crime ou délit commis dans le même intervalle? Fodéré répond que d’abord il n’y a pas parité entre un acte civil passé avec sagesse et une action criminelle , qui par cela; seul peut déjà être considérée comme ua commencement de déraison, surtout sd par l’examen de l’action on ne déscou— vre pas de motifs suffisants qui eussent pu la déterminer ; qu’on pourrait dans ces sortes de cas se servir de la règle suivante qui consiste à mesurer la quantité de raison pur la longueur de l’intervalle lucide ; qu’ainsi par exemple, les délits commis dans l’intervalle qui dure un mois, pourraient être censés avoiruppartenu à un ordre de connaissances supérieur à celui qu’on peut avoir dans ua intervalle qui ne dure que huit jours r et ainsi successivement jusqu’au cas où il se manifeste un accès par jour: état qui laisse l’insensé tellement stupéfait , cja'e l’intervalle libre ne peut être appelé lucide , et que les crimes corarpjs dans cet intervalle ne doivent pokit être regardés comme l’effet d’une volonté libre. Qu’au surplus, dans le doute, l’humanité et la justice prescrivent de croire plutôt que le prévenu était lors de l’action criminelle, dans un paroxisme de délire, d'après cette maxime connue des jurisconsultes : semel furiosui semper præ~ sumilur furiosus. Le même auteur a proposé au sujet de la folie partielle (la grande question de la monomanie homicide n’avait pas encore été soulevée) une distinction ingénieuse pour juger de la culpabilité d’un délit commis par l’aliéné partiel ou monomane. Le méfait sc rattache-t-il à la série d’idées sur laquelle porte le délit partiel? Il n’v a point de culpabilité. Ce méfait au contraire est-il évidemment étranger à celte séiie? alors l’accusé était dans le droit commun et il doit être puni comme coupable Dans la leçon précédente , nous avons déjà réfute celle théorie en montrant que dans la