‹ Traité de médecine légaleChapitre 109 sur 167 · LEUR LIBRE ARBITRE · texte numérisé non relu

LEUR LIBRE ARBITRE

Philon et Valescus de Tarente ont eu raison de le dire : L’ouïe est la principale porte de l’intelligence. M. Itard a montré depuis, par une délicate analyse, la supériorité des acquisitions de ce sens sur celles de la vue. D'abord l’oreille recueille sans cesse , tandis que l’œil est intermittent dans son action ; entendre est presque la même chose que d’écouter, taudis que voir diffère beaucoup de regarder. L’enfant qui entend bien peut donc s’instruire , et par l’audition directe qui lui fait percevoir tout ce qu’on lui adresse , et par l’audition indirecte , qui fait arriver à son oreille et à son esprit tout ce qui se dit autour de lui. Ajoutons que pendant les premièresannées de la vie dans les classes supérieures de la société, pendant toute la vie pour la classe illétréc, l’ouïe est le sens des acquisitions les plus riches, les plus larges. C’est à l’ouïe que s’adressent les langues , c’est-à-dire les traditions formulées de toute la science humaine. A leur tour, ces sons perçus par l’oreille sont répétés par l’appareil

légale.

vocal en vertu de la propension imitatrice de l’homme. Les richesses des langues arrivent aux yeux beaucoup plus tard dans la vie des peuples, plus tard dans la vie de l’homme. Encore lorsque ces langues ont revêtu leurs sons de caractères capables d’agir sur la vue, celte impression ne réveille-t-elle l’idée des sons, et conséquemment d’articulation , que lorsque L’étude a pu être faite simultanément et par l’audition et par la vue.

11 est aisé de calculer maintenant les désavantages de la position des enfants qui viennent au monde muets et sourds, ou, pour mieux dire, sourds, le mutisme n’étant qu’une complication de la surdité : leur éducation ne peut être faite que par les yeux, sans le secours préalable que les acquisitions de l’oreille donnent à l’éducation par la parole écrite.

Cette parole écrite, à défaut de la traduction antérieure ou concommit'ante donnée par les sons , doit leur être traduite par le langage des signes , langage prolixe, traînant, embarrassé, et cependant rempli d’ellipses et de mutilations par l’impatience du malheureux qui est réduit à s’en servir. Cette confusion et ces embarras rendent communément incomplète l’instruction du sourdsmuet, et le font arriver si tard et si rarement à la capacité de s’instruire par la lecture. La méthode des signes manuels diffère dans la plupart des institutions de l’Europe, mais des inconvénients sont inhérents à toutes. Partout les sourds-muets, soigneusement observés, offrent dans le développement de leur intelligence les mêmes lacunes, dans la manière d écrire, la même incohérence d’idées et d’expressions.

Il y a deux espèces de sourds-muets , ceux dont le cerveau est impropre à recevoir les sensations et à les tranformer en idées : tels sont les idiots et les détins. Ce n’est pas de ceux-là que nous devons nous occuper ici. Les autres sont ceux qui naissent avec un cerveau sain , mais avec des oreilles qui n’entendent pas , ou qui entendent mal. Les enfants dont l’ouïe s’exerce mal négligent bientôt le secours d’un sens qui ne leur donne que des acquisitions rares et achetées au prix d’une attention trop grande; ils cherchent à comprendre les signes et à les imiter pour exprimer leurs idées ; ils tombent donc bientôt dans la position des muets qui sont totalement privés d’ouïe. La preuve que les organes vocaux sont sains malgré le mutisme , c est

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