HYSTÉRIE , IVRESSE , ETC
méfait accompli ou ayant reçu commenc •ment d’exécution. Si le somnambule n’est pas responsable des actions qu’il commet endormi, il est responsable du rêve qui l’a conduit à ces actions, car ce rêve n’est que la formule de ses préoccupations de la veille. Mais Fodéré ne considère pas assez la puissance créatrice de l'imagination du rêveur. Les éléments du rêve sont fournis par la veille, d’accord, mais ces éléments sont combinés , groupés par le rêve en des composés tout nouveaux : l’idée empereur est entrée à un moment du jour dans le cerveau du Romain , l’idée mort à un autre moment, la nuit, la toute puissante imagination a groupé ces deux idées en condamnant le rêveur lui-même à aider a leur union. L’action du capucin somnambule neprouvepas plus que celledu Romain.
U avait pu dans la journée penser isolément au couteau et au confrère , le rêve a combiné les deux impressions. Evidemment le rêve est involontaire comme l’action à laquelle il pousse; la raison dort, l’imagination seule veille avec ses lubies et ses hallucinations. Le fou est un somnambule éveillé , le somnambule est aussi un fou, qui a de plus l’excuse du sommeil.
On doit rapprocher du somnambulisme l’extase, à laquelle certains individus mélancoliques , hypocondriaques ou hystériques, sont sujets. Quand l’extase va jusqu’à suspendre la respiration et la circulation, comme chez le prêtre dont parle Montaigne, ou chez le prêtre Restituais cité par saint Augustin, il est difficile de concevoir qu’un acte dangereux soit commis pendant la durée de l’accès , mais l’extase peut s’exercer cn-deçà de cette limite extrême et s’accompagner d’une exaltation d’intelligence et de sentiments poussés à des actes répréhensibles. Ces actes ne sauraient être regardés comme libres, ni conséquemment comme responsables. Nous en dirons autant du délire, qui complique certaines maladies aiguës, délire pendant lequel les malades trompent parfois la vigilance de leurs gardes, sc lèvent et sc livrent à certaines actions. C’est à ces momcnlsque plusieurs ont attenté à leur vie.
Enfin, l’état intermédiaire entre la veille
et le sommeil, et entre le sommeil et la veille, particulièrement ce dernier tel qu’on l’observe après une nuit où l'on ne s’est endormi que péniblement cl fort liird, cet état ressemble beaucoup au somnambulisme. L individu, obéissant à une impression insolite, à un bruit, à une
voix qui l’appelle, se met surson séant, se lève, marche, chancelle ellombe; il parle, il déraisonne , murmure, demande qu’on le laisse dormir, et se rendort lout-à-fait.
Si l’impression qui l’a réveillé est plus vive, il réagit à son sujet avec un caractère qui ne lui est pas habituel, une franchise brusque, un ton décidé , bref ; quelquefois il continue à s’occuper d’une série d’idées qui l’occupaient dans un rêve. On sait que la rêverie se place précisément sur les frontières du sommeil profond. Cette hallucination peut donner lieu à des actions dangereuses. Bien des militaires endormis dans un bivouac ont frappé de leurs armes un camarade qui venait les réveiller, et qu’ils prenaient dans leur trouble pour un ennemi qui serait venu les surprendre. Le Col/tgium criminelle contient un autre fait de ce genre encore plus triste. Un homme subitement réveiilé dans le milieu de la nuiteroit voir s’avancer un spectre, il s’élance de son lit. saisit une hache qui était habituellement près de lui, il frappe. Le prétendu spectre était sa femme, qui marchait en chemise dans la chambre. Elle mourut le jour suivant des suites de sa blessure. Si cethommeeùtététout-k-fait éveillé, il ne se serait pas armé d’une hache contre un spectre ; il aurait fait des signes de croix ou des prières pour le conjurer.