CHAP. XIV. — DU NITRE ET DE L’ALUN
d’rosuliurique en saturant J* «
On arprqposé les sels métalliques, que c foicTe s'oufre précipite, mais ou* c raient à leur tour des poisons : le g offensif serait l'émétique, qn; pr«;pi<* raitdu kermès ou du soulre dore
Zmeporitudeiaveile; elle fai.
vomir et étend la, matière xencncu .
On s’étonnera à bon droit devoir figurer le nitre parmi les poisons, si 1 on réfléchit que la médecine emploie ce sel à la dose de plusieurs gros; mais l’état pathologique change la susceptibilité de nos organes. Les aliments pris pendant la durée de cet état agiraient comme poisons , et certains poisons au contraire se convertissent en remèdes efficaces. Le fait est bien connu pour le tartre émétique , qu’on a employé à très-haute dose pendant les affections de poitrine; il n’est pas moins certain pour le nitrate de potasse, qu’on a donné contre le rhumatisme à la dose de plusieurs gros. Le sel de nitre est une matière blanche cristallisée ; ses facettes sont cannelées , ce qui le distingue du sulfate de soude, qui cristallise à peu près de la même façon , mais à faces un peu plus larges et sans cannelures. La saveur des deux sels diffère beaucoup, le nitre ayant une saveur fraîche , celle du sel de Glauber étant amère ; le nitre fuse sur les charbons. Traité par l’acide sulfurique, il répand une vapeur blanche, qui est de l’acide nitrique ; mis dans un tube avec de la tournure de cuivre et un peu d’eau et d’acide sulfurique, il se dégage de l’acide nitreux et il se forme un sel vert-bleu qui ne se décolore pas par l’addition d’eau , quoiqu’il soit soluble, et qui par l’addition d’un peu d’ammoniaque prend un bleu céleste magnifique ; ce sel est du sulfate de cuivre. Lorsque le nitre est étendu d’eau, l’épreuve par le feu est impossible ; l’acide sulfurique n’y détermine pas de vapeurs ; la limaille de cuivre même avec addition d’acide sulfurique n’y forme ni gaz nitreux ni sel vert; on peut alors évaporer jusqu’à cristallisatioi du nitre , mais ce procédé est bien lent La morphine a la propriété de signaler 1; présence du sel de nitre , étendu de quatre mille fois son poids d’eau. Pour cela on verse dans un verre de montre un pei de la liqueur à examiner ; on y mêle ni petit cristal de morphine, et l’on ajout une goutte d’acide sulfurique ; la mor phinc se colore en rouge; en ajoutant u peu de potasse en solution , la couleu devient beaucoup plus intense et pb durable. Cette expérience peut être fait aussi comme nous l’ayons déjà indiqi à propos de l’acide nitrique; c’est la pr sence de cet acide que la morphine 11 dique. La potasse peut être poursuivie et moyen de scs réactifs spéciaux , nj ar chlorate de platine et l’acide mtro-pici
DÛ NITRE ET DE l’aLÜN.'
que. — Le mire peut être mêlé aux liqueurs végétales et animales sans les altérer : si elles sont colorées, il faut préalablement les décolorer par le charbon animal; on rapproche la liqueur par l’évaporation, et l’on obtient le solde nitre mêlé aux sels de la liqueur elle-même ; il sera aisé de les distinguer par la différence de leurs proportions. Quand on a affaire au lait, il faut en séparer la matière animale par le chlore , puis on évapore et on obtient le nitre. Avec les liquides ou les membranes de l’estomac, on procède de la même façon. — Le nitre expérimenté sur des chiens à la dose de deux ou trois gros leur a donné la mort, en excitant une violente phlegmasie gastro-entérique, et en stimulant le système nerveux. Pour expliquer davantage ce que nous avons déjà dit de l’innocuité de ce sel employé dans l’état morbide chez l’homme , nous ajouterons que dans le rhumatisme, maladie oii on a porté la dose à plusieurs gros par jour, on est arrivé à cette dose graduellement, et de plus on a donné le sel dissous dans une grande quantité de véhicule. On sait qu’à petite dose le nitre a une action spécifique sur les voies urinaires. Cette action s’intervertit quand les doses deviennent fortes : alors, au lieu d’augmenter la sécrétion urinaire, le nitre la supprime tout-à-fait; on l’a même vu occasionner à la peau une teinte cuivreuse particulière. Quand il agit comme poison , il développe une phlegmasie sur la muqueuse intestinale, puis une sur-excitation nerveuse accompagnée de convulsions et bientotsuivie de la mort. Les agents les plus actifs pour sa décomposition étant le cuivre, l’acide sulfurique, la morphine, encore ces agents, les deux premiers surtout, ayantpeu d’effet quand le nitre est dissous, on voit clairement qu’aucun antidote ne peut être opposé à l'empoisonnement par ce sel. Le traitement serait semblable à celui que nous avons successivement conseillé pour tous les poisons acres, le traitement antiphlogistique.
L'alun du commerce varie beaucoup dans sa composition : ordinairement c’cst un sulfate acide d’alumine et de potasse, d autres fois d’alumine cl d’ammoniaque,
<1 autres fois enhn un sulfate triple d’alumine, d’ammoniaque et de potasse. Celui qjiclcs pharmaciens vendent sous le nom iV<i/un calcine v st toujours à base d’alumine et de potasse. L’alun cristallisé est blanc, presque transparent; il a une sa-
veur styptique, âpre, en même temps que douceâtre ; ses cristaux sont des octaèdres. Exposé à la chaleur, il se liquéfie, puis se boitrsouiïïe , perd sa transparence.
Quand l’eau de cristallisation est évaporée, il reste une poudre blanche qui est de l’alun calciné. Suivant Berzélius, l’eau de cristallisation forme plus de 0,44 du poids de l’alun. La poudre blanche qui reste après l’évaporation de cette eau est corrosive : c’est elle qu’il faut regarder comme poison. L’alun cristallisé peut être pris impunément à des doses énormes. Mais l’alun calciné n’a pas toujours été exposé à un feu uniforme : si le feu est poussé un peu plus que dans l’opération déjà décrite , l’acide sulfurique se dégage sous forme d’acide sulfurique et d’acide sulfureux ; il reste de l’alumine et
du sulfate de potasse : ces deux corps n’ont plus de propriétés corrosives. Suivant M, Thénard , une chaleur encore plus élevée peut décomposer le sulfate de potasse lui-même. Quand on agit sur de petites masses , ces décompositions arrivent plus fréquemment que lorsqu’on agit sur des grandes. Dans l’ancienne pharmacie, on calcinait l’alun dans un creuset dont le fond était toujours beaucoup plus fortement chauffé que la partie supérieure , en sorte que là se passait la première et peut-être la seconde espèce de décomposition dont nous venons de parler. Aussi M. Guibourt a-t-il conseillé de calciner l’alun dans un vase presque plat, qu’on appelle un têt. Ces différences dans les éléments de l’alun calciné rendront compte des dissidences des auteurs relativement aux effets de celte substance sur l'économie animale.
Continuons l’exposition des caractères chimiques : l’alun cristallisé se dissout lentement et difficilement dans l’eau froide ; il lui en faut quinze ou vingt fois son poids, tandis qu’il faut à peine 75 n;ir
lit s d’eau bouillante pour dissoudre l'oo
parties d’alun. L’alun calciné n’est pas à beaucoup près aussi soluble dans l’eau bouillante; il ne s’y dissout qu’en partie mais enfin il s’y dissout mieux que dans l’eau Iroide. Sa solution reprend les caractères de l’alun cristallisé vis-à-vis des réactils; conséquemment toute la portion dissoute perd sa vertu corrosive. E, ayant a étudier l’action de l’alun calciné il faudra donc bien attentivement consi* dércr la température du liquide qui ]u; aura servi de véhicule. Le danger sera incomparablement plus grand si lclianhl!. chut froid. L’excès d’acide que nous
avons il il exister dans l’alun fait que sa solution rougit le papier tournesol ; de plus, le même acide est cause que cette solution précipite par l’eau et les sels de baryte : le précipité est insoluble dans l’eau et dans l’acide nitrique. Cherchons maintenant les réactifs de l’alumine. Si à une solution d'alun on mêle de l’ammoniaque , on obtient un précipité blanc , épais, glutineux. La potasse, la soude et leurs sous-carbonates auraient déterminé le même précipité. Mais le meilleur réactif pour découvrir l’alumine est le souscarbonate d’ammoniaque. Quand on verse ce réactif, il se produit une effervescence : l’acide sulfurique décompose le sous-carbonate et dégage l’acide carbonique, lequel ne se mêle pas à l’alumine. Le souscarbonate d’ammoniaque , versé dans la dissolution d’alun, y précipite, alors même qu’on y a préalablement mêlé de l’ hydrochlorate d’ammoniaque. Ce caractère distingue l’alumine d’avec la magnésie et d’avec la plupart des sels des métaux des quatre dernières classes.
Cherchons maintenant à signaler la potasse. Nous connaissons un réactif excellent, c’est l’hydrochlorate de platine, qui la précipite en jaune serin : le même Précipité aurait lieu si l’alun était à base d’ammoniaque ; mais dans ce cas, l’alun trituré avec la chaux vive dégagerait du gaz ammoniacal.
Quand on mêle de l’alun calciné à l’eau froide , il gagne d’abord le fond et ne communique pas de saveur au liquide ; un peu plus tard, il se dissout en partie : il faut 18,000 pariies d’eau froide pour sine partie d’alun calciné. Nousavons déjà dit que l’eau chaude le dissout bien mieux. ÎMêié aux liqueurs végétales , l’alun ne leur occasionne aucune altération appajente. Le lait se coagule par l’excès d’acide sulfurique. Lorsqu’on a à chercher l'alun dans des liqueurs végétales , il faut d’abord les décolorer par le charbon, puis on se conduit comme si l’alun était simplement étendu d’eau. Il faut regarder attentivement si au fond des liquides il ne se trouverait pas un dépôt : ce serait de l’alun calciné non dissous ; on le sépare au moyen du filtre, et on le divise en deux parties, que l’on traite, l’une par l’acide sulfurique, puis par l’eau ; en laissant cristalliser, on doit obtenir de l’alun; l’autre partie est traitée par l’eau bouillante: on concentre la dissolution et l’on expérimente par les réactifs déjà indiqués. Celle seconde partie ne se dissoudra pascomplètcment, puisque nous ayons
LÉGALE
expliqué que la calcination décomposait toujours une partie de l’alun.
Lorsqu’on a à rechercher l’alun dans les matières animales ou dans les tissus de l’estomac, les réactifs signalant l’acide sulfurique seraient trompeurs , parce qu’il y a dans les tissus et les liqueurs animales beaucoup de sulfates. Il faut alors poser le problème autrement : Y a-t-il dans ces liqueurs de l'acide sulfurique ou un sulfate acide? Pour savoir cela, on dessèche les matières ; on les met dans une cornue, à laquelle est adapté un tube plongeant dans une solution de potasse; on chauffe, et il passe de l’acide sulfurique et de l’acide sulfureux, qui forment des sulfates et des sulfites de potasse-, on les décompose par la baryte, et l’on expérimente le sel qui s’est formé, par l’un des deux procédés : ou l’on verse dessus de l’acide nitrique, qui en dégage l’acide sulfureux, ou l’on introduit le sulfate de baryte dans un creusetavec des charbons, et l’on en obtient un sulfure de baryum reconnaissable à son odeur. Reste à démontrer dans la cornue la présence de l’alumine et de la potasse. Le sous-carbonate d’ammoniaque et l’hydrochlorate de platine compléteront l’épreuve.
Passons maintenant à l’étude de l’action de l’alun sur l’économie animale.
Jusqu’en 1829 , [l’alun ne passait point pour vénéneux ; mais à cette époque un procès appela vers cette substance l’attention des médecins légistes. Une dame , qui avait envoyé chercher de la gomme en poudre chez un pharmacien, éprouva des accidents graves après avoir bu d’une tisane faite avec une poudre qu’on avait livrée sous le nom de gomme. Celte poudre, dont il restait encore quelques portions, fut examinée, et se trouva de l’alun calciné. Le pharmacien était absent ; sa femme avait fait la méprise. Un procès fut intenté par la malade , qui demandait des dommages-intérêts. M. Orfila , appelé comme expert, déclara que l’alun n’était pas une substance vénéneuse, et offrit d’en avaler plusieurs gros en plein tribunal. Cette assurance diminua de beaucoup les dommages-intérêts, qui furent accordés à la partie civile.
Peu de temps après parut dans les annales d’hygiène une série d’expériences entreprises sur des chiens par M. Orfila, et desquelles il tirait les conclusions suivantes : 1° Les chiens, même les plus faibles et les plus petits, peuvent supporter de très-fortes doses d’alun calciné sans éprouver d’autres accidents que des
DÎT NITRE ET DE l’aLUN.
vomissements et (les selles : ils sont parfaitement rétablis une eu (leux heures après l’ingestion (le l’alun ; 2U si par suite de la ligature de l’œsophage ou par toute autre cause, une forte dose (l’alun calciné n’est pas vomie , la mort arrive au bout de quelques heures, même chez les chiens robustes et d’une assez forte stature ; 3° appliqué à l’extérieur , au tissu cellulaire sous-cutané de la cuisse d’un chien, l’alun calciné, à la dose d’une once, détermine, une brûlure profonde qui donne lieu à une suppuration assez abondante pour tuer les animaux ail bout de quinze à vingt jours ; 4° l’homme adulte peut avaler dans une journée plusieurs gros d’alun calciné et dissous dans l’eau ; 5° il n’est pas douteux, d’après ce que i’on observe chez les chiens, qu’un homme adulte qui avalerait une ou deux onces d’alun calciné dissous dans l’eau éprouverait des vomissements et des selles, et n’en serait pas plus incommodé que les animaux ; au contraire , il est certain qu’en raison de sa plus grande stature et de sa plus grande force, il faudrait, pour déterminer chez lui des accidents aussi intenses que chez les chiens, une dose beaucoup plus forte d’alun. M. Devergie faisait à la même époque des expériences desquelles il tira des conclusions bien différentes de celles-ci.
ISous devons les enregistrer également : 1° L'alun calciné du commerce contient toujours une quantité quelconque de soussulfate d’alumine et de potasse insoluble dans l’eau bouillante ; en sorte qu’une once d’alun calciné ne représente jamais la quantité d’alun qui l’a fournie, c’està-dire près de deux onces. 2° L’alun calciné peut etre assez mal préparé pour perdre ses propriétés délétères et être transformé en une matière inerte. 3° L’alun calciné que l’on fait bouillir dans une quantité d’eau suffisante, et pendant un temps assez long, reprend toutes les propriétés de l’alun cristallisé , au moins quant à la quantité d’alun soluble. 4° L’alun calciné , traité par l’eau froide , s’y ( hssout difficilement. Une portion considérable d’alun peut rester en suspension, o* L alun calciné est une substance corrosive pour les membranes muqueuses.
® L alun calcine peut déterminer la mort nés chiens a la dose de deux onces, même dans les cas où l’on ne s’oppose pas aux vomissements, et où l’estomac contient des aliments. 7" J1 peut amener la mort » h dose de six gros et demi quand on a .ic 1 œsophage, et quoique l’alun ait été
préalablement dissous dans de l’eau.
8° L’alun calciné, mêlé à l’eau froide et en partie suspendu, constitue un mélange beaucoup plus délétère que s’il eût été préparé à l’eau chaude. 9° Je suis porté à penser que cette substance agirait avec beaucoup plus d’énergie chez l’homme , quoiqu’à la même dose, l’estomac ayant beaucoup plus de sensibilité chez l’homme, et ses sympathies étant beaucoup plus actives que chez le chien. 10° Que si l'estomac était malade, affecté par exemple d’une phlegmasie chronique , nul doute que son action ne fût beaucoup plus énergique.— Plusieurs praticiens emploient l’alun àl’intérieur. M. Marc le donne à la dose de deux gros dans les hémorrhagies passives: il le dissout dans une livre de petit-lait. M. Duméril s’en sert dans les diarrhées chroniques : il en met un gros dans deux livres de véhicule. Enfin M.
Kapeler, qui emploie l’alun dans le traitement de la colique des peintres, le porte à la dose de trois à six gros dans les vingtquatre heures. 11 dissout cette dose dans un pot de tisane. Les malades n’en ont jamais ressenti l’action corrosive. D’abord, tous ces praticiens se servent de l’alun non calciné. Le dernier, M. Kapeler, qui le porte à si forte dose, l’administre dans une maladie qui engourdit beaucoup la sensibilité du tube intestinal. JNous nous sommes déjà expliqué , en parlant du nitre, sur la tolérance que certaines maladies donnent pour certains remèdes.
Il nous semble qu’on peut conclure de tout ce que nous avons dit, que si l’alun ordinaire est inoffensif, même à des doses très-fortes, la chose n’est nullement certaine pour l’alun calciné, surtout lorsqu’il est pris dans de l’eau froide, et que le véhicule est proportionnellement peu abondant. Dans ce cas , il est véritablement poison , détermine des nausées ; les vomissements sont tardifs ; puis arrive la prostration des forces. Chez le chien, on observe un affaiblissement du train postérieur , l’abattement et la mort. A l’autopsie , on trouve la muqueuse slomachale cautérisée en plusieurs points.
Cette cautérisation consiste en des plaques blanches arrondies , desquelles la muqueuse s’enlève avec facilité. Tout autour, la muqueuse est ramollie et parsemée d’ecchymoses. Ordinairement, on trouve la poudre d’alun déposée sur l’cscharc blanche. Aucun contre-poison ne serait efficace : le seul traitement convenable serait le vomissement d’abord, puis les antiphlogistiques.